Vincent Lecoq
Publié le 10/09/2015

Droit dans le mur


Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

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Le 6 mai 2012 à 09:20

J'aime ce James

Chez vous l'indice... Top ! Guitariste et chanteur américain, je suis né à Seattle et mort à vingt-sept ans. Je suis un génie, je suis gaucher, je suis, je suis, je suis ? Non, pas Kurt Cobain, soyons sérieux. Encore moins Julien Lepers ! N'importe quoi ! C'était Jimi Hendrix ! On n'avait pas vu pareille révolution dans le monde de la guitare depuis que Tarrega s'était coupé les ongles. Vous allez me dire, Hendrix, c'est plein de fausses notes, ses solos. Vous avez tort. Il n'y a pas une seule fausse note dans toute son oeuvre, il n'y a que des licences poétiques. Alors vous allez me dire qu'une fois sur deux, il chante à côté du micro, et que quand il chante dedans, il chante faux. Et alors ! Que m'importe que Monica Bellucci ait un orteil tordu quand je ne regarde que son décolleté ? Si on n'a pas réalisé de chef-d'oeuvre à vingt-sept ans, on a raté sa vie, n'a pas dit Séguéla, preuve que ce constat doit vraisemblablement être véridique. En ce qui me concerne, pas un chef-d'oeuvre en vue alors que ça va quand même faire vingt-huit ans que je vais sur mes vingt-huit ans. Vous allez dire que j'ai pris mon temps, et que qui va lentement va sûrement. Justement, c'est pas faux et j'ai bien peur de dépasser bredouille Hendrix dans la longévité, un de ces quatre. Du coup, aux soirs de biture, je me couche sur le dos en croisant les doigts pour enterrer dans un oubli posthume ma médiocrité. Enfin, Hendrix, lui, ne mourra jamais vraiment, car c'est un génie, et quand on crie au génie, il y a cryogénie.

Le 2 octobre 2014 à 08:48

Sachons distinguer la taupe du homard

La taupe est un petit animal ainsi appelé en raison de sa très faible acuité visuelle et de ses remarquables facultés de dissimulation. Il ne doit pas être confondu avec le homard, qui a une meilleure vue et dispose de pinces qui seraient bien utiles à la taupe dans le cadre de ses activités, mais nous verrons cela plus loin. Pour éviter toute confusion, faites bouillir ensemble les deux animaux : celui qui ne devient pas rouge à la cuisson est la taupe. Cette simple opération facilitera la vie des jardiniers, qui ainsi peuvent se débarrasser de nuisibles, à condition de disposer de mayonnaise.Le homard est un animal très pudique, qui cache ses émotions derrière une épaisse carapace. Sous la caresse, il évite de manifester son contentement. Nul ne l'entend ronronner. C'est d’ailleurs également le cas de la taupe, ce qui rendrait inutile toute sorte de comparaison fondée sur ce seul critère.La taupe, à l’instar du producteur de roquefort et du responsable du rayon bricolage du BHV, passe le plus clair de son temps à l’obscurcir en sous-sol. Elle creuse des galeries à l’aide de grosses pinces dont elle est dépourvue, ce qui la ralentit considérablement ; tandis que le homard, de son côté, observe avec appétit  quelques vers marins, son acuité visuelle étant excellente. On voit par là que la distinction est aisée à opérer entre les deux espèces, pour peu qu’on dispose d’un grand aquarium.La taupe, quant à elle, est perfide ; elle attend la nuit pour se faufiler sous les pelouses ; vous transforme un green de golf en ligne d’en-but après la mêlée.En cas d’orage, le homard reste coi ; mais la taupe nage au fil du courant, dans l’espoir d’une nouvelle vie.Quant au jardinier, il est dubitatif, et se demande ce qui est préférable pour son jardin.

Le 12 septembre 2013 à 08:44
Le 29 novembre 2010 à 11:33

Les araignées

Chroniques de mon jardin à moi

Dans mon jardin à moi il y a des araignées grosses comme mon pouce qui tissent des toiles partout, entre les arbres, entre les fleurs, entre les rosiers. Elles sont belles, ces toiles, brillantes de rosée dans le petit matin frisquet. Elles en tissent également entre un rosier et mes volets. Ces toiles-là, je me les prends dans la figure et ça m’agace. C’est poisseux. Et invisible. Tu as l’impression d’avoir un bout de ruban adhésif en travers de la figure. Ou de la barbe à papa. Tu tires dessus et tu t’en mets entre les doigts, dans les cheveux, les narines, les yeux. Et si tu te mets à penser que ces fils sont sortis du ventre d’un animal répugnant, plein de pattes et de poils et qui emprisonne ses proies pour les becqueter, c’est comme si tu la sentais te courir dessus, entre les doigts, dans les cheveux, les narines, les yeux. Petit à petit tu te sens emberlificoté dans un maillage visqueux, nauséabond, tu t’agites mais ça fait vibrer la toile et voilà cette sale bestiole qui descend vers toi, qui agite sa petite bouche, qui en fait gicler le venin qui va te dissoudre, tu la sens dans ton dos qui te suçote comme quand tu suçotes une délicieuse araignée de mer à la terrasse d’une brasserie. Et tu te jures deux choses, la première de ne plus descendre au jardin avant les grandes gelées. Parce qu’elles gèlent ces connes ! Et la seconde c’est de ne plus manger d’araignée de mer. Mais ça c’est vraiment les jours de déprime.

Le 30 septembre 2011 à 11:20

Oscar Wilde, le scandale du plaisir

D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

Le 1 avril 2010
Le 24 décembre 2014 à 09:46
Le 10 février 2012 à 08:13
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