Christophe Alévêque
Publié le 11/08/2010

Libertude, égalitude, fraternitude


L'autre feuilleton de l'été - 9

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.
mercredi 2 mai 2007— flashback
La campagne présidentielle fut très tendue. Favoris des sondages en janvier, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se retrouvent au coude à coude en mars. Le mois suivant, le mâle a pris un net avantage. Il a su, adroitement, s’abstenir de mettre en cause ou de dénigrer la féminité de son adversaire : Dati et Pécresse s’en sont chargées pour lui.
Dans ses mémoires intitulés Comment je suis passé à côté de l’Histoire, son directeur de campagne, Claude Guéant, raconte : « Afin qu’il ne tombe pas dans le piège, Guaino et moi lui avions conseillé ce truc tout simple : “Dès que vous sentez que vous allez déraper sur une allusion féminine, Nicolas, vous dites : Blum, ou bien : Jaurès”. La ruse a fonctionné parfaitement, jusqu’au débat. »
Le soir du 2 mai, les deux candidats s’affrontent pour une unique joute orale. L’enjeu est énorme : Ségolène Royal reste à la traîne dans les sondages. Ses partisans pensent qu’elle joue son va-tout ; la droite pense que tout se jouera sur la crédibilité ; le Parti socialiste pense à 2012.
Le débat prend la forme d’un entretien courtois où, par une sorte de pacte de non-agression, les deux candidats se partagent équitablement les bourdes concernant le chiffres du chômage, du déficit, du nucléaire et du taux de croissance. Cette ambiance bon enfant se prolonge jusqu’aux questions concernant l’éducation et la famille — et au geste décisif de Mme Royal.
« Je veux dire à toutes les familles ayant rencontré le drame du handicap que je ferai une place à chacun de leurs enfants dans les écoles », explique avec passion M. Sarkozy — quand la candidate, qui l’écoute depuis le début avec un doux sourire, se lève, se penche vers lui et, sans l’interrompre, sans cesser de lui manifester le plus vif intérêt, époussette délicatement les pellicules au plastron de l’homme de droite.
Ces images vont faire le tour du monde. Elles sont régulièrement disséquées dans les cours de science politique…
  
La suite demain...
Adolescent, il découvre la liberté de ton de Bedos, et la syntaxe de Desproges. Il admire l'audace de l'un et la rhétorique de l'autre. Il grandit sur scène, fait sauter les bombes pour les désamorcer, et chronique la société chez Ruquier, Drucker ou Ardisson. Il écrit et tourne partout Debout, solo explosif avec chansons, revue de presse et tirs à vue sur l'horreur d'une société molle. Après le succès de Super Rebelle au Théâtre du Rond-Point, Christophe Alévêque y revient pour démonter l'actualité. Plus que jamais, tolérance zéro pour les maîtres du monde, leurs reptiles suiveurs et autres insectes rampants. 

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Le 29 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 27

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 24 juin 2007 Référendum sur les référendums. Journée historique pour le pays, qui voit se tenir la toute première consultation référendaire du quinquennat : il y en aura beaucoup, beaucoup d’autres.Ce premier référendum porte sur les référendums, comme le stipule la question à laquelle les citoyens doivent répondre : « Souhaitez-vous être davantage consultés sur la conduite de votre pays au moyen de référendums précis, à une fréquence raisonnable ? » Ayant bien pesé cette formulation, la France répond « non » à une forte majorité. 75% des inscrits se sont exprimés. Trois minutes avant la fermeture des bureaux de vote, la présidente, depuis l’Élysée, prend la parole sur les chaînes publiques et sur radio Nova (mais en version électro). Elle est radieuse : « A l’heure où je vous parle, le taux de participation dépasse toutes nos espérances ! Vous m’avez dit : non, d’une voix claire, et vous êtes venus me le dire en masse ! Et cela, c’est bien la preuve que les référendums, ça marche ! Sans celui d’aujourd’hui nous n’aurions jamais su que vous n’en vouliez pas ! Votre non massif, c’est un oui éclatant ! » Le principe des consultations fréquentes est donc retenu. Le lendemain, Le Figaro titre en une : « Non c’est oui ! » ; plus loin dans le journal, avant un article très critique consacré à la régularisation en masse à venir des sans-papiers, on trouve ce titre : « Noir c’est blanc ». Plus loin encore, saluant les interventions régulières de l’armée, ce titre : « Gauche c’est droite ».Dans la soirée du lundi, on apprendra que le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral. La perspective d’une démocratie référendaire transforme les options stratégiques du FN, et les cadres du Parti ont passé au Paquebot de Saint-Cloud une nuit de cogitations intenses. Le surmenage a été fatal à Jean-Marie Le Pen.Le vieux leader paraît sur les écrans dès le lendemain pour rassurer ses troupes, accompagné de sa fille Marine. Celle-ci déclare que cet « accident sans gravité », sans autre conséquence qu’une légère paralysie faciale, n’altère en rien « la lucidité ni la détermination » de son père. Ce que l’intéressé confirme : « Prsktrzr »… La suite demain...

Le 27 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 25

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mardi 19 juin 2007 Loi de finances rectificatives. Elle est votée des deux mains par la nouvelle assemblée, convaincue qua ça fera plaisir à Ségolène et que de toute façon, le Sénat va rejettera illico cette abomination comptable. Mais le Sénat, victime d’une malencontreuse panne de sonorisation, va l’approuver — il a cru voter la hausse de ses indemnités parlementaires. Cette loi ambitieuse se conforme aux intentions annoncées par la présidente : « On fait tout passer tout de suite, après ça on n’en parle plus. » Le budget de la Justice est doublé. Le budget de l’Armée est doublé. Le SMIC est porté à 1 500 €. Le budget de la Recherche est augmenté de 61,05 % — soit cinq années d’augmentation à 10 % d’un coup. Les petites retraites et les allocations adulte handicapé sont augmentées de 5%. L’allocation de rentrée scolaire est doublée. Trop, c’est trop : au soir du vote par le Sénat, le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, annonce son retrait définitif de la vie politique et institutionnelle : « Je vais me payer un beau petit ksour à Djerba et à partir de maintenant, ce sera zéro stress et poisson grillé tous les soirs : ça va me faire le plus grand bien », déclare au Figaro l’irascible serviteur de l’État. Catherine Simonet, secrétaire d’État de l’argent à collecter, à compter et à répartir, chargée de financer les réformes, fait une attaque de nerfs dans son bureau de Bercy, avant de sombrer dans une profonde dépression. Elle est consolée par Dominique Strauss-Kahn qui déclare, au sortir de la réunion : « Je n’ai pas touché à sa calculette. » Mme Simonet sera remplacée par l’ancien comptable de l’association Désirs d’Avenir. Celui-ci parviendra, par miracle, à équilibrer les comptes en procédant, selon ses dires, à « des opérations de bon père de famille Poitevin ». A Saint-Martin-du-Fouilloux, dans canton de Ménigoute (79), le conseil du ministre annonce le lancement du grand chantier « Des logements pour tous, par tous, et partout ». L’objectif de la candidate Royal était de construire 120 000 logements sociaux par an : pour être sûr de l’atteindre sur l’ensemble du quinquennat, on en démarre 600 000 d'un seul coup, avec le soutien de l’armée dite « de travail » — et dans demander leur avis aux maires. Le secteur du BTP explose. Dans les  semaines qui suivent, le groupe Bouygues, par la voix de son directeur général Nicolas Sarkozy, annonce l’embauche de 15 000 personnes, pour la plupart des travailleurs immigrés en instance de régularisation : Avocat de formation, Nicolas Sarkozy se battra pour eux avec acharnement afin d’accélérer la procédure. Parallèlement, l’immobilier dégringole et les loyers, en particulier à Paris, chutent — permettant ainsi aux familles de devenir propriétaires, ou bien d’augmenter leur pouvoir d’achat, ou encore d’augmenter tout court. Une épidémie de suicides éclate dans les Hauts-de-Seine. « Les gens ont du mal à se faire au changement, tempère Patrick Devedjian, qui vient de succéder à Nicolas Sarkozy à la tête du conseil général. Il y a une espèce de mode du suicide, mais je pense que ça va se calmer ». Ça se calme, en effet, quand on découvre que les suicides font plonger davantage la valeur des terrains La suite demain...

Le 3 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 1

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions. A suivre en feuilleton dès aujourd'hui. Bon mois d'août !Il était une fois, dans un pays imaginaire où l’imagination était au pouvoir, une femme, une vraie — avec des enfants et tout —, au destin prédestiné et hors du commun. Son histoire a commencé  il y a fort longtemps, entre Dakar et la lorraine, mais comme il s’agit d’une femme, nous ne pouvons pas vous révéler exactement quand. Un jour, ou peut-être une nuit, elle a entendu une voix, venue d’ailleurs, qui lui intima un ordre mystico-politique : « PRESENTE TOI AUX PRESIDENTIELLES ! ». D’où venait cette voix ? Personne ne l’a jamais su. Certains disent qu’elle émanait d’un certain « Tonton », dieu de gauche qu’elle avait tant adoré, d’autres qu’il s’agirait d’une mauvaise blague fomentée par des dirigeants du parti socialiste, ivres morts, au cours d’une merguez partie très arrosée, d’autres mauvaises langues firent courir le bruit qu’elle avalait régulièrement des champignons, d’autres encore que c’était le petit sorcier méchant du camp adverse, Nicolas de l’UMP de Neuilly, qui lui aurait fait boire une potion magique pour mieux la manipuler et la convaincre d’aller au combat et ainsi choisir son adversaire… Nul ne saura jamais. Telle Jeanne d’Arc affrontant les anglais, Ségolène se décida à affronter les urnes, telle serait sa mission pour les siècles à venir, se sacrifier pour la France.  Désormais, rien ni personne, y compris ses alliés, surtout ses alliés, ne pourra arrêter la grande gourou Poitevine de la démocratie participative tendue vers un ardent désir d’avenir, l’histoire était en marche. Nous allons maintenant vous narrer ce merveilleux conte de fée, rêvons ensemble en nous disant que si c’est l’autre qui avait été élu, le cauchemar eût été terrible. La grande histoire commence un 6 mai 2007, aux environs de vingt heures…     La suite demain...

Le 14 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 12

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 7 mai. Depuis l’aube, Ségolène Royal se cloître dans son appartement parisien. Elle a refusé de passer rue de Solferino, assurant qu’elle n’avait pas trouvé un taxi de libre. Le bureau exécutif du Parti socialiste, réuni en cellule de crise, décide à l’unanimité de lui en commander un : elle le fait renvoyer, arguant qu’il n’est pas électrique.   Les résultats du vote remodèlent en profondeur la physionomie du Parti socialiste. Il y a déjà le retrait de la vie politique de Lionel Jospin — véritable coup de tonnerre qui laisse tous les vrais socialistes orphelins. Puis, au matin du 7 mai, le Premier secrétaire François Hollande annonce qu’il quitte ses fonctions pour reprendre sa « liberté de parole ». François Hollande entend créer au sein du Parti un nouveau courant, où sont conviés « tous les vrais gens de gauche, et tous les maris séparés ».De nouvelles élections sont planifiées en hâte : c’est finalement François Peillon qui sera élu Premier secrétaire, au cours d’un petit-déjeuner participatif, en tête-à-tête avec la présidente des Français. Le vote français fait naturellement la une de la plupart des quotidiens français ou internationaux. Libération publie en une la photo de la candidate élue, brandissant un balai-brosse à la Bastille, avec cette seule légende : « youpi ». Dans Le Monde, qui titre « Une femme à l’Élysée », l’éditorial de Jean-Marie Colombani l’assure : « C’est une sorte d’espoir qui se lève pour la gauche ». Le Parisien, lui, proclame : « Marianne au pouvoir ! » et recueille les commentaires de Johnny Hallyday. « La Bourse chute à Paris », déplore Le Figaro. « La Royal surprise », ose France-Soir. Et Vins de France : « Royal au bar ! » A Libération, le service politique étant, la veille, parti se coucher de bonne heure, très abattu, on a tiré à la courte paille pour savoir qui, qui, qui — et c’est le chroniqueur musical Bayon qui s’est collé à la soirée électorale. Après cinq heures de Bénabar - Cali en attendant la présidente, et deux heures de serpillière en suivant, Bayon a sué sang et eau sur son article, tout en s’efforçant de rester fraternel : « Pour résumer Royal, écrit-il, d’abord, ce diamant brut Bowie 72 en constat d'impuissance : “ Wham bam, thank you ma'am ! ” — qui, à la suffragette citée, va comme un gant. » Bayon résume la longue attente à la Bastille, Cali qui se roule partout, les filles aux seins nus, pour se concentrer sur l’arrivée de Ségolène Royal : « … Suivent, en réminiscence Marquee 67, nappe analogique, fumigènes floydiens, avant l'ex machina descente, comme d'acide, de la Papesse PS. Dont l'introït messianique, sorte d'OGM transpol' San Francisco / SFIO, remixant aux accents jaurésiens une communion lysergique au chabichou, d'emblée, sèche.Sourire entre Baez et D'Arc, la mise de la Linda de Souza glam s'électrise d'un batik Grace “ feed your head ” Slick, période acid-coffee à la Maison-Blanche — bras mobiles, cheveu transhumant et gorge pleine, d'où la voix jaillit, libre absolument. Tantôt brame faithfullien, tantôt feulement Janis Summertime, on écoute, médusé, cette parole d'ailleurs, qui nous crie que c'est la nôtre. Libérant, torrentielles, les énergies sexuelles : Gaïa, Cybèle, Astarté. “ Ségo déchire sa mère ”, frémit un un kid voisin, catapulté par dyschronie K-Dickienne dans un concert des Slits 80. » Ce sera la seule incursion de Bayon dans le domaine politique. Pour Laurent Joffrin, qui assure avoir tout compris à l’article, « on n’a rien écrit de plus juste sur Ségolène Royal. »… Toute la journée, la candidate élue reçoit des visiteurs — tant des personnalités que de simples citoyens qui se sont inscrits sur son nouveau blog : « Avenir à venir ». Les gens font la queue sur le trottoir. Toute  personne souhaitant une entrevue doit apporter son manger et une idée sur un papier recyclable, à glisser dans une urne spécialement conçue à cet effet. Les surplus de nourriture seront distribués à des associations caritatives. Eric Besson attend sagement son tour dans la queue, muni d’un chabichou et d’une bouteille de Pineau blanc. Débusqué par les caméras de France 2, l’auteur de Qui connaît madame Royal ? revient sur sa démarche : « C’est vrai, j’ai écrit un livre sur elle — un livre sévère, mais juste —, pour la réveiller. Et je me réjouis d’avoir été entendu. Il va de soi que je ne demande aucun poste : je suis juste heureux pour la gauche. » On reconnaît aussi, parmi les visiteurs, le pénétrant essayiste Jacques Attali. Celui-ci apporte un rapport intitulé « Les cent premiers jours d’une présidente : cent pièges à éviter, cent trucs pour présider malin » — qu’on ne lui a pas demandé, mais qu’il compte bien remettre à la présidente. Il en détaille les points l’un après l’autre pour les médias qui s’ennuyaient sur le pavé. Jacques Attali repartira sans avoir été reçu, à la nuit tombée, blessé au genou par un caméraman qui a laissé choir sa caméra en s’endormant. Bernard-Henri Lévy, de son côté, explique inlassablement à la presse pourquoi cette mini retraite était nécessaire ; combien elle s’impose ; à quel point le symbole est fort ; qu’il faut prendre de la hauteur face à l’événement ; que lui-même se sent prêt, si Ségolène le lui demandait, à arrêter son métier  d’écrivain pour travailler à ses côtés. Cependant, les visiteurs ressortent l’un après l’autre de l’immeuble, transformés, radieux, hypnotisés. Le soir qui tombe ne dissipe en rien la magie : « Dans cette journée historique, j’invite chacun à prendre du recul sur soi-même », conclut Bernard-Henri Lévy, juste avant l’accident de genou de Jacques Attali. La journée du 7 mai inaugure en fait de que la presse baptisera « le temps du recul ». Il en filtre seulement deux propositions très symboliques — que Jean-Louis Bianco annonce aux médias à la nuit tombée. Désormais, chaque policière sera raccompagnée chez elle par un policier, lui-même escorté, dans un souci de parité, par un militaire, lui-même surveillé, dans un souci de réinsertion éducative, par un délinquant condamné aux travaux d’intérêt général. Par ailleurs, le Premier ministre sera un homme…   La suite demain...

Le 9 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 7

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200722h05. François Bayrou annonce le lancement d’un nouveau parti — le Mouvement Démocrate — dont il détaille la stratégie « ambidextre », reposant sur un appel « aux bonnes volontés de droite, de gauche, d’en haut, d’en bas, de derrière, de devant, pour avancer, ensemble, dans toutes ces directions à la fois. » A sa grande déception, François Bayrou ne sera pas suivi par la plupart des centristes. Ces derniers viennent de se découvrir des affinités profondes avec Ségolène Royal : « C’est elle, notre vraie famille, expliquera Hervé Morin. Notre ADN est là. » 22h15. « Cette fois-ci, c’est pour de bon. » Le socialiste Lionel Jospin annonce qu’il a se retire, de façon définitivement définitive, de la vie politique nationale. Lionel Jospin vivra dorénavant reclus sur l’île de Ré. Il entamera l’écriture d’un livre sur la rédemption, Tout est de ma faute, resté inachevé. 23h05. Les télévisions ont enfin réussi à établir une liaison avec le village hongrois au nom imprononçable : Nicolas Sarkozy peut parler au peuple des blonds en Lacoste. Le candidat malheureux apparaît sur les écrans. Il a le visage sévère et porte une attelle à l’épaule droite : on apprendra plus tard qu’il se l’est déboîtée à force de l’agiter de façon compulsive, en apprenant les résultats. Sur la place centrale du vieux village, devant les maisons de bois aux volets clos où pendent des gousses d’ail, Nicolas Sarkozy s’est planté derrière le pupitre du maire, entouré d’un demi-cercle de paysans hostiles avec des torches, tandis que les loups hurlent au loin. Son discours sera bref. « Mes chers compatriotes, aïe ! J’ai changé. J’ai pris connaissance des résultats, aïe ! Ils sont nets, ils sont indiscutables et malgré la tristesse, malgré la déception, aïe ! Je veux dire à ceux qui, ce soir, ont décidé de voter pour mon adversaire, que je respecte leur choix. Vous ne voulez pas de moi : je respecte. Vous ne voulez pas la rupture, aïe ! Je respecte. Vous ne voulez pas travailler plus. Vous ne voulez pas gagner plus. Vous ne voulez pas augmenter votre pouvoir d’achat, aïe ! Je respecte. Vous êtes tournés vers le passé. Vous avez peur du changement ! Vous avez peur du programme pour une France moderne que je vous proposais ! Vous avez peur des réformes de progrès ! Aïe  aïe ! Eh bien, je vous le dis respectueusement : vous ne serez pas oubliés ! Personne ne sera laissé en chemin ! » Un murmure inquiet monte de l’assistance : il semble que le candidat se laisse gagner par une fureur grandissante. Bientôt il ne s’exprime plus que par onomatopées indéchiffrables. Ses yeux s’écarquillent, s’exorbitent, changent de couleur. De la bave coule aux coins de ses lèvres. Un homme à sa droite lui tend un mouchoir : il l’invective dans une langue inconnue : « Efferpel haümerivv ! » — et c’est alors que sa tête pivote sur elle-même, à 180 degrés    La suite demain...

Le 10 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 8

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200723h05. Patrick Poivre d’Arvor, depuis Paris, hasarde une question : il se fait injurier dans le même charabia obscène : « ’ttsilenn rüjess haümerivv ! ». Pour finir, l’orateur épanche sa colère sur un Hongrois —pêcheur, apprendra-t-on — qui se moque de lui depuis un balcon voisin : le poing levé vers le rieur, le candidat vocifère des sons d’un autre monde, tandis que les cris des loups redoublent. La liaison est bientôt coupée. Quelques mois après ces troublantes péripéties, des reporters de la BBC auront l’idée de faire analyser les exclamations par des spécialistes. Selon ces derniers, Nicolas Sarkozy s’exprimait à l’envers. Ralentie et inversée, la bande audio ferait entendre distinctement les paroles : « Virez-moi le préfet », « Virez-moi ce journaliste », puis « Dégage, pauvre idiot » et « Viens le dire ici, descends me le dire en face ». Simple coïncidence ? Le Quotidien du Médecin interroge Patrick Poum, cardiologue au Val-de-Grâce. Selon l’éminent professeur, « un malaise vagal cause fréquemment des troubles de l’élocution » où il semble parfois reconnaître des mots intelligibles. « C’était réel, proteste le journaliste britannique. Et vous imaginez un seul instant, si les Français avaient élu un tel homme à la présidence ? » 23h30. Ségolène Royal, ses enfants et son chien roulent vers Paris dans une voiture électrique de la société Heuliez, poursuivis par une flottille de motos, de voitures de presse — mais aussi de simples promeneurs, heureux d’accompagner sur quelques kilomètres, les mains dans le dos, cette page d’histoire républicaine. La future présidente se trouve encore à une centaine de kilomètres de la capitale. Il faut s’arrêter souvent pour changer de batterie : fort heureusement, les batteries suivent, dans un camion diesel de la société Heuliez. A chaque pause, Mme Royal s’abstient de toute déclaration à la presse, mais elle prend des nouvelles de la petite greffée. La France entière suit le voyage et l’opération minute par minute, avant d’aller se coucher. Pour meubler l’antenne durant ce long voyage, et en attendant les bouchons aux portes de Paris, les chaînes rediffusent en boucle le moment qui a fait basculer l’élection… La suite demain...

Le 23 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 21

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 6 - vendredi 8 juin 2007 Heiligendamm, Allemagne. Au sommet annuel du G8, Ségolène Royal fait une arrivée remarquée dans un petit planeur électrique aux couleurs de l’Europe, construit par la société Heuliez. Attendue sur le petit aérodrome de Heiligendamm, elle se pose sur le parking d’un supermarché voisin. Un taxi la ramène à l’aérodrome, où Angela Merkel est venue la saluer. Mais la présidente, snobant la chancelière, préférera serrer la main du président de l’aéro-club local. Ses relations avec Mme Merkel sont tendues. Selon Le Canard Enchaîné, la présidente « ne lui pardonne pas d’avoir été élue femme la plus puissante de la planète, alors qu’elle même ne figure pas au palmarès ». Il existe, assure le magazine allemand Der Spiegel, une compétition acharnée entre ces deux femmes, « sur le mode : “ C’était mon idée ! — Non, j’y avais pensé avant ! ” » Sous le manteau, des conseillers diplomatiques confient à Marianne : « L’une traite l’autre de grosse vache [ou bien,plus soft : de Walkyrie luthérienne ? ] ; l’autre appelle l’une la Madone des marais. » Ses rapports avec Vladimir Poutine sont plus ambigus. « Ils balancent entre la fascination et la répulsion, explique le psychanalyste Gérard Miller auquel le magazine Politis a eu la bonne idée de s’adresser. L’homme lui rappelle étrangement son père : ça ne m’étonnerait pas qu’elle lui fasse un procès un jour. » La présidente, ce mercredi 6 juin, s’entretient une heure et demie en tête à tête avec M. Poutine. Au sortir de l’entretien, elle retrouve la presse devant laquelle elle délivre l’un des discours les plus clairs et inspirés de toute sa mandature. C’est tout juste si les journalistes, éblouis, remarqueront le passage d’une civière qui emporte le Russe évanoui, les doigts crispés sur un magnum de vodka vide. Cette rencontre laissera une profonde impression sur Vladimir Poutine, lui inspirant ces mots qui, dans sa bouche, sont le plus beau des compliments : « Elle a des couilles, cette femme ». Avec Silvio Berlusconi, les choses sont plus claires : elle le déteste. Il représente tout ce qu’une femme comme elle, descendante en ligne directe d’Olympe de Gouges, abhorre. Cependant, comme il est le seul à remarquer qu’elle a une nouvelle coupe de cheveux, pour laquelle il la complimente longuement, elle finira par le trouver attendrissant et même, « marrant ». Lors de la conférence de presse clôturant le sommet, prenant tous les participants de court, elle annonce qu’ils se sont tous mis d’accord pour que le G8 se transforme en G 238 [G192 ?], regroupant tous les pays de la planète. Une crise diplomatique est évitée de justesse grâce au traducteur qui avouera s’être trompé dans les chiffres…    La suite demain...

Le 31 août 2010

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L'autre feuilleton de l'été - 29

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 1er juillet 2007 Référendum sur la banque. « Bon repas du dimanche, brossez-vous bien les dents et n’oubliez pas d’aller voter ! » a rappelé la présidente en conclusion de son émission dominicale Vous avez la parole. Cette nouvelle consultation nationale se  consacre aux Français et à leur banque. La question du jour est : « Diriez-vous que vous entretenez une relation d’amitié, de confiance et de partenariat avec votre banquier ? » A la vive surprise des représentants du monde bancaire, c’est un quasi-plébiscite pour le « non ». Beaucoup de bulletins seront déclarés nuls en raison des insultes que certains électeurs n’ont pu s’empêcher d’y inscrire ; Bernard Tapie est arrêté pour avoir voulu voter deux fois. « C’est inexplicable, commente le président de la Société Générale Daniel Bouton. On leur donne des coups de pouce, ils vous rendent des coups de pied. » Le lendemain, la présidente se présente devant une banque tirée au sort, suivie par une armée de caméras et de journalistes, à l’heure précise d’ouverture des guichets. Après un petit quart d’heure, les portes s’ouvrent en effet et elle entre, munie d’une pancarte où s’affiche, en rouge sur fond noir, le verdict du référendum : « NON 92 % » Elle se plante devant le directeur de l’agence, lui colle le panneau dans les mains et lui adresse ces propos sévères, mais justes : « Le pouvoir de dire non, c’est ça ! Attention ! »   Beaucoup de cameramen n’ayant pas eu le temps d’appuyer sur « record », la présidente se prêtera de bonne grâce à une seconde priseLa suite demain...

Le 2 septembre 2010 à 10:46

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Ségolène à l'Elysée - 31

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 4 juillet 2007 Anne Fulda, la pétillante journaliste politique du Figaro, devait interviewer le Premier ministre. Inexplicablement, elle se voit refoulée aux portes de Matignon sur intervention de la Présidente. Éric Zemmour est convoqué en urgence pour la remplacer.La droite se déchaîne contre ce « fait de la Princesse ».  jeudi 5 juillet 2007 « Meurtrie par les hommes, c’est avec lui qu’elle a pansé ses blessures. » Pour cette photo du chien Poupouille courant sur une plage de Marbella, la langue pendante, Paris-Match sera condamné à 7 500 € d’amende par le tribunal de Nanterre. vendredi 6 juillet 2007 La secrétaire d’État à l'éducation et tout ce qui tourne autour réussit à imposer dans les écoles, malgré la fronde menée par l’ensemble de la droite sous l’impulsion de Xavier Darcos, la projection du film roumain 4 mois, 3 semaines et 2 jours — récit d'un sordide avortement dans la Roumanie de Ceaucescu. La secrétaire trouve un soutien inattendu à droite chez Philippe de Villiers, pour qui « c’est bien que les enfants sachent ».dimanche 8 juillet 2007 Consultation nationale sur la délinquance : « Après les récentes émeutes à Rosny-sous-Bois, ne pensez-vous pas que la jeunesse des cités manque d’amour, mais surtout de repères ? » …La suite demain...

Le 21 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 19

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 27 mai 2007 Sur les chaînes du service public et en simultané sur radio Nova — mais en version électro —, Ségolène Royal inaugure l’émission Vous avez la Parole, allocution présidentielle au pied levé. Elle aura lieu tous les dimanche à midi, juste après l’autre messe. Au cours de ce premier « entretien informel avec les Français », on compte trente-deux fois l’expression : « vous m’avez dit ». Détendue, souriante, la présidente promeut avec passion ses initiatives, non sans quelques notes d’humour, avec ce sens de l’autodérision qui la caractérise : « Il ne faudrait pas que désirs d’avenir deviennent regrets du passé, hi hi hi ! » Elle remercie les électeurs à douze reprises et présente des excuses pour l’histoire des cocottes. Vous avez la Parole est l’occasion « de réfléchir, ensemble, à toutes ces choses que vous m’avez dites » en « explorant les moyens de bâtir des voies nouvelles ». Ce jour-là, les Français découvrent qu’ils ont donné plein d’idées à la présidente. Elle propose une journée sans voiture, qui sera fusionnée avec la journée sans tabac et au cours de laquelle les citoyens responsables seront appelés à ménager leur santé, mais aussi celle des citoyens moins responsables, sous la supervision des médecins de l’armée. Pourquoi aussi ne pas remplacer la journée de la Femme par une journée de l’Amour — où chacun s’engagerait à faire un geste significatif pour l’autre, sous le patronage de l’armée ? La présidente annonce surtout un grand « plan pour l’égalité domestique », fondé sur une idée simple : l’égalité au foyer, cela passe par la formation dans l’entreprise. Les hommes recevront, sur leur lieu de travail, des cours de tri de linge, de repassage et de nettoyage de sanitaires. « Et tous ceux que cela fait ricaner, précise la présidente, je les attends au tri du linge ! » Les femmes recevront, sur leur lieu de travail, une formation au hors-jeu en football, avec séance vidéo. « A toutes, à tous, conclut la présidente, un bon repas du dimanche ! Ensemble, dans ce cercle familial qui s’agrandira pour former un cercle national — socle sur lequel nous bâtirons, ensemble, une nouvelle société. Je vous salue du fond du cœur. » Selon le porte-parole Bernard-Henri Lévy, « Ségolène Royal a tenu un discours d’espoir et de responsabilité. Nous avons dit les mots qu’il fallait dire ; nous avons fait les gestes qu’il fallait faire ». Le socialiste Jack Lang, lui, regrette publiquement de ne pas avoir eu toutes ces idées avant — mais il tient à rappeler qu’il ne demande rien. Le soir même, Dominique de Villepin annonce la création d’un nouveau parti : Vent d’Espoir. En privé, il avoue souhaiter avec impatience le retour de Nicolas Sarkozy et son croc de boucher, qui lui permettrait de revenir sur le devant de la scène politique et de tuer l’ennui. [incohérent avec ce que déclarera DVP en 2008] Quant aux secrétaires d’État concernés par ces initiatives, ils avouent ne pas avoir été consulté avant l’émission. Mais ils trouvent les suggestions originales et, dans la droite ligne de la politique promise par Mme Royal, vont se mettre au travail rapidement, après avoir vérifié que la présidente ne changerait pas d’avis…La suite demain...

Le 1 septembre 2010 à 07:46

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L'autre feuilleton de l'été - 30

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 2 juillet 2007 Accords de Khartoum. Le conseil du ministre du mardi 3 juillet est prévu à Soudan, petite communauté des Deux-Sèvres, dans le canton de la Mothe-Saint-Héray. On y attendra en vain la présidente. Dans la soirée du lundi, en effet, Ségolène Royal s’envole pour le Soudan africain en compagnie de Bernard-Henri Lévy. A peine descendus de l’avion, ils proposent, spontanément, une rencontre à huis clos entre les belligérants de la guerre civile au Darfour. « Depuis le temps que ça dure, explique la Présidente, il faudrait peut-être passer à autre chose : parce que là, je ne vous le cache pas, la communauté internationale commence à en avoir plein le dos. » La rencontre a lieu le soir même au Hilton de Khartoum. Sous l’impulsion de la Présidente et de son porte-parole, un accord est trouvé en moins de sept heures entre les milices Janjawid, l’Armée de Libération du Soudan, le Mouvement pour la Justice et l'Égalité, l’Armée Populaire de Libération du Soudan, les différents chefs de guerre et les gouvernements de Pékin, de Khartoum et de N’djamena. Sitôt l’annonce connue, un vaste sursaut démocratique électrise la société soudanaise : le général Omar el-Béchir est destitué sous les vivats de l’armée ; une coalition gouvernementale multiethnique se met en place, emmenée par la socialiste Fatima Ahmed Abdelmahmoud : elle sera confirmée par les urnes trois mois plus tard et mettra sur pied une commission « Franchise et Réconciliation ». « Une bonne chose de faite, commentera la Présidente au sortir de la réunion. Comme quoi quand on veut, on peut. Et ce n’était quand même pas la mort du petit cheval. »Dans les heures qui suivent, une immense vague de soulagement s’empare du monde entier — qui n’en pouvait plus de voir depuis cinq ans, l’actualité trustée par ce génocide inexplicable et sans éclat. Les dons affluent, par milliards, sur Internet. Cet enthousiasme planétaire désamorce un début de crise diplomatique entre Paris et Pékin : rappelé dans son pays, l’ambassadeur chinois reçoit sur le tarmac d’Orly un coup de fil lui enjoignant de reprendre le bus pour l’avenue George-V. A quelque temps de là, la Fondation Total pour le Bien-Être des Pauvres qui ont du Pétrole (FTBEPP) annonce un programme de dispensaires gratuits dans le sud Soudan — malgré les protestations de la China National Petroleum Corporation, qui a des intérêts dans la zone. Le Fonds Areva pour l’Avenir de l’Énergie et des Peuples qui ont de l’Énergie, mais pas d’Avenir (FAAEPEA) fait savoir qu’il prend à sa charge le rapatriement des populations déplacées — malgré les protestations de la China National Nuclear Corporation qui extrait de l’uranium dans la région. La tragédie du Darfour est close. L’initiative française soulève de vives critiques à l’ONU : le premier Secrétaire Général Ban Ki-moon déplore de la « précipitation coupable » avec laquelle l’affaire a été menée, « sans concertation aucune avec les instances internationales ». En France, la droite — par la voix Charles Pasqua — tonne contre une « initiative boum-boum » qui « manque de correction » et ravale « la politique africaine de la France au rang de l’amateurisme ». Le Parti socialiste lui aussi se montre très réservé, sans trop savoir pourquoi. Une déclaration de Benoît Hamon résume bien le sentiment général : « Ben je sais pas… Quand on est socialiste, et qu’on voit une initiative comme ça, super concrète, qui donne des résultats… Et que tout le monde est content… C’est permis d’avoir des doutes, quand même. » Le divorce se creuse entre la Présidente et son parti. Enfin, une protestation unitaire montée par l’extrême-gauche : « Tout ça, c’était pour le pétrole », se solde par un cuisant échec : deux cents manifestants d’après les organisateurs, et Olivier Besancenot d’après la police. Selon une enquête indépendante menée par une ONG, les accords de Khartoum ont permis d’épargner plusieurs centaines de milliers de viesLa suite demain...

Le 16 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 14

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.jeudi 10 mai 2007Marie-Olympe de Gouges, révolutionnaire, féministe, avocate inlassable de la tolérance et des libertés, fait son entrée au Panthéon, 215 ans après avoir été guillotinée à Paris. A quelques jours de la passation des pouvoirs, le président Jacques Chirac a consenti à ce transfert, à la requête de Mme Royal. Une « Marche humaniste » déambule dans la capitale depuis la place de la Concorde, ancienne place de Grève, jusqu’à la place des Grands Hommes. Ségolène Royal a pris la tête du cortège, habillée d’une longue tunique blanche sans col, portant dans ses bras un livret au titre évocateur : Déclarations des droits de la femme et de la citoyenne. Elle est pénétrée par la solennité de l’instant. Le silence se fait sur son passage : seuls quelques couples se disputent, très vite séparés par le service d’ordre. Les cadres du Parti socialiste sont venus, par réflexe, mais on les a tenus à l’écart de toute décision. C’est seule que la présidente pénètre à l’intérieur du Panthéon, déposant à l’entrée une photo de François Mitterrand, sans René Bousquet dessus. Une heure plus tard, après s’être perdue dans les couloirs, elle en ressort avec un plan détaillé du monument. C’est alors le fameux discours à Olympe de Gouges, qui marque un temps fort du quinquennat : « Olympe : ne m’en veux pas si je te tutoie — moi, la petite fille de Lorraine née à Dakar d’un père militaire. Car je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les enterre qu’une seule fois. Voici plus de deux siècles, tu écrivais : “ L’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics”. Et pour avoir écrit ces mots — et pire encore, pour les avoir pensés — tu étais condamnée par le tribunal révolutionnaire, guillotinée après avoir eu le temps d’être mère, désavouée par le fils que tu aimais plus que tout au monde, traînée dans la boue par les autres femmes, traitée de virago. De contre-nature. D’immorale. De politicienne ! Eh bien, entre ici, Olympe de Gouges ! Viens contempler, dans les yeux morts des hommes qui se croyaient tes maîtres, ce qu’il est resté de leur puissance ! » Dans l’assistance, une profonde émotion le dispute à une certaine perplexité — surtout chez les jeunes en tee-shirt Vêtimarché, qui avaient compris qu’on allait rattraper la fête ratée du 6 mai. La présidente réclame enfin quarante-cinq minutes de silence « pour les quarante-cinq ans d’Olympe, fauchés par le couteau de Sanson ». La foule les observera scrupuleusement, malgré  l’averse. Enfin l’on se disperse, en se donnant rendez-vous place de la Bastille. Les cadres du Parti socialiste, eux, se regroupent, en se donnant rendez-vous dans une arrière-salle de café pour taper la belote. Le soir, une fois que la grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle s’est dispersée, le service politique du journal Libération rentre se coucher sans dire un mot, si bien que la rédaction doit à nouveau tirer à la courte paille pour savoir qui, qui qui. Le sort s’acharne : c’est Bayon qui a la plus courte. Affolé, il met sa démission dans la balance. Pour finir, Grégory Schneider, le chroniqueur sportif du quotidien, doit s’y coller. « On allait voir ce qu’on allait voir : on a vu, écrit-il le lendemain, dans un article intitulé “ En attendant Ségo ”. Le peuple de gauche, venu fêter l’élection et les bons souvenirs du dix mai, s’est retrouvé dans un bain de perplexitude hier soir, place de la Bastille. Certes, les regards dubitatifs des citoyens désormais au pouvoir laissaient toujours filtrer une certaine joie intérieure. Mais bon, la joie est tout de même restée très intérieure, et tout au long de la soirée. On ne va pas se faire l’apôtre de la bibine, mais la décision d’interdire la vente de boissons alcoolisées dans tous les magasins, bars et cafés du quartier, hier soir, en a laissé plus d’un sur sa soif : c’est au Champomy qu’il a fallu trinquer devant les portraits géants de François Mitterrand et Olympe de Gouges. On passe sur l’absence de sono — habilement compensée, il faut le dire, par tous les groupes de musique africaine, totalement inconnus, qui se promenaient dans la foule. On a même vu deux filles danser au rythme des « Ségo go go go », un collectif rassemblant diverses ethnies de l’Ouest du Sénégal : Éric Besson, l’un des rares VIP croisés hier à la Bastille semblait apprécier. Sinon quoi d’autre ? L’Europe des régions, était à l’honneur. Les stands avaient mis leurs habits du dimanche — produits locaux, fanfares locales, en sévère concurrence avec le coin du Poitou et sa vedette, le chabichou. Tout ça ne remplaçait pas la présidente, pourtant annoncée, mais qu’on aura vainement attendue toute la soirée. Le peuple de la Bastille, bon bougre, avait fini par en prendre son parti hier soir, et se résignait à passer un tranquille moment : la fin des festivités sonnée dès 22 heures (par arrêté Royal ?) n’aura pas empêché les petits de s’amuser ni les grands d’espérer.         En résumé, une drôle de fête à maman, dont on peut tout de même se demander si elle ne marque pas les débuts d’une certaine idée de l’ennui. »    La suite demain...

Le 28 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 26

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 20 juin 2007 L’Imposteuse, pamphlet signé par Cassandre (pseudonyme d’un collectif de « responsables politiques éclairés »), dénonce avec vigueur la « royalisation de l’héritage socialiste » et colporte plusieurs histoires de coucherie. « Qui est Cassandre ? s’interroge Le Journal du dimanche en reprenant les extraits des coucheries. Le petit monde des médias ne bruisse que de cette question. » L’éditeur, First, assure avoir voulu « briser la loi du silence ». Cette publication suscite un certain écho. La présidente la qualifie de « charge misogyne contre toutes les femmes dans leur intégrité morale et physique ». Son porte-parole, Bernard-Henri Lévy, dénonce avec vigueur une attaque indirecte contre lui-même, et « tous les intellectuels de ce pays qui mettent les mains dedans ». Le Parti socialiste, de son côté, publie un communiqué laconique : « N’importe quoi », dont on ne sait pas très bien s’il vise le pamphlet ou sa victime. François Hollande, interrogé par le magazine Politis, assure qu’il n’a rien à faire avec cette histoire. Il ajoute : « Plus rien à faire avec cette histoire » — précision qui sera abondamment commentée dans la presse. Tous les partis de droite dénoncent une  manipulation qui « profite, bien entendu, à la victime » et ne peut qu’émaner de son propre camp. « Parce que, Claire Chazal, qu’est-ce qu’on veut, avec cette histoire ? accuse Frédéric Lefebvre. On veut faire diversion ; on veut faire oublier les vrais problèmes des Français. Eh bien, moi, je trouve ça indigne d’un parti au pouvoir. C’est pas avec nous que ce serait arrivé. » André Glucksmann, bloqué à l’hôpital avec les deux bras cassés, a un alibi. Malgré ce début prometteur de polémique, l’ouvrage se vendra mal… La suite demain...

Le 4 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 2

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h55. La France retient son souffle : dans cinq minutes, il sera vingt heures. Un nouveau président, ou une nouvelle présidente, doit prendre la tête du pays, et recevoir tellement de pouvoir qu’il, ou elle, deviendra monarque républicain.La candidate Ségolène Royal, du Poitou, a pris ses quartiers à Melle, commune des Deux-Sèvres où elle fut longtemps conseillère municipale. C’est au café local, un établissement qui s’est baptisé avec humour — comme quoi on sait rire, dans le Poitou — le  Fouquet’s, que Ségolène Royal étudie les premiers résultats, entourée seulement de ses proches et de ses hommes de confiance. Les cadres du Parti socialiste n’ont pas été invités. Ils engouffrent des petits fours après avoir, des mois durant, avalé des couleuvres au siège du Parti, rue de Solferino à Paris. Le candidat Nicolas Sarkozy, de Neuilly, a décidé au tout dernier moment de transférer son siège de campagne dans un petit village de Hongrie au nom imprononçable — ancienne forteresse médiévale, perchée au sommet d’un piton rocheux —, où il n’avait jamais mis les pieds ni la tête, pour une histoire de racine mal expliquée, ou digérée. Sa décision a pris tout le monde de court : proches, hommes de confiance, femmes de confiance, militants, médias. Ils arrivent au compte-goutte de la gare, sur des attelages que mènent des paysans hostiles, par des chemins pleins de neige, sous la pleine lune et dans le hurlement des loups. Les sondages de sortie des urnes sont maintenant connus : depuis quelque temps déjà, les initiés savent. Les autres Français, la tête rivée au petit écran, regardent les visages, sondent les regards, s’efforcent de deviner. Faut-il y voir un signe ? A la surprise générale, et des sondeurs en particulier, les cadors de l’UMP font grise mine au siège. Vers 19h30, les plus perspicaces ont aussi remarqué un tube d’Alka-Seltzer juste à côté de Claire Chazal, sur le plateau de TF1. Mais bizarrement, au siège du Parti socialiste, les cadres ont le même air sinistre : leur regard traqué semble osciller entre la stupeur et l’accablement. Le suspense est donc total…     La suite demain...

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