Jacques Géraud
Publié le 30/09/2015

J'arrête le Progrès !


J'ai décidé d'arrêter le Progrès ! A moi tout seul, c'est urgent, c'est une question de salubrité publique. Ils sont tant qui en parlent sans avoir jamais rien fait, eh bien moi, si ! L'idéal ce serait sans doute, m'avançant fièrement, lui barrant la route, de lui annoncer que, Progrès, au nom de la Loi je t'arrête ! Et si tu n'obtempères pas je ... Sauf qu'à procéder ainsi, je risque de le voir continuer tout droit, buté comme il est, sans ralentir, sans dévier d'un chouia, et je vais me faire renverser mais alors, grave ... Encore heureux si je ne me retrouve pas aplati, à même le macadam, par ce rouleau compresseur sans état d'âme, mais aplati comme on n'a pas idée, jusqu'à ne plus représenter qu'une sorte de, comment dire, film ? De film si parfaitement appliqué à la chaussée qu'il lui est, que je lui suis consubstantiel, et comme si de rien n'était, loin de s'être interrompu le trafic continue de plus belle, quand je dis de plus belle c'est que, m'est avis, ça roule mieux que jamais, tous les véhicules, à deux ou quatre roues ou davantage, sensiblement plus véloces grâce à moi, à mon revêtement, à mon film, lequel s'est propagé tout du long et jamais la circulation n'aura été aussi aisée, aussi fluide, sans parler des bruits de roulement qui sont, si je tends l'oreille, si j'en avais encore une pour la tendre, merveilleusement amortis. Et cela s'appelle, et je n'y suis pas pour rien, moi qui d'apparence ne suis plus grand chose, cela s'appelle le Progrès !

Jacques Géraud est né, a fait des études sérieuses, voire un peu rasoir, ou barbantes, ou les deux, qui lui ont valu des titres ronflants, normalien, agrégé, qui l'ont conduit à enseigner les lettres en lycée, tout en écrivant des livres bizarres, tantôt refusés, tantôt publiés (P.O.L, PUF, Hugo&Cie/JBZ, l’Arbre Vengeur, Champ Vallon). Il a vécu un tiers de temps dans le Sud-Ouest, puis deux tiers à Paris, il effectue un quatrième tiers à Lyon, pour que ça fasse triangle dans l'hexagone. Il est chroniqueur (Culture) sur le Huffington Post.

Son dernier livre, chez Champ Vallon , 2015 : Photoroman en 47 légendes

Son blog : geronimots.blogspot.com

 

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Un pratiquant de water-polo se prépare à assassiner un adversaire pour attirer l'attention sur sa discipline

Pierre Larro a 36 ans dont 22 à approfondir sa passion, le water-polo. S’il pratique plusieurs fois par semaine ce sport avec entrain, c’est avant tout pour la sensation de bien-être et de dépassement de soi qu’il en tire. Mais malgré cette satisfaction, Pierre dit ressentir comme une frustration depuis bien longtemps, celle de voir cette discipline qu’il aime profondémentrester dans l’ombre des sports les plus populaires comme le football, le rugby ou le basket. Un déficit évident de notoriété auquel Pierre a décidé de mettre fin. A l’occasion d’un match amical qui se tiendra ce soir à La Garenne-Colombes dans les Hauts-de-Seine, il tentera d’attirer la lumière des projecteurs sur le water-polo en assassinant arbitrairement l’un de ses adversaires. Projet. Être au service de sa passion Il assure avoir un plan parfaitement ficelé. Pierre Larro, sans trop vouloir nous dévoiler ce qu’il a prévu, nous révèle quelques pistes de son projet : « Il est possible que je cache un couteau à cran d’arrêt dans mon maillot de bain et qu’en pleine partie je le sorte pour poignarder à la gorge un joueur de l’équipe d’en face. L’option de l’arme à feu est également envisageable. Mais pour ça il faut un complice dans les tribunes qui me lance le pistolet ou le revolver à mon signal et les risques d’enrayement à cause l’eau sont réels. A voir. » Quant à l’identité de sa cible, le poloïste déclare ne pas avoir encore pris de décision : « Ça peut être n’importe qui. Un attaquant, un gardien, je me réserve le choix. Au début je songeais même à tuer l’un de mes six co-équipiers pour que l’action soit encore plus spectaculaire mais j’ai ensuite trouvé cette option bien trop extrême. » Et le futur assassin de préciser : « Je prendrai probablement une décision au moment de rentrer dans l’eau. Un peu d‘improvisation n’a jamais fait de mal. » Enfin, sur l’objectif en termes de retombées médiatiques qu’il s’est lui-même fixé, Pierre Larro estime que ses chances sont grandes : « Si en plus il y a quelqu’un dans le public qui filme ça avec un portable ça peut très vite faire le tour du net et créer un véritable buzz. A coup sûr Jean-Marc Morandini va reprendre ça. Visuellement ça peut être très fort avec le sang qui se déverse dans l’eau et les autres joueurs qui s’affolent dans le bassin. Le water-polo tient peut-être là l’opportunité tant attendue de devenir un sport connu et reconnu mondialement. » Devancer le hockey sur gazon Cet assassinat, Pierre a décidé de le perpétrer aujourd’hui alors qu’il l’avait pourtant planifié pour la rentrée prochaine en septembre. Si le poloïste a choisi d’avancer sa fatale échéance, c’est pour éviter de se faire griller la priorité par d’autres sportifs issus de disciplines trop peu reconnues à leur goût : « Y a forcément un pratiquant de sandball ou de hockey sur gazon qui va avoir la même idée que moi et dans cette course à la reconnaissance, c’est inévitablement le premier à passer à l’acte qui sortira vainqueur. » Illustration: WikiCommons / Vladimir Vyatkin / Владимир Вяткин  

Le 4 juin 2010 à 10:00

Zapiro

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (4)

Non, il ne signe pas ses dessins d’un Z qui veut dire Zapiro, son nom de caricaturiste. Même si le Sud-africain Jonathan Shapiro est un bretteur et qu’il ferraille depuis vingt-cinq ans, d’abord comme militant anti-apartheid puis comme dessinateur critiquant l’actuel président, le controversé Jacob Zuma qu’il chapeaute d’un pommeau de douche depuis que celui-ci a déclaré en 2006 lors de son procès pour le viol d’une femme séropositive, qu’il s’était douché après l’acte sexuel pour minimiser les risques d’infection. Résultat ? L’arroseur arrosé. Plus le président sud-africain dérape, plus la pomme de douche, devenue un baromètre de vérité, se rapproche de sa tête. Zuma qui n’a pas non plus apprécié lors de son procès pour corruption, d’être représenté sur le point de violer la justice incarnée par une femme maintenue par ses alliés politiques a, d’ailleurs, intenté plusieurs procès en diffamation à Zapiro. La justice n’a pas encore tranché.Dénoncer par l’humour la bêtise et les violations du droit, frapper d’estoc avec son crayon, telle est la mission de cet élève d’Art Spiegelman et de Will Eisner. Mais porter des armes, jamais. Comme il s’y refusait lors de son service militaire, un caporal aussi idiot qu’obtus lui fit monter la garde du camp avec… une perche de plomb. La scène aurait pu sortir d’un court-métrage de Charlot. En 1987, le blanc Jonathan Shapiro a alors 29 ans, il est arrêté pour son appartenance au Front démocratique uni, fédérant près de 700 organisations anti-apartheid. Devenu l’année suivante collaborateur de publications progressistes, il est à nouveau mis sous les verrous par la police de sécurité. Seize ans après la fin de l’apartheid, la caricature reste, pour Zapiro, un sport de combat. En témoigne ce récent dessin (publié dans le Sunday Time le 23 mai 2010) où il s’est croqué marchant avec prudence sur un champ de mines, lesquelles sont des coiffes religieuses dépassant du sol. Le 20 mai, après une fatwa visant des collègues, il publie dans le Sunday Times une vignette où Mahomet est allongé sur un divan. « D’autres prophètes ont des disciples, déplore-t-il, avec le sens de l’humour. » A voir…La Coupe du monde de football qui se tient du 11 juin au 11 juillet dans son pays sera, à n’en pas douter, pour Zapiro une source féconde et féroce d’inspiration. Déjà, il s’en donne à cœur joie. Zapiro, roi du tacle. > www.zapiro.com

Le 12 janvier 2011 à 09:01

« Dire que la Tunisie est une dictature univoque me semble tout à fait exagéré »

Frédéric Mitterrand, Canal +, dimanche 9 janvier 2010

Quand on tourne trop sa langue de bois dans la bouche avant de parler, on donne des verges pour se faire battre. Invité à réagir aux événements de Tunisie où, depuis trois semaines déjà, une révolte sociale et morale contre le régime Ben Ali est réprimée férocement par la police, le ministre de la Culture improvise une formule moins ciselée que celles dont il nous enchantait dans ses épopées de têtes couronnées, du temps où il s’appelait « Fred ». Qu’a-t-il voulu dire au juste en trouvant « exagéré » qu’on puisse avancer  que « la Tunisie est une dictature univoque » ? Beau diseur et fin lettré, il s’est peut-être risqué à suggérer que la dictature est un mot qui ne recouvre pas seulement un sens mais plusieurs ? Du point de vue des victimes ce n’est pas convaincant sur le coup. Ou plutôt sous les coups. Même une dictature qui ne serait plus « univoque » mais à l’inverse « équivoque » n’en serait pas plus supportable, l’ambiguité servant plus sûrement de masque à la terreur. Il était le premier des ministres du gouvernement Fillon à s’exprimer publiquement sur le sujet. Certains de ses prédécesseurs, rue de Valois, auraient saisi l’occasion pour se ranger du côté des « forces de l’esprit » (comme disait « Tonton »). Artistes matraqués, journalistes embastillés, bloggeurs hadopisés, les prétextes ne manquent pas en ce moment. Ça n’a pas suffi. M. le ministre de la Culture et de la Communication, bonsoâââârr…

Le 29 octobre 2015 à 08:08

Septuple Saut

J'ai très envie que les prochains JO, ou les suivants, en 2024 ou 2048 ou 2096, je m'emmêle un peu les pinceaux dans les dates, se tiennent chez nous, en France, à Paris ! M'est avis que mes chances en seraient plus fortes d'être sélectionné dans l'équipe nationale. Quant à la spécialité, moins polyvalent qu'un Jesse Owens, je crois que je choisirai le ... voyons, le, voilà, le, c'est ça, le, mais oui, le, très bien, le, parfaitement, le, c'est dit : septuple saut !!!!!!! Le septuple saut en longueur, et si je suis le tout premier à m'illustrer dans cet art, je n'irai pas m'en plaindre, ravi et plus que ravi d'avoir établi ce record olympique-là, qu'il appartiendra aux générations futures, s'il y en a, d'améliorer, voire de pulvériser. Je promets à mes challengers que je suivrai leurs tentatives devant mon poste de télé, les applaudissant s'ils le méritent, nullement jaloux des compétiteurs qui m'auront dépossédé de mon titre olympique de Septuple Sauteur, pourvu que tout en les regardant, les admirant et les ovationnant, je puisse machinalement tripoter, comme un dévot son chapelet, ma médaille d'or accrochée à mon cou ou discrètement rangée dans ma poche où je m'imagine qu'avec mes doigts qui passent, qui repassent, astiquée de la sorte, pas que durant les JO, mais tous les jours, tous les jours, elle va continuer de luire, dans l'ombre de la poche de mon pantalon, quitte à lentement s'user, comme moi, et nous vieillirons ensemble, ma médaille d'or et moi.

Le 29 octobre 2011 à 08:18
Le 9 octobre 2012 à 08:05

Super Mario contre les spéculateurs

Econotrucs #7

Les banques de Wall Street sont des championnes du lobbying et ont influencé les décisions politiques ayant conduit à la déréglementation financières tous azimuts et aux crises récentes. Dans ce contexte, la nomination en 2011 de Mario Draghi à la tête de notre Banque Centrale Européenne (BCE) a posé question : Celui-ci a en effet été vice-président pour l'Europe de la banque d'affaires Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Et cette même banque a aidé la Grèce à truquer ses comptes publics au tout début des années 2000. Cela sentait bon le conflit d’intérêt, et certains en ont même déduit que Mario Draghi (qui entretemps fut cinq ans gouverneur de la Banque d'Italie) était resté aux ordres de Goldman et des puissances occultes de l'argent. ( C’est la thèse du documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » par exemple). Depuis un ans qu’il exerce son mandat, on constate au contraire que Draghi a pour l'instant très bien joué son rôle, réussissant habilement à intervenir pour stabiliser la zone euro, tout en restant en conformité avec le mandat très étriqué qui lui a été confié. Justement parce qu'il est issu de Goldman Sachs, Draghi connaît très bien les marchés, leur fonctionnement, leurs biais, leur psychologie, et les marchés, de leur côté, le respectent et en ont même peur : les opérateurs des marchés qui ont parié sur un éclatement de la zone euro sont carrément terrorisés par ce Super Mario. Car lorsque que vous pariez sur un événement qui ne se produit pas, vous pouvez perdre beaucoup d'argent. Les grandes banques n'ont pas intérêt à ce que la zone euro s'effondre, (elles seraient les premières touchées,) mais les Hedges Funds, alliés objectifs des eurosceptiques, et tous les représentants de la finance fantôme qui ont contribué aux crises financières récentes, ont depuis 2010 souvent largement parié sur la fin de l'euro. Lorsque Draghi intervient comme il l'a fait en septembre (annonçant des achats illimités de dette si un pays voyait ses taux s’envoler) cela fait beaucoup de mal aux spéculateurs. La question qui se pose, c'est de savoir combien de temps Draghi parviendra à tenir en respect les marchés, si pendant ce temps les gouvernants continuent - le nez sur les sondages - la valse des demi-mesures, demi-tours et autres hésitations ? Une monnaie commune c'est une volonté politique, et c'est cette volonté politique que testent en permanence les marchés. En attendant, on peut remercier Goldman Sachs d'avoir bien formé Mario Draghi.

Le 28 octobre 2010 à 14:15

"Je présente mes excuses à ceux que ça a pu blesser parce que ce n'était pas le but"

Benjamin Lancar, président des Jeunes UMP, Beur-FM, 26 octobre 2010

Voilà la formule désormais formatée de celui qui vient de sortir une ânerie et qui, devant l’effet déplorable produit, veut l’effacer en se livrant à une repentance qui aggrave un peu plus son cas. Elle suggère en effet que si d’aucuns se sont sentis visés, c’est qu’ils n’ont rien compris des intentions innocentes de l’auteur. Bref, les cons c’est les autres. Ce Benjamin Lancar qui postule à la succession de Frédéric Lefèbvre dans le rôle d’aboyeur à l’UMP, n’a donc rien inventé, d’autres l’avaient précédé, du parfumeur Guerlain à l’égard des « Nègres »,  à Brice Hortefeux vis à vis des « Auvergnats ». Mais le plaisant dans les « excuses » de ce béjaune, c’est qu’il n’a blessé que lui-même, puisqu’il est dit que le ridicule ne tue pas. Ainsi il avait cru devoir comparer les défenseurs de la réforme des retraites aux résistants qui refusèrent la défaite de 40, et il avait assorti cette puissante analogie d’un commentaire flatteur sur l’œuvre économique de Pierre Laval à la présidence du Conseil, au début des années 30, avant de sombrer dix ans plus tard dans la collaboration. Même son mentor élyséen a dû se sentir gêné, lui qui s’était affiché en fervent admirateur de Georges Mandel, assassiné en 1944 par la Milice de… Laval. Quant à faire d’Eric Woerth une sorte de Guy Moquet, pourquoi, tant qu’on y est, ne pas comparer les défilés syndicaux à l’exode de 40 !

Le 6 mai 2015 à 10:33

Mon pauvre ami de Morges

- Et toi, tu ferais quoi si tu gagnais à l'Euromillions ?- Je ne sais pas. Je ne joue pas.- Mais admettons, tu te trompes, tu joues par inadvertance et là, tu gagnes. Tu ferais quoi ?- Je n'aime pas les loteries, moi. Je joue à la grande loterie de la vie, je me laisse porter par le hasard des rencontres, le hasard des jours, le hasard d'un...- Ouais, ok. Mais si tu gagnes, mettons, à l'Euromillions. Ou même, je sais pas, à la tombola du FC Goumoëns. Tu fais quoi ? - Je ne comprends pas que les gens, semaine après semaine, s'infligent ça, le choix des numéros, l'attente, puis la déception, forcément. On instaurerait un impôt de 10 francs par semaine et par personne, dont une partie des revenus iraient à une personne au hasard, tout le monde s'insurgerait. Et pourtant, on continue de payer volontairement cette taxe et de se demander...- Tu ferais quoi avec cet argent ?- Quand je pense à tout ce que les gagnants pourraient faire, éradiquer la faim dans le monde, investir dans l'écologie, sauver le Servette et non, ils continuent de perpétuer des clichés petit-bourgeois, les voyages, la grosse maison, les maîtresses et pour finir, une corde en or pour leur suicide...- Parce que moi j'ai gagné et je me demandais ce que je devais faire, investir, rejouer, aller au bistrot... - Et tu imagines que soudain, je vais te dire que justement, j'aurais besoin d'un petit prêt, faisant alors sombrer cette petite chronique dans le cliché le plus grossier ? - Non, c'est juste que je me demandais quoi faire. - Ben, je sais pas, tu as gagné combien, au juste ? - Huit francs cinquante.

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