Jean-Daniel Magnin
Publié le 04/08/2010

The People's Republic of Stokes Croft (PRSC)


Carte postale de Bristol

La fresque vous éclate au visage sitôt franchie la frontière sud de la République Populaire de Stokes Croft – le pays où les taggers sont rois. Pas sûr que vous en ayez déjà entendu parler… Bombardé avec le reste de la ville par les Nazis, ce quartier de Bristol était resté "délibérément et criminellement négligé par les autorités", dixit  la Constitution du nouvel Etat. "C'est ici que la municipalité installait ses centres pour drogués et  sdf – tout ceux qu'elle ne voulait pas voir dans le centre de la cité. On va en faire un joyeux centre d'excentricité", précise  Chris Chalkley, Président de la République en bonnet de laine rencontré dans son quartier général de Jamaica Street où il vend tableaux et porcelaines taggées RPSC. "Les habitants ont décidé il y a quatre ans de prendre les choses en main eux-mêmes." Et vous l'annoncent dès votre arrivée via une signalétique jaune et noire très stencil posée au pochoir sur les murs : PEOPLES REPUBLIC OF STOKES CROFT, WE MAKE OUR FUTURE;  WELCOME TO STOKES CROFT, CULTURAL QUARTER, CONSERVATION AREA, OUTDOOR GALLERY.
Quelle municipalité accepterait de voir de simples habitants nommer une place "Turbo Island" et d'y planter de mini statues de l'Ile de Pâques ? De s'opposer à l'implantation d'un hypermarché Tesco dans un ancien Comedy Club ? De peindre le mobilier urbain en jaune ? De chercher des jumelages avec d'autres villes du monde et de métamorphoser rues et façades en une chapelle Sixtine mi-rock mi-train fantôme (voir visite virtuelle) ? Le Président Chalkley entouré de quatre directeurs gère les relations musclées avec la mairie et pilote les initiatives en cours : ouverture de galeries, centres d'art, restaurants, et même un musée ready made où se rassemble avec malice l'histoire de la jeune république (on pourra y voir la photo d'un tagger enfermée dans une cage d'oiseau, une bouteille en plastique contenant les cendres d'un sdf dont la PRSC a financé les funérailles...). Et bien sûr, la mise en fresques du nouveau quartier-galerie: "Tout le monde est libre de peindre en plein jour. Mais il y a des propositions si généreuses sur les murs que les taggers doivent être à la hauteur", dit Chris Chalkley en pointant du doigt l'œuvre du célèbre graffeur Banksy : un ours blanc lance un cocktail molotov sur trois bobbies armés de boucliers. On peut l'admirer en dégustant un ramier garni à l'oseille, aux pois rouges et à la confiture de betterave sur la terrasse du café Canteen qui vient d'ouvrir à Stokes Croft et depuis laquelle, chers aficionados de ventscontraires.net, je vous écris cette carte postale.

Mes rêves : ouvrir à 17 ans le Boui-Boui, café d’art à Genève ; filer à Berlin ; étudier la philo à Paris ; créer des spectacles « hors théâtre » aux festivals de Nancy, Polverriggi ou Avignon ; ouvrir Mac Guffin, cabinet de scénaristes ; voir vivre mes pièces de théâtre à la Renaissance, dans le In d’Avignon, à la Bastille, au Vieux Colombier avec la Comédie-Française, et à l’étranger. Et ce rêve de rassembler les écrivains de théâtre en 2000 ; et d’écrire avec Jean-Michel Ribes le projet du Rond-Point ; et là, de mettre ventscontraires.net sur la piste d’envol.

Dernière publication, un roman : Le Jeu continue après ta mort

 

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Jean-Daniel Magnin

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Le 2 septembre 2010 à 10:46

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Ségolène à l'Elysée - 31

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 4 juillet 2007 Anne Fulda, la pétillante journaliste politique du Figaro, devait interviewer le Premier ministre. Inexplicablement, elle se voit refoulée aux portes de Matignon sur intervention de la Présidente. Éric Zemmour est convoqué en urgence pour la remplacer.La droite se déchaîne contre ce « fait de la Princesse ».  jeudi 5 juillet 2007 « Meurtrie par les hommes, c’est avec lui qu’elle a pansé ses blessures. » Pour cette photo du chien Poupouille courant sur une plage de Marbella, la langue pendante, Paris-Match sera condamné à 7 500 € d’amende par le tribunal de Nanterre. vendredi 6 juillet 2007 La secrétaire d’État à l'éducation et tout ce qui tourne autour réussit à imposer dans les écoles, malgré la fronde menée par l’ensemble de la droite sous l’impulsion de Xavier Darcos, la projection du film roumain 4 mois, 3 semaines et 2 jours — récit d'un sordide avortement dans la Roumanie de Ceaucescu. La secrétaire trouve un soutien inattendu à droite chez Philippe de Villiers, pour qui « c’est bien que les enfants sachent ».dimanche 8 juillet 2007 Consultation nationale sur la délinquance : « Après les récentes émeutes à Rosny-sous-Bois, ne pensez-vous pas que la jeunesse des cités manque d’amour, mais surtout de repères ? » …La suite demain...

Le 27 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 25

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mardi 19 juin 2007 Loi de finances rectificatives. Elle est votée des deux mains par la nouvelle assemblée, convaincue qua ça fera plaisir à Ségolène et que de toute façon, le Sénat va rejettera illico cette abomination comptable. Mais le Sénat, victime d’une malencontreuse panne de sonorisation, va l’approuver — il a cru voter la hausse de ses indemnités parlementaires. Cette loi ambitieuse se conforme aux intentions annoncées par la présidente : « On fait tout passer tout de suite, après ça on n’en parle plus. » Le budget de la Justice est doublé. Le budget de l’Armée est doublé. Le SMIC est porté à 1 500 €. Le budget de la Recherche est augmenté de 61,05 % — soit cinq années d’augmentation à 10 % d’un coup. Les petites retraites et les allocations adulte handicapé sont augmentées de 5%. L’allocation de rentrée scolaire est doublée. Trop, c’est trop : au soir du vote par le Sénat, le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, annonce son retrait définitif de la vie politique et institutionnelle : « Je vais me payer un beau petit ksour à Djerba et à partir de maintenant, ce sera zéro stress et poisson grillé tous les soirs : ça va me faire le plus grand bien », déclare au Figaro l’irascible serviteur de l’État. Catherine Simonet, secrétaire d’État de l’argent à collecter, à compter et à répartir, chargée de financer les réformes, fait une attaque de nerfs dans son bureau de Bercy, avant de sombrer dans une profonde dépression. Elle est consolée par Dominique Strauss-Kahn qui déclare, au sortir de la réunion : « Je n’ai pas touché à sa calculette. » Mme Simonet sera remplacée par l’ancien comptable de l’association Désirs d’Avenir. Celui-ci parviendra, par miracle, à équilibrer les comptes en procédant, selon ses dires, à « des opérations de bon père de famille Poitevin ». A Saint-Martin-du-Fouilloux, dans canton de Ménigoute (79), le conseil du ministre annonce le lancement du grand chantier « Des logements pour tous, par tous, et partout ». L’objectif de la candidate Royal était de construire 120 000 logements sociaux par an : pour être sûr de l’atteindre sur l’ensemble du quinquennat, on en démarre 600 000 d'un seul coup, avec le soutien de l’armée dite « de travail » — et dans demander leur avis aux maires. Le secteur du BTP explose. Dans les  semaines qui suivent, le groupe Bouygues, par la voix de son directeur général Nicolas Sarkozy, annonce l’embauche de 15 000 personnes, pour la plupart des travailleurs immigrés en instance de régularisation : Avocat de formation, Nicolas Sarkozy se battra pour eux avec acharnement afin d’accélérer la procédure. Parallèlement, l’immobilier dégringole et les loyers, en particulier à Paris, chutent — permettant ainsi aux familles de devenir propriétaires, ou bien d’augmenter leur pouvoir d’achat, ou encore d’augmenter tout court. Une épidémie de suicides éclate dans les Hauts-de-Seine. « Les gens ont du mal à se faire au changement, tempère Patrick Devedjian, qui vient de succéder à Nicolas Sarkozy à la tête du conseil général. Il y a une espèce de mode du suicide, mais je pense que ça va se calmer ». Ça se calme, en effet, quand on découvre que les suicides font plonger davantage la valeur des terrains La suite demain...

Le 26 janvier 2015 à 09:56

Pardon ?

Article paru conjointement dans Le 1 n°41 "Que dire à nos enfants ?" du 28 janvier 2015

A présent, qu'est-ce qu'on fait ? Tout un pays qui se pose la question. Et nous dedans, des nuits à en parler, à remonter les fils de l'Histoire.Les yeux rouges elle a dit : la fermeté bien sûr mais il faut aussi demander pardon aux quartiers. Oui aux quartiers. Pardon?Pour tout ce qui a été mal fait et pour tout ce qui n'a pas été fait.Demander pardon !Oui c'est un mot si simple. Dès qu'on le dit tout est changé. Et une fois qu'on l'a dit plus besoin de le redire, la rancoeur est moins lourde, on peut se mettre à travailler tous ensemble.J'imaginais l'exécutif demander pardon aux quartiers. Non mais, les quartiers ça n'est pas les camps, on va où là ?Tu verras, ils n'ont pas le choix. C'est le moment. C'est la seule chose à faire.Et puis le lendemain le premier ministre a lâché le mot "apartheid". Apartheid territorial, social, ethnique. Il y a eu un grand silence. J'ai vu des visages s'éclairer d'un sourire, comme si l'injustice avait été enfin reconnue. Et d'autres se renfrogner : on n'est tout de même pas en Afrique du Sud ! Rien ne leur a été fait délibérément, aux quartiers ! En Afrique du Sud la séparation était inscrite dans la loi !Tu vois je t'avais dit, ils ont compris qu'il fallait aussi s'excuser.Alors deux autres mots m'ont traversé la tête. Transparence et réconciliation. Les deux mots que Mandela a sortis quand son grand pays cassé en deux s'est tourné vers lui en demandant : A présent, qu'est-ce qu'on fait ? On va tout se dire, même les choses les moins reluisantes, on va rassembler toutes nos histoires en une même Histoire, et puis on va arrêter d'avoir peur, on va se retrousser les manches et bosser tous ensemble.Transparence et réconciliation : et si c'était par ces deux mots-là qu'il nous fallait passer pour redonner vie et éclat aux trois grands mots rouillés qui patientent au fronton de nos mairies ? Cet article paraît dans le n°41 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 13 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 11

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 6 - lundi 7 maiUne heure du matin. C’est, enfin, l’arrivée de Ségolène Royal place de la Bastille : la liesse collective redouble. L’élue se hisse sur la scène improvisée, aidée par la main secourable de la chanteuse Carla Bruni, déjà présente à son meeting de campagne à Charléty.  La chanteuse pleure : elle a l’air heureux. Les cadres du Parti socialiste, après quatre heures de débats, ont décidé de quitter enfin la rue de Solferino, pour aller voir. par réflexe, ils rejoindront Ségolène Royal sur scène— après s’être fait, non sans mal, reconnaître par le service d’ordre improvisé. Bénabar et Philippe Torreton, qui chantaient en duo L’effet papillon, s’arrêtent net. Bernard-Henri Lévy, soutien indéfectible de la candidate,  s’empare alors du micro pour annoncer son arrivée. « Mes chers amis ! commence le bouillant intellectuel. Je suis d'une génération qui vu se noyer dans le sang ses idéologies devenues folles. Notre jeunesse, nos utopies, voilà un demi-siècle qu'elles jaunissent avec les ossements du Che, quelque part dans les jungles boliviennes (j'y suis allé). Au San Theodoros, le général Alcazar rêvait de reprendre le pouvoir, sans violence, à son rival Tapioca : on sait ce qu'il advint… » Au bout d’une dizaine de minutes, plusieurs voix, dans le public, manifestent une certaine impatience, à travers de laconiques « Ta gueule ! », ou de plus affables « Arielle, une chanson ». Ségolène Royal prend gentiment le micro des mains du philosophe. Ces images resteront gravées dans les rétines de la jeunesse ségoliste. La future présidente paraît planer dix centimètres au-dessus du sol ; la lune dessine un spot de lumière autour de son corps. Devant elle, une foule de jeunes, surexcités, un peu ivres, rarement blonds. Beaucoup de filles ont jeté leur tee-shirt Vêtimarché pour s’exhiber torse nu, un « YES » triomphal tracé sur les seins. Ils l’ont attendue cinq heures pour faire la fête. « Bonsoir ! lance la présidente. (ovation) Je vais vous parler avec gravité. (ovation) Il est temps d’aller se coucher ! (silence) D’abord, je veux m’excuser auprès des voisins pour tout ce tapage à une heure aussi tardive : la joie ne doit pas empêcher le respect. Aller se coucher, oui ! Pour nous mettre au travail dès demain. Pour mieux participer à la grande tâche collective qui nous attend. Et d’abord, tout de suite, ensemble, nous allons nettoyer cette belle place de la Bastille, lieu de tant de moments forts de notre histoire, pour la laisser telle que vous l’avez trouvée en arrivant. Nous allons tous nous y mettre, sans exception : l’ordre doit être juste. Les dirigeants du Parti socialiste, présents à mes côtés sur cette estrade depuis la victoire, vont montrer l’exemple et s’emparer d’un balai, dans un esprit participatif ! Vous allez voir, c’est amusant. Je demanderai seulement à toutes les jeunes filles, même majeures, de mettre un vêtement sur leur poitrine — car tant que l’on aura pas résolu le problème de la condition féminine, on ne pourra pas s’attaquer au reste. Et je demanderai aux plus âgés, dans un souci d’encadrement éducatif, de faire cesser la consommation d’alcool. Si vous avez le droit de vous amuser ce soir, vous avez le devoir de travailler demain. Des kits de prévention et de protection sont à la disposition de toutes les jeunes femmes au pied de la scène, à côté des balais et des serpillières. La politique autrement, ça commence aujourd’hui ! Je vous donne rendez-vous à toutes, à tous, le 10 mai, pour une grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle ! » La greffe de la petite a réussi : la France est heureuse.    La suite demain...

Le 10 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 8

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200723h05. Patrick Poivre d’Arvor, depuis Paris, hasarde une question : il se fait injurier dans le même charabia obscène : « ’ttsilenn rüjess haümerivv ! ». Pour finir, l’orateur épanche sa colère sur un Hongrois —pêcheur, apprendra-t-on — qui se moque de lui depuis un balcon voisin : le poing levé vers le rieur, le candidat vocifère des sons d’un autre monde, tandis que les cris des loups redoublent. La liaison est bientôt coupée. Quelques mois après ces troublantes péripéties, des reporters de la BBC auront l’idée de faire analyser les exclamations par des spécialistes. Selon ces derniers, Nicolas Sarkozy s’exprimait à l’envers. Ralentie et inversée, la bande audio ferait entendre distinctement les paroles : « Virez-moi le préfet », « Virez-moi ce journaliste », puis « Dégage, pauvre idiot » et « Viens le dire ici, descends me le dire en face ». Simple coïncidence ? Le Quotidien du Médecin interroge Patrick Poum, cardiologue au Val-de-Grâce. Selon l’éminent professeur, « un malaise vagal cause fréquemment des troubles de l’élocution » où il semble parfois reconnaître des mots intelligibles. « C’était réel, proteste le journaliste britannique. Et vous imaginez un seul instant, si les Français avaient élu un tel homme à la présidence ? » 23h30. Ségolène Royal, ses enfants et son chien roulent vers Paris dans une voiture électrique de la société Heuliez, poursuivis par une flottille de motos, de voitures de presse — mais aussi de simples promeneurs, heureux d’accompagner sur quelques kilomètres, les mains dans le dos, cette page d’histoire républicaine. La future présidente se trouve encore à une centaine de kilomètres de la capitale. Il faut s’arrêter souvent pour changer de batterie : fort heureusement, les batteries suivent, dans un camion diesel de la société Heuliez. A chaque pause, Mme Royal s’abstient de toute déclaration à la presse, mais elle prend des nouvelles de la petite greffée. La France entière suit le voyage et l’opération minute par minute, avant d’aller se coucher. Pour meubler l’antenne durant ce long voyage, et en attendant les bouchons aux portes de Paris, les chaînes rediffusent en boucle le moment qui a fait basculer l’élection… La suite demain...

Le 18 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 16

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.vendredi 18 mai 2007 Premier gouvernement. La candidate l’avait promis paritaire et resserré : elle tient parole. La parité est scrupuleusement respectée, avec une seule présidente et un seul ministre, le Premier ministre — tous les autres ministres ayant disparu. Les ministères laissent la place à des secrétariats dont dépendent divers secteurs, sous-secteurs et sous-sous-secteurs, desquels dépendent à leur tour des antennes et des câbles — le tout, sous la tutelle de conseils participatifs qui dépendent, directement, ou bien de la présidente, ou bien du Premier ministre. C’en est donc fini du « trop de ministères » — puisqu’il n’y en a plus. Concernant la composition du nouveau gouvernement, l’ouverture au centre et la diversité partout se généralisent. On pressentait Jean-Marc Ayrault à la tête du gouvernement. L’intéressé, encore sous le choc de l’élection surprise, estime ne pas être prêt. Il est bien au courant, depuis le débat télévisé, de l’existence d’un programme ; mais il avoue ne jamais l’avoir vu ni lu. La présidente se tourne vers Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier est un peu déçu qu’elle se tourne, mais son sens des responsabilités prend le dessus et il accepte. Sa prise de fonctions s’accompagnera, toutefois, d’une injonction thérapeutique. Dans un gouvernement strictement paritaire, Dominique Strauss-Kahn devra faire ses preuves : à la première incartade, c’est la porte. Bernard-Henri Lévy s’est vu proposer le portefeuille de la culture, à la condition de ne faire aucun favoritisme et d’écarter tous ses amis de son cabinet. La tâche se révèle impossible : Bernard-Henri trop d’amis. Il se retrouve porte-parole de l’Élysée. C’est donc lui qui annonce, fièrement mais humblement, la composition d’un gouvernement resserré, avec une cravate neuve achetée pour l’occasion par Arielle Dombasle, aux puces de Saint-Ouen, pour ne pas faire « trop ». Ce gouvernement, explique le porte-parole en guise d’introduction, est le meilleur possible, la quintessence d’une réflexion portée à son paroxysme devant l’énorme chantier humain que représente la création d’une société nouvelle, la naissance d’une ère moderne dans le berceau des droits de l’homme… « Et de la femme », ajoute-t-il, prenant une posture qui n’est pas sans rappeler les grands tribuns de l’époque révolutionnaire. Au moment où, changeant de posture, il s’apprête à résumer son discours préalable à la composition de l’équipe gouvernementale, un huissier de l’Élysée tend gentiment le doigt vers sa montre — dans l’espoir d’accélérer le mouvement. Le nouveau gouvernement s’inscrit sous un quadruple mot d’ordre : parité, ouverture, diversité et inconnus. Car c’est l’autre grande surprise de cette composition : elle fait la plus large place à la société civile et aux simples citoyens. Les figures politiques de premier plan s’y comptent sur les doigts d’une main. La présidente a réalisé, enfin, ce renouvellement en profondeur des classes dirigeantes que le Parti socialiste appelait de ses vœux depuis des années…   La suite demain...

Le 29 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 27

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 24 juin 2007 Référendum sur les référendums. Journée historique pour le pays, qui voit se tenir la toute première consultation référendaire du quinquennat : il y en aura beaucoup, beaucoup d’autres.Ce premier référendum porte sur les référendums, comme le stipule la question à laquelle les citoyens doivent répondre : « Souhaitez-vous être davantage consultés sur la conduite de votre pays au moyen de référendums précis, à une fréquence raisonnable ? » Ayant bien pesé cette formulation, la France répond « non » à une forte majorité. 75% des inscrits se sont exprimés. Trois minutes avant la fermeture des bureaux de vote, la présidente, depuis l’Élysée, prend la parole sur les chaînes publiques et sur radio Nova (mais en version électro). Elle est radieuse : « A l’heure où je vous parle, le taux de participation dépasse toutes nos espérances ! Vous m’avez dit : non, d’une voix claire, et vous êtes venus me le dire en masse ! Et cela, c’est bien la preuve que les référendums, ça marche ! Sans celui d’aujourd’hui nous n’aurions jamais su que vous n’en vouliez pas ! Votre non massif, c’est un oui éclatant ! » Le principe des consultations fréquentes est donc retenu. Le lendemain, Le Figaro titre en une : « Non c’est oui ! » ; plus loin dans le journal, avant un article très critique consacré à la régularisation en masse à venir des sans-papiers, on trouve ce titre : « Noir c’est blanc ». Plus loin encore, saluant les interventions régulières de l’armée, ce titre : « Gauche c’est droite ».Dans la soirée du lundi, on apprendra que le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral. La perspective d’une démocratie référendaire transforme les options stratégiques du FN, et les cadres du Parti ont passé au Paquebot de Saint-Cloud une nuit de cogitations intenses. Le surmenage a été fatal à Jean-Marie Le Pen.Le vieux leader paraît sur les écrans dès le lendemain pour rassurer ses troupes, accompagné de sa fille Marine. Celle-ci déclare que cet « accident sans gravité », sans autre conséquence qu’une légère paralysie faciale, n’altère en rien « la lucidité ni la détermination » de son père. Ce que l’intéressé confirme : « Prsktrzr »… La suite demain...

Le 21 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 19

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 27 mai 2007 Sur les chaînes du service public et en simultané sur radio Nova — mais en version électro —, Ségolène Royal inaugure l’émission Vous avez la Parole, allocution présidentielle au pied levé. Elle aura lieu tous les dimanche à midi, juste après l’autre messe. Au cours de ce premier « entretien informel avec les Français », on compte trente-deux fois l’expression : « vous m’avez dit ». Détendue, souriante, la présidente promeut avec passion ses initiatives, non sans quelques notes d’humour, avec ce sens de l’autodérision qui la caractérise : « Il ne faudrait pas que désirs d’avenir deviennent regrets du passé, hi hi hi ! » Elle remercie les électeurs à douze reprises et présente des excuses pour l’histoire des cocottes. Vous avez la Parole est l’occasion « de réfléchir, ensemble, à toutes ces choses que vous m’avez dites » en « explorant les moyens de bâtir des voies nouvelles ». Ce jour-là, les Français découvrent qu’ils ont donné plein d’idées à la présidente. Elle propose une journée sans voiture, qui sera fusionnée avec la journée sans tabac et au cours de laquelle les citoyens responsables seront appelés à ménager leur santé, mais aussi celle des citoyens moins responsables, sous la supervision des médecins de l’armée. Pourquoi aussi ne pas remplacer la journée de la Femme par une journée de l’Amour — où chacun s’engagerait à faire un geste significatif pour l’autre, sous le patronage de l’armée ? La présidente annonce surtout un grand « plan pour l’égalité domestique », fondé sur une idée simple : l’égalité au foyer, cela passe par la formation dans l’entreprise. Les hommes recevront, sur leur lieu de travail, des cours de tri de linge, de repassage et de nettoyage de sanitaires. « Et tous ceux que cela fait ricaner, précise la présidente, je les attends au tri du linge ! » Les femmes recevront, sur leur lieu de travail, une formation au hors-jeu en football, avec séance vidéo. « A toutes, à tous, conclut la présidente, un bon repas du dimanche ! Ensemble, dans ce cercle familial qui s’agrandira pour former un cercle national — socle sur lequel nous bâtirons, ensemble, une nouvelle société. Je vous salue du fond du cœur. » Selon le porte-parole Bernard-Henri Lévy, « Ségolène Royal a tenu un discours d’espoir et de responsabilité. Nous avons dit les mots qu’il fallait dire ; nous avons fait les gestes qu’il fallait faire ». Le socialiste Jack Lang, lui, regrette publiquement de ne pas avoir eu toutes ces idées avant — mais il tient à rappeler qu’il ne demande rien. Le soir même, Dominique de Villepin annonce la création d’un nouveau parti : Vent d’Espoir. En privé, il avoue souhaiter avec impatience le retour de Nicolas Sarkozy et son croc de boucher, qui lui permettrait de revenir sur le devant de la scène politique et de tuer l’ennui. [incohérent avec ce que déclarera DVP en 2008] Quant aux secrétaires d’État concernés par ces initiatives, ils avouent ne pas avoir été consulté avant l’émission. Mais ils trouvent les suggestions originales et, dans la droite ligne de la politique promise par Mme Royal, vont se mettre au travail rapidement, après avoir vérifié que la présidente ne changerait pas d’avis…La suite demain...

Le 4 août 2010 à 12:46

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L'autre feuilleton de l'été - 2

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h55. La France retient son souffle : dans cinq minutes, il sera vingt heures. Un nouveau président, ou une nouvelle présidente, doit prendre la tête du pays, et recevoir tellement de pouvoir qu’il, ou elle, deviendra monarque républicain.La candidate Ségolène Royal, du Poitou, a pris ses quartiers à Melle, commune des Deux-Sèvres où elle fut longtemps conseillère municipale. C’est au café local, un établissement qui s’est baptisé avec humour — comme quoi on sait rire, dans le Poitou — le  Fouquet’s, que Ségolène Royal étudie les premiers résultats, entourée seulement de ses proches et de ses hommes de confiance. Les cadres du Parti socialiste n’ont pas été invités. Ils engouffrent des petits fours après avoir, des mois durant, avalé des couleuvres au siège du Parti, rue de Solferino à Paris. Le candidat Nicolas Sarkozy, de Neuilly, a décidé au tout dernier moment de transférer son siège de campagne dans un petit village de Hongrie au nom imprononçable — ancienne forteresse médiévale, perchée au sommet d’un piton rocheux —, où il n’avait jamais mis les pieds ni la tête, pour une histoire de racine mal expliquée, ou digérée. Sa décision a pris tout le monde de court : proches, hommes de confiance, femmes de confiance, militants, médias. Ils arrivent au compte-goutte de la gare, sur des attelages que mènent des paysans hostiles, par des chemins pleins de neige, sous la pleine lune et dans le hurlement des loups. Les sondages de sortie des urnes sont maintenant connus : depuis quelque temps déjà, les initiés savent. Les autres Français, la tête rivée au petit écran, regardent les visages, sondent les regards, s’efforcent de deviner. Faut-il y voir un signe ? A la surprise générale, et des sondeurs en particulier, les cadors de l’UMP font grise mine au siège. Vers 19h30, les plus perspicaces ont aussi remarqué un tube d’Alka-Seltzer juste à côté de Claire Chazal, sur le plateau de TF1. Mais bizarrement, au siège du Parti socialiste, les cadres ont le même air sinistre : leur regard traqué semble osciller entre la stupeur et l’accablement. Le suspense est donc total…     La suite demain...

Le 16 mai 2011 à 12:00

Denis Robert : "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"

Interview

Nous avons déjà diffusé 8 épisodes de ton Bankenstein, la conférence-confidence-causerie amicale sur l'affaire Clearstream que tu nous avais donnée cet automne, avant la relaxe. Qu’est-ce que ça a représenté pour toi de venir dans un théâtre parler de tes coulisses intimes, alors que tu n’étais pas encore sorti d’affaire ?Denis Robert : Ça a été très intéressant car cette situation (la scène, un public, un lieu chargé de cette histoire-là) crée une distance nouvelle par rapport à ce qu'on dit et ce qu'on est. Un théâtre est lieu de (plus de) liberté et d'expérimentation. On est dans un espace-temps différent. On sent qu'on doit être vrai. C'est étrange. Dans une université, à la télévision ou dans n'importe quelle salle de conférence, le rapport aux autres est plus codé. Le fait d'être dans l'incertitude (quant à l'issue des procès) créait une énergie, un humour particuliers. Même si j'ai gagné aujourd'hui contre l'hydre Clearstream, je ne suis pas sorti d'affaires. Ils refusent de payer leurs amendes, me poussent à reprendre le combat. Il faut une mission d'enquête parlementaire européenne. Il faut des relais. Si mes livres disent le vrai, et la cour de cassation m'autorise à le dire, alors les politiques, les juges, voire les citoyens doivent se saisir du problème. Sinon il faut accepter l'idée qu'on se fait plumer en toute connaissance de cause.Qu’est-ce qui selon toi fait le lien entre toutes les activités dans lesquelles tu te lances : enquête, écriture, film, peinture, spectacle, et à présent une pièce de théâtre ? Où est le point nodal  ?DR : Des questions centrales m'habitent et me taraudent... En voici une "Comment et pourquoi un pays aussi riche que le nôtre produit autant de pauvreté? "... En voici une autre "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"... Une troisième pour la route : "Où est la bonne information (la bonne place) dans cet univers en mouvement ?"... J'essaie de répondre... Mon métier de base, c'est l'écriture... Tout part de là... Les toiles ont existé car on m'a empêché d'écrire. Je parle de la censure de mes livres... Pour ce qui est de la bédé, c'est différent. C'est un vrai travail, la bédé demande un énorme recul et un gros effort de pédagogie. De l'humour aussi... Les chorégraphies ou le théâtre, c'est encore différent et plus nouveau pour moi. J'adore expérimenter et entre deux livres ou des toiles, travailler en équipe... Le point nodal, disons que c'est de ne jamais me répéter, ni m'ennuyer, de ne pas me soucier du regard des autres et d'avancer dans ma compréhension du monde et des hommes qui le composent. Ça fait un gros point nodal...Le monde irait mieux s’il y avait plus de... ? Moins de...? DR : Plus de contre-pouvoir, de danseurs et de danseuses, d'oiseaux de nuit... Moins d'oligarques, de policiers, de policières, de Jean-François Copé...Le monde va comme il est c’est tout, on doit se battre dedans ?DR : CertesQu’est-ce que ça te fait de passer ainsi ta vie dans les vents contraires ? On s’y sent plus seul ? Moins seul ?DR : Je passe ma vie à avancer contre des vents contraires. J'essaie de tenir droit. Pour l'instant ça marche. Sans vents contraires, on se ferait bien suer... > Denis Robert contre Bankenstein, feuilleton vidéo sur ventscontraires.net

Le 7 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 5

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200720h30. Place de la Concorde, on commence à démonter la vaste scène qui devait accueillir la fête de la droite décomplexée. La chanteuse Jane Manson entonne « Faisons l’amour avant de nous dire adieu » devant une poignée de jeunes en tee-shirt Lacoste, qui pleurent à chaudes larmes. « C’était l’élection imperdable, se désole une blonde devant les caméras de TF1. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. » Un peu plus loin, un blond ne cache pas sa tristesse : « Les communistes reviennent, je ne peux pas y croire. » Pour sa copine, une blonde, « c’est comme si un mauvais génie nous avait volé le vote, et qu’il nous regardait du haut du ciel en ricanant ». Plus loin encore, le Noir — quand on filme les jeunes de l’UMP, il faut toujours le Noir — retient difficilement ses larmes : « Le pays fait marche arrière. Ça fait très mal au bas du dos ». Résumant bien le sentiment général, un blond amer estime que « les Français sont des cons ». Toujours à Paris, une réunion de crise des grands dirigeants français et des représentants du MEDEF se tient dans l’arrière-salle d’un célèbre restaurant. L’ambiance à l’intérieur est, paraît-il, très tendue — mais rien ne filtrera de la rencontre. 20h45. La future présidente de la République quitte Melle pour Paris, accompagnée de ses enfants et du chien Poupuille. Un avion Falcon de l’armée, affrété par son fidèle soutien Pierre Bergé, l’attend sur l’aéroport de Poitiers. Mais Ségolène Royal refuse. « Une décision très symbolique, commentera le magazine Politis : l’acte de naissance d’un certain style dans l’exercice du pouvoir. » La future présidente ne veut bénéficier d’aucun passe-droit — hormis l’addition du restaurant, qu’elle n’a pas l’habitude de payer. Elle rejoindra Paris en voiture, comme tout le monde. En revanche, elle a pensé à une petite fille de la région, âgée de six ans, gravement malade et en attente d’une greffe : c’est elle que le Falcon emmènera jusqu’à Paris pour une opération d’urgence. A l’heure où tout le monde l’attend, Ségolène Royal prend le temps d’accompagner la petite jusque dans l’avion. Elle embrasse les parents qui pleurent en lui avouant qu’ils n’ont pas voté pour elle : « Mais moi non plus », leur répond-elle gentiment. Au moment de la dernière embrassade, l’enfant ne peut contenir son émotion : Ségolène devra retourner se changer à Melle. Un reporter de Paris-Match a capturé toute la scène au téléobjectif : « La nation la demande, mais c’est à l’amour qu’elle répond », écrit l’hebdomadaire en publiant les clichés. Assigné au tribunal de grande instance de Nanterre, Paris-Match sera condamné à 8 000 € d’amende, pour atteinte à la vie privée…     La suite demain...

Le 22 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 20

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 28 mai 2007On apprend que le philosophe André Glucksmann a fait une tentative de suicide dans la nuit du dimanche au lundi ; mais ses jours ne sont plus en danger. mardi 29 mai 2007 Conseil du ministre. C’est le deuxième du quinquennat — et le premier à se tenir au cœur de la « vraie France », comme l’a souhaité la présidente. Le gouvernement est convoqué à Fontenille-Saint-Martin-d'Entraigues, riante bourgade du pays mellois qui, par une rare anomalie du maillage national, n’est pas couverte par les réseaux cellulaires ou de GPS. Les représentants des secrétariats, secteurs, sous-secteurs, sous-sous-secteurs, antennes et câbles se perdent en route, et la plupart n’arriveront jamais. On en voit errer par petits groupes, sur les chemins vicinaux entre Lussais et Couturette, fraternisant avec les journalistes envoyés de Paris qui se sont perdus eux aussi. Vers midi, des pique-nique s’improviseront sur les bords fleuris de la Boutonne. Ségolène Royal est furieuse : à l’avenir, ces retards ne se reproduiront plus. En revanche les professionnels de la politique, forts d’une longue expérience de terrain, marquent leur différence avec la société civile : partis de la gare de Niort à bicyclette, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn sont les seuls à se présenter à l’heure, avec Bernard Kouchner qui a eu l’heureuse idée de les suivre. Ils recevront tous un bon point. C’est à ce conseil que le gouvernement lance la consultation nationale pour la réforme de la justice au travail. Chaque entreprise mettra sur pied une cellule de justice participative, chargée de faire remonter les idées et suggestions des personnels qui se trouveront synthétisées par un comité de justice participative qui remettra son rapport au secrétariat d’État à l’ordre juste, qui devra mettre en place un référendum. A l’issue de la séance, la présidente tombe sur un journaliste de Paris-Match qui a, au prix d’efforts surhumains, trouvé l’entrée du village, et l’interroge sur ses relations avec François Hollande. « Ma vie privée n’intéresse pas les Français, répond-elle sèchement. Je ne veux pas qu’elle devienne l’arbre qui cache la forêt de problèmes qui s’étendent devant nous. » Paris-Match publiera l’entretien, avec un cliché de la présidente se débattant dans les ronces, au bord de la Boutonne. Il sera condamné par le tribunal de Nanterre. mercredi 30 mai 2007 Nicolas Sarkozy en avait marre de tourner en rond sur son Zodiac, face au cap Nègre où le yacht de son ami Bolloré est ancré, avec toutes ces villas sous le nez. Il décide de rentrer à Paris dans la voiture de Gilbert Montagné. Il est appelé en route par TF1 qui lui propose une interview pour le soir même. Il accepte, ce qui l’oblige à prendre le volant. Voici les grandes lignes de son passage sur TF1, interviewé par une Claire Chazal très agressive à son sujet.   « Vous n’avez pas voulu de moi ; maintenant, je vais faire du fric. Oui, du fric ! Je le dis clairement à tous les Français… Mon ami Martin Bouygues m’a proposé de prendre la direction générale du secteur BTP : j’ai accepté. Je vais montrer aux français qu’ensemble, avec Martin, tout est possible… Un projet d’émission de variétés et de société est en cours de réalisation sur cette même chaîne, et j’en prendrai les rênes en tant qu’animateur… Je veux défendre la liberté d’expression. » …La suite demain...

Le 20 octobre 2010 à 13:01
Le 20 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 18

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 21 mai 2007 La photo officielle de la présidente des Français est présentée à la presse par Dominique Besnehard, conseiller à l’image et au casting des réceptions. On y découvre Ségolène Royal de trois-quarts, vêtue d’une tunique bleue, un foulard vert autour du cou ; dans sa main droite, un drapeau français, dont la flamme vole au vent ; sa main gauche repose sur un bouclier aux couleurs de l’Europe. A l’arrière-plan, la carte de France des régions, que brandit un enfant souriant devant le fronton d’une école. Pour le magazine Voici, la styliste Ling-Ling de Chateaubriand décrypte le look de la présidente : « Audace et simplicité : cette robe bleue, enfin, cette tunique — cette robe-tunique, disons — est définitivement très tendance. J’aurais peut-être cassé la taille par une ceinture en strass. Sinon je m’interroge sur le sens du foulard vert. » mardi 22 mai 2007 Premier conseil du ministre. « Faites-moi rêver » : telle est la phrase par laquelle la présidente, à peine assise, inaugure le premier conseil du quinquennat — figeant de stupeur Dominique Strauss-Kahn et le reste du gouvernement sur les sièges du salon Murat. Ce sera, en substance, l’injonction qui va scander chaque début de réunion. Ségolène Royal a tenu à ce que l’ensemble des secrétariats, secteurs, sous-secteurs, sous-sous-secteurs, antennes et câbles soient représentés à cette réunion de lancement. Les huissiers ont dû courir tout le palais pour rassembler des pliants. Après un court exposé sur les vertus du sommeil et d’un bon petit-déjeuner, la présidente demande à chacun de se présenter devant les autres, et de préciser ses devoirs envers les Français. Dans la mesure où personne ne connaît personne, ces présentations accapareront la totalité de la séance. La société civile, tout heureuse d’avoir pour une fois la parole, expose dans le détail son parcours et ses attentes. Dans un coin du salon Murat, Laurent Fabius et Bernard Kouchner, protégés par un rang de secrétaires d’État inconnus, font un concours de cocottes en papier. Dominique Strauss-Kahn les lorgne avec envie : mais, placé juste en face de la présidente, le Premier ministre doit rester sur ses gardes. La main sous le menton, il lutte de toutes ses forces pour empêcher son regard de plonger dans le décolleté de la secrétaire d’État à l’avenir, qui semble ranimer en lui un passé pas totalement enfoui. Ce sera la dernière séance au salon Murat. Au grand dépit du gouvernement, la présidente fait savoir que le conseil du ministre se tiendra désormais de façon « volante », dans de petites communautés méritantes de la vraie France qui changeront chaque semaine. A titre expérimental, on commencera par celles du Poitou-Charentes. Une boîte à suggestions a été installée en bout de table, pour que tous aient la possibilité d’exercer une critique participative sur le déroulement des conseils à venir. Kouchner et Fabius y glissent chacun une cocotte. Leur geste n’a pas n’échappé à l’œil aiguisé de la présidente : à l’heure de la photo officielle, le secrétaire d’État aux pays dont il faut se mêler des affaires et le sous-secrétaire à la biodiversité en outre-mer se font sévèrement remonter les bretelles : « On ne vient pas au conseil du ministre pour enfiler des cocottes ! C’est aussi votre avis, Dominique ? » Et, passant de la cocotte à l’âne, la présidente foudroie du regard son Premier ministre qui s’est posté au garde-à-vous — au sens propre et figuré — tout contre la secrétaire d’État à l’avenir. Cette dernière sera démissionnée aussitôt pour raisons de santé, battant ainsi le record de France de longévité à la tête d’un secrétariat : trois heures. Commentaire de Bernard-Henri Lévy, à la fin de la journée : « Magnifique ! »…  La suite demain...

Le 28 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 26

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 20 juin 2007 L’Imposteuse, pamphlet signé par Cassandre (pseudonyme d’un collectif de « responsables politiques éclairés »), dénonce avec vigueur la « royalisation de l’héritage socialiste » et colporte plusieurs histoires de coucherie. « Qui est Cassandre ? s’interroge Le Journal du dimanche en reprenant les extraits des coucheries. Le petit monde des médias ne bruisse que de cette question. » L’éditeur, First, assure avoir voulu « briser la loi du silence ». Cette publication suscite un certain écho. La présidente la qualifie de « charge misogyne contre toutes les femmes dans leur intégrité morale et physique ». Son porte-parole, Bernard-Henri Lévy, dénonce avec vigueur une attaque indirecte contre lui-même, et « tous les intellectuels de ce pays qui mettent les mains dedans ». Le Parti socialiste, de son côté, publie un communiqué laconique : « N’importe quoi », dont on ne sait pas très bien s’il vise le pamphlet ou sa victime. François Hollande, interrogé par le magazine Politis, assure qu’il n’a rien à faire avec cette histoire. Il ajoute : « Plus rien à faire avec cette histoire » — précision qui sera abondamment commentée dans la presse. Tous les partis de droite dénoncent une  manipulation qui « profite, bien entendu, à la victime » et ne peut qu’émaner de son propre camp. « Parce que, Claire Chazal, qu’est-ce qu’on veut, avec cette histoire ? accuse Frédéric Lefebvre. On veut faire diversion ; on veut faire oublier les vrais problèmes des Français. Eh bien, moi, je trouve ça indigne d’un parti au pouvoir. C’est pas avec nous que ce serait arrivé. » André Glucksmann, bloqué à l’hôpital avec les deux bras cassés, a un alibi. Malgré ce début prometteur de polémique, l’ouvrage se vendra mal… La suite demain...

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