Antoine Marchalot
Publié le 11/12/2015

Tous au bistrot !


Antoine Marchalot est né très jeune, en 1986, à Brest, Royaume de Bretagne. Fuyant une carrière toute tracée dans la pêche en haute mer, il rejoint les rangs du collectif lyonnais Arbitraire avec qui il partage un goût prononcé pour les pantalons en velours et les roulades arrière. Depuis il fait de la bande dessinée, des illustrations, des affiches, des pochettes de disques... 

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Le 23 novembre 2011 à 08:39

« Il pèse désormais sur les socialistes le soupçon d'être du bois dont on fait les marionnettes »

Eva Joly, Le Monde, mercredi 23 novembre 2011.

Que l’on imagine Pinocchio, assis dans le bureau de la juge d’instruction Eva Joly : « Monsieur, je vous mets en examen pour recel d’arbres frauduleusement abattus par ceux qui vous manipulent. » Promue candidate des Verts, elle est restée implacable la dame aux binocles rouges. C’est tout le PS qui est frappé du même soupçon de boisitude. A part DSK peut-être, car il n’est pas de bois… Mais vaut mieux ne pas risquer de telles mauvaises plaisanteries devant Eva Joly, mère sévère qui flingue à tout va pour son retour de Baden-Baden. Et pan sur la « tambouille politicienne » de son propre parti qui aurait troqué 58 centrales nucléaires contre 60 circonscriptions législatives. Et toc sur l’ « archaïsme » de la bande à Holllande, et badaboum donc sur le PS qui a laissé approcher sans lui passer les menottes, le « lobby » Areva venu expliquer qu’on ne peut pas à la fois garder du nucléaire et le priver de carburant.  Pour François Hollande, présumé Gepetto de toute cette combinazione, ça va chauffer. Ma Dalton et Mélenchon font la paire pour lui faire la peau. La première en Castafiore décidée à sauver les bijoux de la famille écolo, le second en Capitaine Haddock qui injurie le « capitaire de pédalo » sans avoir jamais lui même navigué.  Avec des ennemis pareils, Sarkozy a-t-il encore besoin d’amis ?

Le 28 juillet 2015 à 17:25

Lettre à Afifé Jalé, première comédienne musulmane

Chère Afife, Vous êtes née en 1902 à Constantinople dans une drôle d'époque. L'Empire ottoman se décomposait, les rues se remplissaient de plus en plus de sans-logis, incendies et maladies ravageaient la ville. Mais, comme toujours, il y avait des gens assez fous pour faire du théâtre dans cette atmosphère chaotique. Depuis peu, les chrétiennes pouvaient faire leur apparition dans les rôles féminins, jusque-là tenus par des hommes, alors qu'il était encore impensable pour une femme musulmane d'y songer. Et vous, chère Afife, vous avez été têtue. Dès que vous avez eu dix-huit ans, vous avez pris des cours, assisté à toutes les répétitions d'une troupe istanbuliote dans l'espoir de monter sur scène, puis, comme dans un conte de fées, un soir de 1920 une actrice arménienne s'est absentée et vous avez réussi à convaincre tout le monde que vous pourriez prendre sa place le temps d'une représentation. Bien sûr, la police a fait une descente à la fin du spectacle, mais vous avez recommencé. La course folle pour fuir les agents de police a continué pendant des mois, on vous a harcelée. Le ministère de l'Intérieur a pris un décret pour vous décourager. Vous avez fugué par les coulisses de nombreuses fois, vous avez été emprisonnée, insultée, traitée de prostituée, vous avez séjourné dans des hôpitaux psychiatriques, votre famille vous a mise à la porte, vous avez changé de nom, de troupe, de ville, vous avez connu la misère, la maladie, la dépendance, mais vous n'avez jamais renoncé à votre amour du théâtre. Chère Afife, vous seriez affligée de voir qu'un siècle plus tard les mêmes esprits barbares essaient d'effacer le corps de la femme de l'espace public, et ce non seulement à Istanbul, mais partout dans le monde. C'est pourquoi il était urgent de parler de vous lors de l'un des plus grands festivals de théâtre au monde, que vous auriez certainement adoré. Merci d'avoir montré la voie, Afife Jale.

Le 18 mars 2012 à 09:08

Une chronique à consommer avec modération

Un réveil avec la gueule de bois, c'est piteux. C'est un avant goût d'Alzheimer avec un arrière-goût d'éthanol et de tabac froid. Le séducteur refoulé s'est pour un temps réveillé, mais, au matin, le réveil dans son lit d'un vide sidéral en témoigne, le séducteur a été refoulé. La beuverie transformant les plus beaux traits d'esprit en rature, l'ivresse a mis dans sa bouche une prose étrange : « Ô callipyge beauté, sur ta croupe marmoréenne, j'inscrirai mon nom en lettres de feu ! » Le ridicule ne tue pas, l'alcool, si. La douleur, c'est dans la tête. On se relève de tout, paracétamol aidant, mais la vie paraît bien vaine cependant. D'autant plus vaine que la métaphysique du jour se limitera au « Pourquoi ? » d'un œil au beurre noir. Si l'amnésie est trop inquiétante, le nauséeux pourra jeter un coup d'œil tuméfié aux tickets froissés dans l'étui de sa carte bancaire pour tenter de reconstituer vaguement la trame des évènements. « Tiens, un verre de liqueur de menthe... J'ai donc eu un bref moment de lucidité concernant mon haleine. Cela dit, je ne m'en souviens pas. » Le xylocéphale est désormais convaincu que cette vie de débauche ne peut plus durer. Toutefois, il n'a pas le courage d'y attenter tout de suite. Le café a tiédi dans la tasse, une dure journée s'annonce. Afin de s'économiser, il va aller travailler dans les vêtements avec lesquels il a dormi, pour fatalement constater quelques heures plus tard en se grattant le nez que sa manche de droite sent la bière.

Le 3 juin 2010 à 17:40

Le froid pour tous

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Haussmann est préoccupé par la disparition du froid. Il vient d’écrire à Napoléon : « il faut accepter la cherté des loyers et des vivres comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l'invasion des ouvriers de la province ». Perdu dans ses projets d’assainissement, il se rend compte que la destruction des caves souterraines a un effet immédiat : la glace recueillie en hiver n’a plus de contenant. Privés de froid intra-muros, les habitants risquent d’aller chercher la fraîcheur de banlieue.Charles Tellier, chercheur de laboratoire farfelu, vient quémander quelques attentions au Paris éventré. Haussmann renvoie toutes ses idées mais il est touché par sa singularité et lui glisse à l’oreille : fabriquez-nous du froid !Charles Tellier s’aventure du côté de Faraday, de l’éther, et de l’ammoniac. Il construit une machine à froid dans la fabrique du maître-chocolatier Meunier. En travaillant sur la compression de gaz liquéfié, les désirs de Charles Tellier deviennent grands, très grands. Il veut le froid pour tous et partout.A ses frais, il transforme les cales d’un vieux voilier. Le 20 septembre 1876, le Frigorifique part de Rouen. Le 25 décembre, il arrive à Buenos Aires. Il prouve que l’on peut traverser l’Atlantique avec trente tonnes de viande fraîche à bord. La chaîne industrielle du froid, ainsi inaugurée, bouleversera la frileuse Europe.Poussé par la recherche absolue des basses températures, Charles Tellier va mourir dans le plus grand dénuement. Peu avant son dernier jour, il dira à un de ses proches : « Le convoi des pauvres m'attend, mais ce sort final des travailleurs ne m'effraie pas... ».

Le 2 novembre 2011 à 08:45

France-Ethiopie

Carte postale d'Addis Abeba

Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.   Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.   A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…   Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.   La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.   Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.

Le 20 novembre 2011 à 09:08
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