Michel Zinger
Publié le 02/09/2015

Mondes Parallèles


Simone à Hollywood

Après une enfance heureuse, tout juste perturbée par le fait que mes parents pensaient que je n’étais pas vraiment leur fils, je n’ai pas su trop quoi faire de l’avenir. Mes études furent bordeliques et décousues, entre faculté des lettres et des sciences, beaux-arts et musique, le tout en même temps, sans être doué pour quoi que ce soit et sans jamais aboutir à quelque chose. Un jour, alors que je cherchais un chemin que jamais je ne trouvai, je frappai par hasard à la porte d’une école renommée qui, ayant apprécié mon sens de la repartie, eut la bonté de m’accueillir, de m’enseigner des choses et de me donner de quoi occuper mon temps pour la vie avant que je ne réalise que ce temps n’existait pas.

 

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Le 2 avril 2013 à 07:01

Le colloque du Petit Prince

Il y eut une lectrice passionnée qui cherchait la preuve vivante de l’existence pas fictive de l’auteur qui rédige « L’autofictif ». Il y eut des universitaires qui parlèrent d’hétérotopies et contre-utopies, de la mauvaise foi, de l’écrivain moraliste, de la pensée descellée, de la virulence, de démolir la phrase, de la littérature sans la littérature, de l’auteur et moi, de meurtre en bas de page, de listes, d’un traître parmi les traîtres, du conteur, de l’enlèvement du hérisson, du lecteur, de l’autofictif observe le monde, du portrait de l’écrivain en animal critique, de la presse, des lecteurs, de l’auteur en entretien. Il y eut les rires, l’ennui, l’attention, les regards qui se cherchent, les sourires qui se trouvent, la parole, la joie, l’élévation, l’attente, la curiosité, la lenteur, le plaisir, la sueur, la faim, la soif, l’envie, la jeunesse, la maturité, l’éloquence, la justesse, la connaissance, la voix émouvante d’Éric Chevillard, les impatiences dans les jambes, l’écriture, les pages noircies d'encre, les mains du maître sur son carnet de peau de taupe noire, son stylo noir qu'il caresse, les bloc-notes des étudiants, la tablette de Christophe Claro, les ordinateurs portables et leur lumière bleue, le micro qui ne fonctionne pas, l’écoute attentive, la participation dynamique, l’invention, la discrétion, l'élégance de la simplicité... Il y eut les deux jours du colloque international d’Éric Chevillard au site de l'antenne universitaire de Valence, université Stendhal-Grenoble III   les 26 et 27 mars 2013. Il y eut les deux jours du Petit Prince qui fut de bonne foi. Il y eut Éric Chevillard, le poète charmeur.   > Retrouvez les chroniques d'Éric Chevillard sur ventscontraires

Le 29 novembre 2014 à 09:03

Eyjafjallajökull

Under the volcano

J'ai de plus en plus peur que la surchauffe de mon cerveau formidable ne se joue aux dépens de mon intégrité physique, car n'y a-t-il pas, déjà, dans mes plus forts moments créatifs, des fumerolles qui s'échappent de la coupole de mon crâne, soumise à de trop fortes pressions internes ? Voilà pourquoi je m'attends, tôt ou tard, à l'explosion terminale, assortie d'une éruption qui devrait intéresser le public, surtout si elle s'offrait sous l'aspect d'un fantastique jaillissement de vocables que l'on verra monter très haut, s'épanouir en un large dôme, et redescendre lentement jusqu'à se trouver enfin, pour ceux de leur tribu qui auraient survécu à la traversée des atmosphères, à la portée des spectateurs soucieux ne pas repartir les mains vides. Encore ne saurais-je leur garantir que tout, de leur butin, sera exploitable, et tel qui faisait le fier pour avoir empli sa musette du plus riche butin lexical, sa désillusion sera grande si, de retour à la maison, il n'en retire qu'un magma, un obscur grouillement dont il hésitera puis se résoudra à se défaire, et ce n'est pas à moi de lui donner tort. D'autres récoltants auront ramené un petit magot qui peut-être ne paie pas de mine, mais s'ils savent l'exploiter, par de subtils agencements, par des combinaisons imprévues, ils pourraient en obtenir des résultats non négligeables, mais attention, chers amis - je m'adresse aux plus aventureux -, à ne pas agiter si fort sous votre crâne votre petit matériel de récupération que ne vous étonnez pas si la menace d'une surchauffe est imminente qui, etc.

Le 19 février 2014 à 14:35

Ne pas redescendre

Une fois de plus lamentablement affalé sur le sofa du salon de mon douillet chalet d'Aspen (dans le Colorado, bingo, ouais !), je tripotais machinalement mon smartphone, à la recherche de l'application la plus encline à m'apporter quelque réconfort. Je tombai alors sur ces mots : « 6, 16 m pour Renaud Lavillenie ». Je dus réfléchir : « 6, 16 m, 7 x 4 = 28, je retiens 1, heu... » quand enfin, je compris ! « Doux Jésus ! Il a battu le record du Monde ! LE. RE. CORD. DU. MONDE. » Ni une ni deux, je me jetai sur la télécommande de mon téléviseur sud-coréen, lui intimant de me guider vers une chaîne d'information en continu, quelle qu'elle soit. Ce fut celle dont l'habillage est si laid, filiale de cette grosse chaîne vendeuse de « temps de cerveau disponible à Coca-cola ». Coup d'chance, ils remontraient justement l'exploit : la course, le saut, le public qui se lève et comme le héros du jour, n'y croit pas. Puis, tout le monde l’a vu, ce plan honteusement voyeuriste sur la loge où Sergueï Bubka, visiblement pris de sentiments confus, doit subir les gesticulations de son voisin, qui insiste, et retourne le couteau dans la plaie, car il n'en revient pas de l'écart entre la barre et le corps frêle mais musclé de Renaud Lavillenie... Sergueï, lucide, sait qu'il doit rester digne, on l'attend plus bas. Il vient d'être dépossédé d'un record vieux de 21 ans, mais il a franchement l'air heureux pour Renaud (on ne s'empêchera pas d'imaginer qu'il n'a pu réprimer un « PETIT CON ! » pile au moment des faits, mais puisse-t-il, cela dit, ne pas nous faire « une Michel Platini »...).  Faire une Michel Platini : En vouloir éternellement – au point d'être jaloux (parce que c'est scandaleux, quoi !) – à un certain Zinédine Z. et ses amis d'avoir remporté la Coupe du monde de football (la vraie, en or, tout ça), alors que lui, eh ben pas du tout. (Et bien sûr, assurer, dès lors qu'il y est fait allusion, que non, trois fois non enfin, voyons !)  Face à mon écran, je n'bouge plus, béat. J'en avais déjà parlé ailleurs, mais décidément, en voilà un mec brillant, et même mieux – je n'sais si c'est parce que je suis, pour ce qui est de l'écriture,  assez navrant en ce moment, mais je n'trouve pas de mots pour décrire ce type et son exploit (peut-être bien qu'il n'en existe pas). Pendant ce temps-là, le petit gars n'en oublie pas l'essentiel : il a passé 6, 16 m au premier essai, trois nouveaux sauts lui sont donc offerts. Alors bon, record du Monde ou pas, on ne l'empêchera pas, comme chez lui, dans son jardin, de multiplier, inlassablement, les sauts insensés vers les cieux. Si une perche récalcitrante n'en avait décidé autrement, peut-être y serait-il encore... Mais il fallait bien que Renaud fasse une pause, ne serait-ce que pour la cérémonie, les photos avec Sergueï, son sponsor en forme de virgule, tout ça... Les téléspectateurs, le public de Donetsk – peut-être certains d'entre eux étaient-ils là lors d'un des nombreux records du Monde de Bubka, là-bas, pile au même endroit –, tous mesurent la chance qu'ils ont d'assister à ce truc-là. Même moi ! Je préfère ne pas trop penser à la suite, aux « impératifs économiques » (sic...), mais je m'souviens juste que la dernière fois que j'ai regardé la chaîne d'info orange et bleue, c'était pour une sorte de grand raout organisé par une marque de boisson prompte à rendre brin énervé, où un mec descendu de l'espace à pied, avait atterri à peine essoufflé. Renaud Lavillenie, c'est marrant, a fait le chemin inverse - je crois que lui, par contre, n'est pas prêt de redescendre...

Le 14 septembre 2014 à 10:09

Le 4 mai 1991, on était en cours de maths

Fin de classe en ex-Yougoslavie

Ce qui s’est passé c’est que… Maintenant je ne sais plus. Je n’ai plus le souvenir des années… Je crois que c’était en 91, quelque chose comme ça… Il y avait des élections, je me souviens, il y avait un référendum et mes parents ils avaient discuté toute la nuit pour savoir s’ils allaient nous déclarer yougoslaves ou bosniaques… C’est le jour où j’ai compris qu’il y avait trois peuples différents, même si on était tous ensemble il y avait une différence entre nous, mais pour moi ça n’existait pas avant, je n’y pensais pas, pour moi musulman ça voulait dire ma grand-mère qui prie et va à la mosquée, catholique c’était la grand-mère de quelqu’un d’autre, orthodoxe la grand-mère de quelqu’un d’autre. Entre nous il n’y avait vraiment aucune différence, j’habitais Yaitsé, une ville où la population était très mélangée avec à peu près soixante-dix pour cent de couples mixtes. La religion, ça n’existait pas pour moi. Le lendemain, mes copines sont venues, elles disaient oui mon père s’est déclaré serbe, croate et on a commencé à en parler comme ça. Et puis il y a eu le 4 mai. Le quatre mai c’est l’anniversaire de Tito et ce jour-là, dans toute la Yougoslavie, à quinze heures zéro cinq, il y avait une sirène où tout le mode se levait pour une minute de silence, une minute de silence dans toute la Yougoslavie. C’était pour lui rendre hommage. Et le 4 mai 1991, on était en cours de maths, il y avait des portraits de Tito partout, dans toutes les classes. Et le prof de maths il ne s’est pas levé…    A suivre...

Le 20 juin 2010 à 10:30

Quand un "ceinture noire" voit rouge, on rit jaune

Signe (de la dégradation) des temps

J'ai mal à mes médias. Le boss de Radio France a été mis en examen à la suite d'une plainte de David Douillet, judoka converti en politique, au sens de l'humour visiblement assez limité. Peut-être à cause de la fréquentation de Mme Chirac, mais passons car là n'est pas la question. David Douillet reproche à une journaliste de France Inter d'avoir diffusé dans son journal un bout d'interview (enregistrée) de l'eurodéputée Eva Joly, des propos tenus en 2009, qui insinuaient que le député des Yvelines était l'heureux détenteur d'un compte bancaire dans un paradis fiscal. Soit. Admettons que ce soit faux, admettons qu'Eva Joly ait eu la langue trop bien pendue, admettons que David Douillet l'attaque en justice pour diffamation (ce qu'il a fait), ça le regarde, s'il estime que son honneur d'homme politique doit être lavé. Là non plus n'est pas la question. Là où l'affaire devient proprement scandaleuse, c'est quand le média qui a diffusé l'interview est lui-même attaqué. C'est une nouvelle limite qui est franchie. Quelle place reste-t-il aux journalistes? Va-t-il falloir nettoyer les interviews avant leur diffusion? N'entendrons-nous dans nos radios, ne lirons-nous plus dans nos journaux que des infos qui ne blessent personne? Au moment où l'on célèbre Paris-Londres, on se dit que cette nouvelle n'est pas une si mauvaise nouvelle car l'avenir, finalement, n'est pas si noir pour les journalistes : progressivement, ils vont avoir l'opportunité de se placer dans la frange des résistants. Les carottes sont cuites.

Le 12 septembre 2012 à 08:59

Oui, j'ai couché souvent par politesse, par lâcheté, par flemme

J'ai souvent couché par politesse parce qu’il m’avait offert une belle soirée, un beau cadeau, qu’il avait été gentil, galant, attentionné. Dans ce but. C'était purement un marché à honorer qu'il fallait que j’honore. J'ai couché par lâcheté aussi, pour ne pas avoir à me battre, à risquer la violence, les coups, les insultes, quelque chose dont je ne serais pas sortie indemne. J'ai couché bien souvent par flemme car dire non est source de débats inépuisables et d'argumentations désagréables sur la mécanique interne  qui soumet la faible femme aux effets humiliants des hormones et donne raison à l’homme d’être ce qu’il est : le chef. J'ai couché plus qu’à mon tour par habitude, parce que c'est samedi, parce qu'il fait froid/chaud, parce que les enfants sont en vacances, parce qu'il n'y a rien à la télé, parce qu'on a bu, parce que ça se fait... Bien sûr, j'ai aussi refusé de coucher. Ça m'a valu quelque luttes physiques éprouvantes, altercations usantes, menaces pénibles, mépris aussi. Parfois rien. Vous pouvez me dire : t'avais qu'à pas aller avec tous ces hommes. Je pourrais vous répondre : c'est d'un seul homme qu'il s'agit, le père de mes enfants, l'homme qui m'a choisie et qui m'aime. Un homme amoureux, jaloux, primaire, possessif et ardent. Je pourrais ajouter qu'heureusement, la majorité des fois où j'ai couché avec un homme, c'était par pur plaisir. Mais faut-il croire vraiment tout ce que racontent les femmes ?

Le 11 février 2013 à 10:03

"Vous n'avez aucun courage, vous préférez m'attaquer"

David Douillet, député UMP des Yvelines, Assemblée nationale, jeudi 7 février 2013

Ce pourrait être un tome 2 du  “livre collaboratif”  en vente dans toutes les bonnes librairies : le recueil des idioties, imprécations et autres ignominies des députés de la droite extrême bataillant contre le “mariage pour tous.” Les co-auteurs, cette fois, ne seraient pas consentants, préférant sans doute rester cons tout court dans la confidentialité du seul “analytique” de l’Assemblée nationale.  Car ce serait un ouvrage épais à tous égards, suintant l’homophobie souvent, le racisme pur et simple parfois, le burlesque à l’occasion. S’il fallait retenir l’acmé de cet opéra des tréfonds réactionnaires, comment ne pas mettre en exergue le cri de détresse d’une petite chose d’ancien judoka (1,96 m, 120 kilos) face à la lâche agression de Christiane Taubira, une ministre de la Justice pas plus haute qu’un Président sans talonnette. On se serait cru dans un Tex Avery où le bouledogue à mâchoires lepénistes, saute dans les bras du chat pour échapper à la souris. Ce serait faire preuve d’un “manque de courage” que d’attaquer la terreur des tatamis ? Il a raison ce gros compagnon de l’oxymoron. Quoi de plus facile que d’ouvrir ses mémoires et y lire à haute voix : "Oui je suis misogyne mais tous les hommes le sont sauf les tapettes. Pour moi, une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n'est pas valorisant". Quant aux gonzesses qui se mêlent de sortir de la jungle pour être ministres, n’en parlons même pas !

Le 11 janvier 2012 à 16:08

"C'est indigne de reprocher à Nicolas Sarkozy d'aller dans une brasserie populaire !"

Christian Estrosi, député-maire UMP de Nice, RFI, mardi 10 janvier 2012

C’est vrai, quoi ! Pour s’être fait une « cantoche » au Fouquet’s des Champs-Elysées, Nicolas Sarkozy serait taxé  pour l’éternité de goûts somptuaires. On reconnaît bien là ce mépris du peuple animant les empoisonneurs de l’esprit public. Les classes laborieuses  n’auraient pas le droit d’accéder à un lieu où le menu s’affiche à 78 euros minimum ( sans les vins) ? A eux seulement, les bouis-bouis avec plat du jour à 10 euros, pain compris ? On nage dans  l’ostracisme social. Et dans la mauvaise foi. De celle qui voudrait nous faire prendre un pédalo loué à Malte pour le yacht d’un milliardaire, ou la touchante rencontre d’un président esseulé et d’une immigrée italienne, intermittente du spectacle avec un enfant à charge, pour une romance jet-set. Et pendant qu’on y est, voilà le « bouclier fiscal » stigmatisé encore comme une mesure pour les riches,  par ceux qui n’ont pas idée de ce qu’est le sort d’un agriculteur smicard propriétaire de quelques hectares à l’Ile de Ré. Ne parlons même pas de ces familles méritantes qui peinent à entretenir le château des ancêtres, et dont les colonnes infernales du candidat Hollande sont résolues maintenant à sucrer le quotient familial. Qui dira ce qu’il en coûtera d’une augmentation de la TVA sur la vente des Rolex ? Bien plus qu’un point sur le prix de la baguette. Et pourquoi pas, demain, imposer à tous un salaire de "minable" à 5000 euros par mois ? Ça nous pend au nez. Debout les gavés de la terre !

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