Pascal Hérault
Publié le 21/09/2015

Le futur fait-il encore rêver ?


Le Professeur Pascal répond à vos questions

NON. Le futur faisait encore rêver il y a peu, quand on apprenait à le conjuguer à l'école ; c'était facile, il suffisait de prendre l'infinitif du verbe et d'ajouter les bonnes terminaisons, un peu comme on accroche des petits wagons à une locomotive. Et puis, en grandissant, on s'est rendu compte que le futur outrepassait largement ce qu'on avait appris dans les livres de grammaire où tout se tient sur le bout de la langue. On a commencé à déchanter aussi. Autrefois, on disait : « Quand je serai grand, je serai vétérinaire. » Aujourd'hui, on dit plutôt : « Quand je serai vieux, je ne serai peut-être plus serveur au MacDo. » De même, le futur qu'on nous promettait enfant semble avoir sacrément merdé quelque part. Tandis que la moitié du monde s'échine à trouver le meilleur régime minceur, l'autre moitié se sent si légère qu'elle n'a même plus la force de hurler dans le désert. Et le désert gagne du terrain chaque jour, si bien que les ours polaires ne savent plus comment s'habiller. Enfin, s'il y a un métier qui ne connaît pas de pénurie, c'est bien celui de VRP en Kalachnikovs et autres instruments de musique à balles sifflantes. Qu'on soit dans le Donbass, en Syrie ou au Yémen, on trouve toujours un VRP disponible pour vendre sa camelote payable en carte Visa, laquelle commence comme le mot « viseur ». Mais si la guerre vous indispose et si vous craignez même de mourir un jour (oui oui, ça arrive), tournez-vous vers les transhumanistes. Eux, au moins, ils n'ont pas peur du futur. A leurs yeux, l'Homme est fait pour être amélioré, augmenté, dépassé, à condition évidemment de disposer d'un compte en banque bien garni. Si c'est le cas, vous ferez peut-être un jour partie de ces happy few dont on aura transféré le cerveau sur un ordinateur. Eh oui, vous continuerez de vivre après votre mort physique, un peu comme Jésus quand il est monté au ciel, à ceci près que, l'ordinateur étant branché, vous ne serez pas à l'abri quand même d'une petite panne de courant, poil aux dents.

Pascal Hérault est tombé dans la littérature quand il était tout petit et depuis il ne s’en est pas relevé. Auteur d’albums et de romans pour la jeunesse, il écrit aussi des polars, des chroniques pour le site K-libre et des textes inclassables où la logique se prend les pieds dans le tapis. Derniers ouvrages parus : Suzy a disparu !, éditions Les 400 CoupsL’Ile de la faim, éditions Oskar. A paraître : C’était comment avant ?,  essai humoristique et vaguement historique aux éditions Max Milo. On peut le retrouver sur son site : www.pascalherault.fr

 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 15 janvier 2011 à 19:20

Quelqu'un comme moi

– Je voudrais te parler d'un fantasme. D'un de mes fantasmes. Je voudrais me battre contre toi. A mort. Je sais bien que c'est impossible. Que quelqu'un comme moi... Jamais n’aura sa chance. Pourtant, te défier... T'affronter. Rien qu'une fois, une seule... J'en rêve toutes les nuits. Tu crois que quelqu'un comme moi ne rêve pas. Lorsque tu me vois, bien sûr, je suis toujours debout, l'arme à la main. Les yeux grands ouverts, pour chercher la faille chez l'ennemi. Et le moment de l'attaquer. Tu ne te demandes jamais ce que je deviens lorsque tu ne me vois pas ? Peut-être que je dors. Peut-être que je rêve. Que je rêve de me battre avec toi. De te massacrer. Toi, tu te caches. Derrière cet écran. Moi aussi, je peux te voir. Mais c'est toi qui peux cliquer. C'est toi qui tiens la souris dans la main.  Et tu me forces à me battre. Ça dure depuis des mois. Les premiers temps, à cause de ta maladresse, je perdais tous mes combats. Ça signifie que je mourais à chaque fois. Un temps.– Très tôt, dans les débuts. Même pas le temps d'avoir peur. D'avoir mal. Tout ça, c'est venu plus tard. A force d'entraînement, tu as réussi à ne plus me faire perdre trop vite. C'est là que j'ai connu les sales blessures, celles qui ne te tuent pas... J'ai vu couler mon sang. Tu trouves sans doute que la couleur rouge passe bien, sur ton ordinateur... Et j'ai vu couler le sang des autres. Grâce à toi, je suis devenu le meilleur. C'est moi qui blesse, maintenant. Moi qui tue. Sais-tu combien sont morts par ma main ? A combien j'ai arraché un bras ou une jambe... Combien j'ai décapité... Combien de hurlements de souffrance j'ai provoqués ? Ils m'empêcheraient de dormir si quelqu'un comme moi pouvait dormir. Je n'ai pas dit que quelqu'un comme moi ne pouvait pas rêver. Mais toi, les cris, tu t'en fous. Tu ne les entends pas, tu as choisi la version muette pour pouvoir écouter ta techno. Le guide du jeu parle du réalisme des sons. Qui te gêne, sans doute. Je ne sais pas ce qui se passe, dans ton existence... Dans ton monde. Qui te pousse, tous les jours, à m'envoyer me battre. Aujourd'hui, après le mousquetaire et le samouraï, tu as voulu que j'affronte le gladiateur. Je voudrais te voir en face de lui. Il a beaucoup de chance. Pas seulement parce qu'il possède un bouclier, lui. Mais parce qu'on le libère s'il gagne. Encore un rêve. Mais celui-ci deviendra réel. Il m'est impossible de traverser l'écran pour en finir avec toi. Le programme ne le permet pas. Dans ton monde, quelqu'un comme moi n'existe pas. Mais ici, c'est différent. Il me reste une solution. Tu sais, il y a longtemps que je combats pour toi. Les autres guerriers,  les autres acteurs de ton théâtre... Je les connais bien, maintenant. L'un d'entre eux m'a donné la solution que j'attendais. Le samouraï. Ave, Cesar. Morituri, tout ça...

Le 15 juillet 2013 à 10:40

Nous sommes tous des clés USB

Les progrès du futur #5

En 2012, on réussit à stocker de l’information sur ADN, en substituant le code des molécules ATCG aux 0 et 1. Après une quinzaine d’années de tâtonnements, le procédé industriel fut au point. On put alors stocker la BNF dans un grain de poussière.   Mais entre-temps la quantité d’informations disponibles avait explosé : l’Internet participatif et l'épidémie d'addiction à l'enregistrement avaient lancé un véritable raz-de-marée sur la planète. Le réchauffement climatique aidant, les fermes de serveurs ne pouvaient plus se refroidir et se trouvèrent complètement dépassées.   Chacun fut donc mis à contribution : la persopuce qu’on portait désormais sous la peau avec son dossier médical et son abonnement de bus dut accueillir une partie de la bibliothèque mondiale. Bien entendu, pour des raisons éthiques, des conditions draconiennes de protection des données furent imposées. Malgré tout, on hurla à la location des corps, les pacifistes refusèrent de porter des informations militaires et certains naturistes radicaux, rejetant le principe même de l’écriture, menacèrent de s’écorcher vifs. Pourtant, les autorités furent inflexibles : c’était indispensable au fonctionnement fluide du cybiocerveau planétaire.   D'autres rirent beaucoup en pensant aux performances de conservation de l’ADN : quelle tête feront les archéologues des années 30 000 quand ils trouveront, dans des carcasses antiques, des scènes de Roméo et Juliette en hittite, des modèle de grille-pains pour impression 3D et des sex-tapes de calamars ?

Le 6 septembre 2015 à 08:59
Le 8 novembre 2014 à 08:12

Nancy Huston : La Morgue de la reine

Ville de province. Dans son discours inaugural d’un festival littéraire, une élue municipale dit à un groupe d’enfants : « Quelle chance vous avez, d’apprendre notre si belle langue ! » et mon sang ne fait qu’un tour. Comme je dois prendre la parole ensuite, j’en profite pour dire aux enfants que certes, le français est une belle langue mais qu’on peut en dire autant de toutes les langues ; que disposer d’une belle langue ne suffit pas, encore faut-il s’en servir pour dire des choses intelligentes ; qu’il est tout à fait possible de se servir d’une belle langue pour dire des choses débiles ; et que, plus on connaît de langues, plus on est susceptible de dire des choses intelligentes. Maurice Druon, feu le secrétaire perpétuel de l’Académie française : « Prenez un traité rédigé en français : à condition que le français en soit correct, ce traité est clair, et finalement il est bref, il est compréhensible de tous, et son interprétation ne donne pas lieu à des contestations. Il n’en va pas de même de l’anglais1. » M. Druon parlait-il ­l’anglais ? Cela m’étonnerait. Il n’y a bien sûr pas une mais d’innombrables langues françaises : vocabulaire, syntaxe, prononciation et débit varient selon le pays (180 millions de locuteurs à l’étranger, contre seulement 60 dans l’Hexagone), le quartier, la région, l’origine, le milieu social des locuteurs. Ici je ne parlerai que de celle qui se diffuse bruyamment dans l’air de la France métropolitaine, le français politico-médiatico-culturel, car il me semble que s’y préservent et s’y perpétuent, de façon subtile mais tenace, les violences et injustices de l’Histoire française. Cette langue-là est une reine : belle, puissante et intarissable. Pas moyen d’en placer une. Elle est fière d’elle-même, de ses prouesses, ses tournures et ses atours, et valorise la brillance au détriment du sens et de l’émotion vraie. Cette tendance, surprenante pour qui n’a jamais vécu en monarchie, est très présente dans les médias français encore aujourd’hui. Cela va avec les ors de la République, les sabres de la Garde républicaine, le luxe des dîners à l’Élysée. « Parfait », soupire versaillamment, dans une pub télé récente, un père à propos d’un camembert quelconque. « Parfaitement parfait », approuve son gamin, avec le même air d’aristo snobinard. Ils sont blancs, blonds, riches, c’est un gag mais ce n’est pas un gag, it makes me gag, ça me reste en travers de la gorge, je n’achèterai pas ce camembert-là. Mme de Staël trouvait nulles les soirées mondaines à Berlin, car en allemand il faut attendre la fin de la phrase pour en connaître le verbe : pas moyen de couper la parole à son interlocuteur, vous imaginez, cher, comme on s’ennuie !  Les Français « parlent comme un livre » et, des années durant, j’ai été portée, transportée par leur passion du verbe. Aujourd’hui leur prolixité m’épuise. Tant d’arrogance, tant d’agressivité ! Comment font-ils pour ne pas entendre leur propre morgue ? Regardez ceux qui, derrière les guichets des mairies, postes et administrations, accueillent les citoyens : c’était bien la peine de faire la Révolution pour se voir encore traité ainsi de haut ! Véritablement elle est guindée, cette langue française, et induit des attitudes guindées.  À vingt ans, venue à Paris pour un an, j’écoute le professeur expliquer à la classe l’usage du subjonctif. Ouh, que c’est subtil ! Dès lors que plane sur un verbe le moindre doute, on le frappe d’un subjonctif. Bang ! Faut que tu fasses. Aurait fallu que tu viennes. Mais ensuite on s’empêtre dans des temps du verbe théoriques, indicibles, ridicules, n’existant que pour le plaisir de recaler les gosses aux examens : aurait fallu qu’il visse, n’eût pas fallu qu’il vinsse, Alphonse Allais s’en est moqué dans sa Complainte amoureuse : « Fallait-il que je vous aimasse […] Pour que vous m’assassinassiez ? » Jamais pu supporter la fausseté de ces temps morts, faits pour aider les prétendus Immortels à passer le temps. Jamais même pu supporter, moi, pour ma propre écriture, le passé simple. Je n’y crois pas, c’est tout. Il entra. Elle ferma. La marquise sortit à cinq heures. Non, je n’y arrive pas, ne veux pas y arriver. Quand je traduis vers le français mes propres textes ou ceux des autres, le prétérit anglais (identique dans la langue quotidienne et la littérature la plus splendide) me manque. Pour la plupart des verbes anglais, il suffit d’un mini-claquement de langue contre le palais, petit d par lequel on ­signifie que l’incident est clos. He entered. She closed. Parfois c’est un peu plus compliqué, The marquess non pas leaved mais left the house at five.  À mon goût, il y a trop de marquises dans le passé simple, et dans Proust. J’intègre la langue française post-Seconde Guerre, post-Nouveau Roman, sautant à pieds joints dans Sarraute, Duras, Beckett, Camus (quatre auteurs ayant grandi loin de l’Hexagone, entourés d’une langue autre que la française). « Je vais le leur arranger, leur charabia », promet Beckett dans L’Innommable… et il tient largement sa promesse.  Le mieux qui puisse arriver à la langue française aujourd’hui, c’est qu’elle se laisse irriguer, assouplir, « arranger » par des rythmes et syntaxes venus d’ailleurs, qu’elle cesse de se comporter en reine agacée et se mette à l’écoute de ses peuples.  Nancy Huston Née en 1953 à Calgary, dans le Canada anglophone, la romancière et essayiste est arrivée en France à l’âge de 20 ans pour poursuivre des études de linguistique. Elle écrit ses premiers romans en français, puis commence à pratiquer des allers-retours entre sa langue maternelle et sa langue d’adoption, notamment en traduisant elle-même ses romans. Prix Femina 2006 pour Lignes de faille, elle vient de publier Bad Girl, Classes de littérature aux éditions Acte Sud. Illustration Stéphane Trapier > l'hebdo Le 1

Le 20 août 2013 à 09:33

Summerhall, centre d'art éléphantesque

Carte postale d'Edimbourg

Depuis plus d'un siècle, les étudiants y ont disséqué éléphants, chimpanzés, vaches et canards. Et lorsque l'école vétérinaire d'Edimbourg s'est transportée dans un édifice plus moderne, on s'attendait que l'immense bâtisse de briques et de verre devienne une arcade commerciale chic, avec boutiques et restaurants... Eh bien non, le lieu restera une école vétérinaire, a annoncé Robert McDowell, après l'avoir payé cash au nez et à la barbe des promoteurs immobiliers. Et en effet Summerhal est restée une école vétérinaire. Mais pour artistes. La métamorphose s'est achevée cet été, lors du dernier festival d'Edimbourg : dans les 500 salles que compte ce centre d'art à nul autre pareil, vous trouverez une douzaine de galeries, des scènes pour les concerts, une dizaine d'espaces réservés au théâtre, une bibliothèque, plusieurs collections d'art contemporain, un nombre infini de lieux de lecture, de rencontres, de projections ou d'ateliers d'artistes, une revue d'art, des restaurants bien sûr... et bientôt une crèche. Partout dans l'infini rhizome de couloirs, escaliers en colimaçon, salles de cours conservées jalousement dans leur état premier, des artistes s'installent et expérimentent les joies de l'interdisciplinarité chère à McDowell. Mais sans toucher aux squelettes d'animaux ou aux planches anatomiques préservés de ci de là dans l'ancienne école. "Si c'était un projet culturel du gouvernement, ils l'auraient habillé comme ils imaginent qu'une galerie se doit d'être. Nous voulons conserver le caractère de cet endroit. Ça reste une école vétérinaire." A la fois consultant financer, artiste et ancien assistant de Joseph Beuys, l'espiègle Robert McDowell est bien décidé à s'amuser en grand et réinvente la figure du mécène en soutenant la marge plutôt que les arts officiels. Afin de contrer l'hégémonie du stand up omniprésent durant le Festival d'Edimbourg, son équipe invite une kyrielle de performers européens parmi les plus déjantés à venir s'exprimer dans leur propre langue. A mi chemin entre off et le in, prolongeant toute l'année l'esprit du festival dans la capitale écossaise, Summerhall a choisi aussi de faire le contraire quant à sa communication : "Notre stratégie est de ne rien dire sur ce que nous faisons. Nous voulons que les gens le découvrent par eux-même, se sentent privilégiés de le connaître..." Bref, ne cherchez pas plus loin : c'est à Summerhall qu'il faut se rendre en ce moment ! > voir aussi http://www.summerhall.tv/

Le 30 décembre 2011 à 09:03

2012, l'année de la zouz

On m'avait demandé un billet « un peu plus prospectif ». Afin de voir de quoi 2012 serait fait, j'ai ressorti ma vieille boule de cristal de la cave. Elle était déréglée, elle me diffusait en boucle des épisodes de Tintin contre Dragonball. Je me suis dit « pas grave, je vais inventer », ça fait des années que des tas de voyants remplissent des tas de pages de « un événement marquant, climatique ou peut-être politique, devrait bouleverser un pays de l'hémisphère sud dans la deuxième partie de l'année » fin décembre, ça va, tout le monde peut faire pareil.   Mais comme je suis un fumiste sérieux, je me suis un peu inspiré des prévisions de la Mère de tous les Savoirs, Wikipédia, pour documenter un peu le truc.   J'ai dénombré pas moins de neuf inaugurations de tramway (le moyen de transport préféré des Scrabbleurs) contre une seule fin du monde, et encore, il paraît que c'est une rumeur. 2012 sera l'année du tram. Il faut bien être l'année de quelque chose, comme aimait à le répéter l'an 40. Le tramway est un transport public sur rails, ce qui explique son grand succès à Paris. Il revient actuellement à la mode après être tombé en désuétude, un peu comme la chemise à carreaux, mais sinon, je ne vois pas d'autres points communs entre les deux.   2012 sera également une année olympique. Je peux déjà vous annoncer plusieurs médailles françaises, la plupart dans des sports dont vous vous contrefoutez actuellement. Rassurez-vous, vous recommencerez environ quinze jours après.   Ah oui et sinon, deux élections présidentielles dans des pays géopolitiquement bien plus importants que Wallis-et-Futuna. Les vainqueurs seront des hommes, dans la cinquantaine. Ils se prononceront, lors de la campagne, sur des tas de domaines sur lesquels ils n'ont aucune influence, puis, après la campagne, se féliciteront des nombreuses médailles de leur pays en pentathlon synchronisé moins de 52 kilos.

Le 7 juin 2014 à 08:55

Glenn

Glenn dort parfois nu même souvent, mais le lundi surtout ou bien encore les jours de pluie. L'homme a inventé le sexe sur le lit pour oublier que Dieu avait mis des monstres dessous, très serrés les uns contre les autres. L'intimité dans un lit occulte un peu facilement les 2 millions d'acariens qui l'occupent aussi. Comme on fait son lit, on se couche, oui, mais lequel ? Il y a cette scène dans Freddy les Griffes de la Nuit, celle de la mort de Glenn (Johnny Depp), durant laquelle le jeune homme est aspiré par le lit (avec la télévision d'ailleurs, tiens) puis recraché en un impressionnant geyser de sang. Ce n'est pas anodin tant le sommeil est sans doute l'événement quotidien le plus perturbant qui soit puisqu'il nous voit chaque jour inexorablement perdre conscience. Le lit est cet endroit dans lequel nous perdons pied, physiologiquement parlant. Seul notre subconscient survit dans cette expérience qui met nos hormones sens dessus dessous, ce qui en fait un évènement encore moins rassurant tant l'homme aime tout contrôler. Alors le corps a inventé le rêve comme pour enfoncer le clou encore plus loin : il est la superstar de la nuit au grand dam de l'homme. Il n'est guère étonnant que ce dernier ait d'ailleurs bien souvent cantonné le sexe au même endroit. Quand on y pense, le sexe est également une perte de conscience. On meurt dans un lit bien souvent aussi. Avec des draps blancs immaculés comme un jour de mariage : ça fait réfléchir. Le lit est, avec les WC, l'endroit où l'homme se résigne à admettre qu'il n'est qu'un animal comme un autre. En 2145 nous dormirons dans des lits verticaux en compagnie de poules qui donneront du lait lorsqu'on leur pressera les crêtes. Nous serons dirigés par un état totalitaire qui enverra des sous-marins sur Mars pour exploiter le peuple étranger avant de l'éradiquer. Le sexe sera prohibé et l'homosexualité cantonnée à un couple étalon élevé en Argentine pour des études financées par le Nouveau Planning Familial. Le racisme sera cloné et la peur de l'autre deviendra une religion à part entière : on crucifiera des Chinois autant que les gousses de vanille qui seront jugées trop exotiques. Une grosse pastèque sera pape. La Kaaba abritera une baby carotte que tout l'islam vénèrera comme s'il était le Prophète même. L'homme aura rationalisé le sommeil, le lit deviendra un objet de controverse que quelques artistes engagés dresseront comme étendard (du côté hiver seulement, faut pas pousser) mais sans grand succès. Même Lady Gaga XIV s'y cassera les dents. Glenn sera recraché par un Freddy bionique tous les premiers dimanches du mois après le porno kabbalistique en hébreu diffusé sur Canal ++. Les censeurs seront vénérés comme des saints alors que les bouddhistes remettront au goût du jour la Macarena. Réveil chassieux, réveil heureux. Mais avant tout, mon lit restera à jamais cet endroit où nous ne dormirons plus jamais ensemble, Glenn.

Le 16 février 2011 à 15:05

Rémi Sussan : les cerveaux collaborent mieux quand le corps s'en mêle

L'intelligence collective n'est pas l'apanage du web

Qu’entend-on généralement par “intelligence collective” ? Pour le monde du web, la messe est dite : c’est le produit émergent de l’interaction entre plusieurs milliers, voire millions d’individus, certains ne partageant avec les autres qu’une quantité minimale de leur réflexion. Et bien entendu, c’est le web lui-même qui est le média de choix de cette intelligence collective.Pourtant, il existe une autre approche de l’intelligence collective, bien plus ancienne que le net ou le web : la “fusion” entre quelques esprits, le plus souvent seulement deux, pouvant aboutir à une explosion inattendue de créativité.Pour réussir une intelligence collective, il faut prendre en compte plusieurs facteurs. Première surprise, la “bonne ambiance” importe peu. La motivation des participants n’est pas non plus fondamentale, ni le niveau intellectuel des individus impliqué. Les trois facteurs qui auraient effectivement joué sont d’abord la “sensibilité sociale” des participants, sensibilité sociale qui a été calculée en soumettant chaque sujet au test de “lecture de l’esprit dans les yeux”. Autrement dit, la facilité qu’à un sujet à déduire l’état émotionnel d’autrui en observant son regard (vous pouvez faire le test ici). Autre paramètre important : dans les groupes les plus efficaces, les participants tendaient à se partager plus ou moins équitablement le temps de paroles. On n’y trouvait pas une monopolisation de la parole par une minorité des membres. Enfin, troisième facteur, et non le moindre : le succès d’un groupe était corrélé au nombre de femmes y participant.C’est donc bel et bien l’intelligence émotionnelle de ses membres qui apparait comme l’ingrédient fondamental au succès d’un groupe, dont la collaboration est avant tout physique, incarnée dans le corps.L’intelligence collective devrait beaucoup au corps. Elle ne saurait se réduire à une pure communion platonicienne des esprits… > lire l'article complet sur OWNI Le journaliste Rémi Sussan travaille notamment à Internet Actu et a écrit les "Utopies posthumaines" (éditions Omniscience), ainsi que "Demain les mondes virtuels" et "Optimiser son cerveau" (éditions Fyp). Il collabore également à "l'Annuel des idées" (éditions François Bourrin). Retrouvez Rémi Sussan à la Monstrueuse Université du Rond-Point  : Rémi Sussan "Marché de demain : optimiser le cerveau"jeudi 3 mars à 19h30réservation 01 44 95 98 21tarif réduit 9€ pour les lecteurs de ventscontraires.net Illustration Albert Dubout : Justine

Le 19 septembre 2015 à 08:45

Les interfaces

Les progrès du futur #2

Pendant toute la fin du XXe et le début du XXIe siècle, on fit d’important progrès dans la communication avec l’ordinateur. Les débuts historiques s’étaient faits avec seulement l’écran et le clavier. Puis on inventa les fenêtres et la souris. Plus tard vint le capteur de mouvement, grande contribution du jeu vidéo à l’informatique généraliste. Vers 2010-2020, les écrans devinrent tactiles, puis pliants, puis holographiques. On put enfin travailler debout en agitant les bras, comme Tom Cruise. Ce fut la période dite « windmill ». On vit le reflux des grandes épidémies liées au travail sédentaire, obésité et troubles musculo-squelettiques. Cela contribua à résoudre une partie du déficit budgétaire des pays riches. En revanche, les fractures de la main devinrent fréquentes. Pendant ce temps, la communication entre humains stagnait. On s’était très longtemps satisfait de la parole, fluide mais fugitive. L’écriture avait rendu possible l’accumulation des connaissances et le progrès technologique. Mais elle était lente. L’informatique, le réseau et les terminaux mobiles mirent un peu de réactivité dans tout ça. Cela dit, seul l’implant cérébral libéra véritablement la communication. Il devint possible de partager instantanément ses idées et ses impressions. On vit l’apparition de l’utopie fusionniste, qui prévoyait l’harmonie de l’espèce, sur la base d’une compréhension profonde et totale de tous les individus. Alors quelqu’un eut l’idée de connecter son implant au réseau. Ce fut la naissance du cybiocerveau planétaire.

Le 28 mai 2015 à 09:38

Inbox du futur

[Hôpital de surveillance à distance - message de relance du 11 octobre 2027] Vos données Google Implant® ont été analysées et votre taux d’ACE s’est encore rapproché du stade Alarmant. Des métastases circulent dans votre corps (cf. PJ) et pour localiser plus précisément la ou les tumeurs cancéreuses, vous devez vous rendre sous 8 jours à compter de la réception de ce message, dans le centre d’imagerie médicale le plus proche (ici). Le traitement vous sera automatiquement injecté dès que vous aurez accepté les Conditions Générales de Soins, en cliquant ici. [IFOP & Prestavote - message du 15 mai 2027] Vous trouverez ci-joint le détail de vos intentions de vote pour les élections qui auront lieu demain. Votre suffrage est d'ores et déjà prêt et programmé, aucune action supplémentaire n'est nécessaire de votre part. Si vous souhaitez toutefois le modifier, il vous reste douze heures pour vous rendre sur cette page et remplir le formulaire, la liste des pièces justificatives à fournir est ici.   [Sécurité Sociale - message du 27 avril 2028] Les données fournies par votre Google Implant® nous indiquent de votre part une non prise régulière des 5 portions de fruits & légumes par jour au cours de ces onze dernières années. En conséquence le remboursement de votre chimiothérapie Pfizer sera réduit pour passer à 22%. Pour revenir au taux de 31% vous devez suivre le régime imposé dont la prise sera vérifiée électroniquement par l’intermédiaire d'une Apple Watch™, disponible à la location pour 8,40€ par mois (hors applications) dans l’agence la plus proche de chez vous. Durant cette période vous ne devrez pas utiliser Google Implant® sous peine de voir annuler votre taux de 31% pour repasser à 22%, assorti d’une amende. PS/ À compter de ce jour, vos intentions de vote sont soumises à un contrôle de santé et d’autonomie.  [Bibliothèque municipale de Paris - message du 11 juin 2032] Vous avez dépassé votre quota de lecture de livres d'éditeurs indépendants pour l’année 2032, en conséquence votre catalogue personnalisé sera restreint à l’offre commerciale et culturelle en vigueur. Pour mieux vous conseiller d’après vos goûts et votre personnalité, nous vous proposons, afin de pouvoir lire jusqu’au 31 décembre : la réédition des œuvres complètes et définitives de Guillaume Musso en Quarto ; les trois derniers épisodes de la saga Intergalactique de Katherine Pancol et Alexandre Jardin ; le deuxième roman vérité de Lucas-Philibert d'Ormesson : Mon grand-père est un autre. [Sécurité Sociale et HSD - message du 4 décembre 2032] La chimiothérapie Pfizer et les différents traitements injectés dans votre corps ont chassé les tumeurs. D’après nos relevés vous êtes parfaitement rétabli, hormis ce petit rhume de saison et cette démangeaison au coude, et pouvez dès aujourd’hui retrouver l’ensemble de vos droits illimités à consommer, lire et voyager.  PS/ Vos intentions de vote restent soumises à contrôle pendant une période de probation de 90 jours, qui recouvre les 4 prochains scrutins. [Bibliothèque municipale de Paris - message du 4 décembre 2032] Pour fêter votre rétablissement et le retour de votre droit illimité à lire, nous vous avons réservé en exclusivité L’Intégrale des scénarios de Luc Besson 2000-2030, illustrés par Pénélope Bagieu, avec une préface de Laurent Weil. PS/ Attention, vous êtes en retard de 3 semaines pour rendre l’épisode 2 de La vie pro-active des pandas interstellaires de Pancol et Jardin, à 52% de pages lues ; l’amende a été débitée directement sur votre compte Paypal, en même temps que la prolongation automatique de votre abonnement. [Google - message du 6 février 2038] Les mots utilisés dans votre mail du 5 février à 20h31 ne sont plus homologués depuis le 1er janvier dernier. Votre mail n’a pas été expédié à la fois pour des raisons de sécurité intérieure, et pour des raisons d’inadéquation au message que vous vouliez faire passer. Pour le réécrire nous vous suggérons notre application de création automatique de correspondance qui vous aidera à mieux vous faire comprendre de votre destinataire. Ce service est gratuit jusqu’au 30 mars.  [Caisse de retraite, Sécurité Sociale & Goapple  - message du 3 novembre 2052] D'après les relevés statistiques des métadonnées de votre productivité, de vos géolocalisations, de vos communications, au cours de ces 15 dernières années, nous vous signalons qu'il vous reste 500 jours de production au taux régulier, ou 500 items échangeables au taux que vous pourrez atteindre, avant de toucher votre première mensualité. Pour fêter cet évenement, profitez dès aujourd’hui de notre catalogue de voyages avec une réduction de 8% sur les hébergements en bungalows médicalisés. Consultez notre site pour le rachat d'items et ainsi réduire vos objectifs. Vendez plus de données personnelles ou cédez plus de droits pour obtenir plus de réductions. [Institut de dépôt numérique, Goapple Federal State - message du 11 août 2070] L’archivage permanent de vos données arrive à son terme, votre disparition imminente nous oblige à vous demander les derniers accès que nous ne possédons pas, ainsi que les données non numériques en votre possession. Nous vous rappelons que l’évasion des données, quel que soit leur format ou support, est passible d’une amende jusqu’à 100.000 € et d’une peine allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement transmissibles à vos héritiers. Votre archivage sera accessible à vos proches indéfiniment selon les termes de votre contrat. Vous pouvez également, afin de repousser votre fin, acquérir des organes et prothèses de fin de vie, qui pourront vous prolonger de six mois à plusieurs années, via notre filiale Progle & Gambet. Cliquez ici pour lire les termes et conditions. [Goapple - message à Liste Famille, Liste Amis, Liste Livre, Liste Presse, Liste admirateurs, Liste admiratrices, du 30 septembre 2070] Votre parent, père, mari, amant, ami, ennemi, proche, auteur favori, meurtrier, troll, cible, vague connaissance, voisin, pire souvenir, inconnu total, erreur de destinataire, est décédé le 31 août 2070. Nous avons relevé depuis dans vos correspondances et conversations des mots et des phrases relevant du droit d’auteur. Ces emprunts pirates de sa langue vous seront facturés afin de respecter sa mémoire, et vous devrez prononcer les phrases de recueillement avant la fin de l’année en cours.   [Federal World State - message à tous, du 31 août 2071] Il nous a quitté voici une année. Une copie de sa personnalité est prête pour vous à l'adresse habituelle de son site web ou sur sa page Facebook permanente. Sa voix, ses expressions, ses tics, défauts, sa manie de l'écriture, tout cela aisément reproductible grâce aux algorithmes de nouvelle génération de l'OS Oreste 4R7. La version en ligne est disponible ici après abonnement et acceptation des Conditions Générales d’Héritage ; la version robotisée augmentée de son ADN, livrée à domicile, est à commander ici.

Le 3 septembre 2015 à 11:35

Ça va pas être long

Les informations qui suivent sont issues d’un rêve que j’ai fait. J’ai décidé de les rendre publiques après avoir rêvé que le rêve précédent était prémonitoire. «Innover sans cesse», telle pourrait être la devise de ces chercheurs californiens qui viennent de mettre au point la première machine à arrêter le progrès. Un nouveau mode d’exploration spatiale fait son apparition, alliant économie et distinction : la fusée à porteurs, basée sur le principe de la chaise du même nom. La question de la répression de la délinquance chez les jeunes est enfin  tranchée. Toutes les femmes accoucheront en prison, leurs enfants pourront éventuellement être libérés plus tard pour bonne conduite. Le remplacement du téléphone par la télépathie a deux conséquences : la disparition la fameuse phrase « Ne quitte pas, je te le passe» et l’interdiction faite aux automobilistes, pour des raisons de sécurité, de conduire avec leur cerveau, lequel doit être rangé dans la boîte à gants. L’augmentation de l’espérance de vie crée des embouteillages dans les grandes villes. Heureusement, les progrès de la génétique permettent désormais de réguler la pousse des ongles et de la barbe. On passe plus de temps en voiture, mais on en perd moins à se couper les ongles et à se raser. L’euthanasie est autorisée non seulement pour soulager la souffrance des personnes atteintes de maladies dégénératives incurables, mais aussi pour libérer des appartements. Après la découverte du gène de la mauvaise foi, les personnes vivant en couple se le font neutraliser et se séparent peu de temps après tellement ils s’ennuient. Les divorces sont sources de disputes, chacun insistant pour prendre les torts à sa charge.

Le 26 septembre 2011 à 08:27
Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Rencontre avec Isabelle Huppert
Live • 17/12/2020
La masterclass de Daniel Pennac
Live • 11/12/2020
La masterclass de Alice Zeniter
Live • 05/12/2020
La masterclass de Jacques Bonnaffé
Live • 30/11/2020
La masterclass de Gilles Cohen
Live • 24/11/2020
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication