Jean-Philippe Toussaint
Publié le 06/10/2015

Émerveillement


Le football, comme la peinture, selon Léonard de Vinci, est cosa mentale, c'est dans l'imaginaire qu'il se mesure et s'apprécie. La nature de l'émerveillement que le football suscite provient des fantasmes de triomphe et de toute-puissance qu'il génère dans notre esprit. Les yeux fermés, quel que soit mon âge et ma condition physique, je suis l'attaquant vedette qui marque le but de la victoire ou le gardien de but qui s'élance au ralenti dans l'éther pour faire un arrêt décisif. J'ai marqué, enfant, des buts stupéfiants (dans mon for intérieur, oui, bon). Les bras que je lève au ciel, alors, dans le salon désert de mes parents, participent autant du rituel et de la fête que le but proprement dit que je viens de marquer. Ce sont les célébrations, les congratulations, l'agenouillement sur la pelouse, les coéquipiers qui se jettent sur moi et m'entourent, m'étreignent, m'oignent et m'encensent, que je savoure le plus, non pas l'action elle-même, c'est mon triomphe narcissique qui m'apporte la jouissance, et nullement le fait qu'il puisse un jour se produire dans le réel, qu'un jour, moi-même, je pourrai contrôler merveilleusement un ballon du pied, pour, avec sang-froid, avec maîtrise, avec adresse, dans un stade réel, face à des adversaires réels, sur une pelouse réelle, le propulser d'une frappe très pure de vingt-cinq mètres dans la lucarne du but adverse, malgré la parade désespérée d'un gardien de but inexorablement dans le vent. L'image est séduisante, certes, mais j'ai d'autres ambitions dans la vie, que d'être adroit du pied. Moi, ce serait plutôt la main, et pas seulement en art. La réalité est presque toujours décevante, cela ne vous aura pas échappé. À treize ans, c'était fini, ma carrière de footballeur était terminée. Mes derniers rêves de gloire date du printemps 1970, c'était à Bruxelles, dans l'appartement de la rue Jules-Lejeune. Mes parents venaient de m'apprendre que nous allions nous installer à Paris, et je regardais tristement le chambranle qui séparait la salle à manger du salon qui me servait de cages de but imaginaires, en échafaudant mes derniers scénarios de gloire footballistique. Une période s'achevait. Le réel, pour moi, c'était maintenant cet avenir inconnu à Paris, la rentrée des classes 1970 où j'entrerais en quatrième comme pensionnaire dans un collège de Maisons-Laffite. Ce serait un déracinement, ce serait la fin de l'enfance, des jours heureux et de Bruxelles. C'en était fini de mes plus belles années. À l'enfance succède toujours l'adolescence, et la vie dans le réel, est intraitable, le ballon, fût-il rond, est indocile et fantastique, il nous résiste, nous contrarie, nous humilie.

Extrait de Football, Éditions de Minuit (2015)

Jean-Philippe Toussaint est écrivain, cinéaste et photographe. Il est l’auteur de l’ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite de Montalte (Faire l’amour, Fuir, La Vérité sur Marie et Nue). Ses romans sont traduits en plus de vingt langues. Il a réalisé quatre longs métrages pour le cinéma et a présenté des expositions de photos dans le monde entier. En 2012, il a présenté au Musée du Louvre à Paris l’exposition LIVRE/LOUVRE. Son dernier livre, Football, est paru en septembre 2015 aux Éditions de Minuit.

Photo © Roland Allard

 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 11 mai 2012 à 08:43

Chronique Rurale

Neuvième jour : tristesse, et le naufrage de l'enfance

> Premier épisode                     Aujourd’hui je suis un petit peu triste. Je vais vous expliquer pourquoi. J’ai lu quelque part, dans un bouquin ramassé parmi les décombres d’une bibliothèque abandonnée, que Dieu pouvait parfois nous apparaître sous la forme d’un chat, notamment chez les Egyptiens – mais c’est finalement assez rare -, ou bien alors d’un enfant, chez les Chrétiens en particulier. Encore quelque chose que je ne savais pas. Après réflexion, il m’apparaît cependant que l’enfance, qui est un absolu naufrage – on pourrait même dire un carnage - ne porte pas par  elle-même la sereine plénitude qu’on serait en droit d’attendre d’un Dieu. A sa sortie, vers 10 ou 12 ans, il ne reste plus grand chose de cette pureté légendaire avec laquelle on serait soit- disant venu au monde. On est tout souillé des dégueulasseries de nos parents, des coups tordus de son père et des couteaux dans le dos de sa mère. Le problème est précisément que nos parents ont aussi eu à subir tout ça. C’est donc une sorte de malédiction. Tout à l’heure, comme je cheminais sur le bord de la D536, et pour être parfaitement exact, à l’endroit où elle croise la D650, je suis malencontreusement tombé sur un enfant qui pleurait en sautillant doucement d’un pointillé à l’autre, ses petites mains dans ses poches, son petit nez tout crotté de croûtes radioactives et par le rhume des foins. Dans ma mansuétude, je me suis approché de lui, et me suis livré a un gentil interrogatoire : j’appris qu’il s’était enfui du village vacances de la CAF de Blainville-Sur-Mer. Depuis l’accident, le village a été réquisitionné par l’armée et transformé en camp de réfugiés pour les orphelins de la catastrophe. Le gamin portait autour de son cou un sac en tissu qui mentionnait «faites un geste pour la planète avec les sacs éco-malins». Dans le sac, emberlificotée comme une vieille pelote, le gosse avait enfoui une boule de cheveux roux à l’odeur à peu près insoutenable. Je sais que personne ne voudra me croire, mais la boule rassemblait les cheveux de sa mère que lui avait confiés l’employé des pompes funèbres juste après la crémation. Un peu comme une sorte de doudou, si vous voulez. Je vous raconte ça histoire de confirmer que le nucléaire, ça fait pas que rigoler, ça peut aussi faire pleurer. Bon, je reprends le fil de ma pensée : je vois ce petit enfant, là, tout perdu sur le bord de la route et les yeux dans le vide, et je pense que le mien - celui qui grandit, là, dans ma sorte d’utérus hermaphrodite - je ne me verrais pas l’abandonner. Je ne me verrais pas le laisser même une seule minute sur le bord de n’importe quelle route, ou de quoi que ce soit qui ait un bord. Je l’aimerai comme un sparadrap. Et au moment où je dis ça, cette idiotie du sparadrap, je comprends que je l’aimerai trop, que je finirai même par l’étouffer, par l’étouffer dans un sac en plastique, pas « écolo machin » du tout cette fois. Par le mettre au congélateur pour le regarder dormir en me mordant les poings avec des remords jusqu’à la fin de ma putain de vie. Et que l’enfance c’est de toute façon le début de la mort et que tes parents ne font rien que t’apprendre la solitude, la seule vérité qui vaille, la terrible réalité de la condition humaine. Et tant que ça ne t’est pas rentré dans la tête, tu restes un être inachevé, il te manque à jamais quelque chose, tu as perdu ta maman, tu t’es paumé sur le bord de la route avec ton doudou-cheveux et tu pleures. Ouin. Et si tu n’avales pas cette couleuvre de la solitude et de la douloureuse impossibilité du bonheur, si tu restes à tout jamais coincé sur le bord de la vie avec l’idée que quelque chose de pur est éventuellement réalisable, alors tu restes un être inachevé qui a éternellement perdu sa maman. Pur, mais inachevé. Je tourne la tête, et je vois près de la route un arbre mort dont le tronc tient pourtant encore debout. Quelques étoiles assez puissantes pour percer le nuage d’azote s’allument au- dessus de ses branches noires. Je vais m’allonger et tenter de dormir un peu. Demain, ce sera la phase décisive de mon plan.

Le 4 décembre 2012 à 12:04

L'Unicef lance un casting pour trouver des visages d'enfants encore plus tristes

L’humanitaire n’empêche pas le marketing. C’est en tout cas ce que montre cette singulière histoire révélée par le journal La Croix ce matin. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) entame visiblement sa petite révolution publicitaire. La célèbre agence, Prix Nobel de la paix, a lancé depuis trois semaines un casting géant aux quatre coins du monde. Avec un seul objectif : trouver des visages d’enfants encore plus tristes pour sa prochaine campagne d’affichage. Reportage.   Trouver le prochain visage de l’Unicef En France c’est l’agence de casting Talentuo qui a décroché l’appel d’offre lancé par l’Unicef. Dans un entretien accordé à La Croix, Didier Cros, son patron, revient sur la mission qui est la sienne depuis bientôt un mois : « Nous nous donnons encore deux mois pour trouver le jeune garçon ou la jeune fille qui deviendra l’emblème de l’Unicef pour les cinq prochaines années. Le cahier des charges imposé par les Nations unies est très strict : il ou elle doit avoir moins de 14 ans, il doit être pauvre, non caucasien, si possible sale mais pas trop. Enfin, et c’est le point le plus important de notre recherche, il doit être en mesure d’adopter une expression profondément triste sur son visage. » Ce dernier point semble au cœur de la démarche de l’Unicef, comme le confirme Marixie Mercado, porte-parole de l’organisation : « Au regard des précédentes campagnes, nous nous sommes aperçus que les enfants que nous choisissions étaient tristes certes, mais pas assez pour inciter à un passage à l’action. Ils avaient beau avoir le visage décharné par la malnutrition ou des mouches dans les yeux à cause du manque d’hygiène, cela n’était pas suffisant pour interpeller l’opinion publique. Nous voulons désormais revenir aux fondamentaux. Ce que nous recherchons, désormais, c’est un garçon ou une fille capable de véritablement jouer une tristesse viscérale ou, à défaut, quelqu’un qui soit profondément triste dans sa propre vie. » L’agence Talentuo sillonne donc les routes de France depuis début novembre à la recherche de ce jeune talent. Pour l’instant, elle ne l’aurait pas encore trouvé, selon son directeur qui se rend pourtant dans les lieux les plus propices à ce type de profil : « Nous cherchons évidemment dans les quartiers pauvres, les banlieues. Nous avons fait de belles rencontres mais rien d’assez convaincant pour l’instant. Je passe donc le message à tous vos lecteurs qui seraient intéressés : si vous êtes pauvres et tristes et que vous souhaitez que les gens le sachent, nos portes vous sont grandes ouvertes. » Le Gorafi

Le 29 septembre 2015 à 10:52
Le 7 avril 2014 à 07:44

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Faut-il se méfier des filles habillées en bleu marine ?

OUI. Les filles en bleu marine sont généralement blondes et un peu fort en gueule. Elles ont des opinions bien arrêtées. Elles les clament haut et fort sur les plateaux télé et dans les soirées choucroute sur fond de musique bavaroise. A force de les voir et de les entendre, les gens se disent que le bleu marine est une couleur qui a du style : elle donne des opinions à ceux qui ne savent plus quoi penser, parce qu'ils ont tout essayé, la droite, la gauche, et même l'avant-centre de leur équipe de foot préférée. Donc, on voit maintenant des gens s'habiller et parler en bleu marine. Il y en a de plus en plus. Ils rêvent aussi en bleu marine, boivent du pastis bleu marine, mangent des steaks bleu marine. Là, je dis : stop ! Une seule couleur, c'est monotone. Ce n'est pas bon pour les yeux. A Berlin, dans les années trente, c'était la mode du brun ; tout le monde s'habillait en brun, même les chiens policiers. A la longue, les gens sont devenus tellement myopes qu'ils ne reconnaissaient plus leurs semblables. Fièvre brune, disait-on. Etrange maladie. L'Institut Pasteur cherche encore l'antidote. Quoi qu'il en soit, méfions-nous des filles habillées en bleu marine. On ne sait pas trop ce qu'elles cachent sous leurs jupes, une cage à oiseaux, un nounours ou un pitbull. Avoir des opinions, c'est très bien, mais ça ne suffit pas pour être intelligent. Et n'aimer qu'une seule couleur, c'est se priver de toutes les autres.

Le 11 juin 2013 à 10:01

Lyon : Une jeune fille choquée après que son copain a raccroché le premier 

LYON – Une jeune fille a été fortement choquée ce matin après un échange téléphonique avec son ami, demeurant à Saint-Étienne, qui a été le premier des deux à raccrocher. Surprise, elle tente encore de comprendre les raisons qui ont pu le pousser à un tel acte. Reportage. Un banal coup de fil qui vire au psychodrame La journée s’annonçait pourtant belle ce dimanche dans la capitale des Gaules. Juliette, 17 ans, appelait son ami, Éric à Saint-Étienne. Soudain, c’est le drame. Alors qu’ils sont sur le point de terminer leur conversation, le jeune homme sans histoires prend l’initiative de raccrocher le premier. « Je venais juste de lui dire au revoir, j’ai eu à peine le temps de lui dire “Allez, à trois on raccroche ? 1, 2 , 3” puis, plus rien ». En couple depuis plus de six mois, Juliette a déclaré ne pas comprendre les raisons d’un tel geste lors d’une conférence de presse. Selon elle, « Éric est quelqu’un de très équilibré, je ne comprends pas ce qui s’est passé ». Du côté du jeune homme, qui a refusé dans un premier temps  de répondre aux questions des journalistes, ce sont les parents qui se sont exprimés. Selon eux, « la conversation a été très correcte, il n’y a eu aucune volonté de heurter ou de choquer de la part d’Éric ». Une source proche du dossier précise « Il n’y a aucune raison de croire qu’Éric a agi sur un coup de tête ». Toujours selon les enquêteurs, il semblerait surtout que le garçon n’ait fait qu’exécuter une demande de Juliette. Selon les proches du couple, ce n’est pas la première fois qu’Éric se comporte de manière désordonnée : «Lors d’une sortie, il y a plusieurs semaines, Juliette aurait plaisanté en lançant “Et si on se faisait un restaurant” ». Éric l’aurait alors amenée dans un restaurant proche, ils y auraient “plutôt bien mangé”. Une impulsivité qui pourrait expliquer le drame d’hier. Dans l’immédiat, la jeune fille a préféré rester avec sa famille et a annoncé qu’elle ne ferait pas d’autre déclaration à la presse. Joint par téléphone, Éric nous a dit ne pas vouloir s’exprimer sur le sujet avant de raccrocher, une fois de plus, en fin de conversation. Le Gorafi Illustration : casenbina /  iStock  

Le 4 juin 2014 à 08:41

Vive la nuit ! Vive mon lit !

Au lit, comment ça se passe ? D'abord entre soi et soi, ensuite entre soi et l'autre et enfin entre soi et ce qui reste de soi. Rien à en dire  de plus depuis le temps que le lit nous inspire et qu'on y expire. Non, vraiment, rien de neuf sous ce drapeau-là À moins que. À moins que l'essentiel ne se passe après la petite expiration. On baise, on pèse, on s'endort et "ça" commence à se passer vraiment. Entre soi et l'infra soi, cette fois. En un mot, on rêve. Submersion du plumard par les grandes marées inconscientes.  Chaque nuit. Avec prime aux cauchemars. (Notez au passage qu'il n'y a pas de mot dans notre lexique pour dire le contraire du cauchemar.) On rêve, donc. On ne maîtrise plus rien. Le lit se délite, s'universalise, on y coule, on y galope, on y plane, c'est selon. On redevient le Little Nemo de Winsor McKay. Sur quoi on se réveille – à côté de l'autre ou pas – avec le lit à faire et le réel à "gérer" (les mots aussi se mondialisent.) On atterrit quoi. À  moins que.  À moins que la veille on ait posé un calepin et un crayon au pied du lit et que le premier réflexe soit de noter le cauchemar qui vient de nous dégurgiter. Mais il résiste, le cauchemar ! Ne se laisse pas souvenir comme ça ! Propose du n'importe quoi. Ok ! On note le n'importe quoi. Le matin suivant idem. Et le suivant encore. Jusqu'au jour où on s'aperçoit que la matière de nos rêves se fait plus docile, propose des petites séquences, des bribes de récit, de l'anecdote mémorable, de l'inopiné désopilant, et, petit à petit de la structure d'ensemble.  Cet acharnement à transformer nos rêves en récit procure un plaisir de dompteur. Peu à peu c'est une nouvelle qu'on note, ou un petit roman, avec son début, son acmé et sa fin. À ce stade il arrive même que, la nuit, en pleine tourmente onirique, on se dise : "Faut pas que j'oublie de noter ça demain" et quelque chose en nous rigole, qui fait la nique à l'inconscient. C'est à quoi je m'amuse, moi, dans mon lit, une fois toutes mes lumières éteintes : recycler mes poubelles mentales. Du chaos extraire un récit. Cela dit, faut pas prendre l'inconscient pour une bille ; même racontantes, ses histoires ne "disent" rien de précis. Très avare de sens, l'inconscient ! Ne lâche rien. Mais feuilletoniste en diable. Chaque nuit une poubelle nouvelle dans le lit du rêveur qui se la joue scénariste. Vive la nuit, nom d'un chien ! Vive mon lit ! Et vivent les nouveautés du petit matin  ! 

Le 28 janvier 2011 à 12:53

A la fin de l'envoi, Destouches

Sortons-les tous du Panthéon, et plus vite que ça, s'il vous plaît !

« Ce monde n’est qu’une immense entreprise à se foutre du monde. » Louis-Ferdinand Céline. Louis-Ferdinand Céline n’est pas digne d’être « célébré ». Point. La République a tranché par la voix outrée de son Ministre de la Culture qui vient de découvrir – redécouvrir ? apparemment, ce n’était pas évident à la première lecture – que l’homme avait des pensées abjectes et l’écrivain commis des écrits ignobles.  Cette même République dont le Ministre de l’Intérieur a été condamné pour injure raciale ; cette même République qui reconduit les Roms à la frontière ; cette même République qui dit quoi faire et que penser, que lire et ne pas lire, juge du Bien et du Mal, impose du politiquement correct quand elle a elle-même une morale plus que douteuse, pour user d’un euphémisme ; cette République-là juge et retranche. Dans la précipitation, quoi qu’elle s’en défende : Frédéric Mitterrand a lui-même préfacé le fameux recueil de célébrations de sa plus belle plume, et donc autorisé par là son impression en 10 000 exemplaires avant de se dédire et de retirer précipitamment les fameux 10 000 recueils embarrassants. J’imagine avec délectation les employés zélés du Ministère qui auraient passé leur week-end, correcteur à la main, effaçant consciencieusement le nom de Céline de la liste des célébrés, le tout 10 000 fois consécutives, ça en fait des litres de Tipp-ex ! En vrai, ce ne doit pas être comme ça que ça se passe : le recueil au pilon, Céline avec, pouf-pouf, on respire et on recommence. On s'en est donné à cœur joie cette semaine : pourquoi ne pas virer Gide, prix Nobel de Littérature, pour ses relations pernicieuses avec des mineurs ? Bossuet, pour avoir approuvé sans réserve la révocation de l’Edit de Nantes ? Rousseau pour avoir lâchement abandonné ses enfants et parallèlement écrit un ouvrage sur l’éducation, L’Emile ? Voltaire, pour avoir bénéficié de manière sonnante et trébuchante du commerce triangulaire et partant de l’esclavage ? Proust, pour son homosexualité ? Et ce malgré le bon mot du Président : "On peut aimer Céline sans être antisémite, comme on peut aimer Proust sans être homosexuel !" Au passage, comparer l’antisémitisme abject, je persiste et signe, de Céline et les mœurs de Proust, revient à établir les deux comme des crimes, tout au moins des « déviances », non ? En voilà une image intéressante de l’homosexualité. Je propose qu’on éjecte également Hugo pour sa vie de débauché, sa maîtresse affichée, sans parler des autres, son royalisme de débutant, son admiration pour Bonaparte malgré la Berezina des campagnes napoléoniennes. Sortons-les tous du Panthéon, et plus vite que ça, s’il vous plaît. Qu’on nous laisse lire tranquillement Martine à la plage, et les veaux du Général seront bien gardés.

Le 24 juin 2010 à 18:39

L'enfant sous la table

Je n'ai jamais osé penser écrire pour le théâtre – mais j'aurais dû. Tout était théâtral dans la famille où j'ai grandi, une famille de Juifs algérois où chaque homme avait le verbe plus haut que son beau-frère et où chaque femme savait pertinemment museler son mari. Tout n'était qu'embrassades et coups de gueule, histoires drôles et parties de poker homériques, secrets et faux-semblants. Les adultes vivaient dans le jeu permanent. Pour autant ce n'était pas sur scène (le salon-salle à manger de l'appartement, puis de la maison familiale), mais dans les coulisses que je me sentais le plus à l'aise. Lorsque la "smala" débarquait en nombre de Paris ou de Nice et que les voitures encombraient la cour à l'arrière de la maison, on dressait la grande table. Le soir, après le dîner, les hommes (et quelques femmes) allaient taper le carton dans le bureau de mon père. Les autres femmes (et quelques hommes, les plus discrets et les plus doux) restaient dans la salle à manger. Moi, je me glissais sous la table, et je jouais au petit train avec les porte-couteaux. Tandis que là-bas, dans le bureau, on s'affrontait dans un nuage de fumée, au-dessus de moi, les paroles volaient, les secrets s'échangeaient, les sentiments se déversaient. L'un de mes oncles, pièce rapportée, désignait la famille (celle de sa femme et de ma mère) en disant "Les Borgia". Un jour, j'ai demandé "C'est qui, les Borgia ?" Mon père a répondu : "Des empoisonneurs." Il y a peu, je me suis rendu compte que ma première pièce de théâtre est depuis longtemps en chantier dans ma tête. Sur la scène est dressée une grande table autour de laquelle une douzaine de personnages bruyants sont attablés. Au début, sous la table, un petit garçon joue sans avoir l'air d'entendre ce qui se dit. Mais on ne reste pas enfant éternellement. La pièce s'intitule Samedi chez les Borgia.

Le 18 février 2014 à 07:27

Après la théorie du genre, des livres pour enfants leur racontent qu'ils n'auront ni travail ni de retraite

Nouveau scandale dans l’Education nationale. Après les livres qui traitaient de la théorie du genre, plusieurs spécialistes ont repéré des ouvrages sensibles pour les enfants. Des ouvrages qui laissent entendre aux enfants qu’ils auront du mal à trouver du travail plus tard et qu’il leur sera difficile, voire impossible, d’obtenir une retraite décente. Reportage. Encore des livres qui s’en prennent à nos enfants. La découverte de ces livres à problèmes pose un réel problème, estime Michel Eckert, le premier à avoir donné l’alerte. « Sous ses allures guillerettes et innocentes, ces livres racontent comment sera le réel de nos enfants dans quelques années » explique-t-il sur son site internet. « Ainsi dans l’un, on y décrit les péripéties d’une oursonne pour trouver du travail à l’usine. Une usine qui est rachetée par le grand méchant loup. Refusant d’être délocalisée au pays du loup, Missy l’ourse se retrouve alors au chômage avant de sombrer dans la dépendance au miel » écrit-il. Le père de famille ajoute qu’il a dû rassurer son fils sur le fait qu’il trouvera bien plus tard du travail sans problème, dans la filiale qu’il veut et au salaire qu’il veut. Car ce père de famille courageux refuse que ses enfants ne se fassent de fausses idées sur leur futur. Dans un autre ouvrage incriminé, « Pas de retraite pour Papy Libellule » une vieille libellule arrivée à la fin de de sa vie souhaite se reposer. Mais hélas, ses bébés libellules sont tous partis, ne donnent plus de nouvelles et Papy Lib’ va devoir continuer à travailler pour subvenir à ses besoins car le Mouvement De L’Étang et du Fleuve estime qu’il n’a pas assez chassé de moustiques durant sa vie. « Mon fils m’a demandé si cela pouvait arriver dans la vraie, je lui ai dit que non, ça n’arrive pas, toutes les grandes personnes ont leur retraite après avoir durement travaillé » précise-t-il. Le gouvernement n’a pas souhaité commenter cette nouvelle liste de livres sensibles mais plusieurs parents d’élèves sont inquiets. « Les enfants sont des êtres fragiles et naïfs, s’ils apprennent ce qui se passe vraiment dans le monde, cela sera sans doute un choc terrible » réaffirme ce père de famille brandissant un autre livre qu’il estime dangereux. Dans cet ouvrage pernicieux, on peut y voir Isa qui joue avec ses frères à être garagiste. Mais celle-ci réalise bientôt qu’elle est moins bien payée que ses autres frères pour le même travail. « Jusqu’où cela va aller, il faut retirer ces livres avant que cela soit trop tard » s’alarment les parents.

Le 22 février 2014 à 08:06

S'émerveiller... Serait-ce ringard ?

Shakespeare est toujours à l'honneur et aujourd'hui plus que jamais. Il est parfois mis en scène avec bien de l'intelligence. C'est le cas, à mon avis, à la Comédie Française avec Hamlet. Mais, si l'on regarde d'autres pièces, où est passée la dimension féérique ? Avec les moyens techniques contemporains, rien n'y apparaît comme impossible... Certes, l'illusionnisme était combattu dans les années 1970. Une attitude qui semble s'être prolongée jusqu'au nous : le spectateur n'a pas la tête à l'enchantement ; on ne la lui fait pas... Il est amené à être trop intelligent, conforté par tout un bataclan de dossiers et d'intentions du metteur en scène. Prothèses l'invitant à jouir là où lui dit de jouir. Le rêve est banni. Et son envers complice, le cauchemar, aussi. C'est pourquoi j'ai choisi quelques mots bien désuets et bien oubliés. L'apothéose : elle concerne le théâtre grec et à la féérie. C'est l'admission posthume des héros parmi les dieux de l'Olympe. C'est la mythologie qui, en Grèce ancienne, fournit les sujets. A la fin du spectacle, le deus ex machina ne manquait pas d'apparaître pour dénouer l'intrigue, trônant sur les nuages, accompagné de l'Olympe au grand complet. Au XIXe siècle, la féérie, fondée sur la magie du spectacle, ne manque pas de réussir l'effet de surprise final, parfois accompagné d'un feu d'artifice. Cette concrétisation scénique d'un moment de l'action porte le nom de gloire. La gloire date du XVIIe siècle. C'est une machine praticable, souvent en forme de char, faisant apparaître des personnages surnaturels. Au Théâtre des Tuileries, construit en 1660, le jeu des machines était si puissant que certaines gloires pouvaient enlever jusqu'à cent figurants à la fois. Il est une partie décorative qui entoure une gloire. C'est le gâteau de nuages. Les pièces à grand spectacle du XIXe siècle proposait apothéoses et gloires. Les comédiens apparaissaient sur des plateformes qu'il convenait de dissimuler aux yeux des spectateurs afin de maintenir l'illusion. Des nuages peints en masses moutonnantes – en gâteaux- arrivaient opportunément pour masquer la machinerie. Et voilà ce qui nous manque aujourd'hui. Pour ma part, j'ai envie que, au théâtre s'entend, on me fasse mousser la chantilly !

Le 22 mai 2013 à 07:48

Barbares fourmis

Mon arrière-grand-mère n'aimait pas les fourmis. Elle se livrait souvent à des massacres spectaculaires sur ces insectes, mais comme elle était très âgée, je trouvais ceci très sage. Dans ses vêtements noirs d'un interminable deuil, elle faisait chauffer de grandes casseroles d'eau, puis à pas lents, elle sortait péniblement afin de déverser le liquide bouillant sur la fourmilière qu'elle avait repérée. Cela lui prenait du temps, occupait une bonne partie de sa rustre après-midi. Puis elle retournait à ses crochets pour poursuivre un napperon, en silence. Comme nous étions à la campagne, je pensais que ce geste était une pratique ancestrale pleine de bon sens, visant à protéger les pommes de terre qui poussaient ou les poules, d'une barbare attaque de fourmis. Les insectes mouraient tous d'un coup, assez logiquement. Imaginez un tsunami d'eau bouillante sur nos petites villes : nous n'y survivrions pas. Alors j'allais inspecter ce qui restait, un peu comme un Pompéi de fourmis. Elles étaient toutes figées dans leur industrieuse procession. Dans ces vestiges soudain de civilisations, il n'y avait pas beaucoup de surprises, car ces civilisations de fourmis étaient toutes les mêmes, comme si pour survivre, elles avaient dupliqué leur glorieuse mais modeste Histoire de France de fourmis. Je regardais ces désastres miniatures et imaginais avec effroi leurs dernières pensées, sans doute : « transporter pain » . Je me félicitais à chaque fois de ne pas être une fourmi, et de ne pas risquer l'ébouillantement surprise par ma sévère bisaïeule, notamment pendant mon sommeil. Un jour mon arrière-grand-mère est morte. Depuis cette terrible page tournée, les fourmis continuent leur civilisation abondamment distribuée, sans rancune, ni joie, ni mémoire, les poules sont toutes mortes, les pommes de terre toutes mangées.

Le 15 janvier 2015 à 12:09

Des histoires

« La flamme est un monde pour l’homme seul »Gaston Bachelard Sous le ciel bas et lourd (de la connerie) qui pèse comme un couvercle, le lendemain est advenu et il a bien fallu mettre un jour devant l'autre. Nous, les grands, encore choqués du coup de conscience derrière la nuque, du morceau de coeur arraché, du recul infligé à la petite épaule rougie de la liberté après la déflagration. Et vous, les petits, nos petits, ou sonnés, ou perdus, ou aussi méticuleusement que possible protégés de l'avalanche lourde et froide, perpétuelle, de tous ces mots accumulés pêle-mêle sur l'ère du temps. Des mots comme terroriste, attentat, prophète, traque, manifestation, otages, juif,  etc. Tous ces mots qui n'expliquent rien. Toutes ces petites boîtes à peur. Lorsqu'on n'y prend garde ce genre de graine ne fait rien pousser de bon. Alors tout le long du jour je m'échine, parce qu'à 5 ans on ne comprend pas le lien entre un dessin et un cadavre, à t'épargner des giboulées sanguinolentes de la bêtise. Télé éteinte bien sûr (ça c'est la base) mais surtout, tenter de t'abriter sous le parapluie de mon rire de cette pluie perpétuelle d'oiseaux morts, de jugements et d’avis, qui tombent partout de la bouche des gens autour de nous, et dont on met un peu plus de temps à trouver la tache incrustée de souillure. Oui, d'abord commencer par n'en rien dire, l'en préserver parce que quoi, ça suffit déjà comme ça la petite Suzie dans la cour qui nous rend chose, l'hôpital pour les vers de terre, la bataille de Laval et Gragger au pays des Legochima, cette histoire de cuillère cassée à la cantine qui se paiera un jour, et l'autre là-bas qui est méchant, bref on a tous une journée chargée, sans parler du cauchemar de l'araignée jaune, ça en fait du pain sur la planche. Et puis surtout ne jamais te laisser l'occasion de demander Papa pourquoi tu pleures ? Et c'est ainsi cahin-caha, à pousser notre boule de peine, que tout ce petit monde atteint un nouveau soir, soleil couché dans l'heure du bain, avec l'envie de dire bêtement merci (on ne sait à qui) d'être après tout, encore intact jusqu'à demain. Et c'est là l'erreur fatale. Bain donc et réflexe (oh l'amateur) de rallumer le poste radio comme ça d'un clic en même temps que le chauffe-serviette, trois mots tombent dans le silence rouge "(...)ont été décapités(...)" avant de bondir sur le bouton et d'enchaîner piteusement sur Nostalgie. Mais c'est trop tard on le sait déjà, d'évidence tu as été touché, à bout portant, par ces trois balles perdues venues de nulle part. Je le vois dans les yeux tout ronds triple diamètre que tu me fais. Le temps d'imaginer comment commencer à dire l'horreur, te voilà qui éclate de rire pendant que moi parfaitement coi, je mets du temps à déchiffrer ce que tu répètes plusieurs fois  : "ont tété, ont tété, comme les tétés des filles" pour finalement me raccrocher, soulagé comme pas deux, au demi croissant de lune, fleur ouverte de ton énorme sourire. Cette fois c'est bon mon cochon mais la prochaine... Car il y aura une prochaine horreur à traverser en lui tenant la main comme on visite des ruines, n'est-ce pas ? Et comme dit Woody Allen "Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire cuire un bon steak." Alors quoi mon p'tit gars, que fait-on de tout ça, de cette réalité, ce mur, ces mots et ces images qui constituent le mur, qui constituent le monde, ces chiens féraux, bêtes sauvages prêtes à te sauter à la gorge, meute de peine et de douleur, d'incompréhension, de questions, de crocs en verre aussi déformants qu'aiguisés, comment les dompter, petit bonhomme, les tenir à distance, avec le fouet de notre amour ? D'autant que j'ai comme l'impression que tu commences jeune ! Moi à ton âge à part le goût des bonbons bananes je n'habitais pas trente-six mystères, tandis que toi, mon minot, avec des questions comme Où est ce qu'on est quand on n'existe pas ? Ou comme Mais dans quoi il est l'univers ? À 6h45 du matin avec des petits bouts de rêves encore collés au bord des paupières, on ne peut pas dire que ta douce curiosité me facilite la mastication des cornflakes. On se débrouille avec les réponses. On se débrouille toujours avec les réponses. Plus ou moins bien. Parce que la vérité n'est pas faite pour consoler. Moi, vois-tu, mon père est mort quand j'avais trois ans. On m'a dit qu'il était monté au ciel. Alors j'ai demandé quand est-ce qu'il allait redescendre. Je voudrais faire en sorte que tu n'attendes jamais que quelque chose redescende du ciel, à part des martinets et des flocons de neige. Je voudrais répondre à toutes tes questions sans en clore aucune. Je voudrais que tu puisses construire une cabane dans le baobab de ta curiosité. Je me dis que depuis toujours les hommes se sont raconté des histoires pour s'épargner de la peur et se consoler de la mort. Je me dis que toutes ces histoires ont fait quelques bons livres et pas mal de mauvais massacres. Je me dis que je voudrais te raconter des histoires sans jamais te mentir. Les vraies histoires ne sont pas des mensonges, ce sont des dragons sauvages qui permettent d'amadouer le monde, tu le sais déjà pendant que nous nous appliquons à l'oublier. Ce dont il faut te préserver ce n'est pas le potentiel d'horreur qui existe en vivre ; tu connais déjà les loups, les sorcières, les ogres et les enfants abandonnés dans la forêt par leur père. Tu connais déjà l'obscurité. Ce dont je dois te préserver c'est la paralysie, l'incapacité à traduire le monde dans une autre langue que celle de la peur et en particulier que celle de la peur des adultes. Ce que je dois te transmettre c'est la capacité à en dire, à en penser, à en faire des histoires. Tous les Dieux sont des histoires et toutes les histoires sont des Dieux. Nous construisons en racontant, nous nous construisons en nous racontant. Tout le piège consiste à confondre histoire et mensonge. Dieu est une histoire d'apparition qui sert à expliquer la disparition. Un enfant ne demandera jamais tout seul qui nous a créés, par contre il ne manquera pas de demander ce que c'est que de mourir. A cette question mon fils, je t'ai raconté l'histoire que j'ai choisie. Il y en a d'autres. Poussière d'étoile, fumier, réincarnation de moustique, paradis, esprit animal, tu te choisiras la tienne. Chacun ses silex pour tenir dans le noir. Mais veille à partager le feu.

Le 25 juin 2010 à 10:59

« Je ne peux que constater le désastre avec l'équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés »

Roselyne Bachelot, Assemblée nationale, mercredi 23 juin 2010

C’est ce qui s’appelle karchériser les footballeurs qui déshonorèrent  la patrie en terre australe. Elle n’y est pas allée de mainmorte la ministre de la Santé et des Sports, dévoilant aux députés l’humeur présente d’un Président encore marqué par ses tribulations de naguère à la Courneuve, quand il voulait passer les caïds au jet à pression afin de protéger les gamins. Pourtant c’est la même Roselyne Bachelot qui avait lancé auparavant, pour claquer le bec de Rama Yade, sa péronnelle de Secrétaire d’Etat : « Je suis la ministre des Bleus dans les bons et les mauvais moments ». Si la Madelon s’est métamorphosée en Ma Dalton c’est que, entre-temps, le drapeau noir a flotté sur la marmite des Bleus. Dans les hautes sphères du pouvoir, s’est-on alors inquiété, à la veille d’une journée nationale d’action contre la réforme des retraites, du fâcheux exemple fourni  par cette grève générale contre la mise à la retraite d’un seul, le très anal Anelka ? Si même les prolétaires aux chaines en or s’y mettent !  C’est cependant ignorer une loi générale des bandes, observable des cages d’immeubles aux conseils des ministres, qui veut que l’intimidation de quelques-uns est d’autant plus forte que les chances de recours auprès d'une autorité légitime sont faibles. Domenech-Sarkozy, même tracas.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Paul Auster : rencontre avec François Busnel
Live • 16/01/2018
Christiane Taubira
Live • 02/10/2017
André Dussollier
Live • 02/10/2017
Kamel Daoud : entretien avec Raphaël Enthoven
Live • 18/09/2017
Pascal Blanchard : Pourquoi la France est incapable d'avoir un musée de la colonisation ?
Live • 17/02/2017
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication