Sophie Guerrive
Publié le 16/09/2015

Pauvre Crocus


Sophie Guerrive est née à la fin du XXe siècle entre Hong-Kong et Périgueux. Elle obtient sans tarder un flocon en ski alpin, une ceinture jaune en judo et gagne le premier prix de dessin du centre aéré de son quartier.

Estimant avoir suffisamment travaillé comme ça, elle produit maintenant des bandes dessinées et des illustrations qui sont parfois publiées et parfois non.

 

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Le 3 juillet 2013 à 10:31

L'homme augmenté

Les progrès du futur #4

Oscar Pistorius fut un pionnier : ce fut le premier homme à devenir plus performant grâce à des prothèses. Malgré ses déboires avec la justice, il ouvrit une voie dans laquelle beaucoup d’autres s’engouffrèrent bientôt. En particulier, la miniaturisation aidant, dès les années 2030 tout le monde avait le phone greffé à l’oreille, au sens propre du terme. Là encore, la sonde cérébrale était bien pratique pour fouiller rapidement son carnet d’adresse.   D’autres furent plus créatifs : prenant modèle sur les requins, les adeptes de hockey subaquatique se firent greffer un ruban électrosensible sur les flancs, afin de mieux percevoir les impulsions électriques dans les muscles de leurs adversaires. Cette innovation, conjuguée à l’invention des branchies amovibles, rendit ce sport beaucoup plus populaire, au point d’en faire une discipline olympique. Malheureusement, le monopalme mécanique, très spectaculaire, fut interdit par les pisse-froid du comité olympique par peur des accidents.   Pendant ce temps les amputations volontaires se multipliaient. De tristes sires se désolaient, déclarant qu’on crachait à la face de Mère Nature et que s’ouvrait l’ère des monstres. Ce à quoi les prothètes, menés par le philosophe Bernabé Fakebum, rétorquaient que l’homme étaient prothésé depuis son premier outil. Et ils inventaient de nouveaux dispositifs ludico-sexuels inspirés des céphalopodes.

Le 1 avril 2010

La question du nom "ventscontraires.net"

Courrier interne

Chère amie et co-rédactrice en chef,Un petit doute me traverse alors que mettons en ligne la nouvelle revue du Théâtre du Rond-Point. Le nom est-il le bon ? Le "Vents Contraires" de ventscontraires.net pourrait nous porter la guigne, non ? Comme « Coup de Jarnac », « Sables Mouvants », « Traquenard »,   « Impasse », « Peau de Banane », « Retour dans la Gueule », « Série Noire »… quoique « Série Noire »  sonne bien, mais déjà pris... « Vents contraires », c'est vrai, donne du mouvement. Mais un mouvement d’arrêt, je trouve.  Nous nous mettons en mouvement pour arrêter quelque chose.  Finalement ce sont les autres qui sont le mouvement. N’allons-nous pas être perçus comme une revue immobiliste ? Que devenons-nous, chère amie et co-rédactrice en chef ? Jean-Daniel MagninCher ami et co-rédacteur en chef,Je comprends vos doutes, mais je n’arrive pas à les partager. C’est pas simple, vous savez, de travailler avec vous. Car après tout que sont les « Vents Contraires » ? Ce sont des vents, comme leur nom l’indique.  Ça bouge, donc ! Que me contez-vous avec votre « immobilisme » ? C’est avec des remarques comme ça qu’on n’avance pas… Ce sont des vents, et comme ils sont contraires, ils emmènent là où on n’aurait pas voulu ou pensé aller. En fin de compte, c’est quand même ce que dont nous rêvons tous, d’être déviés, d'être dévoyés, non ?… En tout cas, à vous, ça vous ferait du bien, vous savez, cher ami. Un peu d’air. Du vent !Laure Albernhe

Le 27 juillet 2014 à 07:03

Joseph Déjacque (1822-1864) : "Des esclaves de fer à vapeur ou à électricité"

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le premier à avoir fait tinter le néologisme "libertaire" ? L'irritable tapissier Déjacque atteint le summum subversif-carabiné avec trois chefs-d'œuvre : Les Lazaréennes (1851), une mosaïque de fables et de poésies incendiaires, La Question révolutionnaire (1854), un appel à la guerre prolétarienne et la guerre servile « qui feraient craquer les États et les os des exploiteurs de ces États », et l'incroyable Humanisphère, utopie anarchiste (1857) sur laquelle nous allons vite revenir. Notons juste avant ça que Joseph Déjacque semble être le premier insurgé à avoir fait tinter le néologisme « libertaire ». C'était en mai 1857, à la Nouvelle Orléans, où il s'était réfugié après avoir incommodé beaucoup de monde avec ses écrits inouïment outranciers. Sans le moindre sens de la mesure ou de la litote, sans jamais moucheter tant soit peu ses fleurets, le pamphlétaire s'en permet en effet des belles avec un humour trash qui n'est pas alors perçu comme tel. C'est ainsi que pour préparer le « simoun révolutionnaire » contre « l'oppression bourgeoise et princière », il exhorte « la plèbe des ateliers » à combiner ses forces avec celles de « la plèbe des bagnes », et s'adresse directement aux assassins et voleurs afin qu'ils aident les pue-la-sueur en colère à « porter la perturbation chez les civilisés » et à « élever leurs attentats quotidiens contre la vie et la propriété des riches à la hauteur d'une insurrection sociale ». Tous les schémas marxistes volent donc ici en éclats. Pour Déjacque, comme plus tard pour un Bakounine qui se tournera également vers les brigands mais d'une façon moins paroxystique, la classe des révolutionnaires en branle-bas de combat, ce n'est pas la classe des seuls prolos, c'est la classe de « tous ceux qui souffrent et veulent jouir ». Parmi les moyens de luttes souhaitables, il va même jusqu'à inclure la satire féroce à la Stéphane Guillon et, on croit rêver, la transgression extra-conjugale. « Debout tous !Et par le bras et le cœur,Par la parole et la plume,Par le poignard et le fusil,Par L'ironie et l'imprécation,Par le pillage et l'adultère,Par L'empoisonnement et l'incendie (…)Faisons la guerre à la société ! » Contre la dictature du prolétariat Ce qui choquera aussi beaucoup de camarades conspirateurs de Déjacque robespierristes ou babouvistes, c'est qu'il s'oppose à ce que les « tremblements de têtes » qui s'annoncent débouchent sur la dictature du prolétariat. « Un comité dictatorial composé d'ouvriers est certainement ce que l'on pourrait trouver de plus gonflé de suffisance et de nullité et, par conséquent, de plus anti-révolutionnaire. » « Ce qu'il faut, c'est autant de dictateurs qu'il y a d'êtres pensants, hommes ou femmes, dans la société, afin de l'agiter, de l'insurger, de la tirer de son inertie. » Il fallait y penser : la toute-puissance dictatoriale pour tous dans un monde où « les caprices sont les besoins » à satisfaire, où « tous les révolutionnaires veulent le développement intégral de leur nature multiple ». Ce jardin des Hespérides, que les très conformistes historiens de l'anarchie Claude Harmel et Alain Sergent n'ont su voir que comme une « écœurante fadaise », aucun utopiste, hormis bien sûr Fourier, et puis encore Cœurderoy, aucun des gaillards dévorés par le désir de « donner un nouveau moule à l'embryon humain » ne l'a rêvé plus chouetto que Déjacque. Des esclaves électriques ou à vapeur, robots ménagers rêvés par Déjacque « La science a détruit ce qui est le plus répugnant dans la production, et ce sont des machines à vapeur ou à électricité qui se chargent de toutes les grossières besognes. Ce sont elles qui lavent les couches, nettoient le berceau et préparent les bains. Et ces négresses de fer agissent toujours avec docilité et promptitude. Leur service répond à tous les besoins. C'est par leurs soins que disparaissent toutes les ordures, tous les excréments ; c'est leur rouage infatigable qui s'en empare et les livre en pâture à des conduits de fonte, boas souterrains qui les triturent et les digèrent dans leurs ténébreux circuits, et les déjectent ensuite sur les terres labourables comme un précieux engrais. C'est cette servante à tout faire qui se charge de tout ce qui concerne le ménage : elle qui arrange les lits, balaye les planchers, époussette les appartements. Aux cuisines, c'est elle qui lave la vaisselle, récure les casseroles, épluche ou ratisse les légumes, taille la viande, plume et vide la volaille, ouvre les huîtres, gratte et lave le poisson, tourne la broche, scie et casse le bois, apporte le charbon et entretien le feu. C'est elle qui transporte le manger à domicile ou au réfectoire commun ; elle qui sert et dessert la table. Et tout se fait par cet engrenage domestique, par cette esclave aux mille bras, au souffle de feu, aux muscles d'acier, comme par enchantement. Commandez, dit-elle à l'homme, et vous serez obéi. Et tous les ordres qu'elle reçoit sont ponctuellement exécutés. Un humanisphérien veut-il se faire servir à dîner dans sa demeure particulière, un signe suffit, et la machine de service se met en mouvement : elle a compris. Préfère-t-il se rendre aux salons du réfectoire, un wagon abaisse son marche-pied, un fauteuil lui tend les bras, l'équipage roule et le transporte à destination. Arrivé au réfectoire, il prend place où bon lui semble, à une grande ou à une petite table, et il mange selon son goût. Tout y est en abondance. » Ajoutons que dans le nouveau monde déjacquesque, « L'on prendra les noms et les prénoms qui nous conviennent », qu'on y pourra changer quotidiennement de palais, que la « liberté de l'instruction » s'y fondra en « instruction de la liberté », que l'on pourra s'y vêtir de la plus invraisemblable manière, qu'on y sera chacun son propre docteur miracle et son propre apothicaire, que l'on ne s'y séparera pas tout à fait des morts aimés puisqu'on les utilisera comme engrais, qu'on y « commandera aux saisons », et que les loupiots pourront y enfourcher des bêtes fauves « comme des dadas », « les phénomènes et les utopies n'étant des phénomènes et des utopies que par rapport à notre ignorance ». À lire : Autour de la question révolutionnaire de Joseph Déjacque (http://mutineseditions.free.fr/)

Le 26 mai 2014 à 09:19

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Y-a-t-il des mots qui font du bien?

OUI. Par exemple, les mots amour, savon, choucroute garnie, vins des pays de Loire, caresse, câlin, viens dans mon lit, copains, joie, pâtisserie, service après-vente gratuit, soldes sur la lingerie fine, plombier à l'heure, sieste, Mozart, soleil, farniente, barbecue (à gaz ou pas), théâtre, ouvreuse sexy, où sont les toilettes, ma petite chérie? La liste est loin d'être close et chacun peut la compléter selon ses goûts. Ceci étant dit, les mots sont réversibles : un mot sensé faire du bien peut renvoyer à une réalité désagréable ou affligeante. Un barbecue, cela peut vous exploser à la gueule. Toutes les ouvreuses ne sont pas sexy : j'en connais qui pourrait être maître-chien. Mon plombier arrive à l'heure, mais c'est juste pour me faire un devis. Et que dire de la lingerie fine, si on n'a personne à l'offrir ? Que dire encore d'une choucroute garnie à laquelle il manque deux saucisses ? Et je ne parle même pas du savon sur lequel on glisse dans la baignoire, de l'amour de ma vie qui ne veut pas qu'on la caresse, des copains qui ont passé l'arme à gauche, de mes voisins qui préfèrent Céline Dion à Mozart et qui m'empêchent de faire la sieste, merde ! Bref, méfiez-vous des mots qui font du bien : il se pourrait qu'ils fassent très mal. La semaine prochaine, justement, nous parlerons des mots qui blessent comme redressement fiscal, hachoir à viande, Syrie, andouille, mine anti-personnel, enfoiré. Et si vous êtes bien sage, on fera un abécédaire !

Le 28 mai 2015 à 09:38

Inbox du futur

[Hôpital de surveillance à distance - message de relance du 11 octobre 2027] Vos données Google Implant® ont été analysées et votre taux d’ACE s’est encore rapproché du stade Alarmant. Des métastases circulent dans votre corps (cf. PJ) et pour localiser plus précisément la ou les tumeurs cancéreuses, vous devez vous rendre sous 8 jours à compter de la réception de ce message, dans le centre d’imagerie médicale le plus proche (ici). Le traitement vous sera automatiquement injecté dès que vous aurez accepté les Conditions Générales de Soins, en cliquant ici. [IFOP & Prestavote - message du 15 mai 2027] Vous trouverez ci-joint le détail de vos intentions de vote pour les élections qui auront lieu demain. Votre suffrage est d'ores et déjà prêt et programmé, aucune action supplémentaire n'est nécessaire de votre part. Si vous souhaitez toutefois le modifier, il vous reste douze heures pour vous rendre sur cette page et remplir le formulaire, la liste des pièces justificatives à fournir est ici.   [Sécurité Sociale - message du 27 avril 2028] Les données fournies par votre Google Implant® nous indiquent de votre part une non prise régulière des 5 portions de fruits & légumes par jour au cours de ces onze dernières années. En conséquence le remboursement de votre chimiothérapie Pfizer sera réduit pour passer à 22%. Pour revenir au taux de 31% vous devez suivre le régime imposé dont la prise sera vérifiée électroniquement par l’intermédiaire d'une Apple Watch™, disponible à la location pour 8,40€ par mois (hors applications) dans l’agence la plus proche de chez vous. Durant cette période vous ne devrez pas utiliser Google Implant® sous peine de voir annuler votre taux de 31% pour repasser à 22%, assorti d’une amende. PS/ À compter de ce jour, vos intentions de vote sont soumises à un contrôle de santé et d’autonomie.  [Bibliothèque municipale de Paris - message du 11 juin 2032] Vous avez dépassé votre quota de lecture de livres d'éditeurs indépendants pour l’année 2032, en conséquence votre catalogue personnalisé sera restreint à l’offre commerciale et culturelle en vigueur. Pour mieux vous conseiller d’après vos goûts et votre personnalité, nous vous proposons, afin de pouvoir lire jusqu’au 31 décembre : la réédition des œuvres complètes et définitives de Guillaume Musso en Quarto ; les trois derniers épisodes de la saga Intergalactique de Katherine Pancol et Alexandre Jardin ; le deuxième roman vérité de Lucas-Philibert d'Ormesson : Mon grand-père est un autre. [Sécurité Sociale et HSD - message du 4 décembre 2032] La chimiothérapie Pfizer et les différents traitements injectés dans votre corps ont chassé les tumeurs. D’après nos relevés vous êtes parfaitement rétabli, hormis ce petit rhume de saison et cette démangeaison au coude, et pouvez dès aujourd’hui retrouver l’ensemble de vos droits illimités à consommer, lire et voyager.  PS/ Vos intentions de vote restent soumises à contrôle pendant une période de probation de 90 jours, qui recouvre les 4 prochains scrutins. [Bibliothèque municipale de Paris - message du 4 décembre 2032] Pour fêter votre rétablissement et le retour de votre droit illimité à lire, nous vous avons réservé en exclusivité L’Intégrale des scénarios de Luc Besson 2000-2030, illustrés par Pénélope Bagieu, avec une préface de Laurent Weil. PS/ Attention, vous êtes en retard de 3 semaines pour rendre l’épisode 2 de La vie pro-active des pandas interstellaires de Pancol et Jardin, à 52% de pages lues ; l’amende a été débitée directement sur votre compte Paypal, en même temps que la prolongation automatique de votre abonnement. [Google - message du 6 février 2038] Les mots utilisés dans votre mail du 5 février à 20h31 ne sont plus homologués depuis le 1er janvier dernier. Votre mail n’a pas été expédié à la fois pour des raisons de sécurité intérieure, et pour des raisons d’inadéquation au message que vous vouliez faire passer. Pour le réécrire nous vous suggérons notre application de création automatique de correspondance qui vous aidera à mieux vous faire comprendre de votre destinataire. Ce service est gratuit jusqu’au 30 mars.  [Caisse de retraite, Sécurité Sociale & Goapple  - message du 3 novembre 2052] D'après les relevés statistiques des métadonnées de votre productivité, de vos géolocalisations, de vos communications, au cours de ces 15 dernières années, nous vous signalons qu'il vous reste 500 jours de production au taux régulier, ou 500 items échangeables au taux que vous pourrez atteindre, avant de toucher votre première mensualité. Pour fêter cet évenement, profitez dès aujourd’hui de notre catalogue de voyages avec une réduction de 8% sur les hébergements en bungalows médicalisés. Consultez notre site pour le rachat d'items et ainsi réduire vos objectifs. Vendez plus de données personnelles ou cédez plus de droits pour obtenir plus de réductions. [Institut de dépôt numérique, Goapple Federal State - message du 11 août 2070] L’archivage permanent de vos données arrive à son terme, votre disparition imminente nous oblige à vous demander les derniers accès que nous ne possédons pas, ainsi que les données non numériques en votre possession. Nous vous rappelons que l’évasion des données, quel que soit leur format ou support, est passible d’une amende jusqu’à 100.000 € et d’une peine allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement transmissibles à vos héritiers. Votre archivage sera accessible à vos proches indéfiniment selon les termes de votre contrat. Vous pouvez également, afin de repousser votre fin, acquérir des organes et prothèses de fin de vie, qui pourront vous prolonger de six mois à plusieurs années, via notre filiale Progle & Gambet. Cliquez ici pour lire les termes et conditions. [Goapple - message à Liste Famille, Liste Amis, Liste Livre, Liste Presse, Liste admirateurs, Liste admiratrices, du 30 septembre 2070] Votre parent, père, mari, amant, ami, ennemi, proche, auteur favori, meurtrier, troll, cible, vague connaissance, voisin, pire souvenir, inconnu total, erreur de destinataire, est décédé le 31 août 2070. Nous avons relevé depuis dans vos correspondances et conversations des mots et des phrases relevant du droit d’auteur. Ces emprunts pirates de sa langue vous seront facturés afin de respecter sa mémoire, et vous devrez prononcer les phrases de recueillement avant la fin de l’année en cours.   [Federal World State - message à tous, du 31 août 2071] Il nous a quitté voici une année. Une copie de sa personnalité est prête pour vous à l'adresse habituelle de son site web ou sur sa page Facebook permanente. Sa voix, ses expressions, ses tics, défauts, sa manie de l'écriture, tout cela aisément reproductible grâce aux algorithmes de nouvelle génération de l'OS Oreste 4R7. La version en ligne est disponible ici après abonnement et acceptation des Conditions Générales d’Héritage ; la version robotisée augmentée de son ADN, livrée à domicile, est à commander ici.

Le 19 septembre 2015 à 08:45

Les interfaces

Les progrès du futur #2

Pendant toute la fin du XXe et le début du XXIe siècle, on fit d’important progrès dans la communication avec l’ordinateur. Les débuts historiques s’étaient faits avec seulement l’écran et le clavier. Puis on inventa les fenêtres et la souris. Plus tard vint le capteur de mouvement, grande contribution du jeu vidéo à l’informatique généraliste. Vers 2010-2020, les écrans devinrent tactiles, puis pliants, puis holographiques. On put enfin travailler debout en agitant les bras, comme Tom Cruise. Ce fut la période dite « windmill ». On vit le reflux des grandes épidémies liées au travail sédentaire, obésité et troubles musculo-squelettiques. Cela contribua à résoudre une partie du déficit budgétaire des pays riches. En revanche, les fractures de la main devinrent fréquentes. Pendant ce temps, la communication entre humains stagnait. On s’était très longtemps satisfait de la parole, fluide mais fugitive. L’écriture avait rendu possible l’accumulation des connaissances et le progrès technologique. Mais elle était lente. L’informatique, le réseau et les terminaux mobiles mirent un peu de réactivité dans tout ça. Cela dit, seul l’implant cérébral libéra véritablement la communication. Il devint possible de partager instantanément ses idées et ses impressions. On vit l’apparition de l’utopie fusionniste, qui prévoyait l’harmonie de l’espèce, sur la base d’une compréhension profonde et totale de tous les individus. Alors quelqu’un eut l’idée de connecter son implant au réseau. Ce fut la naissance du cybiocerveau planétaire.

Le 17 septembre 2015 à 11:45
Le 2 mars 2011 à 08:00

L'oeuf et la poule

Question métaphysique

Qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier? Bien sûr, s'il fallait l'écouter, Darwin répondrait l'œuf. Heureusement, les replis des soutanes abritent des objections imparables. Il ne faut pas prêter l'oreille à Darwin. Et d'ailleurs, Darwin ne rend pas les oreilles qu'on lui prête. La bonne réponse à cette question métaphysique, l'unique, l'indiscutable réponse est… Dieu.Un jour, Dieu pondit un œuf. Et Dieu, examinant cet objet d'une forme parfaite, vit que cela était bon. Il s'interrogea longtemps, abîmé dans une profonde méditation, se priant lui-même de lui apporter la clé à ses interrogations : à quoi cela peut-il servir ? Il posa par-dessus son gros cul divin après l'avoir orné de plumes duveteuses. Une fantaisie qui lui prenait de temps en temps, les soirs où il se rendait au Lido. Il vit que cela était bon. Puis Dieu reprit sa réflexion. Après avoir créé la terre et les cieux, séparé la lumière des ténèbres, fait pousser les montagnes et les déserts de sable, après avoir inventé les océans et le pâté de lapin, Dieu n'avait plus rien à faire et s'emmerdait menu. Il s'abandonnait à la contemplation et cherchait à comprendre le sens des choses, même des plus futiles comme cet œuf. Vingt-et-un jours plus tard, la coquille de l'œuf se fendilla, un poussin naissait.Devant cet extraordinaire événement, Dieu pondit de nouveau un œuf. Il n'attendit pas vingt-et-un jours. Il inventa alors la mouillette. Et Dieu vit que cela était bon.

Le 14 septembre 2015 à 08:56
Le 4 août 2011 à 08:16

Les SDF nous ouvrent la voie

Dans un contexte de crise de l’hébergement d’urgence, des voix s’élèvent pour reprocher à Nicolas Sarkozy de ne pas avoir respecté sa promesse de 2006 d’atteindre zéro SDF en deux ans. Quelle mauvaise foi ! Après tout, ce n’est quand même pas sa faute si les hivers n’ont pas été assez rigoureux et que ces malheureux ont survécu en nombre. Et puis il faut bien reconnaître qu’il n’a pas ménagé ses efforts. Durcissement des conditions d’accès aux soins, sécuritarisme et stigmatisation systématique de l’infâme assistanat, tout a été fait pour pousser les sans-abri, si ce n’est vers la réinsertion, au moins vers l’exil ou le suicide. Dans un processus qui doit relever du darwinisme social, les SDF ont su s’adapter à la dureté du milieu. Ils sont devenus plus endurants, plus résistants selon une évolution biologique proche de celles que l’on observe chez certains microbes ou virus. Cette mutation dont ils sont les précurseurs concernera bientôt l’ensemble de la société. Dans un monde privé de protection sociale, où les intérêts économiques prendront le pas sur les solidarités institutionnelles, chacun devra en effet faire preuve de force et de combativité. Et là, miracle de la nature, les SDF survivants nous ouvrent la voie et nous donnent de l’espoir. Les plus forts d’entre nous survivront et pourront asseoir leur domination sur les plus faibles. Et ça – reconnaissons-le, c’est vraiment une très bonne nouvelle.

Le 3 septembre 2015 à 11:20

Kim

Le progrès c'est quoi, enfin je veux dire, le progrès c'est ça alors dis-moi, hein, c'est quoi le progrès et dis, quand et est-ce qu'on y est ? Quelque part sur une plage turque, un enfant de même pas quatre ans fait comme s'il dormait alors qu'il est mort, la tête dans le sable et les pieds dans les vagues, bien mort comme ça, l'air de ne pas y toucher ou de n'y rien comprendre. Il est migrant mais aucun pays n'en veut. Il n'a rien demandé à personne mais tous décident pour lui jusqu'à sa non-nécessité d'être compté parmi les vivants, mais bon, ça fait de belles photos sur Facebook cette tête d'enfant mort du mauvais côté de la vie, c'est déjà ça, ça fait des « like » et des indignations en carton, alors, je veux dire, hein, oui, quoi, c'est ça le progrès ? Quelque part encore, du haut d'une tour, un connard qui domine le monde du haut de son bureau et de l'entreprise qu'il a dirigée quitte cette dernière, déficitaire, avec une jolie prime de plusieurs millions. Il contemple le monde qu'il domine. Ils sont plusieurs à se partager toutes les richesses du monde de cette façon, pour eux-mêmes, bien sûr, mais aussi pour le plaisir d'avoir une masseuse attitrée pour chaque couille et de pouvoir dire sur Facebook « moi, j'ai une masseuse attitrée pour chaque couille », faire des « like » et ça n'empêche pas le monde de soi-disant avancer ni tourner, alors bon, c'est peut-être ça aussi le progrès, d'être un Midas bien burné, je dis ça, bon, pourquoi pas. Quelque part enfin, Kim Kardashian montre ses fesses pour un photographe new-yorkais pédophile parce qu'elle n'a trouvé que ça pour exister alors elle montre ses fesses encore et encore et quand elle s'ennuie elle montre ses fesses, et puis là elle montre ses fesses et elle fait la couverture des magazines avec ses fesses qu'elle montre, et montre, et montre ses fesses et puis elle dit qu'elle est féministe avec ses fesses, qu'elle fait des courses avec ses fesses, qu'elle fait un truc à un moment de la journée genre acheter quelque chose avec ses fesses ou manger un machin avec ses fesses et elle montre ses fesses pendant qu'autour d'elle le monde progresse mais Kim Kardashian, elle, elle s'en fout, elle est féministe et elle montre ses fesses, elle aime ses fesses, elle montre ses fesses sur Facebook et ça génère du « like » et on passe à autre chose en oubliant très vite les millions indécents qui font l'or des couilles de nos dirigeants, la photo de l'enfant mort avec la bouche pleine du sable de notre saloperie de soi-disant progrès, et on vomit le monde sans plus même s'en apercevoir parce que c'est de l'ordre du réflexe. C'est du sable. Du satané sable. Et il s'écoule. Inexorablement dans le bordel ambiant...

Le 11 novembre 2014 à 07:52

L'expression "Tout est bien qui finit bien" ne s'appliquerait qu'à la fiction

Une enquête menée auprès de la fine fleur des scénaristes et auteurs de fiction français révèle que l’expression « Tout est bien qui finit bien » ne s’appliquerait pas au monde réel, mais serait plutôt un pur produit de leur imagination. Ils sont environ 1500 à avoir accepté de répondre aux questions de l’équipe de Dominique Meyre, Docteur en sciences du langage. Les résultats sont sans appels, puisque tous les auteurs affirment à l’unanimité avoir tout inventé lorsqu’il terminaient leurs oeuvres dans un « happy end ». « Mais bien sûr que tout est faux. Vous pensez vraiment que dans la réalité, les gentils s’en sortent et que le héros mal dans sa peau repart avec la belle qu’il convoitait depuis des années.  Réfléchissez un peu et ouvrez les yeux » explique Noémie Haddouche, scénariste pour la télévision. Un fantasme collectif Sceptiques sur leurs premiers résultats, les équipes du Docteur Meyre ont donc poussé leurs vérifications jusqu’à mettre le nez dans les histoires privées de plusieurs milliers de volontaires. Et là encore les chiffres parlent plus que les mots, puisque les chances de voir survenir une fin heureuse tomberaient à 11% dans la réalité. « Il faut arrêter avec ce fantasme généralisé qui consiste à penser tout le temps que les choses vont rentrer dans l’ordre avec le temps. Maintenant c’est établi » affirme le professeur. Dominique Meyre dit espérer que les conclusions de son étude pourront faire évoluer les mentalités. « Les raisons de ne plus espérer et de céder au fatalisme ne manquent pas, mais les gens continuent bêtement d’avoir foi en l’avenir. Cela est très préoccupant » explique-t-il en précisant vouloir proposer une signalétique particulière sur les œuvres de fiction, rappelant au lecteur ou au spectateur au moment du happy-end que toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. La rédaction

Le 13 septembre 2015 à 08:40
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