Laurent Houssin
Publié le 15/12/2015

Je me farcis le groin


Boire un coup avec Lindingre et Houssin

Textes de Yan Lindingre

Laurent Houssin dessine des gros et grands dessins depuis toujours. Il a lu des tas de BD, a débuté dans le fanzine Argh!, a troqué ses crayons contre des gants de boxe puis ses gants de boxe contre des crayons, a vu le bagne, a animé ses dessins chez Œil pour Œil multimédias, a dessiné Marcel et son orchestre, l'album"Rendez-nous Miss Moule ! ", des histoires de loups pour le Psikopat...Aujourd'hui, il dessine dans Fluide Glacial. Bon, c'est clair ou vous voulez que je vous fasse un dessin ?

 

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Le 6 décembre 2012 à 15:01

"Je ne suis pas un non-aligné. Ce sont des gens qui n'ont pas de ligne, pas de couilles. J'ai une ligne, celle du redressement de mon pays."

Bruno Le Maire, BFM-TV, 6 décembre 2012.

Dans la vie on redresse ce qu’on peut, mais il est vrai que sans couilles ça aide moins que sans ligne. Les trois ensemble, c’est mieux. Aussi ne veut-il pas laisser croire qu’il pêche par manque de ligne, le sieur Le Maire, naguère candidat à une élection présidentielle, celle de l’UMP s’entend, où on lui avait fait comprendre qu’il pouvait toujours s’aligner pour concourir, faute de “parrains” en nombre suffisant. Qu’importe qu’une “mafia” ait pourri le match, aux dires du désormais très couillu François Fillon, Bruno Le Maire serait (re) partant pour la “gagne” à l’UMP. Des jaloux prétendent qu’en refusant de choisir entre la peste et le coléreux, l’ancien ministre de l’Agriculture jouait d’abord pour sa pomme. Sa collègue d’infortune, la râpeuse NKM, a fait l’objet de la même suspicion en étant rangée parmi les “non-alignés” ce qui n’était pas un compliment de le part de Jean-François Plic et François Ploc. Mais celle-ci en se moquant des garçons de son parti qui faisaient le concours de celui “qui ferait pipi le plus loin” avait quand même pointé le ridicule d’exhiber à tout propos sa “ligne”, pour ne pas dire autre chose. Cela ne l’empêche pas, Nathalie, de faire maintenant la paire avec Bruno, afin d’obtenir un nouveau vote à l’UMP. Une seule “ligne” pour ces deux egos : “Redressons-nous, Folleville!” Un seul remède à la maladie sénile de l’UMP: le Viagra.

Le 29 avril 2014 à 14:39

Papa dit régulièrement « À boire ou je tue le chien ! »

MAMAN est dans la cuisine. Tout d’un coup, elle s’écrie « Personne n’a vu mon petit ami ? » Silence. Consternation. Maman a un petit ami. Elle est en train de nous dévoiler l’existence de sa double vie. Elle est devenue folle. Sur un coup de tête, elle va nous révéler les méandres d’une sexualité que je préférerais ne pas connaître. Quelqu’un finit par lui demander « quel petit ami ? » Eh bien, mon petit ami. Maman a un naturel confondant pour évoquer ce petit ami dont je ne savais rien, dont je n’imaginais même pas l’existence. Au bout d’un moment, on finit par comprendre que maman est en train de faire un gâteau et qu’elle a besoin de son petit tamis, rangé sans doute dans le mauvais tiroir. Je suis rassuré. PAPA conduit la 4L. On est allé se promener en Bretagne. Au retour, il décide de s’arrêter au Mont-Saint-Michel. Juste rester quelques instants, faire une courte halte. Mais un agent explique qu’on doit obligatoirement stationner sur le parking payant. Papa n’a pas envie. L’agent explique qu’il n’y a pas d’autres solutions. Papa tente de parlementer. Sans succès. Tout d’un coup, papa s’énerve, remonte dans la voiture, nous lance « Regardez bien le Mont-Saint-Michel les gamins, vous n’êtes pas prêt de le revoir ! » Maman dit ordinairement « Bon, qu’il me dit, je m’occuperai de vous, le lendemain, il était mort. » Papa Maman en chantant cette chanson. Papa Maman je redeviens petit garçon.  

Le 25 juillet 2013 à 09:25

Mollo ! Mollo

Carnet de voyage. C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Amilcar. Non... c'était à Ürgrübn en Cappadoce, dans la love valley. Après une soirée dansante et arrosée dans un restaurant-grotte, nous n'avons pas envie de rentrer à l'hôtel. Alors, nous prenons le parti de faire comprendre au chauffeur turc du bus de rouler au pas. Nous cherchons des mots dans des langues différentes jusqu'à ce que, en désespoir de cause et, surtout, en manière de plaisanterie, je lance « Mollo ! Mollo ! ». Compréhension et exécution immédiate. Cette injonction est courante dans le vocabulaire familier des machinistes. Elle signifie : aller doucement à la manœuvre. Par exemple : charger à l'amoureuse. Autrement dit, faire descendre lentement le rideau, afin qu'il ne se fasse pas voler la poussière. En revanche, il s'agit de l'appuyer (de le monter), il ne faut pas lui faire faire l'avion. Si le mot mollo est, selon les dictionnaires, apparu tardivement dans le vocabulaire du spectacle vivant – en 1933 -, il est courant, depuis longtemps, dans celui de la marine. Il vient du verbe mollir, utilisé en météorologie marine pour dire que le vent tombe. Or, théâtre et marine sont intimement liés. Les théâtre à l'italienne, à leurs débuts, ont engagé des marins, puisque ce type de théâtre nécessitait des compétences de la marine à voile. Les marins ont apporté leurs superstitions sur les planches en faisant de l'emploi de l'emploi du mot « corde » un interdit ; c'est dire le fatal si le mot « corde » échappe à un machiniste. Sur un bateau, aussi, d'autres mots comme bout (en prononçant le « t »), filin, ganse lui sont substitués. Non seulement par mesure de précision, mais aussi parce que le seul lien qui continue à s'appeler « corde » sur un bateau est celui de la cloche avec laquelle on salue les morts. Les suicides par pendaison qui eurent lieu ensuite sur une scène vinrent renforcer l'interdit. Sur un bateau, on ne mange pas de lapin : il ronge le chanvre des cordages. Un autre exemple de proximité entre la marine et le théâtre : la gamelle. Il s'agit d'une sorte de projecteur mobile placé sur un pied orientable, destiné à éclairer une partie du décor, et non pas les comédiens. Sur un bateau, la gamelle est la soupière pour chaque plat des matelots, composé de sept hommes. N'avoir ni quart ni gamelle, c'est n'avoir rien à faire à bord. A la Comédie-Française, une expression était utilisée dans les années 1970 : chercher la gamelle au frigo, chercher un projecteur dans l'une des réserves du théâtre, endroit non chauffé, où il faisait frigo... Sur un navire comme sur les planches, marins et comédiens sont embarqués sur le même bateau.

Le 15 septembre 2010 à 14:40

Patron de la Culture, tiens bon !

Conseil Citoyen 9

Depuis longtemps déjà, patron dans la culture, Tu diriges pépère une grosse structure Vendant et achetant à tes alter egos Des spectacles souvent qualifiés d’inégaux, Mais que toi tu défends comme étant « Grand Public ». Ce dont se satisfont tes soutiens politiques.   Cette rentrée pourtant te voit le souffle court. La femme d’un copain qui travaille à la cour T’a laissé sous entendre en sortant d’un dîner Qu’on évoque en haut lieu de te déboulonner. Depuis tu ne dors plus. Mais pourquoi tant de haine ? Qui peut vouloir ta tête et ton beau CDN ? Sait-on que tu as dit de cette région centre Où tu as tes fonctions et qui t’accueille en chantre: « Ce centre national est vraiment dramatique » ? Ce bon mot aurait-il engendré la réplique ? Que faire ou bien que dire avant que l’on t’évince ? Comment retrouver l’ombre et l’oreille du Prince ?   Saches-le, pour entrer encore au ministère Le sésame a deux mots: Restrictions budgétaires ! Ainsi, pour tes acteurs, sous-traite à l’étranger Dans un pays bien pauvre et juste ravagé Par une pandémie ou un puissant séisme. Politiquement neutre et emprunt d’exotisme Ton acte humanitaire, engagé, philanthrope, T’offrira du crédit jusqu’aux fonds de l’Europe. Choisis des spécimens assez haut en couleurs, Quelques femmes jolies, sans être racoleur, De ces jeunes qui rêvent d’atterrir en France. Aller les dénicher te fera des vacances. Qu’ils sachent bien bouger et prendre l’éclairage. Le texte quant à lui sera, en sous-titrages, Une histoire du cru traduite à ta façon Dont tu encaisseras ainsi l’adaptation. Paie-les en défraiements, ils ne s’en plaindront pas Et seront même heureux de sauter les repas Et de glorieusement reprendre leur charter Avec ce qui chez-eux vaut un an de salaire. Veille bien cependant qu’aucun d’eux ne se pique De vouloir demander l’asile politique. Bien sûr que des copains te trouveront réac, Tu feras des jaloux au sein du Syndeac, Qu’importe, il faut durer et tu pourras peut-être Finir en commandeur et des arts et des lettres.

Le 28 novembre 2011 à 09:03
Le 18 septembre 2012 à 09:17

Faire rire le velours

La hantise des gens de spectacle, qu'ils soient sur la scène ou dans les coulisses, est de faire rire le velours. Autrement dit, de jouer devant une salle quasiment vide. Le velours dont il s'agit est celui des fauteuils. En effet, un théâtre à l'italienne, quand il n'est ni une cathédrale de béton ni un paquebot mais une bonbonnière, est rouge et or : l'or du bois et des stucs des balcons et des corbeilles, avec angelots joufflus et fessus, guirlandes de fleurs, femmes nues, cariatides ; le rouge du velours des fauteuils, un rouge spécial d'ailleurs appelé rouge-théâtre. Ce rouge fut choisi par Napoléon, qui voulait se démarquer ainsi des théâtres de l'Ancien Régime, le bleu étant la couleur des Royalistes et des théâtres de cour. Voyez celui de Marie-Antoinette à Versailles. Selon les propres dires du petit caporal, le rouge rendrait les femmes plus belles- comme des fleurs dans une corbeille – en ravivant leur teint. Plus prosaïquement, les éclairagistes contemporains considèrent que le rouge sait jouer avec la lumière. Et, comme le remarquait Georgio Strehler : « le rouge, c'est la seule couleur qui, lorsqu'on éteint la lumière, devient une couleur chaude. » L'expression faire rire le velours présente une variante : jouer pour (ou devant) les banquettes. Ces banquettes renvoyant, vraisemblablement, à celles des bouis-bouis, des petits théâtres de dernière catégorie et non aux banquettes de la scène classique, appelées banquettes des gentilshommes. Celles que le succès du Cid de Corneille, en janvier 1637, avait fait placer... sur la scène. Et qui réduisaient sensiblement l'espace scénique. Si les banquettes des bouis-bouis n'étaient pas confortables, celles des gens de bel air, installées sur le théâtre et payées très cher ne devaient pas l'être davantage : c'était des chaises paillées. Ce n'est que plus d'un siècle plus tard que, grâce à l'intervention du Comte de Lauraguais, cet inconvénient des banquettes sur le théâtre, a pu disparaître. Que ce soit faire rire le velours ou faire rigoler les banquettes, il s'agit toujours d'une manifestation de vie. Si un fauteuil vide est, dans l'argot des coulisses, un mort, les expressions, elles, sont plus toniques. Le théâtre n'est-il pas un spectacle vivant, quoi qu'il en soit ? Et pour désamorcer l'angoisse de la salle vide, un conseil de coulisses : « Venez armés, l'endroit est désert ! »

Le 9 novembre 2010 à 09:37

Au bord de la Laponie, Elin Larsson et la nuit polaire

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Le deuxième jour, la nuit. Elin Larsson monte sur scène, jeune et faussement fragile. Elle attend que le batteur soit en place, le guitariste aussi. Et elle envoie. Elle envoie tout. Parfois le trombone essaie de s’imposer, mais rien à faire, Elin Larsson est là, le plus prêt possible du micro, avec des notes rapides et précises, jouées avec la plus grande présence possible. Elin Larsson et personne d’autre. Elle absorbe tout, elle prend toute la place. Il est 14h30, nous sommes à Umeå, à quelques centaines de kilomètres du cercle polaire et de la Laponie, au bord de la mer Baltique. La salle de concert se remplie.La nuit n’a pas encore.Mais presque. Le froid non plus.Elin par contre.Elin Larsson parce qu’enfin, il est question de jazz, même en novembre, même à 62° de latitude nord. Il est donc question de basse, de batterie et d’instruments qui s’affirment, qui se combattent, s’affrontent. Elin Larsson est dans son instrument, cuivré, long, recourbé, elle est autre chose qu’une voie, autre chose que le silence ou la retenue. Il est 14h50. La salle est pleine, on est venu nombreux de Stockholm. Quelqu’un allume la lumière. Puis éteint.Elin s’arrête. Décontenancée. Puis la guitare, puis le batteur.Personne ne parle, personne ne bouge.Le silence est revenu.Le silence au nord de la Suède, dans une salle de concert. Elin s’approche du micro.Plus personne ne sait où il est, où il en est.Elin essaie de parler.Je.Je pense que c’est le moment pour Le ciel sombre.Le ciel sombre, celui qui va arriver dans quelques instants et ne plus partir pendant des mois.Elin laisse la guitare, la contrebasse et la batterie s’amuser, dans une musique blanche, adoucie, consolée. Elle les laisse jouer, à contre des jazz anciens, à contre des affrontements et des combats. Puis de conclure par un rire, de nouveau fragile, de nouveau humain.Le ciel sombre peut arriver. Il peut tout absorber. Il peut prendre place, il peut prendre toute la place. A écouter : Elin Larsson Set free.

Le 13 janvier 2015 à 08:40

L'Histoire et l'Histoire de l'Art à la rescousse pour la Liberté de la Presse

La France s’est toujours battue pour sa liberté d’expression. L’histoire nous rappelle que le chemin fut long et à plusieurs reprises, le droit, la politique, l’actualité, les intellectuels se sont affrontés pour acquérir, mettre en place et imposer cette liberté fondamentale… Au XVIIe siècle La presse se met en place progressivement à partir du début du XVIIème siècle. Gutenberg a joué un rôle déterminant dans la diffusion des textes et du savoir en révolutionnant l’imprimerie à partir de 1450 : invention du caractère d’impression mobile, presse à bras et encre d’impression. A cette époque, une partie de l’information était manuscrite, notamment dans la presse clandestine. Des ateliers fabriquaient en série des copies de journaux appelés « nouvelles à la main », puis des petites brochures (« occasionnels »), des libelles, des placards et des almanachs. Au XVIIIe siècle Essai de David Hume intitulé, Essai sur la liberté de la presse, 1752 : Le livre en format Word 2001 à télécharger Discours de Mirabeau pour la Liberté de la presse (1788) : « Tuer un homme c’est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même ». Rappelons-nous que la révolution française supprima la censure dont l’abolition avait été souhaitée dans les cahiers de doléances de 1789. Robespierre, discours à la Constituante, le 24 août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. Il n'est jamais permis à des hommes libres de prononcer leurs droits d'une manière ambiguë. Le despotisme seul a imaginé des restrictions: c'est ainsi qu'il est parvenu à atténuer tous les droits. » Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’article 11 institue la Liberté de la presse :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1780), médecin et homme de lettres, est avec d'Alembert l'un des principaux collaborateurs de Diderot dans le projet de l'Encyclopédie : « Presse, (Droit polit.) on demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un état. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les états fondés sur la liberté […]. »  Pendant la Terreur (1792-1794) La loi des Suspects (septembre 1793) rend impossible la liberté d’expression et donc de la presse. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. » Après le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799), tous les journaux hostiles sont supprimés… En 1803, un censeur est imposé à chaque journal. « Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n’en conserverai qu’un seul ; ... que le temps de la Révolution est fini et qu’il n’y a plus en France qu’un parti ; ... que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts. » Napoléon Bonaparte, Lettre à son Ministre de la Police Joseph Fouché, le 22 Avril 1804. Au XIXe siècle Sous la Restauration (1815-1830) Le 25 juillet 1830, Charles X signe quatre ordonnances, rédigées par le ministère Polignac. Elles suspendent la liberté de la presse, prononcent la dissolution de la Chambre qui vient d'être élue, fixent la date de nouvelles élections et modifient le calcul du cens. Elles provoquent la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) Dès 1832, des procès concernent des articles et caricatures jugés trop critiques vis-à-vis du roi Louis-Philippe. Le directeur du journal satirique La Caricature, Charles Philipon, puis le caricaturiste Honoré Daumier (Gargantua) sont incarcérés pour six mois en janvier 1832, en prison puis dans un asile d’aliénés. Gargantua Lithographie, 2e état sur 2, avec la lettre. 1831. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 21,4 x 30,5 cm. Delteil 34. Publiée dans La Caricature, le 16 décembre 1831. BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (1)-Fol. Louis-Philippe en Gargantua dévore les écus arrachés au peuple miséreux, ce dont quelques élus, proches du trône, profitent également. Cette lithographie a entraîné la condamnation par le gouvernement de Daumier, de Delaporte, l'imprimeur, et d'Aubert, le marchand d'estampes, pour "excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, et offenses à la personne du Roi". En même temps qu'elle valut à son auteur un séjour de six mois en prison, elle lui assura un début de notoriété. Liberté de la presse, Honoré Daumier Lithographie, état unique, avec la lettre, 1834 1834. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 30,7 x 43,1 cm. Delteil 133. Publiée dans L'Association mensuelle de mars 1834 (20e planche et 2e de Daumier). BnF, Estampes et Photographie, Rés. AA3 (DAUMIER) Dans cette planche qui reprend sur un mode plus solennel, le thème de la lithographie Ah ! Tu veux te frotter à la presse, parue dans La Caricature, Daumier parvient à réaliser, selon Philipon, "un des meilleurs croquis politiques faits en France". Un vigoureux ouvrier imprimeur, sculpturalement dessiné au premier plan, attend de pied ferme Louis-Philippe, entouré de Jean-Charles Persil et Odilon Barrot (à l'arrière-plan gauche), alors que le sort de Charles X, secouru par les monarques étrangers (à droite), laisse présager celui qui sera réservé à Louis-Philippe s'il s'oppose à cette figure populaire de la liberté de presse. Durcissement de la censure en 1835 sur tous les dessins. Le délit d’opinion réapparaît. Les taxes sur les journaux augmentent. Texte de Victor Hugo (1848), sur la liberté de la presse : «[…] Le droit de suspension des journaux ! Mais, messieurs réfléchissez-y, ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui, je le répète, se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique. […] […] Eh bien, toutes les fois que ce grand principe sera menacé, il ne manquera pas, sur tous ces bancs, d'orateurs de tous les partis pour se lever et pour protester comme je le fais aujourd'hui. La liberté de la presse, c'est la raison de tous cherchant à guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vérité. (Sensations diverses). Favorisez, messieurs, favorisez cette grande liberté, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour où, après trente années de développement intellectuel et d'initiative par la pensée, on verrait ce principe sacré, ce principe lumineux, la liberté de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entière l'effet d'un flambeau qui s'éteint ! […] » Sous la Seconde République (1848-1851) La Seconde république rétablit la liberté de la presse. Mais, avec le succès des conservateurs, une loi de juillet 1850 réduit à nouveau la liberté de la presse. Le 2 décembre 1851, les imprimeries furent occupées militairement, les journaux ne purent paraître sans autorisation préalable. Sous le Second Empire (1852-1870) Le décret de février 1852 emprunta à l'arsenal de la Restauration presque toutes ses mesures préventives contre les journaux. Le nom de censure n'était pourtant pas prononcé. Le caricaturiste André Gill, donnait une caricature par semaine au journal de F. Polo, La Lune, quand la censure en interdit la publication, au mois de décembre 1867. «La Lune devra subir une éclipse», dit un homme de loi. Il venait de donner, sans l'avoir voulu, son titre au journal qui allait succéder à La Lune, disparue, en effet, le 17 janvier 1868. Le 9 août 1868, apparition, si l'on peut dire, de L'Éclipse. Ce journal combatif tirant à 40 000 exemplaires est l’objet de 22 saisies, il disparaît en 1876 pour laisser place à la Lune rousse (1876-1879). La loi du 29 juillet 1881 : «  L’imprimerie et la librairie sont libres », la loi est adoptée à la chambre des Députés par 444 voix pour et 4 contre. « Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement… » Au XXe siècle : des acquis mais la vigilance reste de mise… Albert Londres, journaliste, 1929 : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Camus, éditorial de Combat, le 31 août 1944 : « Notre désir, d'autant plus profond qu'il était souvent muet, était de libérer les journaux de l'argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu'un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. » 1945, Fédération nationale de la presse, issue de la Résistance : projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. Paul Ricœur, philosophe, dans sa préface au livre de Jean Schwœbel, La presse, le pouvoir et l'argent (1968) : « La lutte pour l'indépendance des rédacteurs de presse, face au Pouvoir et à l'Argent, est un combat avec et contre le reste des mass media. Ceux-ci ont deux pentes: descendante et montante. La pente descendante, c'est celle de la presse commercialisée, pour qui l'information est une marchandise. Soumise aux impératifs de la publicité et des gros tirages, livrée à la recherche du sensationnel, elle amplifie les préjugés et les haines, et entretient l'égoïsme collectif des nations nanties, le chauvinisme instinctif et le racisme latent de la population. La presse de qualité est alors responsable, non seulement d'informer sur les faits et les événements, non seulement d'expliquer les tendances profondes de la société, mais encore de "parler contre" les préjugés de la foule. Ce que le public doit réclamer, ce dont il doit avoir l'appétit, c'est d'une presse qui résiste à cette pesanteur des mass media et lutte contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d'avilir, qui est celle de la presse commercialisée. » 1971 : déclaration des droits et des devoirs des journalistes, adoptée à Munich par les syndicats et les fédérations de journalistes des six pays constituant la Communauté européenne d'alors : « Le droit à l'information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l'ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. » 7 janvier 2015 : fusillade lors de la Réunion de Rédaction de Charlie hebdo, 12 morts dont quelques uns des plus grands dessinateurs français : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. Représailles des islamistes contre le journal satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet en soutien au journal danois Jyllands-Posten auteur d’une série de 12 caricatures du prophète parue le 30 septembre 2005. La Liberté de la presse est mise à mal une nouvelle fois dans l’histoire. Mais l’histoire nous enseigne également que la France s’est toujours battue pour sa Liberté de la presse. Le combat continue…

Le 19 mai 2012 à 08:42

Les passants

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 3

> premier épisode         > épisode suivant Yves-Noël trouve que mes chroniques ne vont pas, qu'elles sont surracontées, qu'il y a un problème avec le fait de nommer les acteurs. Yves-Noël fait sa Pina, sa diva, queue j'aime quand il fait sa Pina, en ce jour d'ascension. Yves-Noël préférerait que je d'écrive sans décrire, il me dit que quand les acteurs sont "bien" sur le plateau, ils sont n'importe qui, des passants. Je suis d'accord, je comprends et en même temps c'est compliqué. Les acteurs d'Yves-Noël, je les aime tant, comment les passer sous silence ? Marlène Saldana, rien qu'en écrivant Marlène Saldana, j'ai l'impression d'en dire tant sur Marlène Saldana. Je crois que jamais je ne pourrai saisir tout ce qui surgit sur ce plateau d'Yves-Noël Genod, c'est trop vaste. Alors je saisis des trucs au vol, des bribes, des confettis. J'espère pour Yves-Noël que je ne saisis rien au viol. Le théâtre d'Yves-Noël n'est plus, n'est pas cet espace délimité dans le temps et dans l'espace (justement) que l'on voit partout. Les acteurs d'Yves-Noël viennent de la rue, traversent le plateau et s'en retournent à la rue. Le spectacle a commencé bien avant la réprésentation, il a commencé dans la vie de chaque acteur, à la naissance de chaque acteur, de même il se prolonge dehors, dans la rue, le soir, la nuit, le jour, dans la vie de chaque acteur, dans son futur, dans son lit, jusqu'à la mort de chaque acteur. Pour les acteurs, je vais adopter une solution nouvelle : je vais dire Il et Elle. Bien sûr, derrière "Il" il y aura machin ou machin, derrière "Elle" il y aura bidule et bidule. Faut donc imaginer un "Il" pluriel et neutre, de la même façon un "Elle" neutre et plurielle. Idem pour Yves-Noël, je dirai "Il". Désormais mes chroniques seront pleines d'îles, pleines d'ailes. Et autant en emporte le vent. Le vent. L'amour, l'argent, le vent, comme le chante Barbara Carlotti. Point de vent aujourd'hui. Peu d'amour, pas du tout d'argent. Aujourd'hui c'est calme et laconique. "Avec l'argent tout est possible." "Le verbe acheter remplacera-t-il le verbe aimer ?" Elle se frotte les cheveux avec de la paille. C'est le moment du shampoing à la paille. Son portable sonne, elle s'en amuse. Elle porte une brassée d'herbes coupées comme on porte un enfant. Je pense à Rousseau. Le Rousseau de l'Emile ou De l'Education. Pauvre Jean-Jacques que l'on a tant emmerdé. Jean-Jacques qui savait si bien éduquer les enfants, lui qui avait abandonné les siens. "Journée de bonheur, hallucinant de bonheur. Le secret vermillon." "Rien n'est trop beau. Pour vous." Rousseau encore : Il faut cheminer dans la nature, c'est là qu'on grandit. "Quelle imposture, le futur." "Nouveau jour de vie, la Tour Eiffel." De la végétation a pris place dans les cheveux de l'actrice. "Terre d'ombre, Véronèse." "Le bonheur ? Pas difficile du tout. Pas d'effort. Pas le moindre effort." Une marche de la nature. La poule est d'accord. Elle caquette un oui massif. Le développement de l'humanité. Toute de rose vêtue, la petite fille fait une apparition. "Hi, Kitty, hello Kitty, how are you ?" La mère et l'enfant se disent des secrets. Des secrets ou des explications. "Capital bonheur. La minute idéale." Es-tu passé par Ermenonville ? "Qu'est ce que c'est, le bonheur ? Le bonheur, comme un parfum. " "Gagner 10 % à chaque instant." 10 % sur le temps, 10 % sur la mort, 10 % sur l'espace. 10 % de bonheur. En plus. La petite fille a des jeux interdits avec les oiseaux. 1789 / 2012, c'est pareil, c'est du pareil au même. Le Rond-Point et le Hameau, même combat. Versailles, Champs-Elysées Clémenceau. Marie-Antoinette is still alive. A cour, à jardin, à la Cour, dans le jardin. Les courtisans, les jardiniers, des passants. Une passante du Sans-Souci, qui passe. "Acheter, triomphe." "Un nouveau bonheur. Un tout petit bonheur." "Don't forget, little girl, it is not just a garden here. You have to organize, delicatly, play with your hands." Play it like Partage de midi. Just like that. It's easy. "Do you know this flower ? Do you know the name ? It is called "Forget me not". "Là-bas, il y a quelque chose." Si. C'est si joli, qu'ils disent. "Que ne se suicident-ils pas, tous ces prédicateurs de la lune ?" Elle saupoudre de la paille. "Non merci, pas de ministre." "Les expositions de peinture, finies." "Ici, la nuit éternelle, le noir." Et comme dit Gilles Clément : On va mettre le sauvage, la mauvaise herbe, dans le jardin. On va le faire. Pourquoi se gêner ? Du sauvage, du réel et de la mauvaise herbe. Dans le jardin. On va semer, asperger, planter. Dans le texte, aussi.

Le 10 décembre 2012 à 11:11
Le 8 novembre 2012 à 10:28

L'émirat de Dubaï responsable de la crise européenne ?

Econotrucs #8

Mon titre est sciemment provoquant, mais pas complètement absurde. Je me suis intéressé récemment au facteur déclencheur de la crise, à l’étincelle qui a fait partir l’incendie grec et donc européen. Je pensais comme beaucoup que la crise grecque avait débuté avec la fameuse annonce du gouvernement Papandréou (tout juste élu en octobre 2009) : la dette grecque était deux fois plus élevée que prévue, ses prédécesseurs ayant truqué les statistiques pendant des années. Pourtant, après cette annonce les marchés financiers ne réagissent pas immédiatement, et c’est plus d’un mois plus tard - fin novembre - que le taux d’intérêt sur la dette grecque se met à grimper en flèche. Pourquoi cette inquiétude subite ? L’émirat de Dubaï vient d’annoncer qu’il pourrait peut-être restructurer sa dette (autrement dit faire défaut sur une partie de cette dette). Quel rapport avec la Grèce, me direz vous ? Il est assez simple. Si un état comme Dubaï, faisant partie d’une union économique (les émirats arabes unis) pouvait faire défaut, alors rien n’empêchait la Grèce d’en faire autant. Les marchés se sont mis à observer la Grèce d’un autre œil. Le taux d’intérêt grec a grimpé subitement, rendant la dette grecque de plus en plus insoutenable, augmentant le risque de défaut, entraînant de nouvelles hausses de taux, etc. Les marchés financiers sont aveugles et moutonniers : l’annonce de Dubaï leur a fait subitement ouvrir les yeux, et ils ont tous foncé tous droit : haro sur la Grèce ! On connaît la suite : Les dirigeants européens ont d’abord considéré que la dette grecque était un problème grec, puis se sont rendu compte quelques mois plus tard que ne pas aider la Grèce enverrait un signal négatif aux marchés et plomberait toute l'Europe, mais craignant l’aléa moral ont d'abord « aidé » la Grèce en lui prêtant à des taux stupidement punitifs, ce qui a aggravé le problème grec et n’a pas évité la contagion à d’autre pays européens. Je vous rassure, la crise grecque aurait éclaté de toute façon. Alors pourquoi cette histoire d’étincelle venue de Dubaï a-t-elle son importance ? Parce que la crise européenne ayant démarré par la Grèce, elle a influencé les premières analyses de la crise : D’une part, les spécificités grecques - dont on ne trouve pas d’équivalent dans les autres pays de la zone euro - ont longtemps aveuglé nos gouvernants sur la nature européenne et institutionnelle de la crise, et d’autre part la Grèce a longtemps focalisé l’attention sur l’unique question des dettes publiques. Pourtant avant la crise, des pays comme l’Espagne ou l’Irlande étaient tout à fait vertueux en matière de finances publiques : leurs difficultés actuelles proviennent de l’explosion de bulles immobilières et financières, autrement dit, de problèmes de dettes privées (qui ont dû être portées par la suite par les états). La crise aurait par exemple pu démarrer par l’Irlande qui, plombée par une crise bancaire et une crise immobilière - directement liée à la crise américaine de 2008 - a songé avant que la Grèce ne le fasse, à demander de l‘aide. Si cela avait été le cas, peut-être que la première analyse de la crise aurait été toute autre. (On se serait rappelé par exemple que les dettes publiques de beaucoup de pays s’étaient dégradées avec le sauvetage désordonné des banques européennes par chacun des pays, en l’absence de mécanisme européen adéquat). Mais la Grèce a été le premier domino à tomber, et il a fallu plus de deux ans aux dirigeants européens pour se rendre compte de la nature fondamentale de la crise, et de sa cause profonde : L’échec de presque tous les paris économiques fait au moment du traité de Maastricht, qui nous oblige aujourd’hui à repenser très sérieusement l’architecture économique et politique de la zone euro.

Le 18 juillet 2013 à 09:15
Le 5 avril 2012 à 08:15

La hausse du prix du tabac, c'est tabou !

Me serait-il possible d'ouvrir une parenthèse pour déchaîner avec véhémence mon courroux sur la seule cause qui me soit apparue comme étant digne d'un accès d'humeur aujourd'hui, j'ai nommé le prix du tabac ? Si oui, alors merde ! Qui a le droit, je vous pose la question, mes bien chers frères, qui a le droit de me forcer à la longévité ? La hausse du prix du tabac, ça en incite certains à arrêter, certes, mais qui ? Les pauvres ! Salauds de pauvres ! Traîtres ! On ne dira jamais assez de mal des pauvres, c'est vrai, et, croyez-moi sur parole, dans ce domaine ma faconde est intarissable, notamment quand je prends part à des dîners mondains où je me goberge allègrement. Mais il y a autre chose. Que les fabricants de tabac soient des crapules sans scrupules qui nous enfument, soit, mais que les présidents d'associations contre le tabagisme soient cancérologues ou pneumologues ! Ça peut se comprendre, oui mais. Que ces gens fassent pression sur l'État, qui n'attend que ça pour renflouer ses caisses, pour augmenter le prix des clopes, je dis non ! Non, messieurs-dames, non ! Ces gens-là n'ont pas à nous faire payer à nous, innocentes victimes de nos suicides à petits feux de briquet, ces taxes injustes. Injustes ! Devrions-nous payer deux fois, par notre mort et par nos thunes, le prix de leur incompétence ? Non ! Moi je pétune, et j'en suis fier ! C'est le torse bombé que je glaviotte, même en été. D'ailleurs, si vous me permettez, je vais fermer la parenthèse, je voudrais pas faire empirer ma bronchite chronique.

Le 30 juillet 2015 à 09:17

Poule de luxe

Pubologie pour tous

Dans chaque foyer, il y a un RDA. Rien à voir avec la République Démocratique Allemande, même si dans certaines familles l’ambiance n’est pas franchement plus folichonne et qu’on aurait bien besoin d’un mur pour ne pas se taper sur la gueule. Non, de nos jours, ironie de l’Histoire, le RDA, c’est le Responsable Des Achats. Celui qui fait les courses quoi. En d’autres termes, la ménagère de moins de 50 ans. En d’autres termes Bobonne. Donc, se dit le publicitaire, il faut parler à Bobonne : celle qui repasse en regardant Plus Belle La Vie, un fichu imbibé d’huile de friture sur ses cheveux bicolores (sa dernière coloration date de 6 mois et elle n’a pas eu le temps de refaire les racines). Bobonne est un peu concon, alors Bobonne, quand elle fait les courses, elle choisit du poulet pas cher. Qu’est-ce qu’elle est terre-à-terre, Bobonne, c’est terrible ça, pas une once de folie consommatrice dans les habitudes d’achat de Bobonne. Sous prétexte que c’est difficile de vivre à 5 sur le SMIC de Monsieur, non mais on en entend de belles. Bref, il faut vendre du poulet cher à Bobonne qui achète des marques distributeur et porte ses culottes 3 jours pour économiser l’eau et la lessive. Comment faire ? C’est simple : il faut la faire rêver, Bobonne. L’emmener loin, lui permettre de s’évader de sa triste vie. Lui parler de choses qui la concernent en tant que femme. C’est donc tout naturellement qu’on en arrive à lui parler de sac à main. On lui dit, Bobonne, vas-y, fais-toi plaisir, pour une fois, tu peux : offre-toi un poulet Schmilbluc. C’est un peu plus cher (si peu) mais tu le mérites. Je dirais même, tu le vaux bien.

Le 20 mars 2013 à 08:46

Âge ingrat

En 2011, j'ai fêté mes 60 ans. En fait, j'ai soigneusement évité de les fêter. Comme je possède encore la plupart de mes cheveux, une bonne partie de mes dents, et que je ne porte jamais de cravate, les gens me croient plus jeune que je ne suis et j'espérais entretenir l'illusion aussi longtemps que possible. C'était compter sans Internet. Il n'est, depuis cet anniversaire, de jour où je ne reçoive une publicité pour durcir mon pénis, prolonger mon érection, ou, plus modestement, en obtenir une. De là le terme "sexagénaire", sans doute ? Pour le reste, on me suggère des bilans auditifs, des traitements à base de guano pour soulager mes articulations douloureuses, des produits miracle pour nettoyer mon dentier, et d'autres destinés à l'empêcher de dégringoler quand j'ouvre la bouche pour coasser : "Comment ? Quoi ? " car je deviens un peu dur d'oreille. J'ai droit à des tests gratuits pour dépister mon cancer colorectal ou ma dégénérescence maculaire. On m'invite à défigurer ma belle maison XVIIIème en y installant sans tarder un monte-escalier alimenté par des panneaux solaires. Heureusement, grâce à la garantie "senior" imaginée par ma compagnie d'assurances, l'invalidité va devenir un art de vivre. La plus déprimante de ces publicité est sans doute celle qui me somme d'organiser mes funérailles. Quoi, maintenant ? Oui, maintenant. La Mort ne prévient pas, m'explique-t-on, et vos proches, trop occupés à piller votre bibliothèque (dans ma famille, on lit) ou à sonder vos comptes en banque, auront mieux à faire que de se préoccuper du choix d'un cercueil ou de celui d'une urne où conserver vos cendres. Ils vous seront même reconnaissants de leur avoir évité la corvée. Que va-t-on me proposer lorsque j'aurai 70 ans ? J'ai hâte d'y être.

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