Vincent Lecoq
Publié le 09/12/2015

Attentifs ensemble


Face à la menace terroriste, les Parisiens s'organisent : Vigipicrate niveau rouge.

Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

Plus de...

Vincent Lecoq

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 16 avril 2013 à 10:06

Accidents domestiques : vers l'interdiction de la dernière marche des escaliers ?

Chaque année, les accidents domestiques font des milliers de morts et de blessés en France. Pour s’attaquer à ce problème de front, le gouvernement a demandé une étude d’urgence. Remise au Premier ministre ce jour, elle recommande l’interdiction de la dernière marche dans tous les nouveaux escalierset une vérification de tous les anciens escaliers. Une mesure qui suscite beaucoup de commentaires à droite comme à gauche. Cette matinée d’octobre, Luc s’en souviendra toute sa vie. Alors qu’il descend l’escalier qui mène à son hall d’immeuble, il rate la dernière marche. Le verdict est sans appel, une méchante foulure de la cheville. Mais cela aurait pu être plus grave. « Il m’est arrivé ce qui arrive à bon nombre de personnes au quotidien. J’ai raté la dernière marche. Je m’en tire à bon compte ». Chaque jour, ce genre d’accident domestique se produit partout en France, avec des conséquences parfois plus graves. Face à ce phénomène, le gouvernement a demandé un rapport destiné à mettre fin ou mieux prévenir ce risque d’accident. Parmi les choix retenus, celui de la suppression de la dernière marche des escaliers. « Dans plus de 85% des accidents constatés, c’est la dernière marche de l’escalier qui apparaît comme responsable direct. » affirme le rapport. La suppression de cette marche réduirait les accidents de deux tiers, toujours selon l’étude. « L’avantage est que vous n’avez plus à vous soucier de cette dernière marche, qui parfois surprend. Car souvent, et c’est le souci, après la dernière marche, il n’y a plus de marche. Le cerveau qui gère les informations cherche une marche après la dernière. Et c’est ce qui provoque les accidents ». Le rapport préconise que les nouveaux escaliers installés en France ne soient plus munis de dernière marche et recommande une inspection de tous les autres escaliers. « C’est une mesure démagogique et totalement irresponsable de demander d’inspecter les millions d’escaliers en France » affirme-t-on à droite. À gauche, certains s’interrogent sur la pertinence de l’étude, comme plusieurs députés écologistes qui affirment : « Supprimer la dernière marche est bien mais les statistiques montrent que les accidents arrivent dans les trois dernières marches, nous demandons donc plus d’audace au gouvernement ». Le Gorafi Illustration: EricVega/iStock

Le 20 décembre 2011 à 11:22

« Je peux vous dire que je débloquerai la bombe atomique. »

Christine Boutin, 13 décembre 2011, Public-Sénat.

Tous aux abris ! Elle n’est pas encore élue présidente de la République, la Madone des autels, qu’elle a déjà le doigt sur le bouton de la force de frappe.  Mais pas de panique : ce n’est pas un crime contre l’Humanité qu’elle serait prête à commettre, plutôt un sarkocide pour cause d’obstacles élyséens à sa collecte de parrainages. Si d’ici février elle n’atteint pas les 500 signatures de maires requises pour se présenter, elle actionnera donc l’arme fatale.  Bien sûr chacun s’interroge : une excommunication vaticane ? Un ralliement à Hollande ? Une dénonciation d’affaires pas très claires ? Sa détermination est telle, qu’on en arriverait à imaginer qu’elle va se faire sauter avec sa bombe. Une sorte de sainte kamikaze, effacant par son sacrifice tous les péchés du quinquennat.Ce n’est encore qu’une menace. Pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour savoir que l’arme nucléaire, c’est d’abord la dissuasion. De Gaulle avait théorisé la dissuasion du faible au fort, les évolutions ont conduit à l’envisager du fort au fou, Christine Boutin n’est pas forte, mais pas folle non plus. Elle sait que pour se faire entendre un peu il faut « débloquer » beaucoup. On la croyait « bonne fille », on se trompait. On se trompe d’ailleurs souvent sur elle. Certes elle est anti-avortement, anti-PACS, anti-mariages homosexuels, anti-euthanasie, elle n’est cependant pas anti-liberté d’aller au théâtre voir les pièces de son choix. C’est au moins ça.

Le 20 mai 2013 à 09:33

Lenny Bruce

1925-1966

Né en 1925 à Long Island dans une famille juive, Lenny Bruce se débarrassa de sa jeunesse en devenant soldat en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale. À son retour du front, il fonda sa propre église et s’autodésigna pasteur ; il fit du porte-à-porte et récolta de l’argent pour une léproserie en Guyana. Le Jésus qu’il proposait n’était pas très convenable, alors la police l’arrêta.
   Son humour iconoclaste et son éloquence n’étant appréciés ni par l’Eglise ni par les tribunaux, il trouva asile dans les cabarets. Il continua ses prêches ; son ambition était de guérir les lèpres du racisme et de l’hypocrisie.
  La société ne le toléra pas longtemps ; elle n’avait pas encore compris qu’il est plus efficace d’encenser ou d’ignorer les irréductibles. Des policiers arrêtaient Lenny Bruce à la fin de ses représentations. On l’accusait de proférer des obscénités. Pour lui, la seule obscénité c’était le silence. Il s’attaquait à tous les pouvoirs et dévoilait la haine derrière la respectabilité. Il était juif, noir et indien à la fois. Cette guerre contre l’injustice et l’humiliation ne lui laissait aucun répit. Il n’avait pas l’intention de déposer les armes.
    Sa femme était strip-teaseuse. Lui exhibait son âme. Un abîme le séparait du public. Sur scène, il se trouvait en équilibre ; comme un funambule, il mettait sa vie en jeu en marchant sur un fil. La drogue et l’alcool sont les seuls anges-gardiens sur qui l’on peut compter dans ces cas-là. Bob Dylan a écrit une chanson en hommage à Lenny Bruce où, par une phrase, il dit tout : « Il a combattu sur un champ de bataille où chaque victoire fait mal ».
  Selon un critique, un de ses rares admirateurs à l’époque, il ne parlait pas : il faisait du jazz. Il improvisait avec sa voix, ses émotions et ses idées. C’est en jouant qu’il se créait. Il découvrait parfois ses monologues au moment même où il les prononçait. Lenny Bruce était un artiste. Dans ses one-man-shows, l’humour se mêlait à la politique, la grâce poétique à la colère. Il se moquait du succès et de la reconnaissance. Les rires et les applaudissements ne l’ont jamais corrompu. Il ne cherchait pas à plaire à n’importe quel prix. Il méprisait les compliments de ceux qui croyaient trouver dans ses spectacles de quoi conforter leur bonne conscience progressiste. Il n’hésitait pas à engueuler et à insulter son public. Une telle indépendance coûte cher : il perdit son métier, sa femme, sa maison.
  Aujourd’hui la censure n’est plus nécessaire. Les comiques font des sketchs sur le téléphone portable, leurs amours ou la cigarette. On jette Lenny Bruce en prison chaque jour où l’on ne reprend pas son flambeau. Il n’est pas une relique de la génération beatnik. Il fait partie de notre trousse de secours humaniste. Il est vivant si nous le voulons. Je voudrais que l’on se souvienne de lui comme d’un honnête homme. C’est beaucoup moins fascinant que son image de rebelle scandaleux. Non, il n’était pas scandaleux, ni vulgaire. C’était un héritier de La Fontaine et de Chamfort.
   Laissons-le terminer. À la fin d’un spectacle à New York, il s’adressa ainsi au public : « Je suis désolé si je n’ai pas été très drôle ce soir. Parfois je ne suis pas drôle. Je ne suis pas un comique. Je suis Lenny Bruce ».

Le 19 décembre 2010 à 11:47

« Cessez d'emmerder les Français ! »

Jacques Myard, Assemblée nationale, jeudi 16 décembre 2010

Europhobe, homophobe et tenant de la trique sécuritaire, ce député UMP est réputé pour ses saillies dans l’enceinte du Palais Bourbon, ce qui n’a bien sûr aucun rapport avec le fait qu’il soit élu de Maisons-Laffitte (Yvelines), « Cité du cheval ». Lors de la discussion du projet LOPPSI 2, acronyme gentillet d’une loi à poigne sur Internet, la vidéosurveillance, les mineurs de 13 ans, les squats, les écoutes, les fichiers, les polices municipales ou encore les chauffards, le liberticide s’est révélé libertaire avec ce cri du cœur inspiré du fameux « Arrêtez d’emmerder les Français ! » de Georges Pompidou. C’était en 1966 et le Premier ministre pestait contre l’excès de lois, décrets et circulaires. Moyennant quoi leur nombre n’a jamais cessé de croître. Rien que depuis 2002 on en est à dix-sept lois sur la sécurité et cinq sur l’immigration. Mais Jacques Myard visait seulement la réglementation du permis à points dont il souhaitait un assouplissement. Avec cet argument fort : un « pépé » flashé à 56 km/heures sur « les berges de la Seine » et qui serait de la sorte sanctionné. Il a flotté soudain comme un parfum de nostalgie sur l’hémicycle puisque si la bagnole peut faire la course avec les péniches dans la capitale on le doit à… Georges Pompidou. Au cas ou Delanoë persiterait dans son projet de rendre ces berges aux piétons, qu’il ne s’étonne pas si Jacques Myard remonte en selle avec un slogan tout trouvé : « Faites pas chier les Parisiens ! ».

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication