Vincent Lecoq
Publié le 30/07/2015

Contre le viol conjugal, tout le monde ne fait pas front


Dans son premier discours de campagne pour l’investiture républicaine, le milliardaire américain Donald Trump avait défrayé la chronique en présentant les immigrants illégaux mexicains comme des violeurs. Ces dernières heures, la question du viol est une nouvelle fois centrale dans l’actualité du candidat puisqu’un site internet d’informations, the Daily Beast, est aujourd’hui  menacé de poursuites par l’avocat de Trump, Michael Cohen, pour avoir relayé des informations parues dans la biographie de son ex-femme Ivana, selon lesquelles elle aurait été victime de viol de la part de son ex-mari.

L’argumentation du représentant de Trump est imparable : il est parfaitement impossible d’évoquer ce prétendu viol pour une simple raison : « par définition, on ne peut pas violer son épouse ».

Au-delà des menaces de l’avocat, c’est évidemment la question du viol conjugal qui se pose. Avant 1984, dans l’état de New York comme dans plusieurs autres états américains, le viol conjugal était considéré comme légal mais cette époque est aujourd’hui révolue. Cela n’empêche manifestement l’avocat de Trump de nier la possibilité, l’idée même du viol conjugal.

Qu’une épouse puisse avoir dû consentir un rapport sexuel sous la pression morale ou physique de son compagnon n’entre donc selon lui pas dans le cadre légal du viol. Une femme, c’est bien connu, se doit à son mari et souhaiter se soustraire au prétendu devoir conjugal relève alors sans doute bien plus d’une faute de l’épouse, d’un manquement au contrat initial.

Des siècles de domination masculine ont posé des bases très simples à cette question : quand on est une femme, on se plie au désir de son compagnon, on serre les dents et on souffre en silence. Dans le même temps, le mari triomphant peut se flatter d’avoir « honoré » son épouse. Dans cette logique sordide, les femmes ne portent que très rarement plainte pour viol contre leur mari alors que c’est précisément dans le cadre domestique que se déroule la majeure partie de violences et des agressions.

En 2011, le Collectif Féministe Contre le Viol avait lancé une campagne de sensibilisation à destination des femmes victimes de viol conjugal.  Ce spot choc salué par plusieurs prix n’a pourtant pas trouvé que des partisans.

Ainsi, sur son blog, Bruno Gollnisch s’était alors, avec l’élégance qui le caractérise, fait un plaisir de pourfendre la campagne, jugeant de bon ton de critiquer d’emblée le physique de la comédienne : « d’un abord à rendre impuissant le célèbre érotomane Rocco Siffredi, on se dit cependant qu’elle, au moins, doit être immunisée contre ce risque. »

Et de poursuivre en déplorant qu’après  le « tralala habituel », le film se termine en donnant « le numéro de téléphone de dénonciation à la Kommandantur du conjoint (jamais ce mot ne m’a semblé plus approprié) trop empressé ».

Dans son billet plus efficace que le plus puissant des vomitifs, Bruno Gollnisch déplorait également l’évidente dérive civilisationnelle que représente à ses yeux l’évolution législative qui a, en 1991, reconnu le « viol entre époux » et a, en 1994, considéré la dimension conjugale d’un viol comme une circonstance aggravante.

Invoquant « la sagesse traditionnelle  selon laquelle le mariage comportait en principe (…) une exclusivité donnée par chaque époux à l’autre sur son corps », celui qui est encore député européen s’offusquait qu’il soit désormais « plus grave (et plus lourdement condamné) pour un homme de « violer » sa femme dans le lit conjugal où elle est entrée volontairement que de violer  la femme d’un autre, inconnue agressée dans un parking ou un chemin sombre »

Alors que le Front National se démène depuis quelques années pour se faire décerner des brevets de fréquentabilité et alors que son électorat semble se féminiser de plus en plus,  je ne peux que vous inviter à vous pencher sur la prose délicate de Bruno Gollnisch. Elle en dit long sur la place que certains leaders du FN envisagent pour les femmes dans le pays radieux qu’ils nous promettent. 

 

Numéro vert "SOS Viols Femmes Informations" 0 800 05 95 95 / "Violences Conjugales Info" 39 19  

Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

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Le 16 janvier 2011 à 17:34

« Il a dit que c'était parce qu'il était juif qu'il avait été expulsé. Ça ne se voyait ni sur sa carte de presse, ni sur son nez, si j'ose dire. »

Jean-Marie Le Pen, congrès du Front national à Tours, dimanche 16 janvier 2011.

Osez, osez Jean-Marie. Vous êtes dans votre rôle en moquant le journaliste jeté dehors par le SO du FN, qui a porté plainte pour insultes racistes. Au moment où vous quittez la scène au profit de la benjamine Marine, il n’est pas inutile de rappeler l’héritage. Fifille commençait à faire oublier l’antisémitisme de papa, en moissonnnant les terres de l’anti-islamisme. Vous direz que tout cela, c’est sémites et compagnie. Bref, la continuité. De fait, il n’y a qu’à observer les caricatures des intégristes musulmans dans certaines publications, entre la djellabah et le turban ils n’arborent pas seulement une barbe mais le nez proéminent et courbe, comme jadis les Israélites, entre redingote et schtreimel.  Néanmoins, si on ose dire, le nez de Ben Laden plus court aurait-il changé la face du monde ? Pas davantage qu’avec un nez moins aquilin, Netanyahou aurait imprimé un autre cours aux relations israélo-palestiniennes. En vérité, le pif selon Le Pen n’est qu’un prétexte pour suggérer qu’il n’a pas perdu son flair. Si le journaliste de France 24 est parvenu à s’immiscer sur son  territoire sans s’appeler Cohen et sans doute après un rabotage chirurgical de son appendice nasal, il ne pouvait faire illusion longtemps. C’est à des petits détails comme ça que l’on reconnaît le sens de l’Histoire chez un Le Pen.

Le 23 août 2011 à 09:03

Hubert, chien de cirque

Le mois dernier, j’ai revu mon cousin Hubert. Je lui trouvé l’air éteint. Comme nous nous aimons bien, il s’est un peu confié. — En janvier dernier, figure-toi, j’ai ouvert un blog, comme tout le monde. Ça distrait. Trop. Je me suis enflammé pour l’auteur du premier commentaire aimable, une jeune parisienne, à ce que j’ai compris. Et me voilà parti à lui composer des poèmes, à faire des cabrioles, à inventer des tours, à la suivre à la trace sur tous les chemins virtuels possibles. Ah ! Le succès que j’ai eu, c’est peu dire qu’il ne fut même pas d’estime. Alors j’ai fermé mon maudit blog. Pour en ouvrir un second, puis un troisième qui lui était spécialement dédié. Et plus j’implorais un regard, une minute d’attention, plus les coups de pied pleuvaient. Enfin j’exagère, mais elle ne venait plus jamais me lire. La nuit, je dormais sur le paillasson de son blog à elle, sans oser y entrer. Le jour, je mettais au point pour le mien de nouveaux numéros qui auraient pu enfin l’attirer et lui plaire. Niet. Les compliments, les petits mots pleins d’esprit étaient toujours pour les autres. Je dépérissais. Puis, bizarrement, mon visage changeait un peu, mes oreilles aussi, et je me suis mis à manger beaucoup de viande, moi qui avant la détestais. Quand plus personne n’a reconnu ma voix au téléphone, j’ai compris qu’il fallait vraiment faire quelque chose. J’ai voulu supprimer mon compte, mais on m’a répondu qu’il n’existait pas, qu’il n’avait jamais existé.

Le 22 avril 2011 à 01:14

« Un "Armageddon mondial" sur les monnaies de papier »

Marine Le Pen, communiqué, mercredi 20 avril 2010

"Déficits, dettes, inflation, insolvabilité des banques et des Etats, futur choc pétrolier, austérité sociale, tous les symptômes de la crise monétaire, annoncée dès 2008 par le FN, se mettent progressivement en place pour former un prochain Armageddon mondial  sur les monnaies de papier »  Elle a lu Marx sur papier bible, la dauphine du FN. L’effondrement du capitalisme dans l’embrasement de l’ultime bataille entre forces du Bien et du Mal, telle que prédite  dans l’Ancien Testament (« Apocalypse », chapitre 16, verset 16), c’est l’histoire de la lutte des classes racontée en chaire, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. A l’avant-garde révolutionnaire se substitue l’armée du Christ, boutant hors du royaume de Dieu les troupes de l’Antechrist. Enfin, en gros. Car à lire le communiqué jusqu’au bout « le modèle économique patriote » pourrait quand même éviter cet affrontement d’Armageddon conduit par un Messie vengeur. « Lepénisme ou barbarie », en quelque sorte. Reste quand même une question : pourquoi une telle alarme, maintenant ? La menace lancée par l’agence de notation Standard & Poor’s de placer le "AAA" des Etats-Unis sous perspective négative aurait-elle affolé le FN ?  A moins que ce ne soit tout bonnement un coup de chaud. La famille Le Pen semble sujette aux humeurs de saison. Le papa, la veille dans France-soir, s’était inquiété que les immigrés puissent un jour venir « sodomiser » le président de la République. C’est dire que le monde, selon les Le Pen, est vraiment cul par dessus tête.

Le 28 avril 2012 à 09:30

Rouille de printemps

Le fébrile candidat sortant vient encore une fois de changer de véhicule de campagne, en optant pour cette antique "dedeuche" (cliché officiel), mythique emblème de la France, et rouillée jusqu'à l'os en illustration d'un élan éperdu vers les humbles, les petits, les pauvres gens, "les Français qui souffrent". Les chefs de la Nouvelle UMP (Union des Misérables pour le Président), assez réservés à la vue du véhicule pathétique, furent priés de laisser leurs doutes au vestiaire - s'agissant justement de vestiaire, le candidat leur fit parade de ses nouveaux atours : oubliés le beau costard à 6500 euros, les belles tatanes à beaux talons à 4500, troqués contre un costume Tati (59,99) et des souliers Eram (34,95). Juppé, le lettré de la Nouvelle UMP, ayant cru bon de susurrer qu'en latin "eram" signifiait "j'étais", le candidat hurla "J'étais! Je suis! Je serai!", fou de rage il claqua la porte et, après s'y être engouffré, la portière de sa dedeuche qui sous le choc se décrocha. Un team de mécanos la suivra désormais de très près dans une Renault gris métal. Composée en hâte une rangée de supporters, à droite de la photo, s'étire d'un landau à un senior de petite taille. Les paniers disposés sur la galerie contiennent des pin's à distribuer aux foules. Quant à l'écriteau surplombant le pare-brise, s'il n'est pas sans évoquer celui que Pilate fit mettre au-dessus de la tête de Jésus, il reste, à la différence de celui-ci, illisible. L'avenir n'est pas écrit.

Le 22 avril 2012 à 09:31

Pour ou contre 18 heures 30

Dernière polémique avant fermeture (des bureaux de vote)

Il fallait s'y attendre, à l'heure où s'achève la campagne pour le premier tour de l'élection présidentielle, une ultime polémique s'ouvre. La technologie, éternelle responsable de nos maux les plus divers, nous précipite vers l'anarchie. Et l'on va bafouer la Loi, et l'on va dénaturer le vote des Français. De sales petits opportunistes voudraient annoncer le résultat de l'élection avant l'heure, dont tout le monde sait que ce n'est pas l'heure. D'abord, l'ennemi est à l'extérieur, un étranger pour tout dire. Un étranger francophone, mais un étranger tout de même. Suisse, Belge, quoi d'autre ? Anglais aussi, probablement, les Anglais (et qui plus est sont en grand nombre anglophones) ont toujours un sale truc à se reprocher dans les vilaines histoires. Des sites d'information, et ce tout à fait légalement puisque non soumis à la loi française, iraient pérorer le nom du vainqueur privant nos chaînes nationales de la primeur de notre information. Ah ! Misère ! On joue contre nous avec nos propres lois. On se croirait en Europe !Mais l'ennemi est également intérieur, comme si la coalition belgo-helvétique ne suffisait pas. Dès 18 heures 30, les serins du Web, professionnels et amateurs iraient gazouiller le nom des finalistes dans leur cuicuiteur, sur la page de leur « livre à figures », alors même qu'à certains endroits de l'Hexagone (il paraît que c'est dans les coins que l'on s'arrête le plus tôt) les gens n'ont pas fini de voter. Imaginez donc que cela incite les abstentionnistes à se déplacer en nombre ! Que deviendrait l'élection sans abstention ?Aussi, que ne promulguons-nous un décret interdisant purement et simplement 18 h 30. Dès 6 heures du soir, le temps s'arrêterait pour ne reprendre qu'à 20 heures et le tour serait joué.On se demande vraiment à quoi ils pensent au gouvernement.

Le 21 janvier 2012 à 09:40
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