En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions. mercredi 6 - vendredi 8 juin 2007
Heiligendamm, Allemagne. Au sommet annuel du G8, Ségolène Royal fait une arrivée remarquée dans un petit planeur électrique aux couleurs de l’Europe, construit par la société Heuliez. Attendue sur le petit aérodrome de Heiligendamm, elle se pose sur le parking d’un supermarché voisin.
Un taxi la ramène à l’aérodrome, où Angela Merkel est venue la saluer. Mais la présidente, snobant la chancelière, préférera serrer la main du président de l’aéro-club local. Ses relations avec Mme Merkel sont tendues. Selon Le Canard Enchaîné, la présidente « ne lui pardonne pas d’avoir été élue femme la plus puissante de la planète, alors qu’elle même ne figure pas au palmarès ». Il existe, assure le magazine allemand Der Spiegel, une compétition acharnée entre ces deux femmes, « sur le mode : “ C’était mon idée ! — Non, j’y avais pensé avant ! ” » Sous le manteau, des conseillers diplomatiques confient à Marianne : « L’une traite l’autre de grosse vache [ou bien,plus soft : de Walkyrie luthérienne ? ] ; l’autre appelle l’une la Madone des marais. »
Ses rapports avec Vladimir Poutine sont plus ambigus. « Ils balancent entre la fascination et la répulsion, explique le psychanalyste Gérard Miller auquel le magazine Politis a eu la bonne idée de s’adresser. L’homme lui rappelle étrangement son père : ça ne m’étonnerait pas qu’elle lui fasse un procès un jour. »
La présidente, ce mercredi 6 juin, s’entretient une heure et demie en tête à tête avec M. Poutine. Au sortir de l’entretien, elle retrouve la presse devant laquelle elle délivre l’un des discours les plus clairs et inspirés de toute sa mandature. C’est tout juste si les journalistes, éblouis, remarqueront le passage d’une civière qui emporte le Russe évanoui, les doigts crispés sur un magnum de vodka vide. Cette rencontre laissera une profonde impression sur Vladimir Poutine, lui inspirant ces mots qui, dans sa bouche, sont le plus beau des compliments : « Elle a des couilles, cette femme ».
Avec Silvio Berlusconi, les choses sont plus claires : elle le déteste. Il représente tout ce qu’une femme comme elle, descendante en ligne directe d’Olympe de Gouges, abhorre. Cependant, comme il est le seul à remarquer qu’elle a une nouvelle coupe de cheveux, pour laquelle il la complimente longuement, elle finira par le trouver attendrissant et même, « marrant ».
Lors de la conférence de presse clôturant le sommet, prenant tous les participants de court, elle annonce qu’ils se sont tous mis d’accord pour que le G8 se transforme en G 238 [G192 ?], regroupant tous les pays de la planète. Une crise diplomatique est évitée de justesse grâce au traducteur qui avouera s’être trompé dans les chiffres…
Eric Besson, ministre de l'Industrie, de l'Energie et de l'Economie numérique, enregistrement de l'émission Capital sur M6, mercredi 15 juin 2011.
C’est à des petits détails comme çà qu’on
mesure toute l’évolution d’un quinquennat. « Casse toi » lançait
Nicolas Sarkoy à un importun le 23 février 2010, « je me casse »
jette Eric Besson seize mois plus tard au journaliste qui l’interroge avec
insistance sur la sécurité nucléaire
qui, en France, ne serait peut-être pas comme un ciel sans nuage (de Tchernobyl). De la présidence impérieuse au
gouvernement déserteur, de l’injonction à l’objection, le bilan le voilà.
Le ministre de l’Industrie y ajoute sa propre
touche fécale (un désir pressant de Dame Pipi serait-elle la vraie raison de
ce départ inopiné ?), mais le
symptôme clignote : parti pour rester quand le président de la République se la
jouait Rambo au salon de l’Agriculture, le pouvoir s’apprêterait à partir tout
court dès lors qu’un ministre vire à l’ado boudeur. Pas si simple.
Le Verbe façonne l’Histoire des années
sarkozystes, mais dans tous les sens.
Au commencement le président était Bling-Bling, sa présidence s’achève
sur une note Areuh-Areuh, suite à la grossesse de Madame officiellement
affichée à la face du G8. De la téléréalité à télétubbies, ce serait un
changement de programme. Une sorte de recommencement qui peut faire craindre à
d’aucuns qu’au lieu de se « casser » pour de bon, le régime en place
envisage de prendre racine. Il fut un temp où le président était l’hôte de
l’Elysée, désormais il y crêche.