Christophe Alévêque
Publié le 27/08/2010

Libertude, égalitude, fraternitude


L'autre feuilleton de l'été - 25

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.
mardi 19 juin 2007
Loi de finances rectificatives. Elle est votée des deux mains par la nouvelle assemblée, convaincue qua ça fera plaisir à Ségolène et que de toute façon, le Sénat va rejettera illico cette abomination comptable. Mais le Sénat, victime d’une malencontreuse panne de sonorisation, va l’approuver — il a cru voter la hausse de ses indemnités parlementaires.
Cette loi ambitieuse se conforme aux intentions annoncées par la présidente : « On fait tout passer tout de suite, après ça on n’en parle plus. » Le budget de la Justice est doublé. Le budget de l’Armée est doublé. Le SMIC est porté à 1 500 €. Le budget de la Recherche est augmenté de 61,05 % — soit cinq années d’augmentation à 10 % d’un coup.
Les petites retraites et les allocations adulte handicapé sont augmentées de 5%. L’allocation de rentrée scolaire est doublée.
Trop, c’est trop : au soir du vote par le Sénat, le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, annonce son retrait définitif de la vie politique et institutionnelle : « Je vais me payer un beau petit ksour à Djerba et à partir de maintenant, ce sera zéro stress et poisson grillé tous les soirs : ça va me faire le plus grand bien », déclare au Figaro l’irascible serviteur de l’État.
Catherine Simonet, secrétaire d’État de l’argent à collecter, à compter et à répartir, chargée de financer les réformes, fait une attaque de nerfs dans son bureau de Bercy, avant de sombrer dans une profonde dépression. Elle est consolée par Dominique Strauss-Kahn qui déclare, au sortir de la réunion : « Je n’ai pas touché à sa calculette. » Mme Simonet sera remplacée par l’ancien comptable de l’association Désirs d’Avenir. Celui-ci parviendra, par miracle, à équilibrer les comptes en procédant, selon ses dires, à « des opérations de bon père de famille Poitevin ».
A Saint-Martin-du-Fouilloux, dans canton de Ménigoute (79), le conseil du ministre annonce le lancement du grand chantier « Des logements pour tous, par tous, et partout ». L’objectif de la candidate Royal était de construire 120 000 logements sociaux par an : pour être sûr de l’atteindre sur l’ensemble du quinquennat, on en démarre 600 000 d'un seul coup, avec le soutien de l’armée dite « de travail » — et dans demander leur avis aux maires.
Le secteur du BTP explose. Dans les  semaines qui suivent, le groupe Bouygues, par la voix de son directeur général Nicolas Sarkozy, annonce l’embauche de 15 000 personnes, pour la plupart des travailleurs immigrés en instance de régularisation : Avocat de formation, Nicolas Sarkozy se battra pour eux avec acharnement afin d’accélérer la procédure.
Parallèlement, l’immobilier dégringole et les loyers, en particulier à Paris, chutent — permettant ainsi aux familles de devenir propriétaires, ou bien d’augmenter leur pouvoir d’achat, ou encore d’augmenter tout court.
Une épidémie de suicides éclate dans les Hauts-de-Seine. « Les gens ont du mal à se faire au changement, tempère Patrick Devedjian, qui vient de succéder à Nicolas Sarkozy à la tête du conseil général. Il y a une espèce de mode du suicide, mais je pense que ça va se calmer ». Ça se calme, en effet, quand on découvre que les suicides font plonger davantage la valeur des terrains

La suite demain...
Adolescent, il découvre la liberté de ton de Bedos, et la syntaxe de Desproges. Il admire l'audace de l'un et la rhétorique de l'autre. Il grandit sur scène, fait sauter les bombes pour les désamorcer, et chronique la société chez Ruquier, Drucker ou Ardisson. Il écrit et tourne partout Debout, solo explosif avec chansons, revue de presse et tirs à vue sur l'horreur d'une société molle. Après le succès de Super Rebelle au Théâtre du Rond-Point, Christophe Alévêque y revient pour démonter l'actualité. Plus que jamais, tolérance zéro pour les maîtres du monde, leurs reptiles suiveurs et autres insectes rampants. 

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Le 1 septembre 2010 à 07:46

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L'autre feuilleton de l'été - 30

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 2 juillet 2007 Accords de Khartoum. Le conseil du ministre du mardi 3 juillet est prévu à Soudan, petite communauté des Deux-Sèvres, dans le canton de la Mothe-Saint-Héray. On y attendra en vain la présidente. Dans la soirée du lundi, en effet, Ségolène Royal s’envole pour le Soudan africain en compagnie de Bernard-Henri Lévy. A peine descendus de l’avion, ils proposent, spontanément, une rencontre à huis clos entre les belligérants de la guerre civile au Darfour. « Depuis le temps que ça dure, explique la Présidente, il faudrait peut-être passer à autre chose : parce que là, je ne vous le cache pas, la communauté internationale commence à en avoir plein le dos. » La rencontre a lieu le soir même au Hilton de Khartoum. Sous l’impulsion de la Présidente et de son porte-parole, un accord est trouvé en moins de sept heures entre les milices Janjawid, l’Armée de Libération du Soudan, le Mouvement pour la Justice et l'Égalité, l’Armée Populaire de Libération du Soudan, les différents chefs de guerre et les gouvernements de Pékin, de Khartoum et de N’djamena. Sitôt l’annonce connue, un vaste sursaut démocratique électrise la société soudanaise : le général Omar el-Béchir est destitué sous les vivats de l’armée ; une coalition gouvernementale multiethnique se met en place, emmenée par la socialiste Fatima Ahmed Abdelmahmoud : elle sera confirmée par les urnes trois mois plus tard et mettra sur pied une commission « Franchise et Réconciliation ». « Une bonne chose de faite, commentera la Présidente au sortir de la réunion. Comme quoi quand on veut, on peut. Et ce n’était quand même pas la mort du petit cheval. »Dans les heures qui suivent, une immense vague de soulagement s’empare du monde entier — qui n’en pouvait plus de voir depuis cinq ans, l’actualité trustée par ce génocide inexplicable et sans éclat. Les dons affluent, par milliards, sur Internet. Cet enthousiasme planétaire désamorce un début de crise diplomatique entre Paris et Pékin : rappelé dans son pays, l’ambassadeur chinois reçoit sur le tarmac d’Orly un coup de fil lui enjoignant de reprendre le bus pour l’avenue George-V. A quelque temps de là, la Fondation Total pour le Bien-Être des Pauvres qui ont du Pétrole (FTBEPP) annonce un programme de dispensaires gratuits dans le sud Soudan — malgré les protestations de la China National Petroleum Corporation, qui a des intérêts dans la zone. Le Fonds Areva pour l’Avenir de l’Énergie et des Peuples qui ont de l’Énergie, mais pas d’Avenir (FAAEPEA) fait savoir qu’il prend à sa charge le rapatriement des populations déplacées — malgré les protestations de la China National Nuclear Corporation qui extrait de l’uranium dans la région. La tragédie du Darfour est close. L’initiative française soulève de vives critiques à l’ONU : le premier Secrétaire Général Ban Ki-moon déplore de la « précipitation coupable » avec laquelle l’affaire a été menée, « sans concertation aucune avec les instances internationales ». En France, la droite — par la voix Charles Pasqua — tonne contre une « initiative boum-boum » qui « manque de correction » et ravale « la politique africaine de la France au rang de l’amateurisme ». Le Parti socialiste lui aussi se montre très réservé, sans trop savoir pourquoi. Une déclaration de Benoît Hamon résume bien le sentiment général : « Ben je sais pas… Quand on est socialiste, et qu’on voit une initiative comme ça, super concrète, qui donne des résultats… Et que tout le monde est content… C’est permis d’avoir des doutes, quand même. » Le divorce se creuse entre la Présidente et son parti. Enfin, une protestation unitaire montée par l’extrême-gauche : « Tout ça, c’était pour le pétrole », se solde par un cuisant échec : deux cents manifestants d’après les organisateurs, et Olivier Besancenot d’après la police. Selon une enquête indépendante menée par une ONG, les accords de Khartoum ont permis d’épargner plusieurs centaines de milliers de viesLa suite demain...

Le 15 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 13

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mardi 8 mai 2007 Le recul sur soi-même continue : beaucoup de Français en profitent pour rester chez eux. La candidate élue, sous les applaudissements de la foule, accroche à son balcon un drapeau tricolore. Le 8 mai sera dorénavant fêté comme la « Journée de la victoire et du recul ». mercredi 9 mai 2007 Paris, rue d’Enghien. Le « recul » de la gauche atteint son zénith, avant l’élan de la grande fête prévue le lendemain. L’UMP en profite, par esprit de contradiction et d’opposition, pour avancer. Une réunion extraordinaire de tous les courants a été convoquée en l’absence du de Nicolas Sarkozy. Le candidat malheureux est toujours interné en Hongrie, dans un service psychiatrique où il recommence, tout doucement, à parler à l’endroit, avec l’aide d’un orthophoniste grec orthodoxe. La réunion se passe mal. Le slogan des centristes, « Séparément tout devient possible », remporte un franc succès. Cette forteresse politique qu’était l’UMP, patiemment cimentée par le leader de la droite, implose d’un coup, se désagrégeant en une multitude de petits partis : le PVG (Parti des Vraies Gens), le RGV (Rassemblement de Gens Vrais), le PNGC (Parti des Nouveaux Gens du Centre), les RG (Républicains pour les Gens), l’UNG (Union Nationale des Gens) et l’IVG (Internationale des Vraies Gens) pour les principaux. Il subsiste un embryon de tendance sarkozyste, qu’incarne à lui tout seul le fidèle Frédéric Lefebvre ; mais ce dernier n’a pas choisi son parti. Emmenés par Hervé Morin et André Santini, les centristes ont boudés la rue d’Enghien, mais aussi le MoDem de François Bayrou. Ils annoncent la création du Centre Nouveau des Femmes de France mais aussi des Hommes, et des Gens en Général (CNFFH-GG) — bientôt rebaptisé « le Point G » par les radios, pour des raisons de prononciation. Leurs intentions sont claires : en rupture avec la stratégie ambidextre du MoDem, le Point G roule ouvertement pour la présidente. François Fillon sera l’un des premiers à les rejoindre. Ségolène les fera patienter une semaine dans leurs voitures, en bas de chez elle…   La suite demain...

Le 23 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 21

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 6 - vendredi 8 juin 2007 Heiligendamm, Allemagne. Au sommet annuel du G8, Ségolène Royal fait une arrivée remarquée dans un petit planeur électrique aux couleurs de l’Europe, construit par la société Heuliez. Attendue sur le petit aérodrome de Heiligendamm, elle se pose sur le parking d’un supermarché voisin. Un taxi la ramène à l’aérodrome, où Angela Merkel est venue la saluer. Mais la présidente, snobant la chancelière, préférera serrer la main du président de l’aéro-club local. Ses relations avec Mme Merkel sont tendues. Selon Le Canard Enchaîné, la présidente « ne lui pardonne pas d’avoir été élue femme la plus puissante de la planète, alors qu’elle même ne figure pas au palmarès ». Il existe, assure le magazine allemand Der Spiegel, une compétition acharnée entre ces deux femmes, « sur le mode : “ C’était mon idée ! — Non, j’y avais pensé avant ! ” » Sous le manteau, des conseillers diplomatiques confient à Marianne : « L’une traite l’autre de grosse vache [ou bien,plus soft : de Walkyrie luthérienne ? ] ; l’autre appelle l’une la Madone des marais. » Ses rapports avec Vladimir Poutine sont plus ambigus. « Ils balancent entre la fascination et la répulsion, explique le psychanalyste Gérard Miller auquel le magazine Politis a eu la bonne idée de s’adresser. L’homme lui rappelle étrangement son père : ça ne m’étonnerait pas qu’elle lui fasse un procès un jour. » La présidente, ce mercredi 6 juin, s’entretient une heure et demie en tête à tête avec M. Poutine. Au sortir de l’entretien, elle retrouve la presse devant laquelle elle délivre l’un des discours les plus clairs et inspirés de toute sa mandature. C’est tout juste si les journalistes, éblouis, remarqueront le passage d’une civière qui emporte le Russe évanoui, les doigts crispés sur un magnum de vodka vide. Cette rencontre laissera une profonde impression sur Vladimir Poutine, lui inspirant ces mots qui, dans sa bouche, sont le plus beau des compliments : « Elle a des couilles, cette femme ». Avec Silvio Berlusconi, les choses sont plus claires : elle le déteste. Il représente tout ce qu’une femme comme elle, descendante en ligne directe d’Olympe de Gouges, abhorre. Cependant, comme il est le seul à remarquer qu’elle a une nouvelle coupe de cheveux, pour laquelle il la complimente longuement, elle finira par le trouver attendrissant et même, « marrant ». Lors de la conférence de presse clôturant le sommet, prenant tous les participants de court, elle annonce qu’ils se sont tous mis d’accord pour que le G8 se transforme en G 238 [G192 ?], regroupant tous les pays de la planète. Une crise diplomatique est évitée de justesse grâce au traducteur qui avouera s’être trompé dans les chiffres…    La suite demain...

Le 14 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 12

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 7 mai. Depuis l’aube, Ségolène Royal se cloître dans son appartement parisien. Elle a refusé de passer rue de Solferino, assurant qu’elle n’avait pas trouvé un taxi de libre. Le bureau exécutif du Parti socialiste, réuni en cellule de crise, décide à l’unanimité de lui en commander un : elle le fait renvoyer, arguant qu’il n’est pas électrique.   Les résultats du vote remodèlent en profondeur la physionomie du Parti socialiste. Il y a déjà le retrait de la vie politique de Lionel Jospin — véritable coup de tonnerre qui laisse tous les vrais socialistes orphelins. Puis, au matin du 7 mai, le Premier secrétaire François Hollande annonce qu’il quitte ses fonctions pour reprendre sa « liberté de parole ». François Hollande entend créer au sein du Parti un nouveau courant, où sont conviés « tous les vrais gens de gauche, et tous les maris séparés ».De nouvelles élections sont planifiées en hâte : c’est finalement François Peillon qui sera élu Premier secrétaire, au cours d’un petit-déjeuner participatif, en tête-à-tête avec la présidente des Français. Le vote français fait naturellement la une de la plupart des quotidiens français ou internationaux. Libération publie en une la photo de la candidate élue, brandissant un balai-brosse à la Bastille, avec cette seule légende : « youpi ». Dans Le Monde, qui titre « Une femme à l’Élysée », l’éditorial de Jean-Marie Colombani l’assure : « C’est une sorte d’espoir qui se lève pour la gauche ». Le Parisien, lui, proclame : « Marianne au pouvoir ! » et recueille les commentaires de Johnny Hallyday. « La Bourse chute à Paris », déplore Le Figaro. « La Royal surprise », ose France-Soir. Et Vins de France : « Royal au bar ! » A Libération, le service politique étant, la veille, parti se coucher de bonne heure, très abattu, on a tiré à la courte paille pour savoir qui, qui, qui — et c’est le chroniqueur musical Bayon qui s’est collé à la soirée électorale. Après cinq heures de Bénabar - Cali en attendant la présidente, et deux heures de serpillière en suivant, Bayon a sué sang et eau sur son article, tout en s’efforçant de rester fraternel : « Pour résumer Royal, écrit-il, d’abord, ce diamant brut Bowie 72 en constat d'impuissance : “ Wham bam, thank you ma'am ! ” — qui, à la suffragette citée, va comme un gant. » Bayon résume la longue attente à la Bastille, Cali qui se roule partout, les filles aux seins nus, pour se concentrer sur l’arrivée de Ségolène Royal : « … Suivent, en réminiscence Marquee 67, nappe analogique, fumigènes floydiens, avant l'ex machina descente, comme d'acide, de la Papesse PS. Dont l'introït messianique, sorte d'OGM transpol' San Francisco / SFIO, remixant aux accents jaurésiens une communion lysergique au chabichou, d'emblée, sèche.Sourire entre Baez et D'Arc, la mise de la Linda de Souza glam s'électrise d'un batik Grace “ feed your head ” Slick, période acid-coffee à la Maison-Blanche — bras mobiles, cheveu transhumant et gorge pleine, d'où la voix jaillit, libre absolument. Tantôt brame faithfullien, tantôt feulement Janis Summertime, on écoute, médusé, cette parole d'ailleurs, qui nous crie que c'est la nôtre. Libérant, torrentielles, les énergies sexuelles : Gaïa, Cybèle, Astarté. “ Ségo déchire sa mère ”, frémit un un kid voisin, catapulté par dyschronie K-Dickienne dans un concert des Slits 80. » Ce sera la seule incursion de Bayon dans le domaine politique. Pour Laurent Joffrin, qui assure avoir tout compris à l’article, « on n’a rien écrit de plus juste sur Ségolène Royal. »… Toute la journée, la candidate élue reçoit des visiteurs — tant des personnalités que de simples citoyens qui se sont inscrits sur son nouveau blog : « Avenir à venir ». Les gens font la queue sur le trottoir. Toute  personne souhaitant une entrevue doit apporter son manger et une idée sur un papier recyclable, à glisser dans une urne spécialement conçue à cet effet. Les surplus de nourriture seront distribués à des associations caritatives. Eric Besson attend sagement son tour dans la queue, muni d’un chabichou et d’une bouteille de Pineau blanc. Débusqué par les caméras de France 2, l’auteur de Qui connaît madame Royal ? revient sur sa démarche : « C’est vrai, j’ai écrit un livre sur elle — un livre sévère, mais juste —, pour la réveiller. Et je me réjouis d’avoir été entendu. Il va de soi que je ne demande aucun poste : je suis juste heureux pour la gauche. » On reconnaît aussi, parmi les visiteurs, le pénétrant essayiste Jacques Attali. Celui-ci apporte un rapport intitulé « Les cent premiers jours d’une présidente : cent pièges à éviter, cent trucs pour présider malin » — qu’on ne lui a pas demandé, mais qu’il compte bien remettre à la présidente. Il en détaille les points l’un après l’autre pour les médias qui s’ennuyaient sur le pavé. Jacques Attali repartira sans avoir été reçu, à la nuit tombée, blessé au genou par un caméraman qui a laissé choir sa caméra en s’endormant. Bernard-Henri Lévy, de son côté, explique inlassablement à la presse pourquoi cette mini retraite était nécessaire ; combien elle s’impose ; à quel point le symbole est fort ; qu’il faut prendre de la hauteur face à l’événement ; que lui-même se sent prêt, si Ségolène le lui demandait, à arrêter son métier  d’écrivain pour travailler à ses côtés. Cependant, les visiteurs ressortent l’un après l’autre de l’immeuble, transformés, radieux, hypnotisés. Le soir qui tombe ne dissipe en rien la magie : « Dans cette journée historique, j’invite chacun à prendre du recul sur soi-même », conclut Bernard-Henri Lévy, juste avant l’accident de genou de Jacques Attali. La journée du 7 mai inaugure en fait de que la presse baptisera « le temps du recul ». Il en filtre seulement deux propositions très symboliques — que Jean-Louis Bianco annonce aux médias à la nuit tombée. Désormais, chaque policière sera raccompagnée chez elle par un policier, lui-même escorté, dans un souci de parité, par un militaire, lui-même surveillé, dans un souci de réinsertion éducative, par un délinquant condamné aux travaux d’intérêt général. Par ailleurs, le Premier ministre sera un homme…   La suite demain...

Le 5 août 2010 à 11:36

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L'autre feuilleton de l'été - 3

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h59. Une étoile filante passe au-dessus de Melle. 20h00. Un visage se dessine enfin sur les écrans des électeurs. C’est une femme ! C’est Royal ! Dans les rues de Melle, c’est la folie furieuse : militants et curieux font des bonds dans de grands cris de joie, battent des mains, sourient bêtement aux caméras tout en montrant du doigt un vague copain — geste universel des gens qui ont gagné. Au siège de l’UMP, c’est la dépression. Une infinie tristesse se lit sur les visages. François Fillon joue au musée Grévin ; Rachida Dati pleure — on ne verra plus ses dents pendant cinq ans ; Eric Besson quitte immédiatement la place ; François Copé a un petit sourire narquois ; Eric Woerth déchire son carnet de chèque de rage ; Xavier Darcos tombe dans les bras de Xavier Bertrand, qui le laisse tomber ; Jean-Louis Borloo boit ; certains invités brûlent des billets de cent euros ; des militantes s’insultent. Au siège du Parti socialiste, c’est la schizophrénie. Tandis que les militants exultent, s’embrassent et, pour les plus exaltés, commencent à retirer leurs vêtements, les ténors du parti applaudissent en ménageant la paume de leur main. Ils se regardent entre eux, aussi surpris qu’effrayés par le résultat. Le ciel leur tombe sur la tête : ils sont consternés. A la télévision, les journalistes ont enfin le droit de commenter les premières estimations : 54,1 % pour Ségolène Royal, en totale contradiction avec les intentions de vote enregistrées jusque-là. Sur TF1, le dirigeant d’un institut de sondage tentera de se faire hara-kiri au maquillage. Les premiers invités arrivent maintenant sur les plateaux. Le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, vient d’envoyer un SMS à son ancien employeur avant d’intervenir sur France 2 : « La première chose, Élise Lucet, c’est que rien n’est encore joué », lance-t-il en coupant la parole à Élise Lucet. Mais il se fait couper la parole par David Pujadas : Ségolène Royal s’adresse aux Français…     La suite demain...

Le 30 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 28

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 25 juin 2007 Coup d’envoi de la Conférence nationale sur les salaires, les revenus et la croissance. Le mot d’ordre est simple : « On augmente, on augmente, on augmente ». Parmi les mesures phares : toute entreprise ayant bénéficié d’aides publiques sera contrainte de faire des bénéfices afin de ne pas licencier, de passer tous ses employés qui ne le sont pas encore en CDI, d’acheter des tremplins  pour pouvoir accueillir des jeunes et les occuper, de mettre en œuvre systématiquement une démarche de validation des acquis de l’expérience professionnelle, et de reconnaître à tous un droit à la formation et à la reconversion inversement proportionnel à la durée des études  — ce dernier point fera l’objet d’un traitement à part, dans le cadre d’un séminaire d’explication de texte, afin que chacun puisse le comprendre et le rendre opérationnel). Un revenu de solidarité active (RSA), permettant l’amélioration d'un tiers de ses ressources à tout bénéficiaire de minima sociaux reprenant le travail, est confié à Martin Hirsh. Celui-ci fera un étonnant lapsus en conférence de presse : « Je suis ravi, pour tous ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, que madame Ségolène Sarkozy me confie cette grande mission. » Le subtil essayiste Jacques Attali, qui venait à l’Elysée remettre un rapport intitulé « La solution au travail, salaires, revenus, croissance et autres », est arrêté alors qu’il tentait d’entrer à Matignon par une porte de service pour y déposer son oeuvre. Conduit au poste de police du VIIIe arrondissement, il sera relâché dans la soirée après confiscation du rapport. mardi 26 juin 2007 Réuni à Montravers, dans le canton de Cerizay, au bord de la Sèvre nantaise, le conseil du ministre annonce un chantier spécialisé, parallèle à la conférence sur les salaires, et qui concerne « la défense des 35 heures à travers leur assouplissement ». Il est décidé qu’une commission participative spéciale sera mise en place au retour de vacances de Martine Aubry, afin de savoir si Martine Aubry doit participer aux discussions… La suite demain...

Le 9 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 7

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200722h05. François Bayrou annonce le lancement d’un nouveau parti — le Mouvement Démocrate — dont il détaille la stratégie « ambidextre », reposant sur un appel « aux bonnes volontés de droite, de gauche, d’en haut, d’en bas, de derrière, de devant, pour avancer, ensemble, dans toutes ces directions à la fois. » A sa grande déception, François Bayrou ne sera pas suivi par la plupart des centristes. Ces derniers viennent de se découvrir des affinités profondes avec Ségolène Royal : « C’est elle, notre vraie famille, expliquera Hervé Morin. Notre ADN est là. » 22h15. « Cette fois-ci, c’est pour de bon. » Le socialiste Lionel Jospin annonce qu’il a se retire, de façon définitivement définitive, de la vie politique nationale. Lionel Jospin vivra dorénavant reclus sur l’île de Ré. Il entamera l’écriture d’un livre sur la rédemption, Tout est de ma faute, resté inachevé. 23h05. Les télévisions ont enfin réussi à établir une liaison avec le village hongrois au nom imprononçable : Nicolas Sarkozy peut parler au peuple des blonds en Lacoste. Le candidat malheureux apparaît sur les écrans. Il a le visage sévère et porte une attelle à l’épaule droite : on apprendra plus tard qu’il se l’est déboîtée à force de l’agiter de façon compulsive, en apprenant les résultats. Sur la place centrale du vieux village, devant les maisons de bois aux volets clos où pendent des gousses d’ail, Nicolas Sarkozy s’est planté derrière le pupitre du maire, entouré d’un demi-cercle de paysans hostiles avec des torches, tandis que les loups hurlent au loin. Son discours sera bref. « Mes chers compatriotes, aïe ! J’ai changé. J’ai pris connaissance des résultats, aïe ! Ils sont nets, ils sont indiscutables et malgré la tristesse, malgré la déception, aïe ! Je veux dire à ceux qui, ce soir, ont décidé de voter pour mon adversaire, que je respecte leur choix. Vous ne voulez pas de moi : je respecte. Vous ne voulez pas la rupture, aïe ! Je respecte. Vous ne voulez pas travailler plus. Vous ne voulez pas gagner plus. Vous ne voulez pas augmenter votre pouvoir d’achat, aïe ! Je respecte. Vous êtes tournés vers le passé. Vous avez peur du changement ! Vous avez peur du programme pour une France moderne que je vous proposais ! Vous avez peur des réformes de progrès ! Aïe  aïe ! Eh bien, je vous le dis respectueusement : vous ne serez pas oubliés ! Personne ne sera laissé en chemin ! » Un murmure inquiet monte de l’assistance : il semble que le candidat se laisse gagner par une fureur grandissante. Bientôt il ne s’exprime plus que par onomatopées indéchiffrables. Ses yeux s’écarquillent, s’exorbitent, changent de couleur. De la bave coule aux coins de ses lèvres. Un homme à sa droite lui tend un mouchoir : il l’invective dans une langue inconnue : « Efferpel haümerivv ! » — et c’est alors que sa tête pivote sur elle-même, à 180 degrés    La suite demain...

Le 6 août 2010 à 10:00

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 4

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200720h03. Panique générale dans les médias : il apparaît que la candidate élue a commencé son allocution, depuis le balcon du Fouquet’s à Melle, trois minutes avant vingt heures. La future présidente est entourée de ses enfants en marinière  — Thomas, Clémence, Julien et la petite Flora — ainsi que des enfants de sa femme de ménage et de son chien Poupouille. Son compagnon, le Premier secrétaire du Parti François Hollande, reste à Paris, où il console les éléphants du parti socialiste  qui prenaient déjà la direction du cimetière. Les télévisions prendront l’intervention en cours.20h04. Le discours du Fouquet’s.   « … mais juste. Ce pouvoir, je l’ai pris pour vous le rendre. Je vous ai entendus. Je continuerai à vous entendre. Je prendrai tout mon temps pour bien vous écouter ; à la fin de mon mandat, nous saurons ce qu’il faut faire. Alors moi, cette parole que vous avez prise, je vous demande de la garder, tout en laissant une place à ceux qui ne l’ont pas prise — mais aussi à tous ceux qui ont pris une parole différente, ainsi qu’à tous ceux qui n’ont pas pris la parole alors qu’elle était différente et enfin, à tous ceux qui ont cru prendre la parole alors qu’ils ne l’ont pas encore prise, qu’elle soit différente ou pas. Désormais tout est possible ! Ensemble, nous allons réfléchir, imaginer, envisager. Je serai la présidente de tous les fromages, et pas seulement du chabichou. Je veux que la France redevienne ce pays des Lumières qui a éclairé le monde. Je veux qu’à nouveau, la France montre la voie ; qu’à nouveau, elle donne l’exemple. Au début de cette aventure, nous n’étions qu’une poignée, et pourtant… Cette poignée de gouttes d’eau finit par former un ruisseau, puis une rivière, puis un océan, puis c’est le stade de l’évaporation — et puis, à nouveau, d’autres poignées de gouttes, d’autres ruisseaux, d’autres rivière, jusqu’à un océan de démocratie : et cela, c’est la démocratitude. Ce pacte d’honneur et de confiance — ce contrat que j’ai passé avec vous, je l’honorerai pendant cinq ans, sans vous faire payer de garantie supplémentaire. Je serai la morale ; je serai l’action ; je serai la morale de l’action. Je serai votre mère, votre sœur, votre présidente, à tous, sans exception : j’en ai la ferme volonté chevillée au corps, à la tête, aux jambes, au cou, aux cuisses, aux bras, aux pieds, à la luette. Cette belle nation que nous chérissons tous, c’est une grande famille, constituée de plein de familles — car tout commence par la famille pour finir par la grande famille — et moi, dans la famille plus juste, je veux la famille plus forte — et que personne ne me dise : pioche. Ensemble, nous allons imaginer une France que je dessinerai de ma main que vous guiderez. Permettez-moi, aussi, une pensée émue pour celle sans qui nous ne serions pas là ce soir : Jeanne d’Arc, morte sur le bûcher, toi qui as brûlé à 20 ans et n’as pas eu le temps d’être mère. Nous sommes tous tes enfants, Jeanne. Nous sommes tous des enfants de pucelle. Alors moi, la petite fille de Lorraine née à Dakar d'un père militaire, qui a grandi dans un village des Vosges, quatrième d'une famille de huit enfants, qui a eu le bonheur de connaître la réussite scolaire, de ne pas brûler et de devenir mère, comment se fait-il que je me trouve là, ce soir, devant vous ? Eh bien, c’est par et pour votre volonté ! Permettez-moi enfin de rendre hommage à mon adversaire, en lui souhaitant un prompt rétablissement. Tout reste à faire, tout reste à construire, tout reste à imaginer, avec vous et pour vous ! Vive la nouvelle République ! Vive la nouvelle France ! » …     La suite demain...

Le 28 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 26

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 20 juin 2007 L’Imposteuse, pamphlet signé par Cassandre (pseudonyme d’un collectif de « responsables politiques éclairés »), dénonce avec vigueur la « royalisation de l’héritage socialiste » et colporte plusieurs histoires de coucherie. « Qui est Cassandre ? s’interroge Le Journal du dimanche en reprenant les extraits des coucheries. Le petit monde des médias ne bruisse que de cette question. » L’éditeur, First, assure avoir voulu « briser la loi du silence ». Cette publication suscite un certain écho. La présidente la qualifie de « charge misogyne contre toutes les femmes dans leur intégrité morale et physique ». Son porte-parole, Bernard-Henri Lévy, dénonce avec vigueur une attaque indirecte contre lui-même, et « tous les intellectuels de ce pays qui mettent les mains dedans ». Le Parti socialiste, de son côté, publie un communiqué laconique : « N’importe quoi », dont on ne sait pas très bien s’il vise le pamphlet ou sa victime. François Hollande, interrogé par le magazine Politis, assure qu’il n’a rien à faire avec cette histoire. Il ajoute : « Plus rien à faire avec cette histoire » — précision qui sera abondamment commentée dans la presse. Tous les partis de droite dénoncent une  manipulation qui « profite, bien entendu, à la victime » et ne peut qu’émaner de son propre camp. « Parce que, Claire Chazal, qu’est-ce qu’on veut, avec cette histoire ? accuse Frédéric Lefebvre. On veut faire diversion ; on veut faire oublier les vrais problèmes des Français. Eh bien, moi, je trouve ça indigne d’un parti au pouvoir. C’est pas avec nous que ce serait arrivé. » André Glucksmann, bloqué à l’hôpital avec les deux bras cassés, a un alibi. Malgré ce début prometteur de polémique, l’ouvrage se vendra mal… La suite demain...

Le 21 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 19

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 27 mai 2007 Sur les chaînes du service public et en simultané sur radio Nova — mais en version électro —, Ségolène Royal inaugure l’émission Vous avez la Parole, allocution présidentielle au pied levé. Elle aura lieu tous les dimanche à midi, juste après l’autre messe. Au cours de ce premier « entretien informel avec les Français », on compte trente-deux fois l’expression : « vous m’avez dit ». Détendue, souriante, la présidente promeut avec passion ses initiatives, non sans quelques notes d’humour, avec ce sens de l’autodérision qui la caractérise : « Il ne faudrait pas que désirs d’avenir deviennent regrets du passé, hi hi hi ! » Elle remercie les électeurs à douze reprises et présente des excuses pour l’histoire des cocottes. Vous avez la Parole est l’occasion « de réfléchir, ensemble, à toutes ces choses que vous m’avez dites » en « explorant les moyens de bâtir des voies nouvelles ». Ce jour-là, les Français découvrent qu’ils ont donné plein d’idées à la présidente. Elle propose une journée sans voiture, qui sera fusionnée avec la journée sans tabac et au cours de laquelle les citoyens responsables seront appelés à ménager leur santé, mais aussi celle des citoyens moins responsables, sous la supervision des médecins de l’armée. Pourquoi aussi ne pas remplacer la journée de la Femme par une journée de l’Amour — où chacun s’engagerait à faire un geste significatif pour l’autre, sous le patronage de l’armée ? La présidente annonce surtout un grand « plan pour l’égalité domestique », fondé sur une idée simple : l’égalité au foyer, cela passe par la formation dans l’entreprise. Les hommes recevront, sur leur lieu de travail, des cours de tri de linge, de repassage et de nettoyage de sanitaires. « Et tous ceux que cela fait ricaner, précise la présidente, je les attends au tri du linge ! » Les femmes recevront, sur leur lieu de travail, une formation au hors-jeu en football, avec séance vidéo. « A toutes, à tous, conclut la présidente, un bon repas du dimanche ! Ensemble, dans ce cercle familial qui s’agrandira pour former un cercle national — socle sur lequel nous bâtirons, ensemble, une nouvelle société. Je vous salue du fond du cœur. » Selon le porte-parole Bernard-Henri Lévy, « Ségolène Royal a tenu un discours d’espoir et de responsabilité. Nous avons dit les mots qu’il fallait dire ; nous avons fait les gestes qu’il fallait faire ». Le socialiste Jack Lang, lui, regrette publiquement de ne pas avoir eu toutes ces idées avant — mais il tient à rappeler qu’il ne demande rien. Le soir même, Dominique de Villepin annonce la création d’un nouveau parti : Vent d’Espoir. En privé, il avoue souhaiter avec impatience le retour de Nicolas Sarkozy et son croc de boucher, qui lui permettrait de revenir sur le devant de la scène politique et de tuer l’ennui. [incohérent avec ce que déclarera DVP en 2008] Quant aux secrétaires d’État concernés par ces initiatives, ils avouent ne pas avoir été consulté avant l’émission. Mais ils trouvent les suggestions originales et, dans la droite ligne de la politique promise par Mme Royal, vont se mettre au travail rapidement, après avoir vérifié que la présidente ne changerait pas d’avis…La suite demain...

Le 3 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 1

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions. A suivre en feuilleton dès aujourd'hui. Bon mois d'août !Il était une fois, dans un pays imaginaire où l’imagination était au pouvoir, une femme, une vraie — avec des enfants et tout —, au destin prédestiné et hors du commun. Son histoire a commencé  il y a fort longtemps, entre Dakar et la lorraine, mais comme il s’agit d’une femme, nous ne pouvons pas vous révéler exactement quand. Un jour, ou peut-être une nuit, elle a entendu une voix, venue d’ailleurs, qui lui intima un ordre mystico-politique : « PRESENTE TOI AUX PRESIDENTIELLES ! ». D’où venait cette voix ? Personne ne l’a jamais su. Certains disent qu’elle émanait d’un certain « Tonton », dieu de gauche qu’elle avait tant adoré, d’autres qu’il s’agirait d’une mauvaise blague fomentée par des dirigeants du parti socialiste, ivres morts, au cours d’une merguez partie très arrosée, d’autres mauvaises langues firent courir le bruit qu’elle avalait régulièrement des champignons, d’autres encore que c’était le petit sorcier méchant du camp adverse, Nicolas de l’UMP de Neuilly, qui lui aurait fait boire une potion magique pour mieux la manipuler et la convaincre d’aller au combat et ainsi choisir son adversaire… Nul ne saura jamais. Telle Jeanne d’Arc affrontant les anglais, Ségolène se décida à affronter les urnes, telle serait sa mission pour les siècles à venir, se sacrifier pour la France.  Désormais, rien ni personne, y compris ses alliés, surtout ses alliés, ne pourra arrêter la grande gourou Poitevine de la démocratie participative tendue vers un ardent désir d’avenir, l’histoire était en marche. Nous allons maintenant vous narrer ce merveilleux conte de fée, rêvons ensemble en nous disant que si c’est l’autre qui avait été élu, le cauchemar eût été terrible. La grande histoire commence un 6 mai 2007, aux environs de vingt heures…     La suite demain...

Le 13 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 11

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 6 - lundi 7 maiUne heure du matin. C’est, enfin, l’arrivée de Ségolène Royal place de la Bastille : la liesse collective redouble. L’élue se hisse sur la scène improvisée, aidée par la main secourable de la chanteuse Carla Bruni, déjà présente à son meeting de campagne à Charléty.  La chanteuse pleure : elle a l’air heureux. Les cadres du Parti socialiste, après quatre heures de débats, ont décidé de quitter enfin la rue de Solferino, pour aller voir. par réflexe, ils rejoindront Ségolène Royal sur scène— après s’être fait, non sans mal, reconnaître par le service d’ordre improvisé. Bénabar et Philippe Torreton, qui chantaient en duo L’effet papillon, s’arrêtent net. Bernard-Henri Lévy, soutien indéfectible de la candidate,  s’empare alors du micro pour annoncer son arrivée. « Mes chers amis ! commence le bouillant intellectuel. Je suis d'une génération qui vu se noyer dans le sang ses idéologies devenues folles. Notre jeunesse, nos utopies, voilà un demi-siècle qu'elles jaunissent avec les ossements du Che, quelque part dans les jungles boliviennes (j'y suis allé). Au San Theodoros, le général Alcazar rêvait de reprendre le pouvoir, sans violence, à son rival Tapioca : on sait ce qu'il advint… » Au bout d’une dizaine de minutes, plusieurs voix, dans le public, manifestent une certaine impatience, à travers de laconiques « Ta gueule ! », ou de plus affables « Arielle, une chanson ». Ségolène Royal prend gentiment le micro des mains du philosophe. Ces images resteront gravées dans les rétines de la jeunesse ségoliste. La future présidente paraît planer dix centimètres au-dessus du sol ; la lune dessine un spot de lumière autour de son corps. Devant elle, une foule de jeunes, surexcités, un peu ivres, rarement blonds. Beaucoup de filles ont jeté leur tee-shirt Vêtimarché pour s’exhiber torse nu, un « YES » triomphal tracé sur les seins. Ils l’ont attendue cinq heures pour faire la fête. « Bonsoir ! lance la présidente. (ovation) Je vais vous parler avec gravité. (ovation) Il est temps d’aller se coucher ! (silence) D’abord, je veux m’excuser auprès des voisins pour tout ce tapage à une heure aussi tardive : la joie ne doit pas empêcher le respect. Aller se coucher, oui ! Pour nous mettre au travail dès demain. Pour mieux participer à la grande tâche collective qui nous attend. Et d’abord, tout de suite, ensemble, nous allons nettoyer cette belle place de la Bastille, lieu de tant de moments forts de notre histoire, pour la laisser telle que vous l’avez trouvée en arrivant. Nous allons tous nous y mettre, sans exception : l’ordre doit être juste. Les dirigeants du Parti socialiste, présents à mes côtés sur cette estrade depuis la victoire, vont montrer l’exemple et s’emparer d’un balai, dans un esprit participatif ! Vous allez voir, c’est amusant. Je demanderai seulement à toutes les jeunes filles, même majeures, de mettre un vêtement sur leur poitrine — car tant que l’on aura pas résolu le problème de la condition féminine, on ne pourra pas s’attaquer au reste. Et je demanderai aux plus âgés, dans un souci d’encadrement éducatif, de faire cesser la consommation d’alcool. Si vous avez le droit de vous amuser ce soir, vous avez le devoir de travailler demain. Des kits de prévention et de protection sont à la disposition de toutes les jeunes femmes au pied de la scène, à côté des balais et des serpillières. La politique autrement, ça commence aujourd’hui ! Je vous donne rendez-vous à toutes, à tous, le 10 mai, pour une grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle ! » La greffe de la petite a réussi : la France est heureuse.    La suite demain...

Le 29 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 27

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 24 juin 2007 Référendum sur les référendums. Journée historique pour le pays, qui voit se tenir la toute première consultation référendaire du quinquennat : il y en aura beaucoup, beaucoup d’autres.Ce premier référendum porte sur les référendums, comme le stipule la question à laquelle les citoyens doivent répondre : « Souhaitez-vous être davantage consultés sur la conduite de votre pays au moyen de référendums précis, à une fréquence raisonnable ? » Ayant bien pesé cette formulation, la France répond « non » à une forte majorité. 75% des inscrits se sont exprimés. Trois minutes avant la fermeture des bureaux de vote, la présidente, depuis l’Élysée, prend la parole sur les chaînes publiques et sur radio Nova (mais en version électro). Elle est radieuse : « A l’heure où je vous parle, le taux de participation dépasse toutes nos espérances ! Vous m’avez dit : non, d’une voix claire, et vous êtes venus me le dire en masse ! Et cela, c’est bien la preuve que les référendums, ça marche ! Sans celui d’aujourd’hui nous n’aurions jamais su que vous n’en vouliez pas ! Votre non massif, c’est un oui éclatant ! » Le principe des consultations fréquentes est donc retenu. Le lendemain, Le Figaro titre en une : « Non c’est oui ! » ; plus loin dans le journal, avant un article très critique consacré à la régularisation en masse à venir des sans-papiers, on trouve ce titre : « Noir c’est blanc ». Plus loin encore, saluant les interventions régulières de l’armée, ce titre : « Gauche c’est droite ».Dans la soirée du lundi, on apprendra que le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral. La perspective d’une démocratie référendaire transforme les options stratégiques du FN, et les cadres du Parti ont passé au Paquebot de Saint-Cloud une nuit de cogitations intenses. Le surmenage a été fatal à Jean-Marie Le Pen.Le vieux leader paraît sur les écrans dès le lendemain pour rassurer ses troupes, accompagné de sa fille Marine. Celle-ci déclare que cet « accident sans gravité », sans autre conséquence qu’une légère paralysie faciale, n’altère en rien « la lucidité ni la détermination » de son père. Ce que l’intéressé confirme : « Prsktrzr »… La suite demain...

Le 10 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 8

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200723h05. Patrick Poivre d’Arvor, depuis Paris, hasarde une question : il se fait injurier dans le même charabia obscène : « ’ttsilenn rüjess haümerivv ! ». Pour finir, l’orateur épanche sa colère sur un Hongrois —pêcheur, apprendra-t-on — qui se moque de lui depuis un balcon voisin : le poing levé vers le rieur, le candidat vocifère des sons d’un autre monde, tandis que les cris des loups redoublent. La liaison est bientôt coupée. Quelques mois après ces troublantes péripéties, des reporters de la BBC auront l’idée de faire analyser les exclamations par des spécialistes. Selon ces derniers, Nicolas Sarkozy s’exprimait à l’envers. Ralentie et inversée, la bande audio ferait entendre distinctement les paroles : « Virez-moi le préfet », « Virez-moi ce journaliste », puis « Dégage, pauvre idiot » et « Viens le dire ici, descends me le dire en face ». Simple coïncidence ? Le Quotidien du Médecin interroge Patrick Poum, cardiologue au Val-de-Grâce. Selon l’éminent professeur, « un malaise vagal cause fréquemment des troubles de l’élocution » où il semble parfois reconnaître des mots intelligibles. « C’était réel, proteste le journaliste britannique. Et vous imaginez un seul instant, si les Français avaient élu un tel homme à la présidence ? » 23h30. Ségolène Royal, ses enfants et son chien roulent vers Paris dans une voiture électrique de la société Heuliez, poursuivis par une flottille de motos, de voitures de presse — mais aussi de simples promeneurs, heureux d’accompagner sur quelques kilomètres, les mains dans le dos, cette page d’histoire républicaine. La future présidente se trouve encore à une centaine de kilomètres de la capitale. Il faut s’arrêter souvent pour changer de batterie : fort heureusement, les batteries suivent, dans un camion diesel de la société Heuliez. A chaque pause, Mme Royal s’abstient de toute déclaration à la presse, mais elle prend des nouvelles de la petite greffée. La France entière suit le voyage et l’opération minute par minute, avant d’aller se coucher. Pour meubler l’antenne durant ce long voyage, et en attendant les bouchons aux portes de Paris, les chaînes rediffusent en boucle le moment qui a fait basculer l’élection… La suite demain...

Le 17 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 15

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mardi 15 mai 2007 Nicolas Sarkozy est rapatrié en France par un hélicoptère mis à sa disposition par le ministère de l’intérieur. Son état s’est amélioré. Mais, arrivé au Bourget, le candidat malheureux est informé, par un journaliste stagiaire, que son épouse Cécilia ne s’est pas déplacée pour voter au deuxième des élections. A la consternation des couples Balkany et Hortefeux venus l’accueillir, Nicolas Sarkozy est pris d’un nouvel accès de colère. Il rend publiquement sa femme responsable de son échec électoral. Il demande au stagiaire médusé de faire passer un message à Cécilia — « … Que cette fois-ci, c’est bien fini ! Que ses robes Prada, elle se les payera elle-même ! Et que j’annule son forfait SFR ! Et que si elle revient, j’annule tout ! ». Puis il annonce qu’il démissionne du conseil général des Hauts-de-Seine. Il reste sans réaction quand on lui apprend que l’UMP s’est dissoute. « On verra », répond-il à la presse qui le questionne sur son avenir politique : pour le moment, il se prépare à « habiter la fonction du perdant » ; il veut « traverser le désert en bateau ». Son ami Vincent Bolloré, qui devait lui prêter son yacht pour aller réfléchir, en cas de victoire, lui prêtera l’un des Zodiac du palace flottant.  mercredi 16 mai 2007 Cérémonie de passation des pouvoirs. A 11h00, Ségolène Royal est accueillie sur le perron de l’Élysée par un Jacques Chirac rayonnant, qui lui tend la main avant de lui claquer une bise et de lui passer, longuement, la même main dans le dos, voire plus bas : « C’est plus sympa qu’avec l’autre », commentera-t-il en privé. La présidente reste impassible. Leur entretien dure une heure. Vers 11h40, un retentissant « salope ! » jaillit des salons élyséens, prononcé par la voix inimitable de Jacques Chirac. La presse, massée à l’extérieur, blêmit. L’insulte est répétée à deux reprises, bientôt suivie par une nouvelle salve non moins dégradante — « pétasse ! grognasse ! ». Le chef du protocole se tord les mains sur le perron. Tous les regards sont braqués sur les portes du palais. A midi, pourtant, la nouvelle présidente de la République, rayonnante, raccompagne son prédécesseur dans la cour d’honneur et prend congé de lui sur une chaleureuse poignée de mains. « Merci pour tout, cher Jacques ! Mes amitiés aux Hariri. Pour les codes du nucléaire, vous m’aviez dit quoi, déjà ? » En riant, elle dissipera l’équivoque devant la presse interloquée : « Ce fut, naturellement, très respectueux. Monsieur Chirac m’a simplement entraînée à serrer des mains et à prendre toutes les insultes avec le sourire — qualité première et essentielle pour le poste, selon lui. » Premières mesures. Dans la soirée, les premières mesures du quinquennat sont dévoilées. La présidente annonce le lancement d’un vaste plan d’économies gouvernemental : « Un euro dépensé, un euro utile », qui va d’abord se concentrer sur les frais de bouche de l’Élysée. D’autre part, les conseils des ministres et les séances de l’Assemblée Nationale sont reportés au mardi — parce que le mercredi, c'est le jour des gosses. Les grands symboles de la République ne sont pas oubliés. En janvier, durant sa campagne, le candidat Nicolas Sarkozy avait évoqué la mémoire du jeune fusillé communiste Guy Môquet, faisant crier la gauche à la captation d’héritage. Est-ce une réponse indirecte de Mme Royal ? A sa demande de la présidente, on affichera dans toutes les écoles de France, à l’intention des élèves qui auront le droit de la lire ou pas, une lettre peu connue de Mme Môquet à son fils : « … Qu’est ce que tu fais à traîner tout le temps dans les rues ? C’est dangereux. Pense à ta mère, pense à ta famille, n’oublie jamais que la famille, c’est le socle qui te permettra, à toi, d’avancer dans la vie, et à ton pays, de s’en sortir. Ta mère qui t’aime. »   La suite demain...

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