Daniel Goossens
Publié le 08/10/2015

Bonne technique du Français Roubieux


Daniel Goossens fut remarqué par Gotlib dès ses premières apparitions dans Pilote et collabora à Fluide Glacial dès 1977. En 1997 il reçoit le grand prix du Festival d'Angoulême. Spécialiste de l'informatique, chercheur et enseignant en intelligence artificielle (dans la vraie vie), il met son intelligence naturelle au service d'un humour totalement décalé et absurde, d'un dessin où chaque case est un chef-d'oeuvre. Il a publié plus de 25 albums (L'Encyclopédie des bébés, La Planète des moules, Panique au bout du fil, Sacré comique, Combats...) 

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Le 21 décembre 2010 à 12:57

Laissez Noël en paix (réactualisé)

Conseil Citoyen 6

Nous voilà en décembre et ton moral en berne Face au jeu malicieux de ceux qui nous gouvernent Te fait conjecturer que pour le réveillon Tes rejetons n’auront ni cadeau ni bonbon, Que seuls de pauvres trous rempliront leurs chaussettes, Que tu n’auras pour feu que quelques allumettes Et que le seul sapin restant à décorer Ce sera ton cercueil et ses quatre poignées.   Arrête-là, veux-tu  et redresse la tête Surtout pour ce qui est de préparer les fêtes. Ne sais-tu pas, l’ami, que la nuit de Noël, Avec tous ses présents et sa bonne nouvelle,C’est l’arnaque du siècle et le baise couillon Le plus élaboré pour prendre ton pognon ? Si tu crains de sombrer au cœur de la tourmente Ne va pas te mêler aux masses consommantes. Il y a des moyens pour remplir une hotte Qui ne coûtent pas plus qu’une boîte de crottes.   Surtout pour ce qui est des tout petits enfants, Je veux parler de ceux qui ont moins de trois ans. Dis-toi bien que ceux-là ne savent pas du tout Si Noël est en mai, en décembre ou en août. C’est donc quand tu le veux, si tu veux bien le faire Et il en va de même à leur anniversaire. Et si pour eux quelqu’un te donne des étrennes Tu les mets dans ta poche et puis tu les fais tiennes.   A partir de trois ans et disons jusqu’à sept Si tu ne donnes rien, ils te feront la tête. Alors n’hésite-pas, vas-y le cœur en liesse, Rends leurs allègrement le menu de leur pièce ; Tableaux de grains de riz, cendriers de Saint-Jacques Poupées de mie de pain ou colliers de pâtes.   Pour les plus grands, ma foi, tout est dans l’emballage Et dans la marque aussi. Ce qu’il faut pour leur âge, C’est un logo connu qu’ils pourront exhiber. Dans ce goût tout est bon et rien n’est prohibé. Passe chez Emmaüs et pique une étiquette Recouds là bien en vue sur une autre liquette Et ne t’affole pas à cacher l’origine Grande marque ou chiffon tout est cousu en Chine.

Le 17 octobre 2015 à 09:07
Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 7 octobre 2015 à 10:33
Le 7 juin 2012 à 14:51

L'important, c'est les trois points

Le sport, tout le monde le sait, on l'a suffisamment répété à la télé, est une magnifique école de vie. Le magnifique enchaînement service volée Euro – Jeux olympiques qui nous attend, par exemple, va nous apprendre beaucoup de choses.   Je ne parle pas seulement de la légendaire mauvaise foi, utile au moment d'affirmer « Pas du tout, monsieur le juge, il n'y a pas du tout faute, je suis victime d'un complot ». Moi-même, l'autre jour, j'ai demandé si je pouvais rentrer plus tôt car j'étais un peu malade, puis je me suis roulé par terre en me tenant le tibia, il m'a demandé « Mais c'est pas une angine que tu avais ? » et j'ai fini un truc que j'avais à finir.   Mais le sport a encore beaucoup plus à nous apprendre. L'existence d'un pays nommé St Kitts-et-Nevis, par exemple. Ce n'est pas super utile au quotidien, mais on sait jamais, une finale impromptue de « Questions pour un champion » est si vite arrivée... D'ailleurs, il est amusant de constater que la plupart des St Kittsois-et-Nevissou sont spécialistes du sprint : leur participation aux Jeux olympiques est plus courte que le temps qu'il faut pour prononcer le nom de leur pays.   Le sport est également riche source d'inspiration à l'heure de choisir un prénom : Jo-Wilfried, Usain Przemyslaw ou Mannschaft, avoue que ça claque plus qu'Ethan et Léa. De même pour les surnoms : L'aigle de Vizille, la loco de Waco, le taureau du Bosphore, le Kid de Las Vegas, le Normal de Tulle, la Jument de Michao, ça change un peu de roudoudou ou chouquinet.   Songez-y avant de céder à la facilité et de préférer participer aux championnats du quartier d'enfumage de voisins catégorie plus de 60 kilos de merguez plutôt que de suivre la rediffusion de plongeon synchronisé en solo sur une chaîne du câble.

Le 19 octobre 2010 à 22:58

"Oui, j'ai fait le plein de ma voiture avec difficulté."

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, RMC, 18 octobre 2010

Malvenu cet aveu de Roselyne Bachelot, alors que ses collègues s’évertuaient à rassurer les Français victimes d’une « perception de rareté ». Mais comme tout un chacun, elle se doutait que cette grève dans les raffineries finirait par tourner vinaigre. Alors elle a obéi au principe de précaution. A moins qu’elle n’ait voulu mettre un terme au martyrologue attaché à son parcours ministériel. Pendant la Coupe du monde de football, c’est elle qui avait été désignée volontaire pour aller « débloquer » l’équipe de France en pleine insurrection sociale. Deux jours plus tard,  les « Bleus » se faisaient piteusement sortir de la compétititon par l’Afrique du Sud. Pas de chance pour Roselyne toujours ministre au mauvais moment. L’épidémie de grippe A, fin 2009, c’était déjà pour elle. Et elle a dû se faire piquer devant les caméras pour convaincre les Français des bienfaits civiques du vaccin. Pour rien. La pandémie s’est éteinte aussi vite qu’ont été asséchées les cuves, le week-end dernier. Déjà, en 2003, la canicule lui était tombée dessus. Encore heureux pas comme ministre de la Santé, mais de l’Ecologie. Faute de « Grenelle de l’environnement », elle a conseillé aux automobilistes de garer leur voiture à l’ombre. Histoire de ne pas trop tirer ensuite sur la clim’, prodigue en gaz à effets de serre. Bien sûr on s’est payé sa tête. Trop injuste. On ne l’y reprendrait donc plus, puisque la bagnole c’est chacun pour sa fiole.

Le 14 mars 2014 à 07:48

Enzo, fils à Zizou, ou Fifi, fille à Bob : même combat

A l’instar de Zidane avec son fils Enzo, Bob a des soucis avec Fifi, sa fille. Philomène, surnommée Fifi, joue au foot depuis toujours et, à aujourd’hui 13 ans pour 1m30, on sent poindre en elle le génie qu’avait son père naguère pour le ballon rond. Qui ne se souvient à Conflans, à l’époque où Zizou envoyait la France au septième ciel du foot, de ce quart de Coupe remporté 3-0 par le FéCéCé avec trois buts marqués par Bob : l'un, après une série de dribbles qui les emporta, lui et le ballon, dans les filets de l’ASM ; l’autre d’un lob de cent mètres ; et le dernier inscrit du derrière d’un mouvement chaloupé du bassin : « Le coup du Bob » dit la presse alors, en référence au coup du sombrero. « Bob is back ! » a dit de Fifi Thierry, journaliste à Sport 78, après l’avoir vue jouer un mercredi. Philomène a sa vitesse de course, ce même aérodynamisme qui amenait parfois son père à ne pas pouvoir s’arrêter sans se jeter dans les bras du public ; mais aussi son jeu de jambes et cette étrange façon de dribbler en spirale qui lui faisait conserver le ballon assez longtemps en restant sur place. Depuis, à l’instar d’Enzo, le fils à Zizou, il ne se passe pas un jour sans que les gazettes et la télé régionale ne suivent les faits et gestes de Fifi, la fifille à Bob. « Philomène joue à la balle avec son chien Frank» «Philomène en vacances en Espagne, signera-t-elle au Barça ? » Philomène sur Twitter jekifflechocola!@phil ou encore cette photo volée en compagnie de Marcel Gonflard, présumé agent du Qatar, à la terrasse du Sporting.  « Foutez-lui la paix ! » a dit Bob dans une interview qu’il a vendue à Yvelines Standard, « elle a sa personnalité, et rien ne dit qu’elle sera aussi bonne que moi ». Mais on sent bien que Bob n’y croit pas : cette élégance, cette façon qu’elle a de mettre ses mains sur ses hanches en implorant le ciel ; cette colère contre elle-même quand elle rate un but… Bon sang ne saurait mentir ! C’est tout lui, mais en blonde et avec des seins.

Le 29 mai 2014 à 16:40

Les années 2000 : Papa Soprano, got yourself a gun

Des Ingalls aux Soprano, quoi de neuf docteur ? #3

1999. Pour ne pas changer, les USA ont de nouveau une bonne gueule de bois, suivant avec angoisse les déboires moraux de leur président, qui s'en prend plein la poire depuis son élection et qui est à présent condamné par la cour suprême comme parjure. Il va falloir aussi composer avec une nouvelle donne : le début d'une volonté du tout sécuritaire et de la paranoïa du terrorisme (et on n’est pas encore en 2001) que va créer le massacre de Columbine. La peur du tueur de masse n’est pas en soit une nouveauté aux USA, mais soudainement, même le petit Macaulay Culkin dans sa crèche est potentiellement un Charles Manson en puissance. Les responsables désignés ? Tout un pan de la culture populaire : le black/death metal, les jeux vidéo, le cinéma, les comics, les mangas, et parfois impopulaire : les nazis, essentiellement. Viendra quand même aussi un questionnement sur la libre circulation des armes ;Charlton Heston va commencer sa longue croisade pour la NRA. C’est donc dans ce contexte que se déroule la nouvelle élection présidentielle qui verra après quelques tours de montagne russe électorale l’avènement de Bush Junior ‘zident.   Un OVNI dans les figures paternelles Au milieu de tout ça que la famille Soprano montre le bout de son nez sur la chaine HBO, créée par David Chase. Tony Soprano ou Papa Soprano, pour ceux qui suivent, est un OVNI dans les figures paternelles télévisuelles pour la simple et bonne que Papa Soprano n'est pas un « papa » tombé du ciel. A la différence de Papa Ingalls ou de Papa Seaver, sortes de monolithes semi-divins  dont la paternité est une fonction, si ce n'est la caractéristique principale. Papa Soprano à commencé comme fiston Tony est c'est bien là son plus gros problème : héritier de l'entreprise familiale (qui marche plutôt bien au demeurant) Papa Soprano se retourne vers ses propres pères et pairs et tentent de comprendre ce qu'on lui a légué et très franchement n’y comprend rien. Pourtant on lui a légué une way of life en quelque sorte, elle est vertigineuse, violente mais fait de lui un élu qui se doit d’être à la hauteur, surtout quand on voit la gueule de sa mère, on comprend qu’il ne veuille pas décevoir le fiston Tony.   Papa Soprano, un paumé donc ? Il lui arrive de faire des crises d'angoisses devant des canards et suit une thérapie pour surmonter ce petit problème. Mais si fiston Tony doute, Papa Soprano lui « agit » et dans un seul et unique but : protéger sa famille. Ce sera même le leitmotiv de toutes les actions de notre bonhomme et la seule façon pour lui de protéger sa famille c’est d’en défendre les intérêts. Et pour se faire quoi de mieux que les années Bush ? Disons le franchement : adieu le hug ici : un rottweiler enragé est tout aussi rassurant qu’un Tony qui vous tend les bras.   Une seule famille, celle du sang Si, dans un premier temps, Papa Soprano veut composer avec deux familles (sa femme et ses deux enfants d’un coté), son entreprise de l’autre dans laquelle opèrent un cousin, un neveu et un oncle. Papa Soprano va vite faire un choix : il n’a qu’une famille : celle du sang. L’autre n’en est pas une mais une entreprise (un peu particulière et les indemnités de licenciement sont plutôt désagréables). Papa Soprano évolue dans une société chaotique ou le chacun pour soi devient une règle d’or dans une société traumatisée post-onze-septembre. A partir de ce moment c’est bien simple papa Soprano n’a plus que des « alliés » sur des visées à très court terme. Sorte de ballet incessant d’une realpolitik fiévreuse. Papa Soprano s’interroge, il fait face à son histoire (on le voit dans une scène s’interroger sur ce qu’est devenu Carry Grant et son flegme inébranlable, cette sorte d’homme qui agit toujours sans sourciller, sachant naturellement ce qui doit être fait et comment, dans l’intérêt de tous.) Papa soprano lui n’en sait franchement rien ; il part dans tous les sens, dessoudant au fur et à mesure ennemis et alliés lorsque ces derniers deviennent une gêne (ce qui dans la paranoïa ambiante est franchement systématique).   Un vide total Papa Soprano, donc, c’est le grand nettoyage : tout ce qui dépasse dégage, pas seulement les balances, les familles rivales mais aussi ce qui n’est pas dans la « norme » : un de ces capos qui se révèlera être gay l’apprendra à grands coups de canon scié. Bref, Papa Soprano qui ne comprend pas très bien qui il est s’évertue quand même à modeler une société à son image.   Ce qu’il en reste ? Rien ! Papa Soprano dans sa volonté de protéger les intérêts de sa famille va tout simplement créer un vide total et s’isoler entièrement, haï par tous, sa famille comprise. C’est que nous montre la fin emblématique de la série, où la famille sort manger un morceau dans le restaurant familial et se rend compte avec inquiétude que la moindre silhouette est une ombre menaçante prête à leur faire payer chèrement leur héritage.   Dans le même temps Bush ‘zident évite une grolle durant une allocution.

Le 23 octobre 2012 à 15:57

Le problème avec la déchéance de Lance Armstrong

Le problème avec la déchéance de Lance Armstrong c’est qu’elle risque fort de mettre financièrement dans la dèche de nombreux parents à travers le monde, car il n’est un secret pour personne que le célèbre cycliste américain, en héros international de la pédale avait suscité nombre de vocations pour la bicyclette, passion transmise dès le berceau aux jeunes générations auxquelles les exploits du Texan étaient racontés avec ardeur telles de fantastiques épopées, et que quiconque a récemment mis les pieds dans un Carrefour au rayon matériel scolaire a pu constater que l’Enfant, aujourd’hui, éprouve visiblement la nécessité d’être matériellement équipé de façon à rendre hommage à ses divers héros, et que par conséquent des centaines de familles à travers le monde vont devoir se priver dans le but de racheter ce weekend au petit dernier archifan du cycliste un cartable Dopera l'exploratrice, un exemplaire de Oui-Oui et la piqûre magique, un autre d’Harry Potter et le Cycliste de sang-mêlé, des caddies entiers de tubes de bonbons Mythos et de pastilles Triche-tac à seulement deux calories sans compter une paire de baskets La Coke sportif chez Décathlon, sauf que Décathlon, comme nom c’était bien beau mais après résultats de test anti-dopage, ça va peut-être être obligé de se rebaptiser “Biathlon” du coup, voire “Microathlon”, “Minigolf” ou même “Parcours de santé du dimanche pour senior dans la forêt de St-Cucufa” et ça, il faut bien avouer que comme nom c’est quand même vachement moins pratique à taper dans le GPS. C’est ça le problème avec la déchéance de Lance Armstrong.

Le 19 octobre 2015 à 10:03

Le saut de Malmö

J'ai longtemps voulu réaliser le saut parfait. J'avais en permanence dans la tête la liste toujours changeante des nombreux paramètres à prendre en compte, depuis mes début en athlétisme à l'âge de sept ans. Et je n'ai cessé d'accumuler de nouvelles exigences, imposées par mes entraîneurs successifs ou découvertes de mon propre chef, qui ont malheureusement repoussé pour moi les conditions d'exécution du saut parfait. À Malmö, un mardi d'août en meeting, il avait plu comme il pleut à de rares occasion en Suède l'été, par lourdes gouttelettes. J'avais presque abdiqué. Emmitouflé avec un air pathétique dans mon K-way de l'équipe de Belgique, j'attendais mon tour de passage et je ne me faisais guère d'illusions sur mes chances de passer en finale, dans les huit premiers ; je suis et j'ai été un sauteur international d'ordre moyen. Ce qui, de mon point de vue, ne signifie rien mais me classe, par comparaison avec les Cubains, les Ukrainiens, les Américains, dans la moitié basse du tableau. Je crois bien que si les autres n'existaient pas, je pourrais me sentir un sauteur d'exception aussi bien qu'un athlète minable. Parce que au cœur des sensations qui picotent mon épiderme, mes muscles, mes nerfs jusqu'à la moelle et au fondement de mon cerveau, au moment du saut, je n'ai jamais perçu la médiocrité intrinsèque de mes performances. D'autres jours, je me dis bien volontiers que même si j'étais sur cette planète le seul être vivant à pratiquer cette discipline, j'apparaîtrais sans doute encore comme un sauteur de milieu de classement. La piètre qualité de mon saut doit être inscrite dans sa préparation, son développement et l'éternelle insatisfaction qui en découle une fois les deux pieds dans le sable. Pour tout dire, ça ne va jamais comme ça devrait aller lorsque je dessine le saut dans ma tête. Je suppose, sans pouvoir le deviner autrement que du coin de l'oeil au début d'une compétition ou par plaisanteries interposées dans les vestiaires que d'autres – qui remportent les concours – sautent parfois aussi loin que leur esprit a d'abord pu les porter par la pensée. Ce n'est pas mon cas. Je sais avec précision le saut que je devrais accomplir juste avant de le réaliser. Je connais d'instinct le poids, la charge de chaque foulée. Me revient systématiquement en mémoire la courbe régulière de leur accélération, le point d'appui, le balancement des deux bras, l'élévation après une planche parfaite, et la chute maîtrisée qui – accompagnant les lois de la pesanteur en ma faveur – me laissera choir comme la dernière note d'une mélodie à peine plus courte qu'un chant d'oiseau. Pourtant, peu avant que mon corps ne s'élance et n'interprète la partition, quelque chose, oh, un petit détail, pas grand-chose, puis un autre, et un troisième, me rappellent à une réalité branlante dans laquelle mes gestes n'atteignent jamais l'harmonie que j'appelais de mes vœux. Parfois c'est le vent. Souvent c'est le vêtement. Il me gratte. Le pli n'est pas bien disposé sur le téton de droite. Je préférerais sauter nu, sans dossard. Car le dossard, mal épinglé par des stadiers incompétents et bornés, pend. Et il claque. Vos doigts n'ont alors de cesse de s'assurer avec fébrilité de son positionnement. Sans compter le ventre qui digère encore ou la sueur entre les orteils. Aucun produit, je le jure, aucune marque de chaussures ne compense ce type de désagrément, comme une poussée d'acné au moment de faire l'amour avec une beauté. Je murmure pour moi-même : « Je ne le sens pas, c'est pas le moment. » Et c'est toujours là qu'il faut faire les choses, évidemment. Pour un saut parfait, il faudrait des conditions moins parfaites que neutres. Du dehors, quelque chose pointe toujours – en creux ou en plein – jusqu'à moi. C'est ce qui entame ma concentration, l'augmente, la diminue, je ne sais pas, mais la trouble en tout cas. Je fais mon deuil, à cet instant, du saut définitif et je le repousse à la prochaine fois. En attendant, j'ai recours à quelques gestes mécaniques acquis à la longue, qui ne courent plus après la représentation mentale que je me fais de l'enchaînement du saut parfait. Ils permettent à mes muscles de reproduire la dynamique minimale et banale dont ils sont capables, dans l'urgence et des circonstances contraires. J'aimerais sauter sans vent, sans air ni dossard, dans le vide, sauter sans ventre, la gorge ni trop sèche ni trop humide, le sexe bien disposé, au millimètre près, au milieu de mes cuisses, sans aucune asymétrie des couilles, les ongles coupés et le cuir chevelu qui ne gratte plus. Là, je le sais depuis l'enfance, je réussirais. À Malmö, ce mardi d'août, à la fin de l'été déjà, il avait plu comme jamais, le côté droit de ma chevelure dispersée me démangeait frénétiquement et le nouveau short de mon sponsor de l'époque frottait sans régularité mon testicule droit. J'avais grande envie, en ce jour pluvieux d'été, de me raser les cuisses. La peau de mes joues – piquetée d'une chair de poule inégale, rasée dans la précipitation, avant de prendre le car jusqu'au stade – chauffait avec insistance. J'avais fait le deuil, une fois de plus, du meilleur saut. J'étais parti sans y penser, en comptant les deux premières foulées seulement, le dossier au quart décroché. Je ne me souviens plus du saut en lui-même et lorsque je regarde la cassette VHS de la télévision suédoise, je ne vois rien sinon les marques, l'élan, le rythme et les appuis d'un saut comme les autres. Les meilleurs en réalisent sans forcer plusieurs de cette trempe dans l'année – pas moi. Huit mètres zéro trois. Je me rappelle m'être relevé en me léchant la lèvre supérieure, tout en me battant les fesses des deux mains. Je déteste sentir le sable mouillé sur mon cul. Mon entraîneur, Franckie, était debout. Mon record personnel. C'était il y a cinq ans tout juste, maintenant. Huit mètres zéro trois, c'était un bond excellent, qui me plaçait en quatrième position, même si je n'y avais certainement pas mis toute mon âme. Quand je pensais au saut parfait que je ferais, je l'imaginais d'abord comme s'il pouvait justifier mon existence dans sa totalité, ses souffrances aussi bien que ses joies, son temps perdu, regagné sur quelques mètres de distance rognée à l'horloge de tant de sacrifices, d'entraînements, d'heures de déplacements, de mauvaises nuits et de matinées vides.Je l'imaginais aussi comme une petite peinture, un tableau, une symphonie qui exprimerait mes amours, mes parents, mon enfance, mon meilleur ami, la cabane de bois du voisin, la planche de chêne qui m'était tombée sur la tête, la soupe, les orties, l'heure de cours de biologie du mardi, Charlène, le métro, le parking, l'oreiller jaune, la télé et tout le reste. J'imaginais le saut comme un geste qui laisserait ressurgir aux yeux du monde ce qui, année après année, s'était enfoui en moi. Mais je ne suis pas un peintre, un saut, ça ne représente rien. À moins qu'il ne soit parfait. Aujourd'hui, lorsque je me retourne, je sais que je n'ai jamais fait mieux de ma vie qu'un mardi d'été qui touchait à sa fin, à Malmö sous la pluie. Et dans le meilleur saut de ma carrière déclinante, je ne trouve rien de moi. Est-ce qu'il était vide ? Ou rempli d'une pensée à jamais prisonnière ? Durant la première moitié de sa carrière, on court après le saut parfait ; durant la seconde, on s'aperçoit peu à peu qu'on a déjà sauté le plus loin qu'on pouvait. On court alors en désespoir de cause après ce saut déjà hors d'atteinte. À présent, à chaque meeting d'importance, avant de passer, je tends fébrilement mon vieux slip sur ma couille droite, en quête de l'angle exact. Je me gratte avec précaution la moitié gauche du crâne, à la recherche de cette pellicule si particulière à un centimètre du sommet et je détache un quart de mon dossard. Je me coupe toujours au rasoir, avant de prendre le car en retard. Je regarde les poils sur mes cuisses. Je cherche le souffle de travers. Et, le nez en l'air, j'attends la pluie d'août. Je ne pense plus du tout à mon enfance ; je sais bien qu'elle ne réapparaîtra pas dans un saut, quel qu'il soit. C'est con. Je voudrais juste atteindre huit mètres zéro trois une seconde fois. C'est tout ce que je demande, oh, mon Dieu, rien de mieux. Je me fiche du saut parfait ; c'est une idée bonne à occuper votre jeunesse. Je reveux celui de Malmö. Je l'ai gaspillé, je le sais ; je n'y ai même pas réfléchi, je ne l'ai pas senti venir lorsque j'ai posé le pied sur la planche. C'était le meilleur saut de ma vie et il est passé à la manière d'un moment ordinaire. Je saute aujourd'hui en attendant la pluie qui n'est ni de juillet ni de septembre, ni d'Oslo ni d'Helsinki. J'y pense à chaque fois, à chaque pas, chaque foulée, en l'air et le cul dans le sable. Déjà, je me dis : c'était ça ! Profite, profite, profite. Et quand je lève les yeux, je trouve Franckie, mon entraîneur, assis. Je suis loin, très loin. Un homme coiffé d'une casquette ratisse derrière moi le bac, il efface mes traces, aplanit le champ pour le prochain et me fait signe avec impatience d'évacuer la zone d'arrivée. Je donnerais sans hésiter la possibilité d'un record du monde et d'une médaille olympique dans deux ans, si Dieu me le proposait, pour sauter une seconde fois à huit mètres zéro trois, un mardi d'août à Malmö. Mais en sachant ce coup-ci, au moment même où mon pied gauche décolle de la planche d'appel, que ce saut marquera pour mon existence un sommet depuis lequel, à huit mètres zéro trois, je pourrais une demie-seconde durant contempler toute ma vie. D'en bas, j'aperçois bien où et quand j'ai culminé ; mais à Malmö, cet été-là, je crois qu'une fois en l'air j'ai fermé les yeux – et je m'en veux. Extrait de En l'absence de classement final, Gallimard (2012) © Éditions GallimardTous les droits d'auteur de cette oeuvre sont réservés. 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Le 21 mai 2014 à 15:36

Comment ça va, "Famille" ?

Je m'appelle « Famille », presque comme Camille ; et j'aime bien rimer avec Brindille (moins avec Faucille). Je suis un nom commun féminin, assez fier (ou fière) de désigner un groupe d'humains primordial, à la base de toute société. Je suis venue d'Italie, mon ancêtre romain s'appelait familia, c'était la fille d'un certain famulus, qui était un esclave de maison, souvent un captif, une prise de guerre. La belle Andromaque, dans l'Enéide, devenue esclave de guerre, se dit être famula. Les famuli, garçons et filles, formaient une familia, sous l'autorité d'un maître – il avait le culot de se dire paterfamilias – et vivant sous son toit. Les Romains, d'ailleurs, opposaient la familia à la gens, l'ensemble des personnes issues d'un même ancêtre. Adieu paterfamilias Je n'étais pas très contente d'avoir cette fonction économique, patriarcale, esclavagiste, et, pour tout dire, socialement ringarde. Aussi, après la révolte de ma mère familia, moi, la française famille, j'ai préféré laisser à ma copine mesnie le soin de désigner ce groupe de personnes au service d'un tyran domestique, et devenir l’emblème d'une réunion toute biologique, celle des personnes issues d'un même ancêtre. Adieu ce vieux paterfamilias, plutôt entrepreneur (paternaliste, évidemment) que grand-papa ; Je devenais la détentrice d'une affaire génétique, ce qui était nettement plus moderne et plus valorisant. Mon rôle devenait particulièrement important en français d'Afrique, où la « famille », la grande famille, comprend aussi les oncles, tantes, cousins-cousines, des alliés, et même des tas de gens unis par des liens traditionnels. Mais, comme pour me rabattre mon caquet, ce qu'on appelle par mon nom, en Europe ou en Amérique, s'est réduit à un tout petit groupe formé par « papa-maman-bébé », au mieux avec plusieurs mômes. Quand je pense qu'on a dit famille nombreuse pour seulement deux adultes et trois bambinos ! Enfin, il faut suivre son temps, quand on est mot. Exeunt donc les nombreux grands et arrière-grands, les tatas, les tontons, les pépés, les mémés, la mode de Bretagne pour le cousinage, et tutti, et quanti... Et dans certaines familles, on disait bizarrement que les enfants étaient ceux « d'un lit », qualifié de « premier » ou de « second ». un mot ridicule, parentèle, un autre prétentieux, fratrie, ont prétendu me concurrencer sans grand succès. Finie cette histoire d'homme-femme-enfants Cela dit, réduite au groupe minimal mais plutôt affectueux, moi, le nom féminin famille, j'allais me résigner, lorsque tout a été bouleversé.On est venu me dire : « finie cette histoire d'homme-femme-enfants ; ce que tu désignes, maintenant, c'est un ou deux adultes, sans distinction de sexe, et des enfants ». Mon pote, le mot parent, mon cousin, le mot mariage ont changé d'allure ; les dicos n'en pouvaient plus de modifier leur feuille de route, et à ce propos, on m'a proposé des PACS avec de drôles d'adjectifs, monoparental, au féminin, quand même (grâce à Grammaire, famille reste une fille : question de genre) ou encore recomposée, avec parents homos, ou divorcés, remariés, esseulés, et des enfants. On parle même de familles décomposées, ce que je trouve insultant, alors qu'en tant que nom, je ne suis ni dérivé, ni composé, encore moins décomposé (je suis obligé d'employer le masculin, parce que je suis un nom, un mot ; il va falloir réformer ça). Cependant, je me disais que mon champ d'action d'était comme ça bien étendu. Il n'en reste pas moins que les groupes qui portent mon nom tendent à se réduire : une mère et son petit, ça se permet maintenant de s'appeler « famille ». Et mon gamin, l'adjectif familial, se plaint que les gamins quittent de plus en plus tôt ce qu'on appelle son giron. Parfois même, lorsqu'on dit que quelqu'un est venu avec sa petite famille, je ne sais plus de combien d'enfants je suis le nom. Vexant, non ? Est-ce que j'ai une gueule de foyer clos ! Heureusement qu'on a compris que cette bougresse d'Etymologie, qui se prétend grecque, ne possède plus le « sens vrai » (etumos logos). Sinon, ceux et celles que je suis chargée de désigner seraient encore des esclaves. Il est vrai que parfois... En tout cas, je refuse de donner raison à André Gide, avec son fameux « Familles, je vous hais, foyer clos, etc. » Est-ce que j'ai une gueule de foyer clos ! Un peu de respect pour les mots, surtout quand ils sont beaux et nobles, comme moi, dame FAMILLE, inventrice d'un jeu épatant : « dans la famille Machin, je choisis la grand-mère ». Et quand on dit qu'on s'est tapé un petit gueuleton « des familles », je suis réconfortée. Donc, dans l'ensemble, ça peut aller.

Le 13 octobre 2015 à 07:38

La NASA affirme qu'il existe d'autres formes de sport que le foot dans l'univers

L’une des équipes scientifiques de l’agence américaine vient de publier plusieurs clichés satellitaires qui montrent avec plus ou moins de clarté l’existence de sports encore inconnus jusque là. Certains se joueraient même sans ballon. Une affirmation qui divise tant la communauté scientifique que les experts du sport. Une découverte majeure C’est le directeur de la NASA, Charles Bolden, qui a en personne annoncé la nouvelle : « Cela a été difficile à vérifier car depuis quasi 1 mois ces autres formes de sport sont physiquement éclipsées par ce que l’on appelle la planète foot. Mais les images de Hubble, notre télescope spatial, sont très claires. Il y a quelque part dans l’univers, et même sur Terre, des formes de vies sportives en dehors du ballon rond. » Les prises de vue de la NASA dévoilent le visage de nombreuses disciplines encore inconnues : « Nous avons la preuve d’une forme de jeu avec un ballon ovale. Il y aurait aussi un sport qui consisterait à enrober ses poings avec de gros gants et à les lancer dans le visage d’une personne en face. Enfin, nous avons la preuve quasi irréfutable d’un genre de course sur des véhicules à deux roues, le tout autour de la France. » Cette annonce de l’agence spatiale ne convainc pas les astronomes les plus sérieux comme Igor Bogdanov, le célèbre scientifique : « C’est difficile de concevoir intellectuellement des sports qui seraient fondamentalement différents du foot. On l’a bien vu à la télé depuis des semaines. Pour l’instant nous avons seulement la certitude que le foot existe. Pour le reste, c’est pour moi encore au stade d’hypothèse » nous confie-t-il avant de recoller son menton. Même scepticisme chez Omar da Fonseca, ancien footballeur argentin et consultant pour le Mondial sur BeIN Sports : « Allons! Un peu de sérieux…D’autres sports que le foot ? Pourquoi d’autres formes d’attaquant que Messi dans l’univers pendant qu’on y est ?! » Envoyer une sonde

 La prochaine étape pour la NASA pourrait bien être l’envoi d’un robot-sonde de type Curiosity dans un stade dit « d’athlétisme ». Le but : vérifier physiquement l’existence d’un ensemble de sports dont l’essence consiste à courir le plus vite possible autour d’une piste de plusieurs centaines de mètres. Une sonde qui pourrait bien être envoyée dès l’horizon 2015.

Le 31 mars 2012 à 08:26
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