Télérama Dialogue : Les Pinçon-Charlot

Les Rencontres Télérama

Le 21 septembre 2015, toute la rédaction de Télérama s'est mobilisée pour célébrer le travail d’artistes, créateurs et intellectuels avec lesquels l’hebdomadaire entretient une relation singulière. Chaque journaliste a choisi d’interviewer selon son goût, sa curiosité, une personnalité marquante, présente ou pas dans l’actualité de cette rentrée culturelle, star dans sa discipline ou pas encore révélée au plus grand nombre. L’occasion d’entendre parler littérature, cinéma, musique, design, théâtre, photographie, BD, mais aussi journalisme et sciences humaines…

> Retrouvez Monique Pinçon et Michel Pinçon-Charlot en interview vidéo dans notre dossier "Mon pauvre !"



Marier l'appétit culturel de Télérama à l'audace impertinente du Théâtre du Rond-Point lors de soirées préparées en commun. Autour d'un artiste phare ou d'un thème provocateur, il s'agit gaiement de torpiller et reconstruire le monde ensemble. Avec légèreté et gravité. Sans trop d'esprit de sérieux. 

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À voir aussi

Le 22 juin 2010 à 14:49

Appelez-moi le Directeur !

Ça c'est le Rond-Point

Hall du Théâtre du Rond-Point. Une spectatrice compulse fébrilement le programme de saison. Soudain elle se dirige vers le responsable de l’accueil. LA SPECTATRICE. – S’il vous plaît, appelez-moi le Directeur !Le Directeur apparaît aussitôt derrière elle. LE DIRECTEUR. – Madame ? LA SPECTATRICE. – Je ne peux pas le croire, il n’y a aucun auteur mort ici ? LE DIRECTEUR. – C’est un théâtre Madame, pas un cimetière. LA SPECTATRICE. – Et ce n’est pas dans les théâtres que sont joués les grands auteurs ? LE DIRECTEUR. – C’est ce que nous faisons Madame. LA SPECTATRICE. – Vous plaisantez ? LE DIRECTEUR. – Du tout. LA SPECTATRICE (montrant le programme). – Mais ils sont tous vivants chez vous !LE DIRECTEUR. – Et alors ? LA SPECTATRICE. – Comment pouvez-vous savoir si ce sont de bons auteurs ? LE DIRECTEUR. – Nous faisons confiance à notre goût, Madame. LA SPECTATRICE. – Quel goût ? Vous êtes capable vous, de dire si l’entrecôte est bonne quand la vache est encore vivante ? Qui peut jurer de la saveur d’une saucisse ou de la qualité d’une rillette quand le cochon patauge dans les topinambours ? LE DIRECTEUR. – Madame, je vous assure qu’ici…LA SPECTATRICE. – Non, pas à moi, je connais la chanson ! Vous connaissez Lucien Karl ? Jacques Lecalin ? André Granbourg ? LE DIRECTEUR. – Non. LA SPECTATRICE. – Normal. Tous oubliés. Des nuls. Seulement, de leur vivant, leurs pièces ont assommé des centaines de spectateurs imprudents, dont ma propre famille, qui s’étaient jetés dans des théâtres sans vérifier l’acte de décès de l’auteur…, et je ne parle pas des acteurs indigents qui les jouaient…LE DIRECTEUR. – Ah ça, les acteurs, vous comprendrez que nous sommes obligés de les engager vivants. Même si j’imagine que pour vous, l’idéal serait que des acteurs morts jouent des auteurs morts. LA SPECTATRICE. – Ah ça c’est sûr ! Croyez-moi, si vous programmiez Sarah Bernhardt dans une pièce de Corneille, ce serait un tabac ! Et nous les spectateurs on viendrait les yeux fermés. LE DIRECTEUR. – Mais vivants ? LA SPECTATRICE. – Et heureux de l’être !… Quand même, reconnaissez que ce que je vous dis est l’évidence même. LE DIRECTEUR. – Je n’en suis pas sûr. LA SPECTATRICE. – Ah bon et pourquoi ?!LE DIRECTEUR. – Vous êtes vivante, Madame. LA SPECTATRICE. – Exact (elle reste interdite un instant). Ce n’est pas faux. LE DIRECTEUR. – J’en ai l’impression. LA SPECTATRICE. – C’est ce que me dit souvent mon mari quand je lui parle. LE DIRECTEUR. – Qu’est-ce qu’il vous dit ? LA SPECTATRICE. – « Tu sais Simone, par moments je te préfèrerais morte que vivante ». LE DIRECTEUR. – Je le comprends. LA SPECTATRICE. – Seulement c’est pas gagné parce que si une fois morte je ne valais plus rien ? LE DIRECTEUR. – Ça, mystère… !LA SPECTATRICE. – La solution serait…LE DIRECTEUR. – Peut-être que vous ne mangiez plus de viande…LA SPECTATRICE. – Voilà ! Comme ça on est tranquille… peu importe que la vache soit vivante ou pas…LE DIRECTEUR. – Je vous propose un abonnement ? LA SPECTATRICE. – Pourquoi pas. LE DIRECTEUR. – La caisse est ici Madame. Autre chose ? LA SPECTATRICE. – Non… tout va bien. Merci. LE DIRECTEUR. – À bientôt Madame. La spectatrice sort son carnet de chèque en fusillant du regard le Directeur qui s’éloigne…LA SPECTATRICE. – Je l’aurai… un jour je l’aurai…FIN

Le 12 avril 2010

Guérison

Pièce brève de Jean-Michel Ribes

Ils discutent en marchant.-    Le mot théâtre vous donne-t-il envie d’aller au théâtre ?-    Ce sont plutôt des amis.-    Qui vous donnent envie ?-    Disons qui m’y entraînent.-    Jamais le mot ?-    Le mot théâtre ?-    Oui.-    Rarement.-    Comme moi. A mon avis, il est foutu.-    Le mot théâtre ?-    Oui, peut-être même est-il mort sans qu’on s’en soit aperçu.-    On en aurait parlé dans les journaux ou à la télé.-    Il n’y a pas de théâtre à la télévision.-    Non, mais il y a des nouvelles, et le décès d’un mot comme théâtre aurait fait des vagues, quand même.-    Vous avez peut-être raison.-    Il est toujours là c’est sûr.-    Pas en grande forme en tout cas.-    Possible.-    Amoindri.-    Probablement.-    Je me demande s’il n’est pas temps qu’on lui rajoute des lettres.-    Des lettres ?-    Oui. Un « e », un « o », un « p » ou mieux un « t », le « t » renforce bien le mot, ça le structure. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si « structure » en a deux. Vous imaginez « structure » sans « t » : « srucure ».-    C’est vrai ça ne donne pas très envie de se construire.-    Pour le moins.-    J’ignorais totalement l’importance de la lettre « T » pour le soutien du mot, pour son dynamisme.-    Elle est essentielle. Regardez, pour la prévention du danger, on en a mis trois : ATTENTION ! que serait ce mot alarme sans ses trois « T » : (il crie)« A-en-ion  l’immeuble s’écroule ! » personne ne bougerait.-    C’est fou, on ne réalise pas que le T peut nous sauver la vie.-    Très souvent.-    Ce qui m’inquiète tout à coup c’est qu’il n’y en a pas dans « médecin ».-    C’est pour ça que moi j’appelle toujours un docteur. Au moins il y en a un.-    Les bons devraient en avoir deux.-    Doctteur.-    Oui, ou docteurt. Vous avez un rhume, vous consultez un docteur, pour une angine de poitrine, vous  courrez chez un docteurt.-    Ce serait beaucoup plus simple c’est vrai.-    Plus juste surtout. Et quand à ceux qui ne guérissent jamais personne on leur enlèverait leur « t » au bout de six morts par exemple. Qui alors irait se faire soigner chez un « doceur » !?-    Personne bien sûr.-    Je pense qu’il faudrait organiser une réévaluation des performances de l’ensemble des praticiens suivie d’une répartition de la lettre « t » aux vues de leurs résultats.-    Cela permettrait sûrement  de rééquilibrer le budget de la santé.-    Ne vaudrait-il pas mieux dire « avec t » ?-    Que santé ?-    Oui.-    Non, santé convient parfaitement pour désigner la bonne forme, un mot sans « t » est un mot qui va bien, regardez plaisir, paradis, rebond, envol, cognac.-    Crevette, escargot et lansquenet ne vont pas mal non plus.-    Enlevez leur donc le « t » et vous verrez leur mine.-    Vous avez raison.-    Le « t » est un renfort, une vitamine, parfois une prothèse.-    Mais j’y pense tout d’un coup, le mot théâtre en a déjà deux !-    Vous vous rendez compte ce qu’il porte ?-    Quoi de plus ?-    Deux mille cinq ans de tragédies, farces, drames et comédies ! d’Eschyle à Becket !     Toute l’angoisse et l’ironie du monde qu’il doit dire avec seulement sept petites lettres !-    Mon Dieu ! vite, rajoutons-lui un T.-    A mon avis deux est un minimum.-    Deux ! ça ferait quatre !?-    Pensez à l’avenir.-    Ça va continuer encre longtemps le théâtre ?-    J’en ai peur.-    Bon va pour quatre. Ce qui donne ?-    Thétatret.-    Thétatret ?-    Oui. Alors ? -    pas mal.-    Si je vous proposais d’aller au thétatret ce soir…-    Je ne dirai pas non, une soirée au thétatret, ça donne envie !-    Je crois que nous l’avons sauvé !Un temps-    Dites moi ?-    Oui.-    Le mot apéritif vous donne-t-il envie de boire un apéritif ?-    Toujours.-    Moi aussi. Je vous invite à boire un verre au bar du thetatret, ça vous dit ?-    J’adore les théatrets qui ont un bar ! Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701

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