Vincent Haudiquet
Publié le 15/12/2015

Je ne suis pas ivre, j'aime bien boire allongé, c'est tout !


Lorsque l’on a beaucoup bu, on se rend compte que la terre tourne. L’alcool rend donc lucide.

Un aveugle qui a trop bu, est-ce qu’il voit doublement noir ?

D’après certains scientifiques bordelais, l’absorption de petites quantités d’alcool diminue les risques de maladie coronarienne. Ceux qui prononcent ‘conorarienne’ feraient mieux de ne pas prendre le volant.

- Selon l’INSERM, l’alcool est responsable d’environs 45 000 morts en France chaque année.
- Ça fait combien de femmes qui cessent d’être battues ?

Depuis que je sais qu’en Angleterre le nombre d’accidents de voitures dus à l’alcool est en baisse, chaque fois que j’ai trop bu, je roule à gauche.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, c’est entendu, mais l’abus d’eau aussi, sinon ce ne serait pas un abus, et ça, c’est écrit nulle part !

Ce qu’il faudrait ce sont des Bistrots du cœur où ceux qui ont les moyens viendraient boire tranquillement à la santé de ceux qui n’ont rien.

Des fois, quand j’arrête de boire, je suis victime d’un phénomène de manque. Mercredi soir, par exemple, en sortant du Balto, il me manquait mon pantalon.

Le vin, ça peut rendre violent. Mon père, il cognait ma mère quand il n’y avait plus de vin à la maison. Il avait l’eau mauvaise.

Vincent Haudiquet naît brièvement à Paris en 1955 en poussant un cri, puis se tait, considérant qu’il avait dit là l’essentiel. Depuis, il écrit des aphorismes et des courtes nouvelles dans le magazine Fluide Glacial, mais aussi dans quelques livres parus chez des éditeurs qui y ont survécu. Il est aujourd’hui un des humoristes les moins connus de France, mais n’en tire aucune gloire.  

 

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Le 26 juillet 2014 à 08:28

C'est pas du boulot!

Les p'tits boulots du Professeur Pascal.

J’aimerais être policier : pour mettre des PV à tous les cons qui ne savent pas qui est Marcel Proust. J’aimerais être écrivain à succès, sauf que Marc Lévy écrit plus mal que moi. J’aimerais être infirmière, rien que pour passer une blouse bien propre sur mon corps dénudé et velu. J’aimerais être coiffeur pour les plus de cinquante ans : la calvitie a déjà fait la moitié du travail. J’aimerais être peintre en bâtiment : j’aime tout ce qui a des poils, les chiens, les chats, les pinceaux.  J’aimerais être armurier, spécialiste des pistolets à eau. J’aimerais tenir un restaurant finnois. Je serais le roi du steak de renne. J’aimerais être un artiste, mais le titre est déjà pris. J’aimerais être chanteur de rock comme Johnny : on verrait ma tronche sur les T-shirts des retraités. J’aimerais être prêtre ou pasteur : on ne travaille que le dimanche. J’aimerais être guérisseur. Grâce à mon pouvoir extraordinaire, je soignerais les femmes seules par l’imposition des mains (entre autres). J’aimerais être maître-chien. A moi aussi, on mettrait une muselière. J’aimerais être dictateur chez les poissons, petit père des poulpes. J’aimerais être dictateur dans une orangeraie, petit père des pulpes. J’aimerais inventer des jeux de société pour hommes seuls. Mais il y a déjà le solitaire et les plaisirs qui vont avec. J’aimerais être chercheur d’or dans une bijouterie ; c’est plus facile. J’aimerais être conseiller d’orientation. Je guiderais mes élèves vers des voies d’avenir : analyste financier, marchand de Prozac, employé à Pôle Emploi. Bref, j’aimerais faire quelque chose de ma vie. Si vous avez une idée, merci de me contacter rapidement. Gens sérieux et travailleurs s’abstenir !

Le 7 septembre 2010 à 17:26
Le 8 juillet 2013 à 08:22

Manifeste pour le retour à une saine géométrie des couverts de table.

C'est à une vraie prise de conscience que j'appelle, car elle avance subreptice. Je parle de cette lente agonie de la géométrie des couverts qui s'invite à notre table chaque repas que Dieu fait. N'avez-vous pas un jour remarqué, camarades attablés, la dent extrême de la fourchette, rebelle à l'alignement de ses soeurs ? Ne fûtes-vous jamais condamné à couper votre steak avec la lame tordue d'un misérable couteau mutilé ? Ne mangeâtes-vous jamais votre glace à l'aide de l'une de ces cuillers à long manche pitoyablement torsadé ? N'avez-vous jamais souffert cette sournoise autant qu'anormale inflexion entre le manche et la cuiller, à cet endroit précis de jonction dont la section plus faible confère de la fragilité à l'ustensile ? Cette jonction de moindre de section qui a précisément pour objet de limiter la conduction thermique entre la partie travaillante plongée dans le potage bouillant, et votre main d'affamée ! Car oui, cet ustensile que tu tiens en main, camarade attablé, cet ustensile a été pensé, conçu, fabriqué par l'un de nos frères, l'une de nos soeurs mécano. Oui, ami gourmet, des femmes et des hommes de coeur oeuvrent dans l'humilité des bureaux d'études sur leur planche à dessin, ajustent des outillages de découpe dans le secret de leur atelier, conduisent avec doigté et professionnalisme les presses qui travaillent les feuilles de cette noble tôle et donnent naissance à ces fourchettes, cuillers et couteau que tu manipules avec tant d'irrespect. Et tout ce génie humain devrait se déliter dans les miasmes infects des plonges des restos et des cantines ? L'amour du travail bien fait de nos frères et soeurs mécanos devrait être livré à la maltraitance de cette main d'oeuvre à bas coût qui officie dans l'antre infâme des arrière-cuisines sans que nous ne nous rebellassions ? Camarades, faisons de l'exigence en matière d'orthodoxie géométrique de nos couverts une règle de vie. N'acceptons pas la descente vers les abîmes de la civilisation où nous conduit cette lente dérive. Aujourd'hui les couverts tordus, demain, qui sait, les verres fuyards ou les nappes trouées ? Ensemble, exigeons un retour aux vraies valeurs de la saine géométrie de nos couverts. Pour le salut des arts de la table à la française.

Le 8 septembre 2011 à 09:03
Le 2 décembre 2011 à 08:49

Henri

Dans son petit appartement du bourg de Saint Honoré des Agios, le jeune Henri fume une cigarette. Il est blond comme le blé qui refuse de pousser dans son champ des possibles. Il s'est inscrit au Pôle Emploi du coin. Ponctuellement, on l'y convoque. Quand il réclame un salaire, on lui répond RSA, quand il demande un emploi, on lui répond RAS. « Enfer et Dame Nature, s'écrie-t-il en bon chrétien scientiste, serais-je un éternel insatisfait ? Quand je travaillais, j'avais de l'argent et je n'avais pas le temps de le dépenser, et maintenant que je suis au chômedu, j'ai tout mon temps, mais j'ai plus d'argent. C'est fâcheux. » Son licenciement économique a été pour lui une vraie blessure, il faut l'avouer. Maintenant, chaque fois qu'on lui demande : « Quoi de neuf ? », c'est comme si on remuait le couteau dans la plaie. Du coup, il voudrait la gagner, sa croûte, juste pour ne pas avoir l'impression qu'on le juge. Parfois, en allumant la télévision, il est vert de rage. Mais, quelque part, le vert reste la couleur de l'espoir. D'ailleurs, il n'en veut à personne. Il est de ceux qui considèrent que la vengeance est un plat où il ne faut pas mettre les pieds. D'autres fois, devant la télévision, il rit jaune. Mais, quelque part, le jaune reste la couleur de ses cheveux. Comme un bon rire vaut un steak, il a acheté le livre de Bruno Lemaire, Nourrir la planète, pour tromper sa faim. Il sait, Henri, que tout vient à point à qui sait attendre. Sauf le steak, qui calcine.

Le 10 février 2015 à 08:53

Saint-Bernard à la savoyarde

Vous les avez aimés, mangez les #2

L'image d'Epinal du bon saint-bernard, son petit tonneau de rhum au cou, sauvant l'alpiniste en difficulté me fait bien rigoler ! J'ai possédé moi-même un saint-bernard pendant dix ans et je ne l'ai jamais vu sauver qui que ce soit! Par contre, il peut se vanter de m'avoir ouvert les yeux et peut-être sauvé de la famine ! En effet, c'est ce bon Bobby qui m'a fait comprendre qu'il n'était pas seulement un animal de compagnie mais 60 kilos de promesses culinaires ! Ingrédients : 1 épaule de saint-bernard débitée en morceaux, 12 tranches de lard fumé, 6 cuil. à soupe de moutarde aux herbes, 1 gros oignon émincé, 8 belles pommes de terre, 20 cl de crème fraîche liquide, 10 cl de rhum, 250 gr. de Beaufort en fine lamelles, poivre et sel. Préparation 20 min - Cuisson 1h30 - Thermostat 7 1 - Epluchez et lavez les pommes de terre - Coupez-les en fines tranches - Remplissez un plat à gratin, arrosez de crème fraîche, poivrez et salez. 2 - Enduisez les morceaux d'épaule de moutarde aux herbes - Enroulez-les des tranches de lard fumé - Déposez-les dans le plat et posez dessus les rondelles d'oignon. 3 - Arrosez le plat d'un peu de rhum. 4 - Recouvrez la préparation d'un papier aluminium et enfournez - Sortez le plat du four et couvrez-le de lamelles de Beaufort - Remettez à gratiner et servez dès que le Beaufort a pris une belle couleur dorée.   Extrait de "Vous les avez aimés, mangez-les" de Pascal Rémy et  Jean Lecointre - Editions de l'épure - 20 €

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