Michel Zinger
Publié le 21/08/2015

Mondes Parallèles


Le Troisième Homme

Après une enfance heureuse, tout juste perturbée par le fait que mes parents pensaient que je n’étais pas vraiment leur fils, je n’ai pas su trop quoi faire de l’avenir. Mes études furent bordeliques et décousues, entre faculté des lettres et des sciences, beaux-arts et musique, le tout en même temps, sans être doué pour quoi que ce soit et sans jamais aboutir à quelque chose. Un jour, alors que je cherchais un chemin que jamais je ne trouvai, je frappai par hasard à la porte d’une école renommée qui, ayant apprécié mon sens de la repartie, eut la bonté de m’accueillir, de m’enseigner des choses et de me donner de quoi occuper mon temps pour la vie avant que je ne réalise que ce temps n’existait pas.

 

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Le 16 mai 2014 à 09:11

1+0=2

Les progrès du futur #11

En 2051, le Parlement européen finit par autoriser le clonage à des fins reproductives. Pour André, ce fut une délivrance. Étant d’un naturel sauvage, il n’avait jamais trouvé de compagne et d’ailleurs n’avait aucun penchant pour la copulation. Il se lança aussitôt dans la procédure de clonage. On lui préleva très simplement une goutte de salive, puis un œuf anonyme reçut son ADN et fut implanté dans un utérus lui aussi anonyme, probablement moldave. La naissance eut lieu en janvier 2052 et le bébé fut tout naturellement appelé André Junior. Dès son arrivée, toute la vie d’André tourna autour de lui. Prudent, André avait vérifié auprès de sa propre mère qu’il avait été un bébé facile : à cinquante ans passés, il ne se sentait pas le courage de se lever la nuit pendant des mois. Ses espoirs furent déçus : Junior était d’un naturel agité et pleurait beaucoup. Il ne fit ses nuits qu’à dix mois puis enchaîna les cauchemars pendant plusieurs années. Bien sûr, il ressemblait énormément physiquement à son père, malgré un teint de peau plus clair, et il était comme lui d’un naturel volcanique mais taiseux. Cependant, plus les années passaient, plus leurs chemins divergeaient. André, qui rêvait de partager ses passions, philatélie, héraldique, football gaélique, vit avec désespoir son fils tomber dans le rugby à treize et le théâtre contemporain. Junior en particulier négligeait la cuisine japonaise dont André raffolait, lui préférant le bortsch. Puis un jour Junior disparut, laissant un mot disant qu’il partait à la recherche de sa mère et que désormais il s’appelait Andrzej. Alors André, souriant entre ses larmes, se souvint avec émotion comme il avait quitté précipitamment le domicile parental à seize ans.

Le 7 juin 2012 à 14:51

L'important, c'est les trois points

Le sport, tout le monde le sait, on l'a suffisamment répété à la télé, est une magnifique école de vie. Le magnifique enchaînement service volée Euro – Jeux olympiques qui nous attend, par exemple, va nous apprendre beaucoup de choses.   Je ne parle pas seulement de la légendaire mauvaise foi, utile au moment d'affirmer « Pas du tout, monsieur le juge, il n'y a pas du tout faute, je suis victime d'un complot ». Moi-même, l'autre jour, j'ai demandé si je pouvais rentrer plus tôt car j'étais un peu malade, puis je me suis roulé par terre en me tenant le tibia, il m'a demandé « Mais c'est pas une angine que tu avais ? » et j'ai fini un truc que j'avais à finir.   Mais le sport a encore beaucoup plus à nous apprendre. L'existence d'un pays nommé St Kitts-et-Nevis, par exemple. Ce n'est pas super utile au quotidien, mais on sait jamais, une finale impromptue de « Questions pour un champion » est si vite arrivée... D'ailleurs, il est amusant de constater que la plupart des St Kittsois-et-Nevissou sont spécialistes du sprint : leur participation aux Jeux olympiques est plus courte que le temps qu'il faut pour prononcer le nom de leur pays.   Le sport est également riche source d'inspiration à l'heure de choisir un prénom : Jo-Wilfried, Usain Przemyslaw ou Mannschaft, avoue que ça claque plus qu'Ethan et Léa. De même pour les surnoms : L'aigle de Vizille, la loco de Waco, le taureau du Bosphore, le Kid de Las Vegas, le Normal de Tulle, la Jument de Michao, ça change un peu de roudoudou ou chouquinet.   Songez-y avant de céder à la facilité et de préférer participer aux championnats du quartier d'enfumage de voisins catégorie plus de 60 kilos de merguez plutôt que de suivre la rediffusion de plongeon synchronisé en solo sur une chaîne du câble.

Le 1 avril 2010

Georges de la Fouchardière (1874-1946)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Passé à la postérité uniquement pour son roman acide La Chienne (1930), transposé fortichement à l’écran par Jean Renoir puis Fritz Lang, le chansonnier et polémiste provocateur Georges de la Fouchardière, entre 1915 et 1940, filait la grelotte aux puissants du jour. C’est que c’était a priori dans la grande presse parigote (L’Œuvre surtout) qu’il décochait avec une verve ébouriffante ses flèches de feu contre :- les ratichons : « Quand on craint Dieu, on craint tout. »- les éducastreurs : « Il y a pire que la prison. Il y a l’internat scolaire, bagne des petits d’hommes. »- la gradaille militaire : « Si les civils de tous les pays, qui sont la majorité, voulaient former une union internationale pour neutraliser les militaires avant le début des hostilités… »- du travail forcé : « Les bêtes joyeuses ne travaillent pas. »- du culte de la longue expérience : « L’expérience n’a jamais servi de leçon à personne. Et, grâce à la mémoire, nous regrettons surtout de ne pouvoir renouveler nos sottises d’antan. »- de la servitude volontaire : « Il faut haïr les bourreaux mais aussi se méfier des victimes. »- ou du régime de la propreté individuelle : « Si vous décapez votre peau, vous ouvrez la voie aux microbes. La véritable hygiène consiste à se laver le moins possible. »Mais l’auteur du pamphlet Les Médecins malgré nous ne se contentait pas toujours d’être un « criminel de l’encrier ». Il faisait de l’agit-prop burlesque à la Abbie Hoffman quand il conviait les gens à s’habiller tous soudainement en sergents de ville. Et n’en était pas à une vraie transgression près avec ses mystifications nonchalantes (il frigoussa longtemps en début de carrière ses grands reportages vécus au cafeton du coin) ou avec ses sabotages perfides (il lui arrivait de modifier avec art le nom des rues sur les plaques publiques).

Le 1 avril 2015 à 08:22
Le 20 novembre 2012 à 10:49

Elections/UMP : Quand les psychologues accompagnent les journalistes dans l'après-duel

C’est le grand tabou de cette élection interne à l’UMP. Jean-François Copé a été officiellement reconnu vainqueur hier soir. Le suspens et la tension dégagés par son duel avec François Fillon prend donc fin. Mais les grands oubliés de cette confrontation maintenant terminée, ce sont bien les journalistes français. Ce clash au cœur de la droite française a nourri et passionné la quasi-totalité des médias d’informations de l’hexagone. Des journalistes qui retournent aujourd’hui à une réalité bien moins excitante. Et dans plusieurs rédactions un service d’accompagnement psychologique a même été mis en place pour les aider dans leur retour à la normale.   « Des journalistes qui se laissent mourir »   Catherine Pouchet fait partie de ces psychologues qui opèrent au sein des rédactions. Elle assure une permanence d’écoute et de conseil à BFM TV depuis une semaine. Pour elle, ce mal-être propre au milieu journalistique reste encore mystérieux par bien des aspects :  » On ne connaît pas bien la nature de cette pathologie encore récente dans l’histoire de la psychopathologie. Tout ce que l’on peut dire aujourd’hui c’est qu’on a là un syndrome proche du trouble de stress post-traumatique vécu par certains soldats lors de leur retour du front. Personnellement, dans mon travail j’ai à faire à des individus qui ont perdu toute envie professionnelle, parfois même toute envie de vivre. Des journalistes qui cessent de se nourrir, délaissent leur hygiène, s’isolent psychologiquement et socialement. On a à faire à des journalistes qui se laissent mourir« .   Luc est journaliste à Libération. Ce choc post-traumatique il le connaît bien. Il l’a vécu après l’affaire DSK. Chargé de suivre l’histoire dès le début du scandale il a très vite sombré quand l’attention s’est essoufflée sur le sujet : « Du jour au lendemain je suis passé d’une actualité de pointe à des sujets de société franco-français, parfois même des faits divers locaux. Je me souviens l’avoir extrêmement mal vécu. J’avais l’impression de régresser professionnellement, socialement mais humainement aussi » .   Pour soigner ce traumatisme post-actu, Catherine Pouchet reconnaît qu’il n’y a pas de solution miracle et que le traitement reste relativement classique : « Avec la plupart de mes collègues, nous conseillons aux rédacteurs en chef de ne pas imposer un changement trop brutal à leurs journalistes traitant des gros sujets comme l’élection au sein de l’UMP. Nous leur demandons de distribuer progressivement des sujets un peu moins excitants, plus normaux pour que le journaliste ait le temps de s’habituer, qu’un phénomène d’accoutumance ait le temps de s’installer. Pour le reste, ma tâche consiste essentiellement en un travail d’écoute. Et puis nous rappelons toujours aux journalistes qui sortent d’un sujet de premier plan et qui viennent nous voir que l’actualité peut très bien leur apporter très vite un nouveau sujet brûlant comme un tsunami ou un scandale sexuel » .   Le Gorafi  

Le 9 novembre 2011 à 16:35

« Est-ce du courage de mentir, de basculer dans la démagogie, de taire la vérité, de vous accrocher à des vieilles lunes socialistes qui vous ont certes conduit par effraction au pouvoir en 1997 ? »

François Baroin, Assemblée nationale, mardi 8 novembre 2011.

J. K. Rowling va devoir se remettre à l’écritoire pour ajouter un huitième volume à sa saga. Voilà en effet un ministre français qui a la tronche de Harry Potter, mais parle comme Voldemort à qui on serait venu voler le pensionnat de Poudlard. Ca tombe bien puisque le tome 7, épisode ultime à ce jour, se déroule autour de 1997, l’année même où la gauche a pénétré « par effraction » dans les palais de la Chiraquie. La trame est fournie par le ministre de la Magie, pardon de l’Economie, interpellant aux questions d’actualité les cambrioleurs socialistes toujours en liberté. Que fait la police ?  La propriété du pouvoir est à droite, sa confiscation est de gauche. Harry Baroin qui était alors un « bébé-chirac » (avant de devenir un ado-Sarko pour croûter) en garde un souvenir terrible. Une scène primitive où dans des bacchanales de 35 heures et plus, les voyous pluriellement de gauche forniquaient dans les meubles d’une famille spoliée. Il se trouvera bien encore des  Moldus pour prétendre que gagner des élections ce n’est pas forcer les serrures, mais c’est qu’ils ne comprennent rien aux forces obscures menaçant l’ordre des choses. Chirac qui avait dissout par distraction, a pris le risque d’inscrire au chômage  la génération des Baroin. Il en suffoque encore d’indignation le Potter de Bercy.

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