Lionel Serre
Publié le 31/12/2015

Ivresse sans ordonnance...


et sans les effets secondaires !

Né en août 1979, à Montluçon, petite ville du centre de la France, j’ai rejoint Paris pour des études supérieures en communication visuelle. Après plus de dix années de direction artistique acharnée en agence de publicité, je me suis éloigné du millieu de la communication pour retrouver mes esprits, un bon usage de la parole et du dessin. J'exerce aujourd'hui mon activité d’illustrateur autodidacte et indépendant à Nogent-sur-Marne. 

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Le 20 décembre 2012 à 13:37
Le 27 février 2014 à 09:46

Un terrible drame évité de justesse

Dans cette petite ville que je préfère ne pas nommer mais que tout le monde aura évidemment reconnue, et plus précisément dans ce quartier coquet qu'il n'est pas utile de désigner plus clairement pour éviter de stigmatiser la population habituellement paisible qui le compose, règne depuis la soirée de mercredi une terreur rétrospective bien compréhensible provoquée par l'horreur du drame qui a failli s'y dérouler. Comme chacun sait, au 27 bis de la rue principale, demeure une honorable famille qui a su conquérir l'estime et l'admiration du voisinage grâce à sa gentillesse et son sens du devoir. Rude travailleur, le père de famille ne compte pas la sueur qui tombe à grosses gouttes de son front de prolétaire ; avec son épouse dévouée et ses enfants sages, ils vivent en parfaite harmonie sans que nul nuage ne trouble le ciel serein de l'horizon familial. Or, au sein de ce doux cocon, un terrible drame a été évité de justesse (ce qui consacre au passage la pertinence du titre de ce billet). Imaginons un seul instant, en effet, que l'idée d'un meurtre collectif ait germé dans le cerveau de ce paisible père de famille ; qu'il ait découpé ses enfants avant des les congeler -car après c'est plus compliqué- puis qu'il ait coursé son épouse à la hache d'abordage et qu'il se soit ensuite immolé par le feu en direct devant les caméras de BFMTV. Or, il n'en est rien, et nulle pensée aussi morbide n'a effleuré le brave citoyen ; et je profite d'ailleurs de cette occasion pour le remercier de cette louable abstention. La ville respire et le soulagement de ses citoyens est palpable ; mais chacun ici sait que l'horreur a failli frapper à la porte.

Le 7 septembre 2013 à 08:39

Si Dostoïevski écrivait aujourd'hui

La réponse de l'éditeur

Cher monsieur Dostoïevski, Nous avons lu votre roman intitulé "Crime et châtiment" avec l'attention requise. Permettez-moi d'abord de vous dire que le titre ne tient pas ses promesses : le crime arrive beaucoup trop vite, le châtiment n'en finit plus ! Si vous persistez dans l'intention d'écrire du "polar", je vous suggère un nom mieux adapté que Raskolnikov. Tom, par exemple, éviterait à vos lecteurs de s'écorcher la langue. Transposez votre histoire à New York ou à Chicago, Saint Petersbourg, ça ne dit rien à personne. Si vous souhaitez nous présenter à nouveau votre ouvrage, permettez-moi de vous donner quelques conseils : pour commencer, faites durer le plaisir avant d'assassiner la vieille usurière. Soyez plus précis dans la description du crime : nos lecteurs sont friands de "gore", n'ayez pas peur d'en rajouter. Il est impératif que le sang éclabousse les murs. Lorsque Tom/Raskolnikov tue Elisabeth surgie inopinément au moment du crime pourquoi ne la violerait-il pas ? Ante, ou post mortem à votre convenance. Au point où il en est, il se sera pas condamné plus lourdement. La dimension sexuelle est en effet très absente de votre manuscrit si l'on excepte quelques allusions au fait que Sonia se prostitue. Une piste que vous n'exploitez pas assez : nos lecteurs ont envie d'en savoir plus : Sonia a-t-elle une ou des "spécialités" ? Accepte-t-elle la sodomie ? Autant de questions sur lesquels glisse votre manuscrit pour s'attarder sur des considérations philosophico-socialo-religieuses qui n'intéressent plus personne aujourd'hui, croyez-en mon expérience d'éditeur. Éliminez sans pitié tous les personnages qui n'apportent rien à votre récit. Le médecin, la servante, la mère, la soeur et son fiancé. Concentrez-vous sur l'intrigue, faites commettre d'autres crimes à Tom/Raskolnikov de façon qu'il devienne "le tueur à la hache" recherché par le FBI qui met sur l'affaire ses meilleurs "profilers". Là, vous tiendrez quelque chose. Quant aux policiers, on ne les sent pas du tout. Ils doivent être plus durs, sujets à des doutes existentiels, préoccupés par leur divorce et la garde des enfants. Inspirez-vous, si nécessaire, des séries qui passent à la télé. Alors au travail, monsieur Dostoïevski ! Re-musclez-nous un peu tout ça avec un seul objectif : tenir le lecteur en haleine et lui foutre les boules. À ce compte-là seulement vous pourrez vous prétendre écrivain.

Le 18 juin 2010 à 18:45

Les façons dont la femme et l'enfant accélèrent le pas dans les escaliers

(Chose vue)

La main de la femme est dans le dos de l’enfant, la pousse. La femme se penche, elle voit la rame de métro stationnée depuis longtemps maintenant. L’enfant accélère le pas tant bien que mal, ses yeux s’agrandissent et deviennent ronds, ils scrutent chacune des trop hautes marches pour ses petits pieds. La femme dit quelque chose dans une langue que l’homme ne comprend pas ; l’enfant tord la bouche et ses pieds sur les hautes marches alors l’autre main de la femme se colle contre le ventre de l’enfant. Les deux mains de la femme enserrent l’enfant et la soulèvent du sol. L’enfant tout contre la poitrine de la femme s’agrippe à son cou. La femme dévale d’un pas assuré les dernières marches. La femme court vers la porte encore ouverte avec l’enfant dans ses bras. La femme crie quelque chose à l’enfant. Les paroles de la femme se mélangent au signal sonore de la rame métropolitaine, l’homme ne l’entend pas. Les portes se ferment et la femme et l’enfant restent sur le quai. La femme dépose l’enfant sur le sol. L’enfant regarde le quai et la femme, le métro qui disparaît. L’enfant enfouit les deux mains dans les poches de ses pantalons, se retourne, regarde d’une drôle de façon la volée d’escaliers. Sur le quai, la femme trépigne et tape un peu du pied, regarde l’heure à sa montre, puis caresse doucement la tête de l’enfant. La femme dit encore quelque chose à l’enfant. La femme et l’enfant rient.

Le 17 octobre 2014 à 08:45
Le 29 avril 2012 à 07:36

Combien de temps ?

Cette nuit, moi j’ai rêvé que je perdais mes dents. Alors j’me suis levée, j'ai fait le tour de mes sentiments. Mais aussi le tour de ma vie pour voir si j’étais méritante. C’est pas bon signe le coup des dents... c’est signe de mort qu’on dit tout l'temps ! J’ai inspecté ma mémoire, j’voulais savoir... si j’aurais droit au paradis ou bien alors au purgatoire. Et j’ai même pensé à St Pierre avec sa barbe au fromage blanc, son air gentil, enfin j’espère, parce-ce… quand j’y pense: toutes les conneries que j’ai pu faire... c’est peut-être l’enfer qui m’attend !  Allez, demain c’est sûr, j’irai les voir, mes vrais amis et mes parents. J’vais rattraper tous mes retards, j'vais leur crier combien j’les aime, malgré l’existence qui nous saigne. Parce-que tout n’a qu’un  temps… mais pour combien, combien de temps ?   J’me suis pincée, j’me suis fait mal... c’était pas bon signe, j’ai rigolé. Je préfère rire que de penser que j’vais mourir, j’suis pas pressée ! C’est important de le savoir parce-qu’ici tout est illusoire... tout n’a qu’un temps… Et puis… j’me suis regardée dans le miroir pour voir si j’étais quelqu’un de bien. J’ai vidé même tous mes tiroirs pour être sûre que j’oubliais rien… Mais j’ai rien vu dans le miroir, y’avait personne, pas de reflet ! Alors tout est devenu noir, j’me suis même pas entendue crier. Y’avait personne dans le miroir! La mort m’avait donc prise en traître... mais comment peut-on disparaître, comme ça, sans s’en apercevoir ? Alors maintenant c’est sûr, j’peux plus les voir…  mes vrais amis et mes parents. J’peux plus rattraper mes retards, ni dévoiler mes sentiments à celui qui est mon seul amour, il ne le sait pas, mais c’est plus le jour ! J’peux plus crier combien j’les aime, à cause de la mort qui m’entraîne... j'peux plus crier, malgré tous mes efforts… Mais combien, combien de temps dure la mort ?      

Le 18 mars 2012 à 08:31
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