Pixel Vengeur
Publié le 10/11/2015

Ça se réchauffe même méchamment


Pixel Vengeur fait ses premières armes en bande dessinées dans les années 80 dans des journaux tel que Viper, le Petit Psikopat Illustré et Rigolo. Puis il devient graphiste en jeux vidéo et découvre l’ordinateur. Il  recommence à apparaître en tant qu’illustrateur dans différents mensuels, puis par revenir définitivement en 2000 à la bande dessinée.

Il travaille aujourd'hui régulièrement pour Fluide Glacial, le Psikopat et Spirou. 

 

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Le 24 juin 2014 à 10:26

Dans de beaux draps

Il est 13h 24 et le drap percale 200 fils au centimètre carré n’a pas l’impression que la conversation va reprendre de si tôt entre elle et lui. Le matin, lui s’était absenté et avait flâné au marché en espérant trouver des mangues, parce que d’après lui les mangues étaient aphrodisiaques, bien plus que le gingembre et les asperges. Son apriori était dénué de valeur. Il s’était imposé pourtant de ne pas vivre sans valeur, mais là c’était la fin de la semaine, et il s’était autorisé un peu de complaisance. Elle avait dormi et réussi à passer la barre de midi, ce qui est considéré comme un signe de santé par les chercheurs scientifiques, et de dépression chez les lecteurs d’hebdomadaires. Ce devait être une journée resplendissante, les enfants étaient pris en charge par des organisations douteuses et allaient certainement se retrouver devant des écrans malveillants, et la sortie culturelle du soir, qui devait être une mission laborieuse pour l’un comme pour l’autre, venait d’être annulée par des intermittents. C’était une journée qui se devait d’être auréolée d’une grâce indolente, comme il n’en existe plus que dans les agglomérations où les loyers sont inférieurs à 300 euros par mois. Une journée exceptionnelle par son inexistence, s’accrochant au néant comme un soin de première nécessité. Une journée dévouée à un espace de moins de trois mètre carrés, comme il se plaisait à dire. Enfin, cela faisait un moment qu’il n’avait plus utilisé cette expression. Il avait bien compris qu’il ne fallait pas faire le malin, ni s’extasier sur des trouvailles poétiques, surtout si elles étaient teintées d’humour, et dénuées de valeurs. Mais la nature dominicale et le souvenir d’avoir vu un prêtre avec un nez rouge et un sourire narquois sur le chemin du marché, lui avait permis ce petit trait. Le prêtre avait beau avoir bu, et être satisfait de sa vie, il n’allait pas avoir ce privilège. Il se le répéta deux ou trois fois comme une formule magique. Ne trouvant pas de mangue, il se contenta d’huîtres, et de branches de céleri, ayant lu quelque part que les oligo-éléments aidaient à la production de sperme, et que les tiges de céleri produisaient de la testostérone. A chacun sa spécialité. Depuis quelque temps il s’était intéressé à la production de spermatozoïdes. A sa propre production, cela va sans dire. C’est elle qui avait éveillé en lui cet intérêt. Elle lui avait lu à voix haute un article passionnant à ce sujet. C’est surtout la constitution de la matière onctueuse qui avait marqué son intérêt, et il s’était mis à la considérer comme une recette culinaire, dont il voulait percer le secret. Elle était plutôt intéressée par le contenu que par le contenant gélatineux et y vouait un véritable culte. Impossible pour elle de parvenir à une quelconque jouissance sans en imaginer au moins une demi douzaine, de profil, de face, en gros-plan ou de plein pied. Elle pouvait les décrire avec une acuité déconcertante. L’inspiration lui venait en prenant le métro. Sa manière à elle de déjouer les regards mâles et lourdingues farcis d’illusions, était de prendre des notes mentales assez rapides de détails vestimentaires et d’anthropologie sociale approximative, pour ensuite en déguiser son sperme comme avec une panoplie. Elle avait vu un jeu destiné aux filles sur une Nintendo DS qui ressemblait à ça, sans les spermatozoïdes évidemment, et cette gymnastique mentale lui permettait donc d’en préciser la nature. L’habit fait le moine, pensait-elle en les déguisant. Lui ne comprenait pas cette démarche. Le spermatozoïde devenait par là un homme en devenir. Ce qui était faux, approximatif, et dénué de valeur, puisque le but du spermatozoïde était de se fondre dans un ovule, et pas juste de prendre le métro avec du gel dans les cheveux et une cravate de chez Tie Rack. De retour au bercail, en dégustant les huîtres et les asperges au lit, ils se préparaient, lui et elle, l’un comme l’autre, à s’abandonner à du sexe « de très bonne qualité ». Ils savaient que la performance était une nécessité, et qu’il ne fallait pas juste se contenter de se contenter. Elle avait acheté à New York une petite toile microscopique, à une époque où la nano peinture était en vogue. Cette peinture d’à peine 12 centimètres carrées représentait un homme nu faisant le poirier devant une femme, et s’intitulait « At least the sex is good. »  D’après elle, c’était le meilleur titre jamais trouvé pour une œuvre. D’après lui, c’était les meilleures huîtres qu’il avait goutées de la saison. En le voyant manger ses huîtres, elle ne put s’empêcher de lui décrire comment elle voyait se dessiner devant elle la prochaine fournée de spermatozoïde qui se constituait en lui grâce aux oligo-éléments. Il y avait : un joueur de flûte de pan, un Ashkénaze, et un retraité avec une barbe de nain de jardin, et un marathonien. Il lui reprocha amèrement de n’imaginer que des mâles. Ca le gênait qu’elle pense autant à d’autres hommes avant de faire l’amour. Elle savait aussi bien que lui qu’un spermatozoïde pouvait être mâle autant que femelle, et que ce n’était pas parce qu’ils prenaient plus de place sur les banquettes de métros et qu’ils louchaient systématiquement dans son décolleté qu’il fallait leur prêter plus d’attention. Mais elle lui rétorqua avec son sang froid habituel que cela lui était nécessaire, qu’elle devait évacuer toutes les mauvaises images des hommes au même titre que lui devait évacuer tous ses spermes. Que si elle se permettait de les évoquer, c’était juste dans l’idée qu’elles les envoyaient à une mort certaine. Elle faisait un régime alimentaire très strict qui avait pour vocation de créer en elle des fluides vaginaux suffisamment puissants pour ralentir ses spermes mâles, qui étaient les plus rapides, et permettre aux spermes femelles, plus lents, d’atteindre victorieusement l’ovule. Elle avait appelé ça la technique du lièvre et de la tortue. Mais, les asperges aidant, la testostérone monta en lui, se fraya un chemin à travers tous les couvercles qu’il avait soigneusement mis sur son sexisme latent, et il avait déversé un chapelet d’obscénités concernant ses ovules, qu’il compara à des célébrités dénuées de neurones, et elle s’en était fâchée, lui rappelant que son ovule était unique, qu’elle n’en revenait pas qu’il puisse oublier un détail aussi important. Elle le planta là, haletant dans sa rage masculine. Sur le marché, elle trouva une mangue, qu’elle croqua sous les yeux avisés du primeur.

Le 7 avril 2013 à 08:42

Ne vous lancez pas à l'aveugle sur la piste d'envol

D'ailleurs aucun pilote, même très con, ne le fait

Pour éviter de vous faire refouler comme un vulgaire tocard, voici quelques recommandations à bien respecter. Ne soyez pas trop longs : Vents contraires préconise un maximum de 1500 signes. Au delà - déjà c’est chiant - mais surtout le risque d’erreur de comptage augmente considérablement !! Notez à cet effet, qu'à l'instar du h aspiré, l'espace est considéré comme un caractère. Exemple : dans la phrase « Merde, j'ai fait cramer les haricots ! », on compte bien 38 et non 31 caractères. Ne soyez pas trop courts : Vents contraires ne le précise pas, mais fort à parier qu’un ou deux signes ne suffiront pas. Soyez drôles : Inutile de raconter combien la perte de votre chien vous attriste. Sauf s'il s'est étouffé avec une saucisse, ce qui est tout à fait cocasse. Evitez les fautes : à Vents contraires ils sont méchants, ils vous l’ont dit. Oui, mais ils sont surtout feignants. Ils ne prendront certainement pas le temps de corriger un torchon. Ne transigez pas avec le vocabulaire : après plusieurs dizaines d'échecs et d'heures passées à établir des statistiques, force est de constater que les chroniques comprenant les termes fiotte, zguègue, pourave, chanmé, peigne-zizi ou fourchette ne seront pas publiées ! Enfin, dernière astuce, ils sont très méchants, n'hésitez donc pas à adjoindre quelques injures à votre chronique, exceptés fiotte, peigne-zizi et fourchette évidemment. Cette chronique comporte précisément 15000 caractères, j'ai envie de dire « mais trop les doigts dans le pif quoi ! »

Le 21 septembre 2011 à 09:19

Le gros lot

Qui n'a pas un jour mis des petites croix dans les cases en espérant en faire une grande sur sa vie. Même moi, un jour j’ai joué à la loterie. La vraie, la grosse. Celle pour les mecs, avec des poils et tout. L’Euromillion... J’ai regretté. Ça m’a foutu les jetons (pourtant des jetons pour un jeu d’argent, ça tombait bien). 162 millions d’euros… Pffiiou... Si on me donne des pièces d’1 euro par exemple, ça me fait une pile de 162km de haut. Vu que je n’ai aucune chance de la faire tenir debout, le mieux serait de les aligner, debout sur la tranche, face contre face. Et là, j’aurais un rouleau de 162km… de chez moi jusqu’à beaucoup plus loin, rien que des pièces de 1 euro. Plus d’une heure trente de bagnole, sur l’autoroute et s’il n’y a pas de travaux, pour toutes les voir… Même si on me donne des billets de 10 euros, j’aurai quand même une liasse d’environ 1km620 de haut ! 5 tours Eiffel. Un coup de vent, et tous mes billets de foutre le camp un peu partout. Certes, les billets on peut les ranger ailleurs. Dans les ruines d’une banque pour faire plaisir aux courtiers et autres assureurs qui se battraient pour me lécher le cul (sûr que là je serais moins regardant sur mon hygiène. Ben oui, tant qu’à faire…). Mais ils se serviraient au passage. Pas si grave, de toute façon c’est impossible de dépenser tout ça à moins de faire une guerre. Là oui, tu dépenses ça toutes les heures. Mais bon, c’est un peu chiant. Il faut parler américain, il y a du sable, il fait chaud, et tout et tout. Et si je gagne, je devrais expliquer aux médias pourquoi je n’ai pas changé de voiture, ni acheté une île au soleil, ni un jet privé, ni une équipe de foot, pourquoi je n’ai pas un yacht de 60m de long avec un équipage de 10 personnes pour décapsuler ma bière, pourquoi à la Saint-Valentin je n’ai pas offert une bague plus grosse, et pourquoi je n’habite pas dans un maison de 42 pièces avec vue sur l’amer… Mais moi, je ne veux pas tout ça. Devoir fuir pour éviter d’être harcelé. Me terrer avec ma famille pour éviter les enlèvements. Bouffer du caviar à la louche et boire du champagne, en me faisant chier comme un crabe royal mort sur une plage déserte. Fréquenter des stars complètement pleines, et coucher avec des mannequins vides. Créer une fondation humanitaire, et ne plus dormir la nuit parce que même avec 162 millions je n’arrive pas à faire assez... Non, moi je ne voulais rien changer. J’ai eu du bol. J’ai perdu.

Le 17 août 2015 à 09:08

De ma participation contre le mansplaining

Quand un HOMME vous dit : - L’avortement, je ne suis pas foncièrement contre, mais… On en reparle quand tu seras doté d’un utérus, ok ? - Les filles maquillées, en jupe et avec des talons c’est quand même vachement plus sexy. Vas-y, commence en premier, mec. Je te regarde.   - Tu sais, je ne suis pas contre le féminisme, mais il y a des priorités dans les combats des femmes. Fais-moi la liste de tes priorités pour ne pas déranger ton petit confort de mâle dominant, que j’aille en faire un autodafé.   - Les féministes, je les supporte à partir du moment où elles ne me cassent pas les pieds avec leur hystérie. Et moi les hommes je les supporte à partir du moment où ils ne me disent pas comment penser et réfléchir. Bisous.   - Tu sais, ton histoire de dégenréer la langue franchement, t’as pas autre chose à faire ? Non.   - Si tu veux mon avis… Je ne pense pas te l’avoir demandé.   - Holala, vos histoires de gonzesses ! On parle prostate de suite, histoire de te mettre à l’aise, ou on attend un peu ?   - Je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas allaité tes enfants. C’est mieux pour la relation mère/nouveau-né. Rappelle-moi combien de fois tu t’es levé la nuit pour aider ta compagne qui venait d’accoucher ? Ah oui, tu n’entendais pas le bébé pleurer. Tu es sourd. La masturbation, tout ça…   - Ce n’est pas en t’acharnant sur ce type de sujets (ton méprisant) que tu vas faire évoluer la société pour les droits des femmes. Tu ferais mieux de… … De ne pas écouter un mot de plus de ta diatribe sous peine de me créer un ulcère.   - Moi je les connais pas les mecs dont tu parles, je sais pas où tu les croises. J’aurais bien une réponse, mais je vais rester polie.   - Il faudrait arrêter de monter en épingle les propos de X, Y ou Z, occupe-toi des vrais problèmes. Là, tu deviens mon vrai problème, tu vois.   - Tu es certaine qu’il a dit ça ? Bon, écoute, y a pas mort d’homme non plus. Non mais il y a humiliation de femme.   - Tu n’as pas d’humour, franchement. Tu sais ce qu’on dit, « femme qui rit », etc. Et ben là, tu vois, tu vas même pas pouvoir rêver de mon petit orteil.   - Tu te rends compte tout ce que tu as réussi à faire en tant que femme ? Faut croire que je ne suis pas encore parvenue à être traitée en être humain lambda en revanche.   - Une femme doit faire des enfants. C’est important pour elle. Sinon, ça va la vie ?   - Non mais vous parlez d’agression sexuelle à toutes les sauces maintenant, c’est n’importe quoi ! D’ailleurs ça commence quand une agression sexuelle ? Avec ta main actuellement sur mon cul alors qu’elle n’y a pas été invitée.   Vous pouvez continuer la liste ad lib. Et vous avez le droit de crier aussi. Parce que oui, c’est insupportable.    Dessin : James

Le 5 juin 2015 à 08:20
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