Dominique Mutio
Publié le 17/12/2015

Hipster


Dominique Mutio est né au Pays basque en 1964.

Dessinateur depuis l'enfance, il monte à Paris en 1982 pour y étudier l'art graphique. Dessinateur de presse depuis 1988, il tente de réinterpréter avec humour et sincérité le monde chaotique qui l'entoure.

Il a publié dans de nombreux journaux et revues ( le Monde, Le monde diplomatique, Libération, La Croix, Force-ouvrière hebdo, L'Itinérant, Siné hebdo, Zélium, ...).

Ses dessins sont présents actuellement sur le site Urtikan.net (dessins d'actualité) et sur le site Delignes en ligne.com (croquis dans le métro).

 

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Le 21 mai 2014 à 11:00

L'enfant de la balle

De celui qui « est tombé dedans » dès l'enfance, autrement dit qui s'est retrouvé projeté dans le milieu du spectacle, on dit : « c'est un enfant de la balle ». Mais de quelle balle s'agit-il ? De la balle du jeu de paume. En fait, on devrait dire « l'enfant du jeu de paume ». C'est dans les jeux de paume que s'installèrent les premiers théâtres en dur, « stables » comme disent les Italiens. Autrement, les troupes jouaient dans la rue, sur les places publiques ou étaient accueillies dans les châteaux. En quoi consistait ce jeu, considéré comme l'ancêtre du tennis ? Il s'agissait de mettre une balle dans une sorte de trousse appelée belouse. Au XVIe siècle, la ville de Paris ne comptait pas moins de 250 jeux de paume. On peut imaginer ce qu'ils étaient en visitant celui de Versailles où s'est tenu le fameux « Serment ». Parmi les enfants de la balle les plus célèbres : Madame Saqui, danseuse de corde, fille de deux forains, qui a su plaire à Napoléon ; il appréciait son « intrépidité ». Les Deburau, une famille de jongleurs, d'acrobates, de trapézistes, de danseurs de corde, d'où est sorti Jean-Gaspard Deburau , le mime auquel on doit le renouvellement du personnage de Pierrot, « l'homme blanc », sans collerette. Plus près de nous : le clown Achille Zavatta, dont le père avait lui-même un cirque. Aujourd'hui, « l'enfant de la balle » renvoie à tout artiste développant ses talents dans le milieu du spectacle vivant. Le vocabulaire érotique n'a pas manqué de s'emparer de cette affaire de balle à mettre au fond. Peloter en attendant partie, c'est se livrer à quelques caresses en attendant de passer aux choses sérieuses, à la conclusion. Au XVIe siècle, peloter, c'est manier la balle du jeu de paume puis, métaphoriquement, faire une chose de moindre importance. Enfin, par extension, c'est un verbe très employé au XVIIe siècle pour : caresser. Quant à mettre dans la belouse (XVIe siècle), c'est coïter, aboutir... arriver à ses fins.

Le 30 mars 2011 à 08:00

Emmett Grogan, clochard céleste

Portrait 17

Emmett Grogan (1943 1978) mène de front, dans le Haight-Hasbury du San Francisco des années soixante, le groupe d’activistes The Diggers. Il mélange dans un vieux shaker psychédélique actions politiques et happenings artistiques. Leurs tracs poético-révolutionnaires envahissent la Californie. Ils organisent tous les jours des distributions de nourriture gratuite et de surplus militaires. Emmet Grogan a écrit des livres, notamment Ringolevio, dans lequel il raconte leur épopée. Défoncé, libre et paranoïaque… Il est difficile de retrouver beaucoup d’éléments biographiques certains. Réformé de l'armée sous amphétamines, surveillé par le FBI, puis déçu et critique à l’égard de la vague hippie bohème qu'il trouve bourgeoise et hypocrite, Emmett Grogan aura quand même eu droit au "Mr Tambourine man" de Dylan et à un poème de Richard Brautigan. L'association d'une insoumission féroce, d'une mégalomanie paranoïaque, d'un goût immodéré pour les extrêmes et d'un dangereux succès populaire, l'ont malmené jusqu’à l’overdose fatale, en 1978. Peter Coyote écrit à son propos : "Pour la plupart des gens, cela aurait suffi d'être une légende vivante, d'avoir Bob Dylan qui vous dédicace un album ; d'être une icône pour des milliers de gens, incluant les chefs de gangs portoricains, les présidents de sociétés de disques, les professionnels du vol, les riches restaurateurs, les stars du cinéma, les socialistes, les Black Panthers, les Hell's Angels et les Diggers eux-mêmes, mais Emmett poursuivait sa propre idée de la perfection et même si ce combat l'a tué, je ne peux m'empêcher d'admirer la moralité de sa quête et les exigences démesurément hautes qu'il s'était fixées. Emmett était un étendard mené à la bataille, un emblème derrière lequel des gens ont rallié leur imagination. Il a prouvé à travers son existence que chacun de nous était capable de jouer sa vie selon ses fantasmes les plus délirants. C'était son but et son héritage de compassion, et je ne le minimiserai pas ni ne me détacherai de son exemple, malgré ses failles et ses inconsistances."

Le 28 septembre 2014 à 09:24
Le 17 avril 2012 à 08:19
Le 3 mars 2014 à 09:18

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Peut-on vraiment désarmer un terroriste?

OUI. On peut vraiment désarmer un terroriste, à condition qu'il soit sympa et qu'il mange cinq fruits et légumes par jour. Seulement, un terroriste, ça ne se désarme facilement : il faut lui donner quelque chose en échange, sinon il s'excite comme un sale gosse à qui on prend son jouet. Par exemple, s'il accepte de rendre sa Kalachnikov, vous pouvez lui offrir un épluche-légumes pour marquer sa bonne volonté. Non, ne riez pas. Ma proposition est tout à fait sérieuse. Bien sûr, on me dira qu'il n'y a pas de rapport direct entre une Kalachnikov et un épluche-légumes. Et alors ? On peut tenter le coup, non ? Du reste, je remarque qu'on ne peut pas éplucher des carottes avec une Kalachnikov. La Kalachnikov nuit donc au bon équilibre alimentaire des terroristes, lesquels passent trop d'heures devant la télé à bouffer du pop-corn en attendant la prochaine opération. Sans compter qu'il s'agit d'une arme très bruyante qui provoque des dommages auditifs irréversibles chez ceux qui confondent l'art de la guerre avec le tir au pigeon. On le voit par ces exemples, l'épluche-légumes est l'alternative essentielle pour qui veut transformer un terroriste sympa en futur candidat à Top Chef. Le goût de la cuisine vient comme ça : on commence par éplucher les légumes entre deux actions sur le terrain, deux bombes à caser dans le métro, puis on prend goût aux carottes Vichy, au flan de courgettes, à la soupe au potiron? Avec un épluche-légumes dans la main, on devient meilleur. On devient humain.

Le 14 septembre 2015 à 08:56
Le 8 juillet 2010 à 07:00

Maman (1)

Dialogues de quartier

- J’ai lu ton livre… Ça m’a un peu secouée.- Je t’avais prévenue, maman, ce n’est pas une histoire très divertissante. - Non, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est loin de la vie que nous avons bâtie, ton père et moi. - C’est sûr. - Mais déballer l’histoire des quenelles, quand même, c’est un peu dur à avaler. - Quelles quenelles ? - Non, je sais, tu ne dis pas explicitement que ce sont mes quenelles de poisson, mais je suis ta mère et je sais lire entre tes lignes. Quand tu dis que tu es devenu ce que tu es devenu parce que je faisais tous les dimanches la même chose… Je ne sais plus ce que tu as inventé… « sempiternelle », tu dis… Et que c’était chaque fois aussi dégueulasse …  « Dégueulasse » ce mot là je l’ai en travers de la gorge ! - Mais maman, la mère de mon bouquin ce n’est pas toi, c’est la mère du personnage. C’est un roman noir ce n’est pas une autobiographie. - Peut-être, mais ça, les gens ne le savent pas ! Je faisais la panade, moi-même je te signale, dès le samedi soir et le poisson venait tout frais du marché. Alors jeter ça comme ça, « dégueulasse », en pâture aux voisins et à tout le monde… - Je ne pense pas que les voisins, s’ils en viennent à lire mon roman, cherchent un rapprochement avec toi et surtout avec moi. Je ne suis pas comme le personnage : violeur et psychopathe.- Je n’en sais rien ! Personne n’en sait rien. C’est ta vie ça ! Tu ne nous dis pas tout et c’est normal. Mais que tu n’ais jamais aimé mes quenelles, ça au moins tu aurais quand même pu me le dire… Dégueulasse ?!

Le 28 décembre 2014 à 08:26
Le 11 février 2012 à 08:50

Sid, vicieux

Un texte "plus civilisé"

C'était en 1991, un mardi. J'étais jusque là un jeune homme enjoué et taquin. Mais un certain Sid Meier fit irruption dans ma vie. Je m'enfermai dans ma chambre 25 jours consécutifs, pour n'en ressortir, le cheveu hagard et l'œil en bataille, que pour aller me chercher de quoi me sustenter. Des témoins affirment m'avoir entendu grommeler : « Encore un dernier tour et ensuite j'éteins ». 423 derniers tours plus tard, je me mis à hurler « Foutrebleu, les Aztèques sont arrivés sur Alpha Centauri avant moi ! » Je venais de découvrir Civilization. Un jeu dans lequel tu diriges un peuple de 4000 av. J.C. à 2100, rien que ça, de la découverte de la roue à celle de la fusion nucléaire. Depuis, j'ai conquis le monde plusieurs milliers de fois, grâce à une habile stratégie (ne jamais jouer les niveaux les plus difficiles), je me suis énervé bien des fois parce que mon tank venait de se faire déculotter par un archer, j'ai dû me faire poser des pouces en téflon 670 heures après la découverte de la version pour Nintendo DS de ce jeu légèrement culte. J'ai atterri tellement souvent sur Alpha Centauri que là-bas, tous les patrons de bistrots me tutoient. Et je n'ai jamais donné la moindre technologie gratuitement parce que bon, même à la tête des Indiens, je reste Suisse. J'ai arrêté ma carrière en politique le jour où je me suis rendu compte qu'augmenter le taux de luxuries ne suffisait pas à rendre les gens contents, mais je n'ai jamais réussi à me lasser complètement de Civilization, même le jour où j'ai découvert que ne jamais découvrir l'équitation ne rendait pas mes sujets plus heureux. C'est pour ça que, quand chez nos pittoresques voisins français, le ministre des citations hasardeuses clame : « Toutes les civilisations ne se valent pas », je ne suis pas choqué outre mesure. Je ne voudrais pas être taxé de racisme ou quoi, mais franchement, le III est le moins bien de la série.

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