Michel Zinger
Publié le 02/09/2015

Mondes Parallèles


Simone à Hollywood

Après une enfance heureuse, tout juste perturbée par le fait que mes parents pensaient que je n’étais pas vraiment leur fils, je n’ai pas su trop quoi faire de l’avenir. Mes études furent bordeliques et décousues, entre faculté des lettres et des sciences, beaux-arts et musique, le tout en même temps, sans être doué pour quoi que ce soit et sans jamais aboutir à quelque chose. Un jour, alors que je cherchais un chemin que jamais je ne trouvai, je frappai par hasard à la porte d’une école renommée qui, ayant apprécié mon sens de la repartie, eut la bonté de m’accueillir, de m’enseigner des choses et de me donner de quoi occuper mon temps pour la vie avant que je ne réalise que ce temps n’existait pas.

 

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Steak haché

Le merveilleux Hippocrate n’a rien perdu de son actualité. Et qu’on ne vienne plus l’appeler « vieux schnock » après la lecture de la présente ! D’aucuns s’obstinent à ne voir dans ses recommandations diététiques qu’un tissu de bêtises. Quant à moi, je suis tout à fait persuadé de la véracité de sa théorie des humeurs. Tout le monde a un voisin, ou un ami de type « sanguin » (la face rouge, la démarche joviale, les canines acérées), qui raffole de viande en sauce et de grands crus bordelais.   Il y a quelque temps, alors que je faisais des emplettes au supermarché, une femme qui déposait consciencieusement sur le tapis de caisse un ensemble d'articles retint mon attention. Pas une once de protéine ! En revanche on trouvait, çà et là, un genre de gâteau roulé sous les aisselles, une soupe de potirons du Larzac, une salade garantie 100% bio, et livrée avec ses limaces et ses pucerons… Joyeux délire organico-végétal !   C’est à ce moment que je convoquai mon cher Hippocrate. Mon Dieu, me dis-je (avec tout le respect que cette vénérable entité mérite), me voici face à un spécimen typique de flegmatique ! Aisément repérable, de surcroît : le teint pâle, la silhouette grêle et le regard proche de l'extase manifestaient une béatitude rarement atteinte chez les plus grands mystiques.   Ne peut-on entrevoir, pensai-je sans pédanterie aucune, l’essence même de notre époque actuelle ? La protéine animale ne convainc plus, son cours à la bourse est en berne. Pire, elle est de mèche avec les plus grands pontes du crime organisé : elle fricote avec les bactéries et les microbes les plus infâmes. Il se peut, me dis-je encore, que cette sainte femme nous montre alors la voie ! Comme elle, et de toute urgence, devenons des flegmatiques ascétiques !      Je revins tout à coup à la raison, et déposai à mon tour un steak sur le tapis de caisse, sans trembler.

Le 19 janvier 2012 à 07:57

Chronique Rurale

Troisième jour : tout est préalablement laid.

> Premier épisode                    > Episode suivantAujourd’hui, c’est la Toussaint alors j’arpente les allées du cimetière, à la recherche sans doute d’une illumination, d’une révélation au sujet de ma destinée, de mon identité, ou plus basiquement - vu le lieu et le contexte -, de ma propre mort à venir. Je rassure l’auditeur, quand je dis « à venir », je ne veux pas dire que je vais mourir sous ses yeux d’ici à la fin de cette histoire, c’est plutôt une façon de dire que de toutes les façons je vais bien finir par y passer un jour ou l’autre, et que marcher sous la pluie dans un cimetière est toujours l’occasion d’y repenser un petit peu. Bref. Ce petit cimetière est donc la réponse à toutes les questions, il est LA réponse : tout ce qui est ne sera plus.   Un homme au profil noir et au nez saillant jaillit soudain dans un contre jour immonde. C’est le curé qui sort de sa grosse bagnole, une Laguna gris métallisée modèle 1998, série limitée « Allez les Bleus ». Et moi qui pensais qu’en me prêtant sa mobylette il faisait acte de charité… Dans un geste, il actionne la fermeture centralisée des portes, remonte la fermeture éclair de sa parka grise, et se tourne vers moi, les yeux plissés par le soleil. Nous nous faisons face, de part et d’autre de la grille du cimetière.   – « Vous priez, Mon Fils ?  – Si je prie ? Je dois avouer que je n’en suis pas sûr. » lui sors-je avec aplomb. – « C’est une réponse valable. On n’est jamais vraiment sûr qu’il y ait quelqu’un au bout du fil. Je vais à mon tour vous avouer une chose : je ne prie plus. En fait je n’ai jamais prié. J’entre dans l’oratoire, je ferme les yeux, et je dors. J’ai acquis la surprenante capacité de pouvoir m’endormir à genoux sur le carrelage sans tomber.  – Mon Père, je me disais en faisant le tour du cimetière : tout ce qui est ne sera plus. – Même chose : pas de réponse définitive. En tout cas pas pour moi. – En venant, tandis que défilaient devant la mobylette les fils de la ligne THT, et qu’on pouvait distinguer le chantier de l’EPR dans le lointain, je regardais sur le goudron dégueulasse le vent emporter le cadavre d’un chat écrasé. Puis en marchant jusqu’au portail, j’écoutais la pluie goutter sur mon K- Way pourri et me dégouliner dans l’oreille. J’arrêtai mes yeux sur un tas de mégots détrempés sur lequel reposait un bout de capote arraché. Je me suis alors demandé comment le bon Dieu avait pu permettre qu’une telle crasse se déverse sur une telle beauté. Je veux dire, comment autant de saloperies peuvent-elles se glisser quotidiennement dans un monde à priori aussi beau ? – Question de point de vue. » me répond aussitôt Monsieur le Curé. « Personnellement j’ai fini par penser que tout était préalablement laid. C’est un postulat qui évite de s’énerver pour rien. Les gens sont laids, ils ont tous des gros culs et des têtes de pioches. Même les gens théoriquement beaux sont finalement vulgaires et vicieux. Alors ajouter de la laideur à la laideur ne provoque chez moi aucune indignation. Je reste calme et serein. Atone. Si vous priez, priez pour mon âme minable, je suis un homme mauvais, un porc. Et nous allons tous crever. Nous allons brûler jusqu’à l’os. – C’est gai. – Il pleut. Je rentre au presbytère, lutter contre le pêché. »   Et il se barre. Quand je rencontre des types comme lui, je me dis que la Foi est véritablement un don qui résiste à tout. A ce moment-là, rien ne laisse présager que la suite de cette aventure nous réunira malgré nous dans un unique et paradoxal destin.

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