Michel Zinger
Publié le 02/09/2015

Mondes Parallèles


Simone à Hollywood

Après une enfance heureuse, tout juste perturbée par le fait que mes parents pensaient que je n’étais pas vraiment leur fils, je n’ai pas su trop quoi faire de l’avenir. Mes études furent bordeliques et décousues, entre faculté des lettres et des sciences, beaux-arts et musique, le tout en même temps, sans être doué pour quoi que ce soit et sans jamais aboutir à quelque chose. Un jour, alors que je cherchais un chemin que jamais je ne trouvai, je frappai par hasard à la porte d’une école renommée qui, ayant apprécié mon sens de la repartie, eut la bonté de m’accueillir, de m’enseigner des choses et de me donner de quoi occuper mon temps pour la vie avant que je ne réalise que ce temps n’existait pas.

 

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Le 13 décembre 2011 à 08:02

Jésus, reviens, ils sont devenus fous

Ah ! Les vilains méchants, les sombres iconoclastes ! Mécréants, incrédules, apostats. A deux semaines de Noël, vous faites de la peine au petit Jésus qui a tant souffert pour nous, sur sa croix. Et à sa maman qui a enduré les souffrances des mamans sans en connaître les plaisirs. C'est-y pas un crève-cœur ? Pour qui c'était, les contractions ? Pour sa pomme. Pour qui c'était la précarité ? Pour sa pomme. Va-t-en accoucher dans la paille entre des bestioles qui puent, toi qui manies le blasphème avec tant d'aisance, et qui prétend de surcroît ramasser de la monnaie avec, alors qu'ils vivaient comme des cloches, ceux que tu injuries. Et pour qui c'était les larmes de la maman devant le cadavre de son enfant unique ? Tout ça pour racheter vos vilains penchants, vos fautes inavouées. Les croisades, les guerres de cent ans, les guerres de trente ans, les guerres où l'on meurt à vingt ans, les conquêtes colonisatrices, les inquisitions, les misères, les holocaustes, les tortures, le mépris des autres, les viols, les assassinats, l'amour de l'or qui est aussi mauvais pour l'homme que le phylloxéra l'est pour la vigne, c'est pour quoi qu'il est mort, le petit Jésus ? Pour vos museaux. Pour vos vilaines trognes de jouisseurs. Bien sûr, les guerres, la misère, les mauvais sentiments. Mais il en faut bien pour prendre conscience de ce qu'est le mal. Et à qui pourrait-on donner à la sortie de la messe s'il n'y avait pas de pauvres ? La pauvreté des autres permet aux personnes bien d'être gentilles. Deux mille ans que l'on vous dit que Dieu est amour et vous ne comprenez toujours pas ? Va-t-y falloir qu'on vous casse les dents, qu'on vous caresse les côtes et l'épine dorsale avec des gourdins, qu'on vous fasse brûler vifs pour vous faire comprendre ce qu'est l'amour universel ? Sales gens. Vous n'avez pas de coeur. Quelle injustice. Jésus, reviens, ils sont devenus fous.

Le 26 août 2012 à 09:16

Le renard d'un Romand

« Plus rusé, ton prochain texte », m’a-t-on demandé. Je me suis donc mis, pour chercher l’inspiration, dans la peau d’un renard, un animal qui, comme le prouve une récente étude de l’Université de Cambridge, est réputé pour sa ruse. Enfin, quand je dis « je me suis mis dans la peau », il faut le voir au sens métaphorique du terme, n’appelez donc pas immédiatement Brigitte Bardot, merci : alors que les températures flirtent avec les normes saisonnières en raison de la dépression centrée sur les Açores, se mettre physiquement dans une peau de roux serait une idée particulièrement peu rusée. Je me suis mis dans la peau d’un renard, donc, mais d’un renard urbain, cet animal fougueux qui a su s’adapter à la modernité, délaissant les poulettes pour se rapprocher des centres-villes, où il y a quand même plus de choses à faire le samedi soir. Alors qu’autrefois, le goupil était obligé de suivre un entraînement rigoureux dans les plus célèbres académies ninja pour pouvoir approcher sans se faire surprendre des poulaillers, il mise aujourd’hui sur des arguments différents : il a bien compris, comme avant lui le moineau qui a pourtant une cervelle de moineau, que pour pouvoir se prélasser dans les rues de nos villes, sans naturellement travailler , le renard a un terrible poil dans la main, il lui suffisait d’être mignon. Il a beau éventrer nos sacs poubelles et dévorer nos chatons, le renard a droit de cité dans nos cités grâce à sa grâce. Et c’est de la même manière que je vais tenter de faire passer ce billet un brin poussif à l’aide d’un sourire charmeur.

Le 10 février 2012 à 08:13
Le 15 juillet 2015 à 10:22

Où (ne) sont (pas) les femmes ?

« Où sont les femmes ? », s’interrogeait un chanteur blond platine des seventies, avec ses gestes plein de charme. Oui, bon. Tout ça pour dire que la vraie question serait plutôt : où ne sont-elles pas ?   2015. France. Direction de la fonction publique de l’État : 21% de femmes. Direction de la fonction publique territoriale : 14% de femmes. Élus : 26% de femmes à l’Assemblée nationale, 22 % au Sénat, 16% de femmes occupant la fonction de maire. CAC 40 : 30% de femmes membres de CA et 11% membres des comités exécutifs ou de direction. Professions dites supérieures : 14% de femmes.   On appelle communément cela « Le plafond de verre ». Et ce serait sympa que nous parvenions à le faire exploser. T’inquiète, ça coupe pas.   L’écart de salaires entre les hommes et les femmes est de 18,8% en moyenne (et pas à notre avantage, s’il est besoin de le préciser), pendant que nous effectuons 3h52 de travail domestique contre 2h24 pour ces messieurs, en moyenne, quotidiennement. Corollaire entre les chiffres du dessus et ces dernières statistiques ? Non, tu crois ?!... « Mais Marie, arrête, vous l’avez votre égalité : vous pouvez voter depuis 70 ans {oui enfin, ça n’a pas été sans mal, sans vouloir te faire l’historique du problème…} et puis maintenant il y a la PARITÉ. » Alors oui, parlons-en de la parité. J’ai été contre pendant longtemps. Parce que j’estimais que nous n’avions qu’à nous battre et prouver nos capacités et compétences, cela se ferait tout seul. HAHAHA ! Eh oui, une folle croyance de ma candide jeunesse… Oui, moi aussi je ris beaucoup de ma naïveté.   Le fait le plus marquant à ce propos concerne les dernières élections, celles pour élire nos conseillers.ères départementaux.ales. Avec l’obligation de parité, les partis politiques ont été obligés de présenter des binômes hommes/femmes, ce qui donne un résultat de 49 % d’élues !   Youhou ! Champagne et fiesta !   Ouais. Sauf que. Suite au troisième tour – l’élection des Président(e)s des conseils départementaux – la gueule de bois a été assez violente : seulement 10 % de femmes. Elles se sont bien faites bousculer dans l’escalier : « Oh ça va les filles, vous êtes passées du deuxième sous-sol au premier étage, faudrait voir à ne pas espérer l’appartement terrasse, non plus ! »   Ben ouais, faudrait pas que l’on commence à empiéter sur des territoires dont on nous a seriné qu’ils étaient masculins, car violents, emplis de concurrence, des espaces durs où l’on ne ferait de nous qu’une bouchée : nous ne serions pas équipées pour, … Et pourtant…. si l’on me dit « Révolutions », instinctivement, Je pense aux femmes qui ont marché sur Versailles un petit matin d’octobre 1789 et qui ont ramené le Roi à Paris, Je pense à Louise Michel la Communarde, Je pense à Podemos et aux mairesses de Barcelone et de Madrid,     Alors, finalement, où sont les femmes ? Elles sont là où on ne les attend pas. Elles surprennent. Elles se mobilisent. Elles cherchent à briser leurs chaînes. Elles envahissent Internet et se confrontent avec violence aux haters. Elles investissent les champs créatifs et culturels. Elles font passer leurs messages. Elles rabâchent encore et encore, sans se lasser. Elles ont une endurance incroyable.   Elles ont surtout de moins en moins peur. Les femmes sont en train de sortir en masse de leur invisibilité, mais leur chemin est très long, car, au-delà du plafond de verre, il passe aussi par leur propre déconstruction. Alors, « La Femme, avenir de l’Homme » (« passion vieux poètes, et chanteurs morts à moustache ») ? Je ne sais pas. En revanche, les femmes à la même place que les hommes, oui, bientôt, demain, tout simplement parce que ce n’est plus possible autrement et surtout, soyez-en assurés, parce qu’on ne lâchera pas l’affaire.   (Données chiffrées : Insee, Ministère du Travail, OPFH-AN) Dessin : James

Le 7 octobre 2012 à 10:31
Le 8 décembre 2015 à 08:54

De la politique, de la liberté, de la santé publique

Petit cours de rattrapage pour Marion Maréchal Le Pen

Je vous assure que j’aimerais vous parler d’autre chose, vous allez finir par penser que je fais une fixette sur le sujet, mais aujourd’hui je vous cause encore d’avortement. Parce qu’il est à croire que jamais on ne nous laissera tranquilles avec le sujet. Petit rappel des faits : Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale et commence son combat parlementaire pour que l’IVG devienne un droit pour les Françaises. Le 17 janvier 1975, Simone Veil gagne, arrachant leur vote aux parlementaires de droite, sous couvert de la protection de la vie des femmes. Car c’est bien de cela dont il s’agit : aujourd’hui, dans le monde, on estime selon les sources entre 47 000 et 68 000 décès annuels de femmes des suites d’un avortement dont les conditions sanitaires n’ont pas été respectées à cause notamment de législations liberticides vis-à-vis de l’IVG. J’ai relu les chiffres plusieurs fois, j’ai cherché partout. J’ai halluciné. On pourrait me dire qu’ils sont un peu « flous ». Je rétorquerais qu’ils sont surtout complètement fous. Le 13 novembre 2015 (oui, c’était passé inaperçu pendant quelques jours au vu des événements), Marion Maréchal Le Pen, candidate du Front National pour la région PACA déclare : Interviewer : Je vais vous demander une deuxième fois car je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, vous supprimeriez la subvention accordée au planning familial ? MMLP : Oui, absolument. Absolument parce que je considère qu’aujourd’hui ce sont des associations qui sont politisées. Ils véhiculent une banalisation de l’avortement, or je considère que c’est un sujet important en France et je vais même aller plus loin, je pense même que c’est LE tabou aujourd’hui en France. Et oui Marion Maréchal Le Pen ! Le tabou de ne pas laisser mourir des femmes dans des cuisines avec des cintres ou des aiguilles à tricoter entre les jambes ! Sacré tabou en effet… Parce qu’en France, avant les plannings familiaux, avant la loi de 1975, on comptait environ 400 femmes décédées suite à un avortement clandestin ; ces chiffres sont difficilement exploitables du fait du ….tabou justement…. qui leur était lié. Toutefois, ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, les décès liés à une IVG se situent entre 0 et 2 selon les années. La pratique légale de l’IVG sauve des vies. Voilà la question essentielle. Alors on va me dire « Oui, mais cesser de donner de l’argent à une association, ce n’est pas interdire l’avortement. » Certes. Mais les plannings familiaux sont les premiers lieux d’accueil de jeunes femmes et jeunes hommes qui ont besoin de réponses liées à la sexualité et la grossesse. Ce sont des lieux anonymes. Quand on sait que 150 centres d’orthogénie (qui pratiquent les IVG) ont fermé, on se rend compte de la nécessité de cette structure de proximité. Marion Maréchal Le Pen, l’avortement n’est pas une mode, les chiffres restent stables (aux environs de 220 000 par an en France) alors que la population augmente… on baisse donc en proportion. Une Française sur 3 a avorté. Il est essentiel que cet acte qui relève d’un quotidien (et non d’une banalisation !) lié à la sexualité soit le plus sécurisé possible et se passe dans des conditions psychologiques, avec un accueil le meilleur possible. Les plannings familiaux sont essentiels. Je rappelle en outre que si Marine Le Pen a vaguement recadré sa nièce suite à cette sortie, elle est celle qui employa la terminologie « d’IVG de confort » et qui vota CONTRE le rapport Tarabella le 10 mars 2015 au Parlement européen, rapport insistant sur l’accès des femmes à la libre contraception et à l’avortement. La boucle est bouclée. C’est bien de la liberté à disposer de son corps, dont on parle, mais aussi de santé publique. Le Front national n’est pas et ne sera jamais l’ami des femmes. Si vous votez dimanche, faites-le en toute connaissance de cause. Dessins : James

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