Louise Dumas
Publié le 21/10/2015

Le Parisien #9


Randonnée

Louise Dumas fait le grand écart entre commandes d'illustrations pour des agences de communication et collaborations artistiques pour la scène. Une seule obsession : la ligne.

http://louisedumas.fr/

 

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Le 10 mai 2011 à 11:30
Le 7 juin 2012 à 14:51

L'important, c'est les trois points

Le sport, tout le monde le sait, on l'a suffisamment répété à la télé, est une magnifique école de vie. Le magnifique enchaînement service volée Euro – Jeux olympiques qui nous attend, par exemple, va nous apprendre beaucoup de choses.   Je ne parle pas seulement de la légendaire mauvaise foi, utile au moment d'affirmer « Pas du tout, monsieur le juge, il n'y a pas du tout faute, je suis victime d'un complot ». Moi-même, l'autre jour, j'ai demandé si je pouvais rentrer plus tôt car j'étais un peu malade, puis je me suis roulé par terre en me tenant le tibia, il m'a demandé « Mais c'est pas une angine que tu avais ? » et j'ai fini un truc que j'avais à finir.   Mais le sport a encore beaucoup plus à nous apprendre. L'existence d'un pays nommé St Kitts-et-Nevis, par exemple. Ce n'est pas super utile au quotidien, mais on sait jamais, une finale impromptue de « Questions pour un champion » est si vite arrivée... D'ailleurs, il est amusant de constater que la plupart des St Kittsois-et-Nevissou sont spécialistes du sprint : leur participation aux Jeux olympiques est plus courte que le temps qu'il faut pour prononcer le nom de leur pays.   Le sport est également riche source d'inspiration à l'heure de choisir un prénom : Jo-Wilfried, Usain Przemyslaw ou Mannschaft, avoue que ça claque plus qu'Ethan et Léa. De même pour les surnoms : L'aigle de Vizille, la loco de Waco, le taureau du Bosphore, le Kid de Las Vegas, le Normal de Tulle, la Jument de Michao, ça change un peu de roudoudou ou chouquinet.   Songez-y avant de céder à la facilité et de préférer participer aux championnats du quartier d'enfumage de voisins catégorie plus de 60 kilos de merguez plutôt que de suivre la rediffusion de plongeon synchronisé en solo sur une chaîne du câble.

Le 20 octobre 2015 à 08:59
Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 19 octobre 2010 à 22:58

"Oui, j'ai fait le plein de ma voiture avec difficulté."

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, RMC, 18 octobre 2010

Malvenu cet aveu de Roselyne Bachelot, alors que ses collègues s’évertuaient à rassurer les Français victimes d’une « perception de rareté ». Mais comme tout un chacun, elle se doutait que cette grève dans les raffineries finirait par tourner vinaigre. Alors elle a obéi au principe de précaution. A moins qu’elle n’ait voulu mettre un terme au martyrologue attaché à son parcours ministériel. Pendant la Coupe du monde de football, c’est elle qui avait été désignée volontaire pour aller « débloquer » l’équipe de France en pleine insurrection sociale. Deux jours plus tard,  les « Bleus » se faisaient piteusement sortir de la compétititon par l’Afrique du Sud. Pas de chance pour Roselyne toujours ministre au mauvais moment. L’épidémie de grippe A, fin 2009, c’était déjà pour elle. Et elle a dû se faire piquer devant les caméras pour convaincre les Français des bienfaits civiques du vaccin. Pour rien. La pandémie s’est éteinte aussi vite qu’ont été asséchées les cuves, le week-end dernier. Déjà, en 2003, la canicule lui était tombée dessus. Encore heureux pas comme ministre de la Santé, mais de l’Ecologie. Faute de « Grenelle de l’environnement », elle a conseillé aux automobilistes de garer leur voiture à l’ombre. Histoire de ne pas trop tirer ensuite sur la clim’, prodigue en gaz à effets de serre. Bien sûr on s’est payé sa tête. Trop injuste. On ne l’y reprendrait donc plus, puisque la bagnole c’est chacun pour sa fiole.

Le 30 novembre 2015 à 11:39
Le 23 octobre 2015 à 09:36
Le 14 août 2012 à 08:55

T'as d'bio ch'veux tu sais

Pubologie pour tous

Il était une fois de banals « tests quali ». La marque, appelons-la Blup, voulait savoir s’il suffisait de dessiner des fleurs et des fruits sur ses emballages pour que les consommateurs croient que ses produits étaient naturels. Blup a donc réuni des vrais gens (qu’on appelle « consos » dans la pub) par petits groupes autour d’une table, pour les faire parler de Blup et de la nature et bien écouter leur avis de vrais gens. Et Blup a compris que le consommateur gavé à l’huile de palme et aux OGM, des fois, il se méfie. Des fois, quand il lit la composition de son shampooing que la pub elle dit qu’il est tellement trop naturel qu’il a été recueilli directement à une source de shampooing qui coule dans les montagnes, et qu’il voit qu’il contient du paraben et 0,1% d’Ylang-Ylang, le consommateur il se dit qu’on se fout un peu de sa gueule quand même. Blup a donc lancé une gamme bio (ça marche bien le bio, les gens ils ont confiance). Mais encore faut-il l’annoncer au consommateur, qui depuis la lecture de l’étiquette de son shampooing est probablement passé à autre chose, comme marcher dans la rue en évitant les crottes de chien ou payer ses impôts en retard. Alors Blup a demandé à une agence de pub de lui faire une pub en lui disant en substance « Je veux un truc qui montre que Blup c’est une marque nature, mais qui montre bien que c’est bon pour les cheveux, et aussi je voudrais qu’on voie bien le produit ». Alors les gens de l’agence lui ont proposé une pub qui montre des gens avec des cheveux dans la nature et une photo du produit (on appelle ça un packshot, c’est très important le packshot). Mais Blup n’y trouvait pas assez de cheveux, de nature, et de produit. Alors les gens de l’agence ont rajouté des feuilles en flou au premier plan, plein de cheveux qui brillent, et des produits (« Non mais sérieux, ils veulent quoi avec leurs shampooings, qu’on leur en mette une brouette ? Nan parce que sérieux, je vais leur en mettre une brouette si ça continue. » Blup a beaucoup aimé l’idée de la brouette). Après plusieurs demandes d’ajout de nature, de produits et de cheveux (la petite fille blonde peut remercier Photoshop de lui avoir évité de mourir étouffée sous une perruque de paille de 6 kilos), Blup fut satisfait. Et Blup vécut heureux et eut beaucoup de sous.

Le 7 octobre 2015 à 10:33
Le 7 septembre 2010 à 17:26
Le 19 octobre 2015 à 10:03

Le saut de Malmö

J'ai longtemps voulu réaliser le saut parfait. J'avais en permanence dans la tête la liste toujours changeante des nombreux paramètres à prendre en compte, depuis mes début en athlétisme à l'âge de sept ans. Et je n'ai cessé d'accumuler de nouvelles exigences, imposées par mes entraîneurs successifs ou découvertes de mon propre chef, qui ont malheureusement repoussé pour moi les conditions d'exécution du saut parfait. À Malmö, un mardi d'août en meeting, il avait plu comme il pleut à de rares occasion en Suède l'été, par lourdes gouttelettes. J'avais presque abdiqué. Emmitouflé avec un air pathétique dans mon K-way de l'équipe de Belgique, j'attendais mon tour de passage et je ne me faisais guère d'illusions sur mes chances de passer en finale, dans les huit premiers ; je suis et j'ai été un sauteur international d'ordre moyen. Ce qui, de mon point de vue, ne signifie rien mais me classe, par comparaison avec les Cubains, les Ukrainiens, les Américains, dans la moitié basse du tableau. Je crois bien que si les autres n'existaient pas, je pourrais me sentir un sauteur d'exception aussi bien qu'un athlète minable. Parce que au cœur des sensations qui picotent mon épiderme, mes muscles, mes nerfs jusqu'à la moelle et au fondement de mon cerveau, au moment du saut, je n'ai jamais perçu la médiocrité intrinsèque de mes performances. D'autres jours, je me dis bien volontiers que même si j'étais sur cette planète le seul être vivant à pratiquer cette discipline, j'apparaîtrais sans doute encore comme un sauteur de milieu de classement. La piètre qualité de mon saut doit être inscrite dans sa préparation, son développement et l'éternelle insatisfaction qui en découle une fois les deux pieds dans le sable. Pour tout dire, ça ne va jamais comme ça devrait aller lorsque je dessine le saut dans ma tête. Je suppose, sans pouvoir le deviner autrement que du coin de l'oeil au début d'une compétition ou par plaisanteries interposées dans les vestiaires que d'autres – qui remportent les concours – sautent parfois aussi loin que leur esprit a d'abord pu les porter par la pensée. Ce n'est pas mon cas. Je sais avec précision le saut que je devrais accomplir juste avant de le réaliser. Je connais d'instinct le poids, la charge de chaque foulée. Me revient systématiquement en mémoire la courbe régulière de leur accélération, le point d'appui, le balancement des deux bras, l'élévation après une planche parfaite, et la chute maîtrisée qui – accompagnant les lois de la pesanteur en ma faveur – me laissera choir comme la dernière note d'une mélodie à peine plus courte qu'un chant d'oiseau. Pourtant, peu avant que mon corps ne s'élance et n'interprète la partition, quelque chose, oh, un petit détail, pas grand-chose, puis un autre, et un troisième, me rappellent à une réalité branlante dans laquelle mes gestes n'atteignent jamais l'harmonie que j'appelais de mes vœux. Parfois c'est le vent. Souvent c'est le vêtement. Il me gratte. Le pli n'est pas bien disposé sur le téton de droite. Je préférerais sauter nu, sans dossard. Car le dossard, mal épinglé par des stadiers incompétents et bornés, pend. Et il claque. Vos doigts n'ont alors de cesse de s'assurer avec fébrilité de son positionnement. Sans compter le ventre qui digère encore ou la sueur entre les orteils. Aucun produit, je le jure, aucune marque de chaussures ne compense ce type de désagrément, comme une poussée d'acné au moment de faire l'amour avec une beauté. Je murmure pour moi-même : « Je ne le sens pas, c'est pas le moment. » Et c'est toujours là qu'il faut faire les choses, évidemment. Pour un saut parfait, il faudrait des conditions moins parfaites que neutres. Du dehors, quelque chose pointe toujours – en creux ou en plein – jusqu'à moi. C'est ce qui entame ma concentration, l'augmente, la diminue, je ne sais pas, mais la trouble en tout cas. Je fais mon deuil, à cet instant, du saut définitif et je le repousse à la prochaine fois. En attendant, j'ai recours à quelques gestes mécaniques acquis à la longue, qui ne courent plus après la représentation mentale que je me fais de l'enchaînement du saut parfait. Ils permettent à mes muscles de reproduire la dynamique minimale et banale dont ils sont capables, dans l'urgence et des circonstances contraires. J'aimerais sauter sans vent, sans air ni dossard, dans le vide, sauter sans ventre, la gorge ni trop sèche ni trop humide, le sexe bien disposé, au millimètre près, au milieu de mes cuisses, sans aucune asymétrie des couilles, les ongles coupés et le cuir chevelu qui ne gratte plus. Là, je le sais depuis l'enfance, je réussirais. À Malmö, ce mardi d'août, à la fin de l'été déjà, il avait plu comme jamais, le côté droit de ma chevelure dispersée me démangeait frénétiquement et le nouveau short de mon sponsor de l'époque frottait sans régularité mon testicule droit. J'avais grande envie, en ce jour pluvieux d'été, de me raser les cuisses. La peau de mes joues – piquetée d'une chair de poule inégale, rasée dans la précipitation, avant de prendre le car jusqu'au stade – chauffait avec insistance. J'avais fait le deuil, une fois de plus, du meilleur saut. J'étais parti sans y penser, en comptant les deux premières foulées seulement, le dossier au quart décroché. Je ne me souviens plus du saut en lui-même et lorsque je regarde la cassette VHS de la télévision suédoise, je ne vois rien sinon les marques, l'élan, le rythme et les appuis d'un saut comme les autres. Les meilleurs en réalisent sans forcer plusieurs de cette trempe dans l'année – pas moi. Huit mètres zéro trois. Je me rappelle m'être relevé en me léchant la lèvre supérieure, tout en me battant les fesses des deux mains. Je déteste sentir le sable mouillé sur mon cul. Mon entraîneur, Franckie, était debout. Mon record personnel. C'était il y a cinq ans tout juste, maintenant. Huit mètres zéro trois, c'était un bond excellent, qui me plaçait en quatrième position, même si je n'y avais certainement pas mis toute mon âme. Quand je pensais au saut parfait que je ferais, je l'imaginais d'abord comme s'il pouvait justifier mon existence dans sa totalité, ses souffrances aussi bien que ses joies, son temps perdu, regagné sur quelques mètres de distance rognée à l'horloge de tant de sacrifices, d'entraînements, d'heures de déplacements, de mauvaises nuits et de matinées vides.Je l'imaginais aussi comme une petite peinture, un tableau, une symphonie qui exprimerait mes amours, mes parents, mon enfance, mon meilleur ami, la cabane de bois du voisin, la planche de chêne qui m'était tombée sur la tête, la soupe, les orties, l'heure de cours de biologie du mardi, Charlène, le métro, le parking, l'oreiller jaune, la télé et tout le reste. J'imaginais le saut comme un geste qui laisserait ressurgir aux yeux du monde ce qui, année après année, s'était enfoui en moi. Mais je ne suis pas un peintre, un saut, ça ne représente rien. À moins qu'il ne soit parfait. Aujourd'hui, lorsque je me retourne, je sais que je n'ai jamais fait mieux de ma vie qu'un mardi d'été qui touchait à sa fin, à Malmö sous la pluie. Et dans le meilleur saut de ma carrière déclinante, je ne trouve rien de moi. Est-ce qu'il était vide ? Ou rempli d'une pensée à jamais prisonnière ? Durant la première moitié de sa carrière, on court après le saut parfait ; durant la seconde, on s'aperçoit peu à peu qu'on a déjà sauté le plus loin qu'on pouvait. On court alors en désespoir de cause après ce saut déjà hors d'atteinte. À présent, à chaque meeting d'importance, avant de passer, je tends fébrilement mon vieux slip sur ma couille droite, en quête de l'angle exact. Je me gratte avec précaution la moitié gauche du crâne, à la recherche de cette pellicule si particulière à un centimètre du sommet et je détache un quart de mon dossard. Je me coupe toujours au rasoir, avant de prendre le car en retard. Je regarde les poils sur mes cuisses. Je cherche le souffle de travers. Et, le nez en l'air, j'attends la pluie d'août. Je ne pense plus du tout à mon enfance ; je sais bien qu'elle ne réapparaîtra pas dans un saut, quel qu'il soit. C'est con. Je voudrais juste atteindre huit mètres zéro trois une seconde fois. C'est tout ce que je demande, oh, mon Dieu, rien de mieux. Je me fiche du saut parfait ; c'est une idée bonne à occuper votre jeunesse. Je reveux celui de Malmö. Je l'ai gaspillé, je le sais ; je n'y ai même pas réfléchi, je ne l'ai pas senti venir lorsque j'ai posé le pied sur la planche. C'était le meilleur saut de ma vie et il est passé à la manière d'un moment ordinaire. Je saute aujourd'hui en attendant la pluie qui n'est ni de juillet ni de septembre, ni d'Oslo ni d'Helsinki. J'y pense à chaque fois, à chaque pas, chaque foulée, en l'air et le cul dans le sable. Déjà, je me dis : c'était ça ! Profite, profite, profite. Et quand je lève les yeux, je trouve Franckie, mon entraîneur, assis. Je suis loin, très loin. Un homme coiffé d'une casquette ratisse derrière moi le bac, il efface mes traces, aplanit le champ pour le prochain et me fait signe avec impatience d'évacuer la zone d'arrivée. Je donnerais sans hésiter la possibilité d'un record du monde et d'une médaille olympique dans deux ans, si Dieu me le proposait, pour sauter une seconde fois à huit mètres zéro trois, un mardi d'août à Malmö. Mais en sachant ce coup-ci, au moment même où mon pied gauche décolle de la planche d'appel, que ce saut marquera pour mon existence un sommet depuis lequel, à huit mètres zéro trois, je pourrais une demie-seconde durant contempler toute ma vie. D'en bas, j'aperçois bien où et quand j'ai culminé ; mais à Malmö, cet été-là, je crois qu'une fois en l'air j'ai fermé les yeux – et je m'en veux. Extrait de En l'absence de classement final, Gallimard (2012) © Éditions GallimardTous les droits d'auteur de cette oeuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celle-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

Le 28 octobre 2015 à 09:23

La beauté du sport amateur

Au bout de trois tours, j'avais fini par comprendre qu'il s'agissait de prendre la balle et de la passer à son voisin. Elle était un peu plus petite qu'une balle de hand, mais très lourde. De loin, elle donnait une impression de souplesse, mais au toucher, elle était d'une matière s'approchant du formica. Elle passait de mains en mains, un peu comme un témoin dans une course de relais. Nous faisions des pas chassés autour de ce qui ressemblait à un but de football.Il n'y avait aucune urgence, aucune pression, aucun élan. Personne ne tentait de marquer, ça ne devait pas être l'objectif. L'ambiance était à la désinvolture. Les membres des équipes (il y en avait manifestement trois, puisque les uns portaient un t-shirt bleu, d'autres un t-shirt vert, et les derniers des protège-tibias jaune) affichaient un air de détachement, voire de dédain à l'égard du jeu. C'était tellement ostentatoire que je me mis à croire qu'ils obéissaient là à une des règles. Alors j'ai fait la moue – j'ai senti une forme de contentement de la part des Verts, dont je faisais partie. En tout, on comptait seize joueurs.Tout le monde parlait à mi-voix, je ne distinguais pas grand chose. Il n'était pas question du match que nous étions en train de jouer, c'est sûr. J'étais le seul sans moustache.Il y avait un arbitre, placé à une cinquantaine de mètres de nous sur le terrain vague (nous nous trouvions sur un long espace en extérieur, moitié boueux, moitié herbu). Il portait un mégaphone à sa bouche régulièrement. "200 !", cria-t-il. Puis : "145 !". Il se passa un long moment encore avant qu'il répète : "145, j'ai dit !". Selon ce que je constatais, les joueurs ne modifiaient pas leur comportement, ni le rythme ni rien.D'autres projectiles entrèrent soudain dans le jeu, sans que je comprennent d'où ils venaient. En lieu de balles, il fut plutôt question de billes en métal. Quelqu'un les projetait sur nous à toute force, alors qu'on continuait les pas chassés. Aucun mouvement d'esquive de la part des joueurs. Rapidement, ils se mirent à saigner, des ecchymoses, des plaies. Des arcades sourcilières éclatèrent, je me protégais comme je pouvais, tout en continuant de passer la balle à mon voisin.L'arbitre agita une clochette à l'autre bout du terrain. Aussitôt, les Bleus exultèrent, sauts en l'air, chant de victoire. Les Jaunes se congratulèrent chaleureusement. Les Verts n'étaient pas mécontents non plus. "On a fini troisièmes, pas mal", me glissa un coéquipier qui pansait son genou. Bon esprit, me dis-je. On se donna rendez-vous à l'année prochaine.

Le 23 octobre 2012 à 15:57

Le problème avec la déchéance de Lance Armstrong

Le problème avec la déchéance de Lance Armstrong c’est qu’elle risque fort de mettre financièrement dans la dèche de nombreux parents à travers le monde, car il n’est un secret pour personne que le célèbre cycliste américain, en héros international de la pédale avait suscité nombre de vocations pour la bicyclette, passion transmise dès le berceau aux jeunes générations auxquelles les exploits du Texan étaient racontés avec ardeur telles de fantastiques épopées, et que quiconque a récemment mis les pieds dans un Carrefour au rayon matériel scolaire a pu constater que l’Enfant, aujourd’hui, éprouve visiblement la nécessité d’être matériellement équipé de façon à rendre hommage à ses divers héros, et que par conséquent des centaines de familles à travers le monde vont devoir se priver dans le but de racheter ce weekend au petit dernier archifan du cycliste un cartable Dopera l'exploratrice, un exemplaire de Oui-Oui et la piqûre magique, un autre d’Harry Potter et le Cycliste de sang-mêlé, des caddies entiers de tubes de bonbons Mythos et de pastilles Triche-tac à seulement deux calories sans compter une paire de baskets La Coke sportif chez Décathlon, sauf que Décathlon, comme nom c’était bien beau mais après résultats de test anti-dopage, ça va peut-être être obligé de se rebaptiser “Biathlon” du coup, voire “Microathlon”, “Minigolf” ou même “Parcours de santé du dimanche pour senior dans la forêt de St-Cucufa” et ça, il faut bien avouer que comme nom c’est quand même vachement moins pratique à taper dans le GPS. C’est ça le problème avec la déchéance de Lance Armstrong.

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