Dominique Cozette
Publié le 22/08/2015

Désolée Francis


Je nais, je hurle, je fais chier, je fais des touches, des conneries, de la musique, je me marie, je fais une fille, je m’emmerde, je divorce, je fais la bringue, du piano, de la pub, des chansons, du chili con carne, des romans, je fais du bien, je fais du mal, du roller, de la peine, je fatigue, je me fais jeter, je persifle et signe, je chante, je soude, je me remarie, je peins, j’accroche, je décroche, je m’accroche, enfin j’essaie. 

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Le 1 juillet 2011 à 09:20

Marcel Mariën (1920-1993)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Louis Scutenaire, E.L.T. Mesens, Paul Nougé, Achille Chavée…, le surréalisme belge de combat a été incarné par quelques satanés pendards qui en ont fait voir des belles à « ces faces de pets qui nous gouvernent » (Scutenaire) sans se faire poisseusement récupérer à la fin de leur vie. D’entre eux tous, le pire « boutefeu de sédition » (comme on disait d’un Blanqui), ce fut sans nul doute Marcel Mariën. C’est qu’il n’avait pas usurpé sa réputation de grand « récidiviste du canular ». C’est à lui, par exemple, qu’on doit le gag, en février 1955, des cartons d’invitations dupeurs à une cérémonie d’hommage à André Breton dont les postures autoritaires et les transes magico-mystiques dédiées aux « grands transparents » agaçaient de plus en plus les rebelles belges. « Dans un froid glacial, une cinquantaine de personnes, dont la presse et la radio, s’étaient rendues à l’hôtel Lutecia pour y tomber sur un colloque des Auvergnats de Paris, marchands de bois-charbon. » Neuf ans auparavant, à Bruxelles, c’est lui aussi qui est l’instigateur de la blague du cycle sexologique : « Nous venions de réussir un coup de maître au Palais des Beaux-Arts, en lançant une invitation pour des conférences sur la sexualité, qui devaient être “illustrées de scènes explicatives pour lesquelles de jeunes intellectuels des deux sexes prêteraient leur concours”. Cette invitation, présentée comme une initiative culturelle du Séminaire des Arts avait jeté l’émoi dans le personnel chargé de la location des places, à la fois submergé par les demandes tout en étant incapable d’y pourvoir. » Et il frappera encore plus fort, en 1962 quand il fera annoncer dans un tract illustré d’un billet de 100 FB distribué au Casino de Knokke-le-Zoute la veille d’une rétrospective René Magritte que le peintre « a décidé de vendre désormais ses œuvres à des prix dérisoires ». « Ce dernier, complètement effaré, recevra aussitôt des félicitations d’un peu partout. »   Mais Marcel Mariën ne fut pas seulement un maître-farceur de premier calibre ayant amorcé tôt sa galapiate carrière lorsque, adolescent, il s’en allait permuter les croix de bois plantées sur les sépultures des cimetières de campagne. Outre qu’il se lança en 1953 dans la contrebande de cigarettes et de parfums entre la Normandie et les Antilles et qu’il devint en 1963 trafiquant de lingots d’or sur la rivière de Saïgon, il fut également un faussaire piednickeléesque consommé. En 1939, pendant son service dans l’armée belge, il fabrique des permissions à la chaîne en contrefaisant la signature de son commandant. En 1941, il vend ses premiers recueils de poèmes sulfureux à… des macchabées. Il coche, en effet, les noms et adresses des défunts du jour à qui il envoie ses opuscules contre remboursement. « Je réussis même, relate-t-il dans Le Radeau de la mémoire, à caser un exemplaire chez un défunt qui portait le même nom que moi, jouant sur l’homonymie de l’expéditeur et du destinataire pour abuser la famille éplorée. » La même année, en temps que nègre inspiré du parfumeur-collectionneur René Gaffé, il crédite son employeur d’une douzaine d’essais artistico-littéraires brillants qu’il bricole gredinement en pillant savamment des textes déjà existants. « Il va sans dire que plus d’un critique coté s’extasia sur la pertinence et la nouveauté de ces mosaïques. » De 1942 à 1946, il vend moultes faux Picasso, Braque, Ernst ou Chirico, tous confectionnés en tapinois par Magritte. En 1951, « mandé par un congrès de receveurs communaux pour y prendre note des discours prononcés », il en marie les mots-clé avec « un collage de textes empruntés à divers auteurs tels que Montesquieu, Pascal, Alain, Valéry. » En 1953, il écoule à Oostende et à La Panne des faux billets de 100FB ouvrés par les frères Magritte. En 1958, turbinant dans une agence publicitaire, il truque au profit de comparses les résultats des concours hebdomadaires d’une firme de poudre de lessive. Au risque de vous donner le tournis, n’en restons pas là et complétons cet édifiant portrait avec d’autres frasques de Marcel Mariën. En 1939, il écrit au roi Léopold III pour lui suggérer « d’intervenir sans tarder pour que l’on élevât anticipativement un monument aux morts de la guerre qui s’annonçait ». Il signe sa requête Léon Degrelle. En 1955, il crée le Prix de la Bêtise Humaine qui est décerné conjointement au roi Baudouin, pour son voyage au Congo belge et à André Malraux pour l’ensemble de son œuvre esthétique. En 1959, avec son scandaleux film blasphématoire L’Imitation du cinéma, fort vite interdit en France et en Belgique, il pause la question : « Pourquoi un homme tombant dans la rue déclenche-t-il le rire et non pas le Christ avec sa triple chute pendant le calvaire ? » Et il n’arrêtera jamais de prodiguer aux jeunes générations délurées de fort avisés conseils pratiques de cette farine. « Sans doute il y aurait-il quelque bien à agir adroitement sur les tristes décors qui nous ont été légués, à les faire passer de leur signification actuelle à leur signification réelle : par exemple, à badigeonner de bran Notre-Dame de Paris. » « Arrêtez d’un geste désespéré la plus luxueuse limousine que vous croiserez sur la route. Demandez à l’occupant, comme si vous aviez affaire à un maître de maison où l’on vous aurait invité l’endroit de la toilette. » « Si vous êtes amené à assister à un enterrement religieux, au moment où l’employé des pompes vous remet un cierge et vous invite à faire le tour du catafalque, il vous est très aisé, feignant de trébucher par exemple, de mettre le feu au poêle qui recouvre le cercueil. »   À lire le réjouissant dossier collectif L’Imitation du cinéma. Histoire d’un film ignoble (Éd. La Maison d’à côté) dans lequel on prend connaissance d’un communiqué de presse historique de la Centrale Catholique : « Le film en question est une parodie sacrilège du christianisme mêlée d’une obscénité qui dépasse toute imagination. On espère que le Parquet prendra les mesures nécessaires pour mettre hors de circulation cette pellicule indigne d’un pays civilisé. » Un DVD de l’objet du scandale escorte le texte. Valent aussi le coup d’œil : l’étude de référence Les 100 mots du surréalisme (Que sais-je ?) par les profs universitaires belges Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand ayant bien potassé leurs fiches. La bio éperonnante de Geneviève Michel Paul Nougé. La Poésie au cœur de la révolution (P.I.E. Peter Lang) qui raccorde futefutement les provocations ludiques du groupe surréaliste de Bruxelles à la saga situationniste. Et puis encore le Petit Guide de l’irrévérence au pays de Liège (Yellow Now) fricassé par d’enjoués connaisseurs du sujet, les historiens Alain Delaunois et Pierre-Olivier Rollin et l’agitateur anarcho-pataphysicien André Stas.

Le 26 septembre 2011 à 08:08

« Elle balance beaucoup apparemment Hélène »

Brice Hortefeux, écoute téléphonique (légale), 14 septembre 2011

Elle a le prénom d’une reine de Sparte, elle n’est que princesse serbe, mais elle cause autant d’ennuis en Sarkozie que jadis la maîtresse de Pâris aux Troyens. Le bonnet de Ménélas, cocu antique, est bien porté par Thierry Gaubert dont les magouilles financières ont été « balancées » à la justice par Hélène de Yougoslavie, son ex.On ne dira jamais combien le divorce est le talon d’Achille (c’est involontaire) du quinquennat. Tout commença par Cécilia Sarkozy qui plaqua son mari au moment où il tranformait l’essai présidentiel. Elle s’en alla porteuse de lourds secrets, dont elle ne dévoila que quelques bribes sur « la firme », surnom d’un groupe de potes un peu limites, très encombrants mais si utiles dans l’ascension du chef. Brice Hortefeux en était la première gâchette, ce qui lui valut l’Intérieur comme part de butin, et Thierry Gaubert un porte-flingue de second rang, mais porte-mallettes commode, selon Hélène, pour transférer dans les caisses de la campagne Balladur de 1995 des liasses de billets tombées du camion dans les marchés d’armement. L’affaire se corse (encore involontaire) avec un certain Ziad Takieddine, intermédiaire levantin dans ces contrats commerciaux à neuf chiffres. Il eut le mauvais goût de chipoter sur la pension alimentaire de la mère de ses enfants, Nicola (sic) Johnson, laquelle dévoila au juge son carnet d’adresses, assez fourni pour organiser une primaire de bon niveau à l’UMP. Cecilia, Hélène et Nicola : une sacrée guerre des Trois.

Le 28 décembre 2014 à 08:26
Le 6 août 2013 à 07:58

Le boa aime le beatbox

Carte postale de Naplouse

Il a fallu en douce tirer l'électricité depuis le village jusqu'à l'amphithéâtre romain, et croiser les doigts pour que le concert ne soit pas interrompu manu militari. C'est que le village et les ruines qui l'entourent se situent en zone C et sont donc sous contrôle israélien. La fête de la musique durera dix jours en Palestine mais ce concert, annoncé dans le programme officiel, pourra-t-il se dérouler sans être interrompu ? Tout le monde ici l'espère, et surtout celui qui a organisé cet événement, le compositeur et violoniste Ramzi Aburdwan, fondateur de l'école Al Kamandjâti à Ramallah. Musique arabe en première partie, avec des instrumentistes et un chanteur issus de l'école. Puis ce sera nettement plus hip hop, car Ramzi a invité ses copains Ezra et Los, champions d'Europe de beat-box – vous savez, ces musiciens qui prononcent à une vitesse hallucinante "tchiki tom tom" la bouche collée contre un micro et vous font croire qu'un DJ ou qu'un orchestre entier est sur la scène.Ramzi Aburdwan ? Sa photo a fait le tour du monde quand il avait huit ans, vous l'avez certainement vue : un  gamin haut comme trois pommes en train de caillasser les troupes de Tsahal. Et une autre bien des années plus tard, où Ramzi a troqué ses cailloux contre un violon : en écho au solo de Rostropovitch devant le mur de Berlin en 1989, il joue devant le mur de séparation édifié en plein territoire palestinien par l'occupant. La sono est prête, le soleil a glissé derrière les collines, un petit vendeur s'est posé sur le chemin longeant l'amphithéâtre avec un caddie débordant de melons... le concert commence sans attendre que le public ait fini de s'installer sur les hautes marches de pierre : gosses des villages suivis par leurs mères et grandes soeurs, quelques élégants venus de Naplouse, vieux en keffieh et grand-mères qui préfèrent s'asseoir derrière l'orchestre. Arrivent enfin les jeunes gars du coin, entourant Khaled aux épaules chargées d'un lourd fardeau : un boa constrictor de deux mètres, que tout le monde vient caresser. C'est l'attraction pendant un moment. Puis le boa, le maître et ses lieutenants prennent place sur les gradins de pierre antique. L'orchestre est ovationné. Les beat-boxers vont faire un triomphe. Pas de colonies de peuplement au sommet des collines en face. La lumière baisse doucement. C'est la liberté. 

Le 16 juin 2012 à 09:07

Pour Marlène Saldana

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 9

> premier épisode   Je ne vais pas trop m’énerver parce que dans La Dispute, sur France Culture, globalement, ils ont dit beaucoup de bien du spectacle d’Yves-Noël Genod, Je m’occupe de vous personnellement. Mais ils ont dit une énorme connerie, aussi grosse que la maison de la radio -je crois me rappeler que le « coupable » est Arnaud Laporte- ils ont dit que Marlène Saldana était peut-être sous-employée, juste montrée pour sa nudité, grosse comme grosse qu’elle est. Déjà, j’insiste, Marlène Saldana n’est pas plus grosse que Audrey Bonnet est maigre, pas plus brune que Dominique Uber est blonde, pas plus silencieuse que Valérie Dréville est « sonore ». Le poids de Marlène Saldana, ses formes généreuses, c’est son plus petit dénominateur commun. Quelle connerie de faire remarquer cela. Quel degré zéro de la critique. Bref, passons. Passons sur le brin de misogynie que telle remarque suppose. Passons sur la grosseur (qui n'est qu'un effet d'optique bien relatif) pour parler de cette notion "d’emploi", très intéressante sur ce qu'elle révèle comme malentendu.  Quelle merde dans les yeux que de dire que Marlène Saldada serait sous-employée ! Parce que, sans doute, « employer » Marlène Saldana ça veut peut-être dire lui mettre une plume dans le cul, lui faire dire Phèdre avec l’accent martiniquais pendant une heure trente. Ah oui, ce serait génial, je vois déjà le succès, moi j’y resterais, de rire j’en crèverais. Mais bon, est-ce seulement ça que « d’employer » Marlène Saldana ? Ne peut-on pas avoir pour elle plus d’ambition, de désir, d’imagination voire de tendresse ? Dans Je m’occupe de vous personnellement, justement, Yves-Noël Genod n’emploie pas Marlène Saldana. Il la déploie, il la laisse se déployer. Elle en ferait peu ? Sans doute pourrait-elle en faire plus, mais le peu qu’elle fait n’est-il pas déjà la démonstration éclatante de toute la délicatesse dont elle est capable ? Car Marlène Saldana c’est avant tout la finesse d’une actrice qui ne joue pas de textes parce qu’elle ne parle pas la bouche pleine, elle est bien élevée Marlène Saldana. Elle ne va pas vous cracher une partition à la gueule, elle a mieux à faire, elle a mieux à être. Et là où l'on pourrait croire qu'elle s'exhibe, en fait elle s'offre. C'est triste de ne pas savoir faire la différence. Mais bon...  « Quand Polyphème le cyclope demande à Ulysse son nom, la réponse est Outis, personne. Cette réponse va le sauver. Le Je n’est pas quelqu’un, il n’a pas de carte d’identité. Et pourtant c’est en me désignant comme Outis que je me rends unique, différent de tous les autres et d’abord de moi-même. »  J-B Pontalis. Marlène Saldana n’est pas sous-employée, elle joue Personne, son nom est personne, c’est à dire qu’elle joue tout le monde, elle joue « n’importe qui ». Elle joue la Californie et la Franche-Comté en même temps. Et franchement, le rôle est aussi grand que Phèdre, Médée, etc. Marlène est Outis, elle est vachement bien « employée ». Meuhhhh.

Le 20 janvier 2015 à 15:07

Oecuménique amer

Bonjour. Il me semble que j'avais une place de chroniqueur ici, mais je n'ai plus rien écrit depuis longtemps, il me semble, même si je n'ai jamais vraiment eu la notion du temps. Mais que voulez-vous, Dieu, c'est pas mal de boulot. Il faut créer la Terre et les Cieux, recevoir les prières, accueillir les âmes défuntes, organiser les tournois de ping-pong. Heureusement que j'ai quelques collègues, sinon je ne m'en sortirais pas.   En plus, je ne sais pas ce que vous avez fichu, au juste, mais St-Pierre est dans tous ses états. Il paraît que vous avez décidé de tous vous appeler Charlie et que c'est l'enfer à gérer au niveau des registres d'entrée. Il a marmonné que si ça continuait, il allait mettre la clé sous la porte. En plus, il y a des petits nouveaux qui ont débarqué récemment, qui chahutent beaucoup. Normalement, on devrait pas les accueillir ici : les catholiques vont au Paradis, les protestants au paradis, les bouddhistes se réincarnent en loutres s'ils ont été bons et en humains s'ils ont mal agi, les athées vont au bistro. Mais eux, ils voulaient absolument passer un moment voir des saints.  Ils sont sympas d'ailleurs ceux-là. Depuis le temps que je cherchais à relancer l'atelier dessin, ça va apporter un peu de nouveauté. Léonard est pas hyper content, mais bon les jocondes et les cènes, ça va 500 ans et c'est quand même beaucoup plus drôle avec des poils et des nichons.    Justement, à propos de dessins et d'entraide, il y a un collègue, Allah, qui a l'air un peu préoccupé, en ce moment. Je sais pas si vous le connaissez. Il est nouveau, dans ce métier, à peine quatorze siècles. Mais son affaire marche bien. Je l'avais pas mal aidé à se lancer, au début, je lui avais prêté quelques prophètes. Même le Petit avait donné un petit coup de main. Je lui avait aussi dit : "prends un pape, ça aide et puis c'est rigolo", mais il a refusé. Il a dit "non mais je vais leur laisser un manuel d'instructions suffisamment clair, avec plein de sourates, ça passera tout seul". J'ai trouvé ça bizarre, mais j'avais compris souris, il faut dire. Résultat, il se trouve lui aussi avec plein de petits nouveaux qui essaient de passer par l'entrée des Martyrs alors qu'ils sont attendus à l'entrée de service, à côté des poubelles. Il a peut-être pas tort, d'ailleurs. Le mien, de pape, je suis en train de le perdre. Au début, je l'aimais bien. Le Petit m'avait assuré que c'était un pape moderne, qu'il allait me reconnecter avec mon électorat, des trucs de marketing, ça sonnait bien. Et puis là, il sort "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal". Moderne, je veux bien, mais de là à se mettre à parler comme le premier petit caïd de cour de récré venu, je sais pas si je suis prêt à franchir le pas.   Mais je digresse, je m'égare, et j'ai un tournoi de ping-pong à préparer. C'est pas mal, le ping-pong. Un excellent moyen de résoudre les conflits. Vous devriez essayer, un peu.

Le 14 avril 2012 à 08:41
Le 23 août 2015 à 15:50

La carte à Pupuce

Pubologie pour tous

Aujourd’hui c’est Friday wear chez les banquiers. La semaine est presque finie, et autour de la table de réunion, le marketing a fait valser les cravates. Les chemises nonchalamment déboutonnées laissent entrevoir la hiérarchie bien plus clairement que les marques de costume. Le responsable  - toison grise sur bronzage Gold nuance 3 semaines aux Caraïbes– annonce le sujet du jour : brainstorm’ sur les cartes bancaires. Le sous-fifre – glabre sur bronzage laiteux nuance week-end à Deauville– précise : aujourd’hui, on doit trouver des idées de thématiques pour nos cartes Collection. Ce sont des cartes bancaires dont le pricing est plus élevé parce qu’elles offrent des services targetés en fonction des passions des gens. Par exemple, on a fait la carte Rugby : on te rembourse ta licence si tu peux pas finir ton année, et t’as des réducs chez les équipementiers. Et là on cherche de nouvelles idées. Il se lève et se dirige vers le paperboard. « Bon, ben c’est parti », il annonce en débouchant son marqueur. Vague de silence sous les néons. Un regard se tourne même théâtralement vers la fenêtre, le monde libre où les gens vont boire des coups le vendredi soir au lieu de se faire chier à trouver des idées de merde pour des clients qui préfèreraient qu’on baisse leurs frais bancaires plutôt que de les vaseliner avec des services à la con. « Euh, thématique animaux ? » se risque le lèche-bottes – poils blonds sur bronzage caramel nuance Point Soleil – « les gens adorent les chatons sur Internet ». « Ah, c’est bien, ça », dit le boss, autorisant ainsi l’assemblée à trouver ça bien.  Peu à peu les langues se délient et les idées s’emballent. La musique, pour les jeunes ? La nature ! La BD. Les vêtements ? Son marqueur fusant sur le papier, le sous-fifre n’a pas le temps de penser, et il n’aime pas se faire doubler. Vite, une idée, vite. Soudain, ses yeux s’exorbitent et entre ses lèvres il dégueule : « et si on faisait un truc pour les femmes ? Avec une assurance sac à main, quelque chose dans le genre ». Silence dans l’assemblée. Les regards se tournent vers le chef, qui semble évaluer l’idée. Une, deux, trois secondes se passent, c’est une torture pour le sous-fifre aux mains moites comme pour les concurrents qui espèrent secrètement le lynchage. « C’est brillant », murmure le chef.  « En effet » murmure le lèche-bottes. Dans les yeux du market’ ce soir, il y a comme de la gratitude. Ils pensent à Pupuce, toujours fidèle et dévouée, qui en ce moment même doit être en train de préparer des crêpes pour les mioches. Pupuce, avec ses jambes poilues sa cellulite sur le cul, mais qu’ils aiment toujours, tendrement, peu importe le nombre de jeunes cruches qu’ils tronchent dans les voyages d’affaires. Oui, Pupuce mérite sa carte de crédit rien que pour elle. « Et peut-être, ajoute le sous-fifre, qu’on pourrait faire une assurance dépannage à domicile, un truc comme ça ? Pour quand il y a une panne d’électricité et qu’elles sont seules ? ». Après quelques références au porno et quelques rires gras, l’idée est finalement acceptée. Et le lèche-bottes, avec l’énergie du désespoir, renchérit : « On pourrait en faire une pour les hommes aussi ? ». La tentative est trop évidente, il le sent en prononçant la phrase. Encore, les regards convergent vers le boss, qui ne tarde pas à trancher « Ben non, pour les hommes, il y a la Gold ! ». Dans un grand éclat de rire, la réunion se termine. Le market’ peut rentrer chez lui, retrouver Pupuce, avec le sentiment du travail bien fait.

Le 2 octobre 2014 à 09:32
Le 22 août 2011 à 10:21

"Nous rassemblons les ruisseaux, les ruisseaux forment les rivières, les rivières se joignent au fleuve et le fleuve finit toujours par déboucher sur la mer"

Arnaud Montebourg, Frangy-en-Bresse, 21 août 2011.

Le prétendant à l’investiture socialiste pour 2012 ne part pas favori, mais son emphase lui vaut déjà une couronne. Celle de Neptune ? C’est pas pour chicaner, mais son imagerie aquatique est quand même un peu pompée de Jaurès : « C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ». Le père du socialisme démocratique a cependant pris un coup de vieux à l’ère du réchauffement climatique. Ce n’est plus l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui s’en prend à l’homme. Nonobstant la fonte des icebergs, elle n’a pas tous les torts, la mer, au regard des agressions d’une espèce humaine qui la barbouille de pétrole, la tapisse d’immondices, la décore de plastiques ou encore lui bouffe tous ses poissons. Bref « déboucher sur la mer » c’est se coltiner tous les problèmes de la planète auxquels une présidence de la République française confiée à Arnaud Montebourg ne suffirait sans doute pas. D’autant qu’icelui s’est fait le chantre de la « démondialisation ».  Autrement dit remonter du grand large libéral vers le local souverain, à grands coups de taxes douanières. C’est inverser les courants pour assécher la mondialisation. De façon plus prosaïque, on pourrait comparer la méthode à faire rentrer du dentifrice dans un tube. C’est précisément l’inverse du projet altermondialiste, visant à ce que toute la planète ait droit équitablement à l’hygiène dentaire.  

Le 18 décembre 2012 à 08:32

Obama et la NRA d'accord pour supprimer le port d'armes après les 12 prochaines tueries

WASHINGTON D.C – Les Etats-Unis auraient-ils vécu leur tuerie de trop? Alors que l’Amérique sèche encore ses larmes après le massacre de Newtown, Barack Obama semble bien avoir décidé de réagir. Hier, il a annoncé qu’il souhaitait supprimer le droit de posséder une arme à feu après les 12 prochaines tueries. Et, de manière tout à fait inattendue, il a obtenu le soutien de la NRA, le principal lobby pro-armes aux Etats-Unis. Une association traditionnellement contre toute forme de restriction sur les armes à feu. Reportage Un juste milieu Hier, Barack Obama a tenu une conférence de presse pour rendre publique cette mesure : « Ce qui s’est passé à Newtown est la tragédie de trop. Il y a eu trop de tueries, trop d’enfants américains assassinés. Notre pays a un véritable problème avec les armes à feu. Trop de pistolets et d’armes de guerre circulent sur notre territoire et restent accessibles à des personnes psychologiquement instables. Nous devons réagir en restreignant l’accès aux armes. » Toujours dans le cadre de cette allocution, le président américain est ensuite revenu sur le cœur de la réforme qu’il souhaite mettre en place : « Nous allons soumettre au Congrès une modification du deuxième amendement de notre Constitution qui permet le port d’armes aux Etats-Unis. C’est une lourde réforme de fond. C’est pourquoi nous souhaitons le faire lorsque 12 tueries supplémentaires se seront déroulées.» La NRA, le lobby des armes qui a été au cœur des négociations avec Obama depuis la tuerie de Newtown, semble enfin avoir changé d’avis. Wayne LaPierre est vice-président de la NRA : « Nous avons fait des estimations et au rythme actuel d’une tuerie par trimestre, cela nous laisse 3 ans pour voir venir la suppression future du port d’armes. » Et le lobbyiste de continuer : « Douze tueries, cela nous paraît être un juste milieu. C’est à la fois assez pour laisser le temps aux acteurs économiques du secteur de restructurer leur activité commerciale. Et cela permettra en même temps de mettre fin à court terme à ce terrible phénomène des tueries de masse. » L’Amérique prête à tourner la page Christina est institutrice dans une école élémentaire du Wisconsin. Pour elle, cette annonce de Barack Obama est une bonne chose même si elle arrive un peu tard : « Il était temps. Ça aura pris des années mais le pouvoir est enfin prêt à tourner cette page de notre histoire et de nos habitudes. Maintenant, j’espère juste que cela va arriver vite mais je crains que ceux qui militent contre le port d’armes en profitent pour accélérer le processus en organisant des tueries. Ce ne serait pas une bonne solution non plus. Laissons les prochaines tueries se faire naturellement.»   Le Gorafi  

Le 3 mars 2011 à 08:07

Didier de Chousy

Les cracks méconnus du rire de résistance

« — Cette histoire n’est même pas vraisemblable, me disait un de mes amis, à qui je venais de la raconter, tous les personnages y sont fous.—  C’est justement cela qui me donne à croire qu’elle est vraie, lui répondis-je avec mon bon sens des meilleurs jours. » (Ignis)On ne sait rien rien rien rien sur lui, quand il a vu le jour, quand il a tourné le coin, ce qu’il a fait dans la vie, ce qu’il a vécu dans les faits. Hormis qu’il aurait été à la fois un vrai comte et un receveur des finances patenté, et qu’il aurait compté parmi ses mauvaises fréquentations Villiers de l’Isle-Adam, Charles Cros et quelques piliers du club des Hydropathes. La seule donnée sûre, certaine et canon qu’on ait, c’est que Didier de Chousy a frigoussé en 1883 un ébesillant chef-d’œuvre du rire corrosif complètement pété du casque, Ignis*, étrangement ignoré toujours aujourd’hui, y compris par les fans de science-fiction et d’utopies bien dévissées.L’auteur y préconise fort méthodiquement un régime politico-social de rêve : la pantopantarchie, à savoir le règne féerico-loufoque de tous sur tout. « Chaque citoyen en naissant trouve une couronne dans son berceau et, arrivé en âge de manier un sceptre, exerce le pouvoir absolu, sans autre limite que l’absolu pouvoir de son voisin. L’autorité si nécessaire et la liberté plus précieuse se trouvent donc exactement pondérées. Ce mode de gouvernement a été mal jugé par des personnes qui n’ont pas compris que, si une pareille forme de houlette ne pouvait pas suffire aux anciens rois, pasteurs de peuples pauvres, souffrants, enclins à la révolte, elle convenait à un peuple millionnaire et heureux, assez heureux et assez riche pour que le plus avide soit rassasié dans un état social arrivé à l’égalité vraie, à l’égalité obtenue sans abaisser les sommets et sans faucher les hautes tiges, à l’égalité sur les cimes, par l’accession de toutes les tiges à la lumière, de toutes les têtes à la couronne, par l’élévation de tout un peuple sur un trône assez solide et assez large pour l’asseoir. »Ce qui permet techniquement à chaque habitant d’Industria City d’être, dans un même temps, millionnaire et roi, c’est la conquête géothermale collective du Feu central, une « force soumise » libérant plus d’un million de chevaux-vapeur par jour et affranchissant, du coup-même, tout le monde « du travail et de la peine, de la sueur, des larmes. »L’autre base de la révolution pantopantarchique, c’est la relève totale du prolétariat par les hommes-machines ou Atmophytes, « une race d’animaux mécaniques assez forts pour nous servir, assez bêtes pour nous aimer (…) ne s’arrêtant que sur l’ordre de leurs manomètres pour aller boire aux fontaines publiques qui leur versent l’air comprimé, l’électricité ou la vapeur, c’est-à-dire la force et la vie. » Une « population d’automates » « conversant entre eux par un coassement guttural » assez semblable à celle qu’imaginera très sérieusement, pour sa part, Oscar Wilde, huit ans plus tard, dans son manifeste anarchiste contre le travail L’Âme de l’homme sous le socialisme** .Dans « la civilisation merveilleuse » détaillée par Didier de Chousy, les saisons et les climats seront réglés par des robinets à vapeur. La flore sera « redessinée, recoloriée, refaite par d’incomparables chimistes ». « La faune sera remaniée » par des croisements habiles et des greffes bizarres. « Des merles blancs seront rendus jaune par une infusion de bile. Des serins seront voués au bleu par une nourriture à base de poivre. Et, « pour répondre à des problèmes plus élevés », seront mis au point pour la promenade et pour la chasse des « Horse-Dogs », soit des « chevaux-chiens » relevant aussi bien du chien de selle que du cheval d’arrêt. Les malades seront guéris grâce à « l’homéochromopathie ». Les hypocondriaques retrouveront « la gaieté dans des cabanons en verre noir dépoli. Les intelligences tardives ou anémiques, les gâteux et les idiots se développeront à miracle placés au soleil, les yeux grands ouverts, sous des cloches à melon : méthode imitée de la nature, qui a fait l’œil en forme de globe ou de lentille afin que les rayons solaires s’y concentrent et activent la maturation du cerveau. » Quant à l’éclairage des villes, il sera assuré par une « glu héliovorace » qui captera les rayons du soleil, en vertu de quoi « la ville entière, ses habitants, leurs vêtements de nuit et d’hiver seront enduits de soleil et rendus éclatants et chauds ». Alors que « l’éclairage de la campagne sera obtenu, sans dépense, avec le concours des vers luisants du pays dont une bonne sélection et des croisements habiles accroîtront la taille et développeront l’aptitude photogénique. » « Quel décor que seront ces champs inondés de feu, cette ville suant le soleil, ces rues parquetées de rayons, peuplées d’une foule étincelante, aux habits resplendissants, où chaque passant sera une lueur, un éclat, un scintillement, une flamme de feu de joie, un animalcule de la phosphorescence ».L’humanité dès lors « n’aura plus qu’à se laisser vivre au milieu des luxuriances édéniques du nouveau monde qu’elle aura créé ».* Réédité en 2008 par Terre de brume.** Cf. Les Oeuvres de Wilde en Pléiade ou en Pochothèque.

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