Charlie Poppins
Publié le 17/09/2015

Depuis toujours


 d'un père peintre et d'une mère poétesse, le petit Charlie ne rêvera que d'une seule chose : être chercheur en biologie moléculaire. Après quinze années d'études supérieures couronnées de succès, la pression familiale est trop forte pour le jeune homme, vivement encouragé à trouver un « métier plus sérieux ». Il réintégrera le schéma familial la mort dans l'âme. Depuis, il dessine des « mickey ». 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 3 septembre 2015 à 11:20

Kim

Le progrès c'est quoi, enfin je veux dire, le progrès c'est ça alors dis-moi, hein, c'est quoi le progrès et dis, quand et est-ce qu'on y est ? Quelque part sur une plage turque, un enfant de même pas quatre ans fait comme s'il dormait alors qu'il est mort, la tête dans le sable et les pieds dans les vagues, bien mort comme ça, l'air de ne pas y toucher ou de n'y rien comprendre. Il est migrant mais aucun pays n'en veut. Il n'a rien demandé à personne mais tous décident pour lui jusqu'à sa non-nécessité d'être compté parmi les vivants, mais bon, ça fait de belles photos sur Facebook cette tête d'enfant mort du mauvais côté de la vie, c'est déjà ça, ça fait des « like » et des indignations en carton, alors, je veux dire, hein, oui, quoi, c'est ça le progrès ? Quelque part encore, du haut d'une tour, un connard qui domine le monde du haut de son bureau et de l'entreprise qu'il a dirigée quitte cette dernière, déficitaire, avec une jolie prime de plusieurs millions. Il contemple le monde qu'il domine. Ils sont plusieurs à se partager toutes les richesses du monde de cette façon, pour eux-mêmes, bien sûr, mais aussi pour le plaisir d'avoir une masseuse attitrée pour chaque couille et de pouvoir dire sur Facebook « moi, j'ai une masseuse attitrée pour chaque couille », faire des « like » et ça n'empêche pas le monde de soi-disant avancer ni tourner, alors bon, c'est peut-être ça aussi le progrès, d'être un Midas bien burné, je dis ça, bon, pourquoi pas. Quelque part enfin, Kim Kardashian montre ses fesses pour un photographe new-yorkais pédophile parce qu'elle n'a trouvé que ça pour exister alors elle montre ses fesses encore et encore et quand elle s'ennuie elle montre ses fesses, et puis là elle montre ses fesses et elle fait la couverture des magazines avec ses fesses qu'elle montre, et montre, et montre ses fesses et puis elle dit qu'elle est féministe avec ses fesses, qu'elle fait des courses avec ses fesses, qu'elle fait un truc à un moment de la journée genre acheter quelque chose avec ses fesses ou manger un machin avec ses fesses et elle montre ses fesses pendant qu'autour d'elle le monde progresse mais Kim Kardashian, elle, elle s'en fout, elle est féministe et elle montre ses fesses, elle aime ses fesses, elle montre ses fesses sur Facebook et ça génère du « like » et on passe à autre chose en oubliant très vite les millions indécents qui font l'or des couilles de nos dirigeants, la photo de l'enfant mort avec la bouche pleine du sable de notre saloperie de soi-disant progrès, et on vomit le monde sans plus même s'en apercevoir parce que c'est de l'ordre du réflexe. C'est du sable. Du satané sable. Et il s'écoule. Inexorablement dans le bordel ambiant...

Le 12 septembre 2015 à 09:02

L'imprimante 3D

Les progrès du futur #1

Ce n’est qu’au début du XXIe siècle qu’apparut l’imprimante 3D. L'innovation se répandit comme une traînée de poudre et très vite on assista à une réorganisation radicale du système de production. Les petites pièces de plastique en particulier, toujours les premières à casser, devenaient facilement remplaçables. L’industrie du grille-pain s’effondra. Plus généralement, la position des producteurs fut profondément minée. La Chine connut une décennie très dure, où la croissance à deux chiffres n’était plus là pour masquer l’horreur sociale et écologique. Puis on butta sur le problème de la matière première : l’imprimante fonctionnant à base de plastique, le pétrole, qui flambait déjà, explosa. Heureusement, un petit malin inventa une machine à recycler les plastiques à la maison. Dans la foulée, un autre inventa la machine à recycler les épluchures. Avec une peau de banane on imprimait une baignoire sabot. Le cours du pétrole s’effondra, provoquant des émeutes de la faim au Qatar. Ce fut l’ère des designers : Internet était le support idéal pour ces productions immatérielles soudain inestimables. Certains exaltés y virent le triomphe de l’idée sur la matière, de l’esprit sur le corps. Philippe Starck prit la tête du Grand Orient de France. Jusqu’au jour où l’implant cérébral fut au point. On put désormais simuler la présence des objets en manipulant directement le cerveau. Ce fut l’avènement de la Matrice.

Le 13 septembre 2015 à 08:40
Le 3 septembre 2015 à 11:35

Ça va pas être long

Les informations qui suivent sont issues d’un rêve que j’ai fait. J’ai décidé de les rendre publiques après avoir rêvé que le rêve précédent était prémonitoire. «Innover sans cesse», telle pourrait être la devise de ces chercheurs californiens qui viennent de mettre au point la première machine à arrêter le progrès. Un nouveau mode d’exploration spatiale fait son apparition, alliant économie et distinction : la fusée à porteurs, basée sur le principe de la chaise du même nom. La question de la répression de la délinquance chez les jeunes est enfin  tranchée. Toutes les femmes accoucheront en prison, leurs enfants pourront éventuellement être libérés plus tard pour bonne conduite. Le remplacement du téléphone par la télépathie a deux conséquences : la disparition la fameuse phrase « Ne quitte pas, je te le passe» et l’interdiction faite aux automobilistes, pour des raisons de sécurité, de conduire avec leur cerveau, lequel doit être rangé dans la boîte à gants. L’augmentation de l’espérance de vie crée des embouteillages dans les grandes villes. Heureusement, les progrès de la génétique permettent désormais de réguler la pousse des ongles et de la barbe. On passe plus de temps en voiture, mais on en perd moins à se couper les ongles et à se raser. L’euthanasie est autorisée non seulement pour soulager la souffrance des personnes atteintes de maladies dégénératives incurables, mais aussi pour libérer des appartements. Après la découverte du gène de la mauvaise foi, les personnes vivant en couple se le font neutraliser et se séparent peu de temps après tellement ils s’ennuient. Les divorces sont sources de disputes, chacun insistant pour prendre les torts à sa charge.

Le 30 septembre 2011 à 11:20

Oscar Wilde, le scandale du plaisir

D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

Le 17 septembre 2015 à 11:45
Le 1 avril 2010

La question du nom "ventscontraires.net"

Courrier interne

Chère amie et co-rédactrice en chef,Un petit doute me traverse alors que mettons en ligne la nouvelle revue du Théâtre du Rond-Point. Le nom est-il le bon ? Le "Vents Contraires" de ventscontraires.net pourrait nous porter la guigne, non ? Comme « Coup de Jarnac », « Sables Mouvants », « Traquenard »,   « Impasse », « Peau de Banane », « Retour dans la Gueule », « Série Noire »… quoique « Série Noire »  sonne bien, mais déjà pris... « Vents contraires », c'est vrai, donne du mouvement. Mais un mouvement d’arrêt, je trouve.  Nous nous mettons en mouvement pour arrêter quelque chose.  Finalement ce sont les autres qui sont le mouvement. N’allons-nous pas être perçus comme une revue immobiliste ? Que devenons-nous, chère amie et co-rédactrice en chef ? Jean-Daniel MagninCher ami et co-rédacteur en chef,Je comprends vos doutes, mais je n’arrive pas à les partager. C’est pas simple, vous savez, de travailler avec vous. Car après tout que sont les « Vents Contraires » ? Ce sont des vents, comme leur nom l’indique.  Ça bouge, donc ! Que me contez-vous avec votre « immobilisme » ? C’est avec des remarques comme ça qu’on n’avance pas… Ce sont des vents, et comme ils sont contraires, ils emmènent là où on n’aurait pas voulu ou pensé aller. En fin de compte, c’est quand même ce que dont nous rêvons tous, d’être déviés, d'être dévoyés, non ?… En tout cas, à vous, ça vous ferait du bien, vous savez, cher ami. Un peu d’air. Du vent !Laure Albernhe

Le 14 septembre 2015 à 08:56
Le 6 mai 2012 à 09:20

J'aime ce James

Chez vous l'indice... Top ! Guitariste et chanteur américain, je suis né à Seattle et mort à vingt-sept ans. Je suis un génie, je suis gaucher, je suis, je suis, je suis ? Non, pas Kurt Cobain, soyons sérieux. Encore moins Julien Lepers ! N'importe quoi ! C'était Jimi Hendrix ! On n'avait pas vu pareille révolution dans le monde de la guitare depuis que Tarrega s'était coupé les ongles. Vous allez me dire, Hendrix, c'est plein de fausses notes, ses solos. Vous avez tort. Il n'y a pas une seule fausse note dans toute son oeuvre, il n'y a que des licences poétiques. Alors vous allez me dire qu'une fois sur deux, il chante à côté du micro, et que quand il chante dedans, il chante faux. Et alors ! Que m'importe que Monica Bellucci ait un orteil tordu quand je ne regarde que son décolleté ? Si on n'a pas réalisé de chef-d'oeuvre à vingt-sept ans, on a raté sa vie, n'a pas dit Séguéla, preuve que ce constat doit vraisemblablement être véridique. En ce qui me concerne, pas un chef-d'oeuvre en vue alors que ça va quand même faire vingt-huit ans que je vais sur mes vingt-huit ans. Vous allez dire que j'ai pris mon temps, et que qui va lentement va sûrement. Justement, c'est pas faux et j'ai bien peur de dépasser bredouille Hendrix dans la longévité, un de ces quatre. Du coup, aux soirs de biture, je me couche sur le dos en croisant les doigts pour enterrer dans un oubli posthume ma médiocrité. Enfin, Hendrix, lui, ne mourra jamais vraiment, car c'est un génie, et quand on crie au génie, il y a cryogénie.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication