On s’est
rencontré autour d’une boîte d’haricots verts, un soir après minuit. T’aurais
pas un ouvre-boîte ? qu’elle m’a demandé comme ça. Je sortais des
chiottes, et l’un dans l’autre, on a fini par déboucher une bouteille de vin,
assis en tailleur sur ma moquette bleu mauve. On a discuté un peu de Bukowski,
de John Fante, et puis elle a commencé à pester contre son loyer – le fameux
400 euros, 10 mètres carrés mansardés. J’ai gueulé aussi. Fumiers !
Salauds ! Et puis j’ai roulé sur le côté. Tu veux que je te suce ?
Pas la peine, j’ai répondu. Ce vin dégueulasse, ce vasistas foireux – la chambre
est si lumineuse, vous verrez, que du bonheur ! - toute cette merde me
sapait le moral.
Au réveil, elle m’a demandé si je voulais bien
l’accompagner chez son proprio. Elle avait un plan. J’ai dit okay. On
s’est pointée à 10 heures. J’avais une gueule de bois pas possible. Je me
tenais un peu en arrière, au bord de la
gerbe. Le proprio a ouvert. Tronche de l’emploi. – Je veux que vous
baissiez mon loyer, elle a attaqué, je me suis renseignée, votre chambre n’est
pas dans les règles. – Pas dans les règles ? Tu veux payer combien ?
– 300 euros, elle a répondu du tac au tac. – Marché conclu, il a dit. Je n’en
croyais pas mes oreilles, putain ! Il m’a jaugé - je pesais pas lourd. Il
a ajouté, à une condition, poulette, que tu viennes me la sucer tous les matins.
Le vent s’est levé quelque part du côté de Stalingrad. Un sale vent froid, un
truc à vous râper les os. Aucun doute, on était bien à Paris. Le gros lard s’est marré. Il s’est
marré, et puis il nous a claqué la porte à la gueule.
Elle portait un prénom allemand, prénom allemand que
le temps a fini par emporter. Mais pas sa coupe de cheveux. Tout au carré. Noir
de jais.