Nicolas Delesalle
Publié le 20/08/2015

Nina


Nina était une jeune fille aveugle et heureuse. Jusqu'au jour où elle recouvra la vue. Cela aurait pu se passer autrement et ailleurs, comme se passent souvent les choses, mais ce fut un jour de pluie, à la terrasse d'un café du quartier Montmartre. Le ciel touchait les toits en zinc et les gouttes explosaient sur le trottoir. Un pigeon boiteux dodelinait du chef pour planquer sa frousse sous les branches d'un platane indifférent. Cachée derrière ses lunettes noires, abritée par le store du café, Nina fumait une cigarette.

Elle avait perdu la vue à l'âge de six ans, un coup de massue tombé sur son enfance sans cause identifiée. On connaît en détail la topographie martienne, la température au cœur du soleil et la structure de l'ADN. Pas les yeux de Nina. Les médecins s'étaient acharnés, ils avaient inspecté l'iris, creusé la rétine, palpé le nerf optique, fouillé le fond de l'œil. Tout était à sa place, tout fonctionnait. Ils n'avaient jamais su comprendre et soigner cette cécité soudaine. Ils auraient bien voulu continuer à lui triturer les yeux, lui tordre la cornée, vriller sa choroïde, plier en douze son sclérotique et lui perforer le cristallin, c'était un cas vraiment intéressant, mais après des mois d'échecs, les parents de Nina s'opposèrent à toutes nouvelles tentatives.

Nina avait beaucoup pleuré au début, mais elle avait grandi dans un biotope familial favorable au développement du bonheur. Un terreau de tendresse et des sourires au nitrate dans lesquels tout peut pousser, même les graines les plus cabossées. Avec le temps, elle avait fini par admettre que ses yeux ne lui serviraient plus qu'à pleurer. Chose qu'elle fit de moins en moins, toute concentrée qu'elle était à se construire une enfance heureuse.

Nina n'était jamais plongée dans le noir total, sauf quand vraiment tout allait de travers, quand elle se sentait seule, quand elle avait froid dans son lit les soirs d'été ou quand quelqu'un la traitait de connasse dans le métro. La plupart du temps, elle percevait des couleurs, des tons, des nuances. Jusqu'à treize ans, elle vit surtout de la terre de sienne et du gris souris. Puis, à l'adolescence, elle eut une longue période indigo qui filait vers l'azur. A vingt ans, elle était entrée dans une zone qui oscillait entre le grenat et la fraise écrasée.

Les ténèbres de Nina s'éclairaient encore davantage quand elle écoutait de la musique et les teintes principales s'effaçaient pour laisser d'autres couleurs imprimer leurs marques électro-chimiques dans son cerveau. La musique classique, c'était toujours du blanc. Avec des nuances : Mozart était blanc crème, Chopin blanc cassé, Beethoven opalin, et Satie scintillait comme de la neige fraîchement tombée. Le jazz était rouge écarlate avec des reflets sablés et de drôles de serpents sombres qui ondoyaient comme de longs spermatozoïdes. Orangé avec des pointes de soufre et parfois des stries grèges, le rock colorait le plus souvent sa chambre d'adolescente. La variété n'avait pas de couleur propre, chaque titre s'irisait de sa propre teinte. Les chansons de Justin Bieber hésitaient entre la moutarde et le poil de chameau. Nina n'écoutait pas de rap, hélas, on aurait bien aimé connaître la couleur des chansons d'Eminem.

Nina ne contrôlait pas les nuances de cette palette sonore. Les couleurs s'imposaient. La voix de sa mère était toujours turquoise. Celle de son père, gris perle. Le vent, vert olive. Le vrombissement d'un avion, bleu nuit, et la pétarade de la circulation parisienne, mauve ou rose. Le gris n'évoquait rien de triste dans l'esprit de Nina, le rose rien de gai, elle n'attachait pas les mêmes valeurs aux couleurs que les voyants. Quand il faisait froid, les tons étaient plus nets, quand sa peau se réchauffait sur la plage, tout devenait flou, comme de l'aquarelle noyée dans l'eau.

Nina s'était construite sa propre image mentale de la beauté. C'était bleu ou vert. Tout ce qu'elle aimait était bleu ou vert, l'océan, l'herbe, les arbres, le ciel. Alors quand Nina se sentait bien, quand elle buvait un thé à la cannelle et dévorait une tartine de Nutella en lisant avec ses doigts agiles une incroyable nouvelle de Dezso Kosztolanyi, l'émeraude et le saphir scintillaient dans sa nuit, à la manière des aurores boréales dans les ciels d'Islande.

Tout au long de son enfance, Nina demandait souvent à ses parents si elle était jolie. C'était une angoisse sourde de fille aveugle. Ses parents lui décrivaient patiemment son petit nez retroussé, ses joues roses, la fossette qui creusait son menton. Nina glissait son doigt sur le visage de sa mère puis sur le sien jusqu'à ce qu'une lueur verte vacille dans sa nuit. Elle s'endormait alors, rassurée.

A la terrasse du café, Nina sirotait un cappuccino au goût ocre. Elle distinguait parfaitement le grésillement beige du tabac qui se consumait au bout de sa cigarette. Elle discernait le halo vert menthe des gouttes de pluie qui éclataient sur le sol et distinguait le tintement gris anthracite de sa cuillère dans sa tasse. Elle voyait aussi le son poil de chameau et moutarde du numéro de claquettes qu'exécutait involontairement le pigeon sur le trottoir mouillé. C'était curieux, mais la musique de Justin Bieber et le bruit des pattes du pigeon sous la pluie avaient la même couleur.

Nina attendait une amie. Elles devaient aller ensemble découvrir une exposition de Sophie Calle. Nina adorait flâner dans les expositions. A chaque fois, elles goûtait des mélanges de couleurs inédits. Son amie ne lui décrivait jamais les œuvres, quelques mots rapides, rien de plus. Quand elle était petite, sa mère l'amenait au Louvre et tentait de lui décrire précisément la Vénus de Milo, La femme au miroir du Titien, La nature morte à l'équichier de Lubin Baugin ou bien sûr la Joconde. Mais Nina n'éprouvait rien en écoutant la voix turquoise de sa mère. Elle préférait capturer l'ambiance autour de l'œuvre, elle écoutait le bruit mandarine des pas des gens, s'ils étaient immobiles, s'ils se balançaient d'une jambe sur l'autre, les chuchotements garances qu'ils échangeaient, les silences, le son des trois pas en arrière. Et ça donnait des couleurs fantastiques à cette encre collée sur ses prunelles, des explosions de noirs charbon, des jaunes bouton d'or qui dansaient avec du havane et de la groseille, et par-dessus tout ça, des grêlons de cyan et des ondées de corail.

Par dessus tout, ce qu'elle préférait, c'était encore aller seule au cinéma pour se noyer tout entière dans un film d'amour. Elle adorait les couleurs des histoires d'amour. Casablanca avait aveuglé sa cécité dans des éclairs d'oranges sanguines. Et la Strada, Autant en emporte le vent, Ghost, Les parapluies de Cherbourg, Sur la route de Madison, et tant d'autres... A chaque fois, elle avait pleuré de joie et si un rayon de soleil avait pu entrer dans le cinéma et heurter les larmes qui coulaient sous ses lunettes noires, la lumière se serait diffractée en arc-en-ciels inimaginables.

Nina n'avait jamais réussi à embrasser un garçon. Elle ne s'expliquait pas cette solitude têtue qui perdurait en dépit de sa bonne humeur, de son humour, de sa joie de vivre. Son handicap n'y était pour rien. Elle avait beaucoup d'amies aveugles qui filaient le parfait amour avec des voyants ou des non voyants et plus encore qui multipliaient les aventures sans lendemain. Une seule fois, elle avait essayé de forcer le destin, posant sa main sur celle d'un garçon, celui-ci avait déguerpi dans un bruit d'ébène et elle avait vu longtemps après son départ les tâches sombres de sa fuite hanter sa propre nuit.

Nina souffrait de l'impossibilité physique de toucher et d'être touchée par un autre corps. Elle connaissait la couleur de ses orgasmes, de gigantesques geysers rouges et or qui tournoyaient à toute vitesse balayant son obscurité comme des pulsars célestes. Mais quelle couleur aurait la main d'un homme sur sa peau ? Quelle teinte prendrait son sexe dur dans son ventre ? Quelle est la couleur d'un baiser ? Quelle est la couleur de l'amour ? Personne n'avait jamais escaladé ses hanches, personne n'avait jamais salivé dans sa bouche. Personne ne l'avait jamais aimée. Et Nina n'avait jamais aimé personne. Elle en crevait.

A l'adolescence, Nina cessa de demander à ses parents si elle était jolie. Elle n'osait plus. Trompés par sa joie de vivre, ses parents ne pensaient pas à l'éclairer, à la rasséréner sur ce point. Dans la solitude de sa chambre, elle passait des heures à laisser glisser ses mains sur son visage. Elle s'imaginait. La minceur de ses lèvres l'inquiétait bien plus que la taille de ses seins. Le contour de ses yeux dessinait une cartographie qu'elle ne parvenait pas à interpréter. Son front, ses joues, ses cheveux ne lui livraient aucune clé ; Nina ne savait pas si elle était jolie. Sa beauté était indéchiffrable, illisible. Dans les musées, elle avait caressé le visage de beaucoup de statues, elle avait posé ses mains sur les visages de ses meilleures amies, elle savait les reconnaître, elle savait quels visages lui plaisaient davantage, elle avait même fini par apprécier ses propres traits à force de les explorer dans le miroir de ses doigts, mais elle ne savait pas du tout si l'image mentale de sa propre beauté correspondait à ce que percevaient les voyants.  

Nina rêvait peu et cauchemardait encore moins. Quand elle tombait dans la trappe d'un cauchemar, c'était toujours le même, pas vraiment un cauchemar, simplement le diaporama tremblant des dernières images que ses yeux avaient perçues avant de s'éteindre. Au fil du temps, sa mémoire visuelle s'était effacée et tout ce qu'elle avait vu jusqu'à ses six ans avait disparu, les traits des visages de ses parents, son propre reflet dans le miroir. Tout s'était gommé sauf ces images-là, les dernières.

Elle jouait dans un square. Elle portait une chemisette blanche, une petite jupe fleurie et des chaussures jaunes tachetées de ronds multicolores. Elle courait sur l'herbe rare de la fin de l'été, défrichée par les parties de football sauvages et les batailles d'eau des enfants. Elle se dirigeait vers un ballon en plastique rose. Trois moineaux apeurés s'étaient envolés d'un buisson. Assis sur un banc, une homme venait de croiser les jambes. Il lisait un livre. Et puis soudain, tout s'était éteint.

Elle se rappelle distinctement ces trois moineaux qui s'envolent de leur buisson, elle voit clairement leurs couleurs beige, grise, brune et blanche, le noir de leur bec, le rose grisé de leurs pattes. Et puis, il y a cet homme sur ce banc. Il porte une paire de lunettes de soleil. Il est brun, la trentaine, un nez très droit, des oreilles un peu décollées, des cheveux drus, peut-être gominés. Il est plongé dans un livre à la couverture écrue sur laquelle un couple dessiné s'enlace ou danse. Elle se rappelle ce ballon en plastique rose bonbon qui roule sur l'herbe verte, puis qui disparaît avec le reste dans un gouffre noir.

La pluie redoublait. Nina avait encore une fois porté la cigarette à sa bouche et c'était arrivé, comme arrivent souvent les choses quand on ne les attend pas. Une rupture violente, un gigantesque craquement de banquise en plein silence.

Un flash blanc zigzagua dans ses ténèbres et explosa dans une lumière qui inonda tout avant de refluer, lentement, comme un tsunami qui retourne dans son trou béant, laissant derrière lui des images, des couleurs, des formes, des contours : la vue.

Nina avait paniqué. Elle avait l'impression d'avoir absorbé une drogue mauvaise. Une ivresse sans alcool, sans chimie, une ivresse sale, l'impression de respirer soudain l'air vicié d'un monde difforme. Les tasses étaient noires, le pigeon avait une patte presque arrachée, la pluie était huileuse et dégoulinait dans le caniveau. Elle avait d'abord regardé ses mains, elle les voyait pour la première fois et elles étaient exactement comme elle les avait conceptualisées à force de toucher, des paumes légères, des phalanges brèves, des menottes plutôt que des mains. Et puis elle avait laissé dix euros sur la table et elle était partie en courant jusqu'à son appartement, laissant derrière elle sa canne d'aveugle et ses lunettes noires. Partout autour d'elle la rue bougeait, les voitures tanguaient, les immeubles se penchaient, menaçants. Elle courait comme courraient des marins à terre après quatorze ans d'océan.

Au coin de sa rue, elle se figea devant une immense affiche publicitaire qui vantait une marque de sous-vêtements féminins. Sur trois mètres de haut, une jeune sylphide blonde exposait en souriant la silhouette affolante que lui avait redessinée un logiciel. C'était le premier être humain que voyait Nina depuis ses six ans.

Arrivée chez elle, elle découvrit pour la première fois son appartement, son entrée, son poster du Carré blanc sur fond blanc de Malevitch qu'elle n'avait jamais vu que sous la forme de tâches de couleur, son tapis persan, ses meubles Ikea, les manteaux accrochés dans l'entrée, moins ravissants que dans la couleur qu'elle leur avait donnés à force de les toucher. Elle était allée directement dans la salle de bain. Elle avait ralenti le pas, comme si elle pressentait quelque chose, comme si la salle de bain était un piège. Et si elle était affreuse ? Les voyants ont des années pour faire l'apprentissage de leur laideur, pour s'accoutumer à leurs traits, faire le deuil d'un nez droit, d'un œil bleu, d'une symétrie enfantine dissoute dans la chaux vive de l'adolescence. Elle n'aurait le temps de rien.

Devant le miroir, Nina avait d'abord fermé les yeux. Elle avait peur. Elle les avait rouverts très lentement en actionnant une lourde manivelle intérieure. Et Nina s'était vue pour la première fois. Son nez était retroussé ; ses yeux n'étaient pas exactement de la même taille, une dissymétrie très légère ; ses lèvres étaient fines et peu dessinées ; ses joues et son menton fendu par une fossette étaient ronds et il était difficile de savoir si c'était l'enfance qui courait encore sur ses traits ou si la nature avait achevé son œuvre. Aucun de ces détails n'était frappant, Nina n'était pas laide du tout, pour dire vrai, elle était même craquante et beaucoup d'hommes devaient la trouver à leur goût, mais tous ces détails mis ensemble composaient un visage qui ne plaisait pas à Nina, un visage moins lisse et régulier que celui qu'elle caressait quand elle ne se voyait pas. Une goutte tomba sur le carrelage de la salle de bain. Dehors, la pluie avait cessé. Sur son panneau publicitaire, la blonde sylphide souriait. Nina avait décidé qu'elle n'était pas jolie.

 

Le jour où les éléphants se maquilleront les cils en utilisant des oiseaux-mouches plongés dans de la poudre de charbon, j'écrirai une biographie raisonnable. 

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Le 29 janvier 2012 à 08:33

Le travail, oui, mais peut-être

Le travail, c'est la santé, me disait l'autre jour un dealer. Je lui répondis que j'avais des doutes à ce propos. A la fin du fin, il m'a donné tort, car une fois pincé, il était bon pour la Santé. Si le travail c'est la santé, on peut donc parler en toute bonne foi du cancer de l'assistanat, comme Laurent Wauquier, ancien sous-ministre à l'emploi. A ne pas confondre avec Xavier Bertrand, ministre au sous-emploi. Il ne s'agit pas du cancer de l'oisiveté, entendons-nous, juste de l'assistanat. Vivre sur ses rentes, c'est pas du tout pareil. C'est dans la bouche du président que j'ai compris que la différence résidait dans le fait qu'un homme qui tend la main n'est pas digne, ou quelque chose dans ce goût-là. Ça paraît con, comme ça, mais avec des trémolos dans la voix, comme la fois où il promettait que plus personne ne dormirait dans la rue, ça m'a ému. Donc. Première hypothèse, il semblerait que la dignité de l'homme se situe, en gros, entre le poignet et les ongles. Douteux. Seconde hypothèse, c'est une formule héritée de la Résistance. Peu probable. Troisième hypothèse, l'auteur de cette phrase n'a pas vu le doigt, lui aussi tendu, de cette même main. Il faut les rassurer, tous ces gens qui veulent le bien des chômeurs en les forçant à travailler, tout n'est pas perdu. Il leur reste encore la famille et la patrie, aux tumeurs. J'exagère. Cela dit, je ne manquerai pas, moi aussi, de me pencher sur la question de la dignité humaine quand ils rentreront en campagne pour quémander des voix.

Le 27 janvier 2015 à 09:12

Un garagiste honnête avoue que le joint de culasse est une totale invention

C’est une mini-révolution qui secoue la profession des garagistes depuis ce matin, depuis que Michel Gerron, garagiste dans la Nièvre, a révélé que le joint de culasse était une invention. Enquête. Une fable inventée de toutes pièces « Le joint de culasse, ça a jamais existé, c’est une pièce qu’on a inventée pour escroquer les gogos » a déclaré le garagiste lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion. « C’est sûr, on peut pas faire avaler ça à n’importe qui, y a des gens qui s’y connaissent et d’autres qui se méfient » a-t-il poursuivi devant un parterre de journalistes atterrés. « On essaye de repérer les proies faciles, les intellos. Après, avec les collègues, on fait des paris, on mise sur des clients. Si t’arrives à les arnaquer, tu rafles la mise et si en plus tu inventes le nom d’une pièce, tu gagnes le double. Une fois, j’ai même fait croire à un gars qu’il fallait changer la courroie de distribution de sa roue avant, ça m’a payé l’apéro pendant un an » L’arnaque : une voie de garage Mais Michel était sans doute trop sensible pour continuer à exercer cette profession sans être titillé par sa conscience : « Un jour, j’ai vu une maman de cinq enfants fondre en larmes après avoir vu la facture de 3000 euros qu’elle devait payer. Elle disait que les huissiers allaient venir chez elle. Là, je me suis dit qu’on allait trop loin » confesse-t-il. Lorsqu’on lui demande alors de préciser ce qu’il entend par « aller trop loin », Michel est sans concession : « Je me suis dit que son chèque était sûrement en bois et avec la crise, j’ai eu peur qu’y ait plein d’autres cas comme ça » Quant à savoir s’il craint la réaction de ses collègues, Michel se montre catégorique : « Pas du tout. Avec tout ce que j’ai déjà empoché en acceptant les interviews des magazines, j’vais pas moisir ici. » Une bien belle histoire qui n’est pas sans rappeler celle de ce serrurier déclarant au micro d’une chaîne de télévision il y a quelques mois qu’il avait décidé de faire une facture non-abusive la veille de sa retraite, « pour voir ce que ça faisait ».

Le 30 novembre 2015 à 07:55
Le 25 janvier 2012 à 08:48

C'est bêta, bon dieu.

Pubologie pour tous

S’il y avait des commentaires sur ventscontraires.net, je suis sûre qu’ils diraient que cette Katja truc c’est rien qu’une vieille aigrie et que si elle aime pas la publicité, elle a qu’à fermer sa boîte à camembert plutôt que d’en faire des tartines.Mais ce n'est pas vrai, que je n’aime pas la pub. Je n’aime juste pas la mauvaise pub, celle qui prend les gens pour des abrutis, souille nos paysages et pollue notre temps de cerveau disponible.La bonne pub, ça peut être drôle, beau, touchant, bref ça peut faire ressentir des émotions et appeler à l’intelligence de celui qui la regarde.Dans les années 1950-1960, un grand publicitaire, Bill Bernbach, a créé des publicités tellement brillantes qu’elles sont encore aujourd’hui montrées dans les écoles et agences de pub comme des exemples à suivre.C’est dire si on a pas trop révolutionné le métier ces cinquante dernières années.A gauche de l’image, l’une de ces publicités, pour une voiture que l’on appellera ici la Libellule, est un modèle, parce qu'elle est un contre-modèle. Elle fait un joli pied-de-nez à tout ce qu'on croit encore aujourd'hui nécessaire pour créer une publicité impactante. Pas de gros titre, pas de prix, pas de marque ni de produit très visible. C'est brillant, et ça sert le message avec humour et intelligence. Ça change.Tellement qu’un autre publicitaire, Fred Manley, s’est amusé à parodier le visuel en lui appliquant ces “améliorations” dictées par le bon sens publicitaire, qui le défigurent en un rien de temps : à voir ici. En 2012, la marque existe toujours, et sort une campagne d’affichage qui contient le visuel que vous trouvez à droite. Une allusion volontaire ou non, mais une allusion quand même à l’œuvre originelle, puisque l'idée est la même.La même, mais en raté. Résultat : une publicité tape-à-l'oeil, laide et insipide, un bien triste usage de l'héritage de la marque. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Le 20 janvier 2015 à 10:00

La France découvre l'existence des journaux en papier et des kiosquiers

France – Plusieurs centaines de milliers de témoignages concordants confirment l’existence de petites boutiques qui vendraient des journaux en papier avec des informations imprimées dessus avec de l’encre. On soupçonnait leur existence, d’autres affirmaient qu’ils avaient disparu. Les kiosquiers ( /kjɔs.kje/ ) et les journaux en papier existent donc bel et bien. Et cette confirmation d’existence s’est propagée comme une traînée de poudre dans toute la France, entraînant des belles grosses queues devant les kiosquiers. Nombreuses et nombreux étaient celles et ceux qui voulaient de leurs yeux voir et toucher pour la première fois un papier imprimé ou simplement parler à un kiosquier ou un marchand de journaux. Marie, 21 ans, a acheté ainsi un journal en papier dans un kiosque, une petite boutique en verre installée sur une place et vendant plusieurs autres journaux, eux aussi tous en papier. « Je ne savais pas ce que c’était, c’est très doux au toucher » raconte la jeune femme, émue, en caressant le papier du journal. « Il n’avait plus Charlie Hebdo mais j’ai réussi à acheter d’autres journaux, c’est fou, je n’imaginais qu’il y avait autant de titres et de revues différentes » affirme-t-elle. Un jeune homme souligne quant à lui l’impact profond que pourraient avoir les journaux papiers. « C’est une incroyable avancée. On peut aujourd’hui imprimer des informations sur du papier et les vendre dans des boutiques. En plus le papier fait un joli bruit quand on tourne les pages » ajoute-t-il tout en faisant tourner une page lentement. Selon d’autres informations qui nous parviennent, il semblerait désormais à peu près certain que ces mêmes kiosquiers vendraient d’autres journaux en papier et cela tous les autres jours de l’année.

Le 29 octobre 2011 à 08:18
Le 9 octobre 2011 à 10:12

Lettre de motivation

Cher Monsieur Rond-Point, J’ai eu vent du fait que vous cherchiez de nouveaux chroniqueurs. En cette période où l’emploi joue la fille de l’air, j’avoue que tant d’audace m’a coupé le souffle. J’ai certes longuement hésité avant de tenter ma chance, puisque votre brève annonce souffle tant le chaud que le froid. Néanmoins, au gré de ma vie professionnelle, j’ai acquis des compétences que je crois pouvoir être profitables à votre entreprise. J’ai travaillé longuement en centre aéré, puis j’ai financé mes études en ventilant des com(ptes) au Carrefour de la rue Mistral, où j’ai acquis une bonne expérience des ronds-points. Par la suite, j’ai renoncé à être agent de circulation, et je suis devenu souffleur dans un théâtre où le directeur brassait de l’air. Actuellement je tourne en rond, dans un emploi qui me gonfle, avec un patron qui me les brise. Dans ces circonstances, votre annonce ne pouvait que m’intéresser. J’y vois l’occasion de donner à ma carrière un deuxième souffle, en participant à un projet éolien durable. Je suis persuadé que l’éclectisme de mes expériences éparpillées aux quatre vents est conforme à l’esprit de votre entreprise, et que nous pourrions produire ensemble à la fois contre-vents et marrées. Vous me direz que je ne manque pas d’air de vous proposer ainsi mes services, et vous aurez raison, puisqu’il m’arrive trop souvent de faire des vents plus haut que mon c… En espérant toutefois ne pas en prendre un, je vous adresse, Monsieur Rond-Point, mes haletantes salutations.

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