Laurent Houssin
Publié le 10/12/2015

L'oenographile


Laurent Houssin dessine des gros et grands dessins depuis toujours. Il a lu des tas de BD, a débuté dans le fanzine Argh!, a troqué ses crayons contre des gants de boxe puis ses gants de boxe contre des crayons, a vu le bagne, a animé ses dessins chez Œil pour Œil multimédias, a dessiné Marcel et son orchestre, l'album"Rendez-nous Miss Moule ! ", des histoires de loups pour le Psikopat...Aujourd'hui, il dessine dans Fluide Glacial. Bon, c'est clair ou vous voulez que je vous fasse un dessin ?

 

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Le 23 février 2013 à 08:26
Le 10 janvier 2014 à 08:08

Le facteur dort la tête en bas.

Les progrès du futur #9

La technologie des drones, comme beaucoup d'autres, fut mise au point par l'armée. L'idée était de frapper au coeur du dispositif ennemi sans risquer la vie des soldats. Puis la technologie se répondit à l'ensemble de la société : pour un prix modique, on pouvait retrouver les spéléologues imprudents dans les couloirs de la BNF ou s'assurer de la vertu de l'être aimé. De son côté, la vénérable Société nationale des postes et télécommunications fit l'acquisition d'une flotte de huit mille hélidrones pour la livraison des achats sur Internet. Ce fut un succès éclatant, si bien que de nombreux concurrents arrivèrent bientôt sur le marché. Rapidement, on vit dans le ciel des nuées d'engins aux couleurs de différentes compagnies, ce qui accrut le niveau sonore de façon considérable. On constata une forte recrudescence des acouphènes et des troubles du sommeil. C'est à ce moment que le Muséum d'histoire naturelle de Bourges lança son modèle de chauve-souris transgénique nicotino-dépendante : le batpacker. Sur une base de grand rhinolophe, les chercheurs étaient parvenus à provoquer le développement d'un bulbe olfactif semblable à celui des pigeons voyageurs, réagissant au champ magnétique terrestre et tenant lieu de GPS. Puis une cure d'addiction à la nicotine rendait les animaux tout à fait soumis. Ce fut un succès fulgurant : en six mois, les batpackers avaient remplacé les hélidrones et le niveau sonore en ville était redevenu sans danger pour la santé publique. Par ailleurs, contrairement aux craintes de certains membres rétrogrades du Muséum, la biodiversité ne fut pas sensiblement affectée. On observa toutefois quelques désintoxications spontanées de batpackers, ce qui eut l'effet heureux mais inattendu d'éradiquer la malaria de Camargue, où elle était réapparue au début des années 2020 à cause du changement climatique.

Le 11 février 2014 à 08:02

Faire le signe des guillemets avec ses doigts pourra être éliminatoire lors d'un entretien d'embauche

Tout le monde connaît ce petit geste consistant à lever les bras et à recourber deux doigts de chaque main pour mimer des guillemets lorsqu’on emploie une expression ou que l’on détourne un mot de son sens initial dans une conversation. Agaçant pour certains, amusant pour d’autres, le geste qui divise la société française n’est désormais plus le bienvenu dans toutes les situations et pourra bientôt être considéré comme éliminatoire lors d’un entretien d’embauche. Popularisé dans les années 90 par deux professeurs de français dans un collège parisien, le geste semble aujourd’hui complètement avoir échappé à ses créateurs. « Nous avions inventé ce geste afin d’appuyer notre discours pour nos élèves » explique Mme Mangé, aujourd’hui à la retraite. « Jamais nous n’aurions imaginé un tel succès » ajoute son ancien collègue M. Cazaux qui ne cache pas son désarroi de voir le geste des guillemets utilisé à tort ou à travers. Car si le geste semble avoir triomphé pendant les vingt dernières années, il n’est aujourd’hui plus en odeur de sainteté et se retrouve mis sur le banc des signes dépassés tels que le “V” de victoire . « Je ressens une irrésistible envie de frapper mon interlocuteur lorsqu’il utilise ces gestes » explique Romain Marazé, un fervent opposant . « Encore plus lorsque celui-ci possède des lunettes » précise-t-il. Romain Marazé n’est pas un cas isolé, et ils sont plus de 15 000 à se ranger derrière la bannière de l’association « Repose Cette Main Tout de Suite » (RCMTS) pour réclamer l’interdiction du geste dans certaines conditions. Selon lui, une mesure de restriction permettrait d’éviter le ridicule de ceux qui ne savent pas exactement quand employer le geste et de mettre fin à la provocation de ceux qui osent encore le sortir au bon moment. « Hier encore je suis tombé sur un célèbre présentateur qui s’est obstiné à utiliser le geste avec un nom propre, c’est intolérable » raconte-t-il. L’association lancée il y a deux ans propose de venir en aide à ceux qui sont touchés par une forte dépendance au signe des guillemets. Plusieurs stages organisés partout en France permettraient à des dizaines de Français de sortir de ce terrible fléau. « Nous confrontons le patient à sa propre image pour qu’il se rende compte de son ridicule » explique Romain Marazé qui confesse lui même s’en être sorti grâce aux stages de l’association. Une réelle volonté de s’en sortir motivée selon lui par une expérience plutôt négative : « un énième échec lors d’un premier rendez-vous amoureux à cause d’un mauvais emploi du geste en question » précise-t-il. Le Gorafi

Le 14 juin 2012 à 09:18

Vérité Dréville

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 8

> premier épisode   Ce n'est pas faire injure aux autres acteurs que de le dire haut et fort, la star du spectacle, l'étoile du berger, le point d'ancrage, l'alpha et l'omega, Vénus, le noeud autour duquel s'enroule le jeu de l'amour et du hasard d'Yves-Noël Genod, c'est quand même elle, Vérité Dréville. Ah le sourire de Vérité Dréville ! J'en suis tombé amoureux. Ce sourire qui est un enchantement, sourire "normal" à mi-chemin entre celui de la Joconde et celui de Ségolène Royal. "Mère de tous les sourires, sourire de toutes les mères". Jean-Pierre Ceton a eu une très belle formule : Dréville rit le texte. Peux pas mieux dire. Elle rit les phrases, dans le texte, dans les maux du texte. Ah si Claude Régy avait choisi Valérie pour Psychose 4.48 ! Valérie et non Isabelle ! Valérie et Isabelle ? C'est comme Madonna et Marilyn, c'est toute la différence entre la chair et les muscles. J'aime bien les muscles, ça peut être sexy, j'aime bien Madonna et Isabelle. Mais bon, les muscles, on s'en lasse vite et ça vieillit mal.  Quand Valérie arrive sur le plateau et qu'elle s'avance vers nous, ses yeux dans nos yeux, elle semble dire : Bonjour, je suis une pâquerette, ça va bien, vous ? Quel genre de fleur êtes-vous, vous ? Vous voulez que je vous raconte une histoire ? Oui ? Non ? Alors, voilà, il était une fois... Et puis non, il n'était aucune fois, il ne sera aucune fois parce qu'une fois c'est jamais, voilà, et sur ce je vais me suicider. Car j'ai une crise mortelle, moi, vous savez. C'est comme ça ce soir. Peux rien y faire. Et Valérie sourit, dans le suicide, Vertige Dréville. Chez Yves-Noël, Valérie, c'est simple, on dirait qu'elle n'a jamais fait de théâtre. Elle découvre la chose, oublié les heures de vol sur le plateau, like a virgin, candle in the wind, pourrait-on dire. Bal d'une débutante. Et pourtant, légers, ils sont là, Vitez, Régy, Vassiliev. Ils sont là comme des ombres chinoises, des sourires, des épaules fortes.  A l'Odéon, Vérité Dréville, je l'avais vue se consumer dans Phèdre, chaque soir.  Au Rond-Point, pas de consumation mais des départs de feux, multiples. Je pense à Maria Casarès qui disait à la fin de sa vie : "Je cherche encore". Le sourire de Valérie s'élargit parce qu'il cherche encore, il cherche toujours, il est au commencement de la recherche. Casarès et Dréville, mère et fille, je trouve, fille et mère. Je pense aussi à Camille Laurens, je vois des correspondances entre Valérie et Camille. Une même douceur en apparence, une même force sous la peau, pas du tout vulnérables ces femmes-là, fragiles oui, épidermiques, mais vulnérables, surtout pas, dans le derme c'est robuste. Camille comme Valérie ne vous diront rien du malheur ambiant, elle savent trop bien que c'est l'Impossible à dire, le malheur. Malines qu'elles sont elles s'arrêtent avant de le dire et c'est tant mieux. Mais tournant autour, en cercles concentriques de plus en plus petits, de plus en plus précis, elles arrivent à toucher quelque chose, un ordre juste, quelque chose qui finit par dessiner les contours de ce malheur dont je parle, qui est là, partout. Et c'est précieux. Même si c'est terrible à entendre. C'est précieux comme la vie. Lire et relire le récit de Camille Laurens, Philippe.  Ecrire, jouer, ce n'est pas découvrir un monde, créer un monde, c'est redécouvrir.  Avec Valérie je redécouvre. Même le mot le plus simple comme argent ou passeport, je l'entends comme si c'était la première fois.  Bien sûr, dans ce spectacle Valérie ne serait pas Vérité Dréville s'il n'y avait sur le plateau et Marlène et Dominique et Anne et Alexandre, Marlène et Philippe. Elle n'est pas seule et ce qu'elle fait vient des autres, des poules, des plantes et du grillon aussi bien.  Ah Vérité Dréville, quel bonheur ! Quel bonheur sans mièvrerie ! J'en ai tellement marre des zombies, des dépeceurs narcissiques, des collines qui ont des yeux, de l'échelle de Jacob, de Freddy les griffes de la nuit, Dexter, Merah, etc. Moi je veux des cui-cui dans les arbres, du miel et de la compote de rhubarbe. Veux des bisous dans le cou, des petites filles qui rient dans les champs et des pots de colle Cléopatra. Vraiment ras-le-bol de la barbarie quotidienne. Limite nausée. Je veux de la délicatesse dans la vulgarité. Je veux Valérie Dréville chez Yves-Noël Genod. Voilà, c'est dit. Le contraire de la vérité n'est pas le mensonge, ou l'erreur ou le faux ou la fiction. Le contraire de la vérité, c'est la raison.

Le 9 novembre 2011 à 07:47

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Econotrucs #3

Si nos économies ont aujourd’hui le couteau sous la gorge et menacent de s’effondrer sous des monceaux de dettes, c’est parce que nous l’avons bien voulu : à l'heure où nous cherchons des solutions à la crise actuelle, il est bon de se rappeler que c’est presque toujours en tentant de résoudre la dernière crise que nous préparons les conditions de la prochaine. Cette finance « folle » que l’on dénonce aujourd’hui est le fruit de décisions politiques engagées par des gens rationnels qui pensaient œuvrer pour le bien public. C’est peut-être ça le plus effrayant.   A la fin des années soixante-dix, le modèle né au sortir de la seconde guerre mondiale était devenu inadapté : après deux chocs pétroliers, des crises monétaires à répétitions, les pays occidentaux connaissent des périodes d’hyper-inflation, une baisse de la croissance, une hausse du chômage : le système de Bretton Woods s’effondre. C’est la fin des trente glorieuses et des modèles d’inspiration keynesienne. Pour sortir de cette impasse, les administrations Reagan puis Thatcher décident de « libérer l’économie » autrement dit de la libéraliser : la finance va jouer un grand rôle. C’est la rémunération de l’épargne et des dépôts qui est libéralisée aux États-Unis. C’est le big bang financier de la place de Londres : les investisseurs étrangers se ruent sur la capitale anglaise, qui rattrape en quelques années sa rivale New-York. Les puissances pétrolières enrichies par les chocs pétroliers ont quantité de pétrodollars à placer, et les marchés financiers vont remplir ce rôle.   Ces choix ne sont pas seulement idéologiques : en France, les socialistes suivent rapidement le mouvement . Les entreprises qui peinaient à trouver des financements (même lorsqu’elles étaient privées, elles étaient très largement dépendantes des financements et des banques publiques) et les marchés financiers internationaux vont leur offrir de nouvelles capacités d’investissement, d’innovation et donc de croissance. Le Matif (marché à terme des instruments financiers) est, par exemple, créé à Paris en février 1986. La démographie amplifie le mouvement  : les futurs retraités confient leur épargne à des investisseurs de long terme, le capitalisme devient essentiellement actionnarial.   Dans les années 90, les produits dérivés se développent, de nouveaux marchés apparaissent, la finance s’internationalise. Les petites institutions financières privées se multiplient (Cf econotrucs #1). La sphère financière explose. Pour suivre ce mouvement et soutenir un système bancaire en difficulté, les États-Unis ont progressivement démantelé toutes les réglementations inventées au sortir de la crise de 1929, jusqu’à supprimer en 1999 le fameux Glass Steagall act qui séparait les différentes activités bancaires et qui n'était déjà plus que l'ombre de lui-même. C’est cette finance qui permettait - entre autres - aux États-Unis de retrouver une croissance grâce aux investissements dans ce qu’on appelait la « nouvelle économie ». L’explosion de la bulle de l’internet était rapidement rangée au rang de « crise de jeunesse », et de nouvelles formes de financement apparaissaient avec l’explosion de la titrisation, opération quasi magique qui permettait à la fois à David Bowie de toucher de l’argent sur de futurs droits d’auteur, et à de modestes familles américaines de devenir propriétaires de leur logement.   L’endettement des pays occidentaux grimpait, mais des épargnants chinois étaient prêts à acheter cette dette. La moitié du monde semblait vouloir investir dans l’autre moitié, et on se mettait à parler d’un “Bretton Woods 2” , un nouvel équilibre mondial.   Cette explosion financière aurait du faire l’objet d’une surveillance accrue des marchés et des institutions financières. C’est exactement le contraire qui s’est produit. La finance était une industrie innovante, et on pouvait raisonnablement affirmer qu’à vouloir trop corseter une innovation, on risquait de la tuer dans l’œuf.   En réalité rien n’était bien nouveau dans toutes ces innovations financières, et contrairement à ce qu’on bien voulu nous faire croire nos dirigeants politiques obligés de jouer aujourd’hui les pompiers avec l’argent public, la crise ne nous a pas pris "par surprise" . Si personne n’avait prévu exactement son déroulement, ses enchaînements, et son ampleur, les signaux d’alertes étaient innombrables, les risques que cette finance hypertrophiée faisait courir à nos économies étaient largement connus, et avaient été expliqués par de nombreux économistes. Et comme je sais que vous ne me croyez pas, je reviendrai bientôt là-dessus.

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