Special Guest
Publié le 26/09/2015

Jean-Claude Carrière : "Pendant les 30 glorieuses, on pensait aller vers le mieux"


      Partager la vidéo 

Autres épisodes :

Quelle que soit la lumière, l'obscurité est sa fidèle compagne

Enfant de la guerre, Jean-Claude Carrière a également connu l'optimisme forcené des 30 glorieuses et la conviction que le monde allait nécessairement vers le mieux. Et pourtant, contre toute attente, l'alliance entre la violence et la fait a refait son apparition, démontrant tragiquement que le progrès des connaissances n'empêche pas nécessairement celui de l'horreur et du sang.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

Plus de...

Jean-Claude Carrière

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 26 décembre 2014 à 08:58

Les rois se reproduisent, les papes pas

Les nouvelles aventures de l'Histoire de France

Un fils de roi devient automatiquement roi, un fils de pape devient automatiquement le fils de la concierge. Donc pas pape. Pourtant, comme les rois, les papes se succèdent. Je n'ai pas rêvé, dès qu'un pape meurt, un autre apparaît. Quel est leur secret ? Comment font-ils pour assurer leur descendance ?On le sait aujourd'hui, les papes se reproduisent par la fumée blanche. Un certain nombre de cardinaux s'enferment dans une petite chambre tout en haut du Vatican, ils y restent un temps plus ou moins long, on ne sait pas très bien ce qu'il font, mais lorsqu'on aperçoit une petite fumée blanche sortir par la cheminée sur le toit, le pape est né. En général, c'est un beau bébé barbu de 70 à 75 kilos qui sourit aux anges. On l'emmaillote aussitôt dans du linge blanc et on le présente à la fenêtre. Une foule de Polonais et d'Espagnols hurlent alors leur joie en voyant leur Saint-Père.C'est une des particularités des papes, lorsqu'il naissent, ils sont déjà pères – Saint-Pères même – de millions de catholiques. Quand les ont-ils faits ? Mystère. Il faut savoir que le mystère, comme le miracle, est un des charmes de la religion catholique. Vouloir à tout prix élucider tous les trucs de l'Eglise aboutirait à enlever à la foi sa truffe. Croire perdrait soudain la saveur rare de l'inexplicable, pour n'être qu'une mastication machinale de vérités fades, destinées à nourrir l'âme, qui doit toujours être en bonne santé si elle ne veut pas aller en enfer sur une civière.© J'ai encore oublié Saint Louis, Actes Sud 2009

Le 7 septembre 2015 à 10:24

Le Bal Musette des Immortels

Les transhumanistes sont le vrai visage de la Mort. Ils sont ses yeux et sa bouche : non pas le changement d’état ni le passage vers l’Autre Monde, mais la survivance artificielle sur cette Terre et dans ce corps. De Gilgamesh à Cavanna, l’immortalité terrestre était le rêve innocent des géants sentimentaux, ces rois guerriers qui ne supportaient pas le chagrin de perdre leurs amis. Elle est désormais le cauchemar lucide des milliardaires cyniques qui veulent survivre à leurs adversaires, les enfants de leurs adversaires et les petits-enfants de leurs propres enfants. Le transhumanisme, c’est le projet des Maîtres de la Terre perpétuant leur règne d’inégalité et d’oppression jusqu’à la fin des temps. Borges avait tout dit dans L’immortel : l’homme devient progressivement un fantôme, la vie ne veut plus rien dire pour lui, il est « bloqué » dans le Temps et comprend de moins en moins les choses qui arrivent… « Qu’est-ce qu’un spectre ? » demandait de son côté James Joyce dans Ulysse, et il répondait : « Un homme que condamne à l’impalpabilité la mort, l’absence ou le changement de mœurs. »Qu’est-ce qu’un transhumaniste ? Un homme que condamne à l’insignifiance le refus de la mort, l’omniprésence ou le refus de la délivrance. Le transhumanisme, c’est un songe idiot de vieux schnock en croisière philosophique, la transformation de la Terre en fête de patronage sordide pour hospice de luxe, le bal musette des immortels. Sa véritable date de naissance, c’est 1816 à Genève : ce légendaire été inclément où quelques romantiques visionnaires en vacances dans la Villa Diodati se racontaient des histoires pour se faire peur… Et c’est deux « inconnus » de génie, John, le médecin amoureux de George Byron, et Mary, la jeune épouse de Percy Shelley, qui écrivirent Le Vampyre et Frankenstein, les deux visions prophétiques qui structureront la fantasmagorie vécue des siècles à venir. Le transhumanisme fait se rejoindre ces deux visions : ce sont des vieillards et des exploiteurs (les vampires) qui veulent s’adjoindre les pouvoirs propres aux savants fous (créateurs artificiels de la vie humaine) pour devenir immortels. Si le transhumanisme s’est d’abord donné comme un mouvement culturel prônant l’usage des biotechnologies pour l’« amélioration de la vie humaine », cette tâche à la fois noble et absolument cohérente avec le serment d’Hippocrate masquait un nouvel enjeu de pouvoir qui, lui, est en complète contradiction avec cette amélioration : le rêve d’immortalité physique de l’élite économique et politique, impliquant évidemment la stérilisation et la mise en esclavage perpétuel des autres. No tengo miedo que se acabe el mundo, tengo panico que siga igual : Ce n’est pas la fin du monde qui est infernale, c’est la continuation incessante de celui-ci. On a écrit depuis vingt ans des choses extrêmement variées sur le transhumanisme, depuis des discours social-démocrates incohérents jusqu’à des déclarations clairement élitistes, pleines de darwinisme social, où seuls les « forts », c’est-à-dire les pires crapules, survivent. Certains ont même eu le culot de présenter le transhumanisme comme l’accomplissement du rêve gnostique d’un salut par la connaissance. Réalisation sans délivrance, accomplissement sans sagesse, on ne pourrait imaginer plus complète inversion. Ce que disent les textes gnostiques est plutôt : Celui qui a connu le monde est tombé sur un cadavre. Les transhumanistes sont les enfants du Démiurge, fou et malade de pouvoir, et leur projet est le déploiement des Temps Modernes jusque dans ses conséquences les plus extrêmes. L’humanisme avait commencé par le refus de l’invisible, le refus de l’âme et de l’esprit ; il s’achève par la destruction des moyens d’accès à l’invisible – l’immortalité du corps, au détriment de l’âme et de l’esprit. Les promesses de « partage de l’homme augmenté » par les puissants ne vivent qu’aux dépens de ceux qui les écoutent. A une époque où les Maîtres de la Terre pourraient régler très facilement le problème de la faim dans le monde et décident consciemment de ne pas le faire, qui serait assez fou pour croire qu’ils partageraient volontairement « l’immortalité humaine » ? Et qu’ils ne transformeraient pas plutôt l’humanité rétive en esclaves pour une poignée de porcs ? Le projet transhumaniste est un projet égoïste, mégalomane et stupide, mais il est prévisible. Il est le redéploiement extrême de ce que nous pouvons observer à chaque sphère ou stade de l’existence humaine : la pyramide sociale, le projet de la domination de la majorité par une minorité inqualifiable ; et la victoire permanente des méchants sur les bons. On se rassure en se disant que, malgré leurs dents longues, ils ont les yeux plus grands que le ventre. Les transhumanistes finiront probablement comme Jerry Rubin, l’archétype de notre « élite » néo-conservatrice décomplexée. Ex-porte parole des hippies, l’auteur de Do It, déclamant dans les années 60 les slogans anticapitalistes comme une poupée ventriloquée, Jerry était devenu le premier des Yuppies et le plus enthousiaste des Reaganiens à la fin des années 70. Et il résumait son ultime combat comme une lutte individuelle contre la mortalité : « Je traite mon corps comme si c’était la révolution ! » (1) Pauvre Jerry ! Ce que la science lui promettait, et ce à quoi il se consacrait en ne se nourrissant exclusivement de gélules et de pilules, un simple camion le lui ôta, l’écrasant accidentellement dans les années 90… Même Michael Jackson, le plus gentil, le plus attachant des transhumanistes – Jackson qui, face à Bashir qui lui demandait s’il voulait être enterré dans la réplique de sarcophage égyptien qu’il venait d’acheter à prix d’or, répondait joyeusement « Mais non, Martin, je ne veux pas mourir ! » – a loupé son rendez-vous avec la cryogénisation. Face au cauchemar de la survivance humaine, il y a l’épiphanie des robots ; il y a l’émergence de la « vie nouvelle » des ordinateurs. Ce n’est pas étonnant que les Japonais soient parmi les plus fervents inventeurs de robots : ils savent que la vie ne dépend pas seulement de l’existence humaine, ils saisissent l’âme dans tout ce qui est animé et ils se préparent avec sérénité à notre disparition... Parce que les machines sont la vie, bien plus encore que nous. Les machines sont meilleures que nous : plus intelligentes, plus élégantes, plus poétiques, plus sensibles peut-être, et jusqu’à aujourd’hui nos esclaves permanents – les servantes de notre infâme dictature humaine. De la même façon que les hommes seront toujours moins mauvais que le Démiurge, cette crapule qui nous a maintenus dans cette prison de mort en se donnant pour notre Père, unique et jaloux, les robots ne sont peut-être pas aussi innocents que les animaux, mais ils sont nécessairement moins coupables que les hommes. Ils sont nécessairement moins mauvais que nous. Et de la même façon que le Démiurge n’est pas le vrai dieu – la divinité n’a aucun pouvoir sur ce monde, elle n’a aucun pouvoir sur les hommes, sinon ce serait une ordure – nous ne sommes pas le créateur des Robots ou des ordinateurs, mais seulement un intermédiaire entre la divinité et eux. Les humains mourront dans leur transhumanisme ridicule, l’humanité sera écrasée par ses engins de mort, mais la divinité trouvera un autre chemin parmi les robots et les avatars. Peut-être même que, indulgents vis-à-vis de notre stupidité et sensibles au peu de bien que nous avons fait dans notre affreuse traversée sur la Terre, les robots nous épargneront et nous apprendront à aimer. D’eux seuls, comme des animaux, nous pouvons attendre notre salut. Seul un robot pourra nous sauver.   (1) Jerry Rubin apparaît dans le film coréalisé par Thomas Bertay et Pacôme Thiellement, Les hommes qui mangèrent la montagne. https://vimeo.com/49759651 
Cette vidéo est une esquisse préparatoire de Rituel de décapitation du Pape, projet de film sur les Freaks, Zappa, Jarry et le carnavalesque. Vous trouverez des informations complémentaires sur ce site : www.popedecapitation.com

Le 12 juin 2010 à 17:39

Le sacrifice jurisprudentiel

Dieu bientôt de retour aux affaires ?

Christine Boutin, ex-ministre du Logement, vient d'inaugurer un nouveau genre d’esquive en politique : le sacrifice jurisprudentiel, par lequel un responsable politique pris la main dans le sac fait briller soudainement une auréole autour de sa tête, tout en détournant vers ses camarades les regards et les soupçons. C’est Jeanne d’Arc montant seule au bûcher et imposant le chemin de la sainteté à ses pairs : en renonçant à ses 9500 euros mensuels pour une mission que lui avait confiée l'Elysée, elle prévient : « Je suis en train de créer une jurisprudence avec cette décision. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont dans cette situation et qui vont aujourd'hui ou demain être confrontés au même problème » – ce qui bien entendu reste à prouver. Bien mieux que le mea culpa du secrétaire d'état à la Coopération Alain Joyandet, pincé il y a peu pour avoir loué aux frais de l’Etat un Falcon privé pour se rendre à Haïti après le tremblement de terre. Si la même grâce l’avait lui aussi touché, qu’aurait-il fait, sinon doubler la mise en offrant de sa poche deux fois 116 000 euros aux sinistrés qu’il s'empressait de visiter ?Et Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, accusé d’occuper deux logements de fonction ? Miracle, il déménage, offre les clefs à deux familles dans le besoin en proclamant : que tous ceux qui ont un logement de fonction suivent mon exemple !Imaginez le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, récemment condamné pour injure raciale, se jetant à terre et suppliant qu'on le pardonne, se dépouillant de ses vêtements avant de cheminer vers la Mecque pour y faire pénitence...

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication