Les bonus de la saison
Publié le 03/12/2015

Côme de Bellescize : "Même aujourd'hui, j'ai parfois l'impression d'être un imposteur"


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Toujours intéressant d'entendre ce qui a conduit un auteur à se lancer dans l'écriture. Côme de Bellescize, qui met en scène sa dernière pièce Eugénie au Rond-Point, se raconte sans fard.

S'il est écrivain aujourd'hui, c'est parce qu'il reste fidèle à une décision prise à l'âge de 13 ans, peut-être pour plaire à ses parents, peut-être pour s'offrir la vie qui lui paraissait la plus souhaitable de toute : celle d'un écrivain.

Une décision nue, prise sans modèle ni à la suite d'une rencontre avec un texte ou un auteur. La rencontre avec le théâtre arrivera plus tard, comme pour tant d'entre nous, au lycée.

Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Côme de Bellescize

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Le 24 septembre 2010 à 10:47

Origine. La nôtre.

Les Monstres arrivent au Rond-Point

Irruption. Ainsi naissons-nous. Sans norme ni contour. Lave mêlée, viande rouge, gènes en fusion, cheveux frisés, sexe divin, coeur au galop et pensées sans fin. Nous jaillissons refusant d’emblée ce monde où la parole ne peut dire l’immensité de nos désirs, la fureur de nos rêves et notre douleur d’exister. Nous crions, rage et panique, dès l’apparition de nous mêmes enfermés dans une peau d’humain. Le combat pour la liberté va durer quelques mois puis, sous les coups répétés de la civilisation raisonnante, notre génie considérable va se réduire en morale tiède et bon goût parfumé avec, comme seule autorisation de sortie, diverses églises où notre âme se cabossera sur des dogmes. Ainsi le bébé géant que nous sommes, l’enfant-dieu, le monstre lumineux pénètre penaud dans la cage du réel, rapetisse soudain et devient homme. Apparaît alors le secrétaire de mairie, le nouveau philosophe, le gastro-entérologue et le tennisman. Chez certains pourtant la braise des origines ne s’est pas éteinte, elle continue de raviver le souvenir de ce jardin perdu où dans une joie complice l’enfer et le paradis nous faisaient enjamber tous les horizons par-delà le bien et le mal. Ceux-là artistes ils sont. Et leurs chefs-d’oeuvre témoignent des êtres fantasques et démesurés que nous aurions dû être. De Polyphème le cyclope d’Homère au Minotaure de Dante, du Dracula de Bram Stoker au Quasimodo de Victor Hugo, des ogres de Grimm au Docteur Jekyll de Stevenson, de Phèdre dont Racine nous rappelle en un alexandrin qu’elle est la fille de Minos et de Pasiphaé, mi-femme mi-déesse, sans oublier Les Songes de la raison de Goya, Le Jardin des délices de Jérôme Bosch ou Les Monstres sacrés de Cocteau. Il en est d’autres chez qui, torturés par la norme et la loi des hommes, la braise originelle s’enflamme soudain vengeresse jusqu’à leur brûler la tête. Alors surgit de leur cervelle en cendre le seul monstre noir contenu jusque-là dans nos cauchemars et qui, le temps d’un génocide ou d’un meurtre dans une ruelle, ravage une humanité qui les étouffe. Ainsi en est-il des monstres, c’est-à-dire de nous-mêmes. Il n’y aurait pas de théâtre sans eux.> Toute la saison les monstres sont au Rond-Point : Orlan, Jacques Vergès, le champion de France de Body Building, l'homme le plus tatoué du monde, les avocats du couple Fourniret, des acteurs monstres sacrés lisent des textes monstrueux, Michel Onfray et son université populaire... Voir les liens ci-dessous qui vous renvoient vers les programmes des conférences-perfomances de la Monstrueuse université, des Lectures monstres, de l'Université populaire de Caen...

Le 27 mai 2016 à 11:22

Gonzalo Demaría : "Pour écrire du théâtre, il faut entendre des voix"

L'auteur argentin Gonzalo Demaría a écrit avec Alfredo Arias les spectacles Mambo Mistico et Trois tangos, vus au Rond-Point les saisons dernières. Et dernièrement Déshonorée, présenté en ce moment sur la scène Tardieu et qui nous a valu le plaisir de le rencontrer. Jean-Daniel Magnin — J'ai eu la chance de passer quelque jours à Buenos Aires il y a quelques années, et j'ai été frappé par le formidable amour du théâtre qui règne dans ta ville.  Gonzalo Demaría — Nous les Argentins nous sommes des survivants, avant tout dans notre propre Histoire. C'est pareil pour le théâtre. C'est vrai qu'à Buenos Aires il y a une surabondance d'activités théâtrales. On se demande d'où vient tout ce public qui vient assister à nos productions. Pour les auteurs de théâtre bien sûr la situation est difficile. Chez nous on ne peut pas vivre du théâtre en général. Et les écrivains encore moins que les acteurs. Mais il y a une profusion de spectacles. On se débrouille. On va souvent voir des spectacles au domicile des auteurs ou les metteurs en scène. Des expériences avec environ 25 spectateurs.Pour survivre j'écris par exemple un soap très amusant pour la télévision, ou des articles sur la généalogie dans la presse, ce qui est une passion chez moi. Mais en gros j'ai de la chance parce que par moments je peux faire du théâtre mon gagne-pain. – Comment ça a commencé l'écriture théâtrale pour toi ?– On dit chez nous que le théâtre s'écrit avec l'oreille. Et justement je me souviens, enfant, d'avoir entendu des voix. Comme Jeanne d'Arc. C'est notre côté mystique à nous les Argentins ! Sans plaisanter, écrire pour le théâtre, ça n'est pas de la littérature ou la poésie, ça passe par d'autres biais. Par d'autres chemins. De grands auteurs comme Balzac ont essayé sans y parvenir à écrire du théâtre, toutes ses tentatives ase sont soldées par des échecs. Il faut entendre, dans la tête, c'est tridimensionnel. Je vois ça de manière mystique. Ensuite il y a la discipline, la rigueur. Je n'écris pas sur l'ordinateur mais sur le papier. La main a son propre rythme, sa transe. J'ai une addiction à la lecture, il y a tout le poids de la littérature qui vient m'irriguer.– Ta première pièce ?La première c'était à l'école élémentaire, avec l'aide de ma maîtresse, une pièce patriotique pour une fête nationale, celle du 25 mai. Elle a vu que j'avais quelque chose, elle m'a pointé du doigt : "Toi tu veux écrire avec moi la pièce du 25 mai ?" On l'a jouée à l'école ! A quinze ans, mon père, un avocat, a montré mes feuillets à son ami le grand auteur dramatique Roberto Cossa. Il m'a encouragé à continuer. Ma première pièce a été montée au Théâtre National quand j'avais 26 ans. Une autre étape importante a été la rencontre avec Alfredo Arias. Il était venu voir une pièce musicale que j'avais écrite, texte et musique, et m'a invité à écrire avec René de Ceccaty une adaptation des Liaison dangereuses... Ça a donné Les Liaisons tropicales.– Tu es proche du plateau, des acteurs ?– Ça dépend. Parfois je fais la mise en scène. Et donc quand je travaille avec un metteur en scène je suis très respectueux. Je viens s'il m'appelle. Le théâtre n'est pas de la littérature comme je disais, c'est une collaboration. Par exemple Shakespeare écrivait ses pièces sans aucun respect pour sa propre écriture. Il modifiait le texte en fonction des acteurs, des distributions. Il ne voyait pas la pièce comme une œuvre littéraire. Comment ne pas être d'accord avec Shakespeare !– Comment est venue la pièce que nous présentons au Rond-Point : Déshonorée ?– J'avais en tête une espèce de Sunset boulevard : une vieille star du Péronisme enfermée avec ses fantômes dans son hôtel particulier en ruine. Je la voyais en conversation avec la tête coupée de son amant – feu le frère d'Eva Péron. Alfredo m'a dit que ce serait mieux de s'appuyer sur un fait réel, puisqu'elle a existé : Fanny Navarro a subi un interrogatoire avec une espèce de fou qui joue à être médecin, militaire — un personnage réel lui aussi. Je voulais écrire depuis longtemps sur Fanny Navarro, l'amie d'Eva Peron. Alfredo l'admire. Et il m'a suggéré de camper la pièce au commissariat. C'était une très bonne idée, c'est plus intense. Et à la fin, il y a tout de même la conversation de Fanny avec la tête de son amant. Il y a des réminiscences avec La Morte amoureuse de Théophile Gauthier.– Quels sont les obsessions qui parcourent tes pièces ?– Je partage avec Alfredo Arias un même amour pour les marginaux, les déplacés. Par exemple les cartoneros, ces pauvres si nombreux qui ramassent papiers et cartons dans les rues de Buenos Aires. J'ai été très impressionné par les prisons où j'ai rendu visite des amis incarcérés. L'horreur de la prison m'a bouleversé. Chez nous elles sont terribles. Une expérience qui a changé mon écriture.– Qui sont les écrivains de théâtre argentins que tu apprécies ?– Notre maître à tous, s'appelle Mauricio Kartun. Un auteur très concerné par les mots et notre Histoire. Il a formé une horde d'auteurs dramatiques. Les auteurs de ma génération, nous sommes tous passés entre ses mains. Parmi eux, je recommande Santiago Loza, Maria Marull, Erika Halvorsen.– Comment vois-tu la crise qui traverse notre époque ?– Nous sommes des gymnastes de la crise. J'ai 46 ans et j'ai vu des révoltes, des tirs contre la foule, des meurtres. Quand je prends de la distance, je regarde l'Argentine avec un sentiment mélangé. C'est un très bon pays, mais il est ravagé par des gouvernements aussi affreux les un que les autres. On ne sait pas comment sortir de ça. J'enrage en entendant tant de faux discours, de mensonges, de corruption. On ne peut pas parler des pauvres en étant excessivement riche. C'est catastrophique.

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