Stéphane Trapier
Publié le 23/12/2015

Buffet à volonté


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Le 13 mai 2011 à 08:32

« Je suis un mariniste »

Gilbert Collard, Valeurs actuelles, 12 mai 2011

Pour emprunter à Jacques Lanzmann :  il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, l’avocat Gilbert Collard, lui, retourne sa robe, toujours du côté des projos. Cet opportuniste est aux prétoires ce que Michaël Vendetta est à la téléréalité : celui qui pète dans la soie pour que ses honoraires aient une odeur. Le radicalisme valoisien n’avait pas suffi à l’auréoler d’un destin politique. Par deux fois les électeurs de Vichy lui ont préféré le maire sortant Claude Malhuret et son humanitarisme aronien, garant de la réhabilitation historique de cette ville d’eaux. Ils savent désormais à quoi ils ont échappé. Un avocat « mariniste » en premier magistrat de Vichy, cela aurait fait jaser. Même si « lepéniste » était autrement connoté pétainiste, « mariniste » ça sonne cagoulard davantage que communard. Ce fameux suffixe adjectival « iste » déclinant le « isme» qui renvoie à un système de pensée (gaullisme, mitterrandisme, mendésisme – et même sakozysme, mais là c’est pour l’euphonie…), prend un tour étriqué avec la dame frontiste. Dehors les étrangers, on ferme les frontières et la République sera bien gardée : cela fait plus rabattage de voix que doctrine élaborée. Collard veut que l’on gobe une adhésion de raison, au lieu et place d’une filiation populiste. Le suffixe « ien » aurait été plus approprié. Mais « marinien » fonctionne mal. Ça navigue quelque part entre « Mars » et « rien. »  En revanche « collardien » ça s’entend mieux que « collardiste », non ?        

Le 5 juin 2011 à 08:30

Le cauchemar d' Alice

Une nouvelle inédite de Lewis Carroll

Alice se demandait où avait bien pu passer le Lapin Blanc. Elle avait fini par se perdre dans les méandres du terrier dans lequel elle l’avait suivi. Tandis qu’elle cherchait une issue, une odeur de poisson parvint à ses narines. « La mer ne doit pas être loin » pensa-t-elle, « je pourrais toujours demander mon chemin à la Tortue Fantaisie. » Elle finit par trouver une sortie et arriva sur une plage, mais n’y vit nulle trace de la tortue. Elle aperçut alors une ville à quelques pas de là et s’y dirigeait, lorsqu’elle croisa un homme étrange. « Pardon, monsieur, » lui dit-elle en faisant une révérence (elle savait que la politesse était importante en toutes circonstances), « Auriez-vous vu le Lapin Blanc ? Ou la Tortue Fantaisie ? ». L’homme la fixa de ses yeux ronds dont les paupières ne cillaient pas. Sans un mot, il tendit le doigt en direction d’un bâtiment situé un peu plus loin. « Je vous remercie, monsieur » répondit-elle, toujours très polie, bien qu’un peu décontenancée par les manières rudes de l’homme. L’odeur de poisson était encore plus forte dans la ville, ce qui ne plaisait pas beaucoup à Alice. Elle eut alors une pensée pour sa chatte. « Comme ma petite Dinah serait heureuse ici, elle qui aime tant le poisson ! Cela doit fait longtemps que je suis partie, la nuit commence à tomber. J’espère qu’on lui aura donné son écuelle de lait. » L’immeuble était un hôtel délabré. Alice déchiffra sur un écriteau les mots suivants : « Hôtel Gilman, Innsmouth », et entra dans la bâtisse. Un drôle de personnage se tenait derrière le guichet. « Je dois sûrement être arrivée au pays des hommes-poissons » se dit-elle. Elle lui demanda où se trouvait le Lapin Blanc. L’étrange créature lui tendit la clé d’une chambre en disant : « Iä-R’lyeh ! Cthulhu fhtagn ! Iä ! Iä ! » d’une voix gutturale. Alice ne fut pas surprise de cette réponse, elle était accoutumée aux situations inhabituelles. Bien qu’elle n’eut pas compris un traître mot de son discours, elle fit une respectueuse révérence à l’être aux yeux de poisson, et monta quatre à quatre les marches qui menaient à la chambre 428.

Le 1 août 2013 à 08:08

Belge comme le jour

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la Suisse. Et ça tombe drôlement bien, puisqu'on m'a demandé : « plus belge, ta prochaine chronique ». Or, quand on y réfléchit bien, Suisses, Belges, tout ça, c'est un peu pareil. Ils ont des Flamands, nous avons des Suisses allemands, la langue est à peine différente et le pouvoir de nuisance est à peu près le même. Ils se débrouillent sans gouvernement, nous en avons un parce que c'est bien pratique pour dire que tout ça, c'est de sa faute, mais personne ne sait tellement qui est dedans. Ils ont un roi, nous avons trois cartes à l'as mit stöck et des combats de reines. Ils ont une équipe de foot surnommée les « Diables Rouges » mais qui est environ aussi diabolique qu'un best of de Kiss, notre équipe joue aussi en rouge. Ils ont Jacques Brel, nous avons Henri Dès. Ils ont des frites, on a des röstis. Ils ont réinventé la bande dessinée, nous avons Yakari. Ils disent 70, comme nous, alors que les Français disent 70, ce qui est parfaitement ridicule, tout le monde en conviendra. Personne n'a jamais très bien compris la Belgique, pareil pour la Suisse. C'est pourquoi je nourris secrètement un dessein politique ambitieux mais réaliste : la fusion de la Wallonie avec la Romandie, réunies sous la bannière de la République monarchique et patatière de Wallomandie. Dont je ne peux vous parler, puisque c'est un projet secret. Du coup, pour mener à bien ma mission, une chronique « plus belge », je vais me contenter de vous raconter des carabistouilles, alleïe, une fois.

Le 9 juillet 2010 à 15:00

Voici "voilà"

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais s’il est un mot qui envahit notre existence, un mot anodin qui, comme le sparadrap au bout du doigt, ne nous lâche plus, c’est bien lui. Alors voilà. A la terrasse d’un café, lors d’un dîner entre amis, à la télévision comme à la radio, « voilà » se mêle à nos conversations, s’incruste à notre table, se pose sur notre épaule sans qu’on ait rien demandé. Du moins en apparence. Car voilà : comme la pollution nous intoxique lentement mais sûrement, le mot « voilà » nous est devenu indispensable. « Voilà » crée du liant là où les liens se distendent («…voilà, c’est ce que veut exprimer cette question, oui voilà…») ; remplit les vides là où notre phrase impuissante méritait le plein («…là, j’ai vraiment eu l’impression que…enfin voilà… ») ; et conclut par un petit rot sans appel, en place du terme tant attendu par notre interlocuteur qui, finalement, se contentera de si peu («…ce n’est pas comme si, je…bon, voilà. »). « Voilà » est un mot-coucou, un de ces parasites qui prennent de la place et finissent par nous étouffer ; un mot creux qui remplit les grands vides et brouille l’hypothétique suspens de nos conversations paresseuses. « Voilà » est ce mot faussement dandy, répétitif jusqu’à épuisement du sens, ce mot solitaire qui ne peut se passer de nous et qui, pour finir, passe inaperçu en étant tout le temps là. Echo perpétuel à nos incertitudes, petit pet en rafale sur la toile cirée de nos conversations illusoires, bien à l’aise dans son époque, le voici, c’est « voilà ».

Le 16 août 2011 à 10:00

Mieux connaître les maladies pour mieux connaître le monde.

L'éducation devrait d’abord consister en une éducation aux maladies. Rien n'est plus important que la maladie. Les virus et les bactéries sont nos animaux domestiques, les colocataires de nos corps. Mieux que ça : ce sont les premiers êtres que nous rencontrons. Ils nous accueillent dès la naissance. Quand nos parents nous prennent dans leurs mains au sortir du ventre, ce sont des bactéries qui nous font la fête et se jettent sur nous. Apprenons à nous connaître. Faisons les présentations. Essayons de trouver un terrain d'entente. Peut être alors que nos rapports ne seront plus aussi conflictuels.Les maladies devraient être une matière à l'école comme les mathématiques et la géographie. On étudierait leur histoire et leur action. On mettrait tout en oeuvre pour vivre en bon voisinage.Et puis nous rapprocher des maladies nous aiderait à comprendre la société humaine. Il n’y a pas meilleur indicateur social : elles nous renseignent sur les inégalités de revenus, sur la répartition des richesses d'un pays, son hygiène, son rapport au corps, à la nourriture. Apprendre à connaître les maladies c’est apprendre à nous connaître nous-mêmes.Les maladies sont la base de la société. Rien n’est plus important. Elles nous accompagnent à tous âges. Rhume, acné, grippe, infarctus, allergies. Je les soupçonne d’être notre copilote. Elles nous guident et nous cadrent.Surtout en considérant les maladies on comprendrait que nous sommes nous-mêmes une maladie. Alors on ne s’étonnerait plus des dégâts que nous faisons à notre planète, des tragédies que nous nous infligeons à nous-mêmes. A partir de là, à partir de ce diagnostic, il sera enfin possible non pas de changer, mais d’inventer des ruses qui atténueront nos effets les plus délétères sans pour autant nous soigner complètement. Car nous guérir, ce serait nous éradiquer.

Le 24 novembre 2015 à 08:31

L'ours bipolaire est désormais une espèce en voie de disparition

Surnommé « l’instable du Grand Nord », l’ours bipolaire vient d’être ajouté à la liste rouge des espèces menacées par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). A l’heure actuelle, il resterait moins de 300 spécimens de cette espèce qui survit dans les régions arctiques et dont le comportement parfois irrationnel joue contre sa préservation. Auto-destruction L’ours bipolaire, animal étrange aux agissements parfois incompréhensibles évoquant à la fois la mère de famille en plein baby blues ou le trader excessivement euphorique, vit exclusivement sur la banquise. Selon l’UICN, il reste aujourd’hui moins de 300 spécimens, qui vivent de manière solitaire sur la glace. Parmi les facteurs qui ont provoqué le déclin des populations d’ours bipolaires, il y a évidemment le braconnage et la perte des habitats naturels. Mais la cause principale de sa lente disparition reste le comportement même de l’ours bipolaire que les experts de l’UICN jugent « totalement imprévisible et préjudiciable pour l’ espèce même ». Car cette espèce serait la moins adaptée à la survie en milieu hostile, toujours selon l’UICN : « Les ours bipolaires sont souvent dépressifs. Ils manquent d’appétit et d’intérêt pour la chasse qui est nécessaire à leur survie. Il arrive parfois qu’ils fassent preuve d’une grande anxiété et de haine envers eux-mêmes. Autant d’éléments qui les transforment en maillons faibles de la zone arctique. » explique Lana Purlac, de l’organisation. Mais à tous ces handicaps, il faut ajouter également le caractère des ours bipolaires : « Ils ont de très fortes manies, parfois violentes. Ils peuvent passer des semaines à frapper la banquise avec leurs pattes, juste par obsession. Dans les cas les plus graves, certains sont victimes de délires et se focalisent sur des théories du complot au sein du cercle polaire. C’est une perte de temps et d’énergie considérable pour tout prédateur de ce genre. » précise également l’expert de l’UICN. Encadrer l’espèce Pour aider à combattre la disparition progressive de l’ours bipolaire, les organisations de défense des animaux militent intensément pour la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’espèce : « C’est difficile pour nous d’être dans cette situation. Déjà qu’on a du mal à protéger les animaux de l’homme, mais si en plus il faut demander aux pouvoirs publics de protéger une espèce contre elle-même, c’est très dur à faire passer comme idée. » nous explique un cadre de l’association PETA avant de conclure : « L’idéal serait peut-être de transférer les derniers ours bipolaires dans des instituts spécialisés pour qu’ils soient encadrés, quelque chose comme un zoo dans l’esprit. » Le Gorafi Illustration : iStock / RobertScottJacobs / IRCrockett

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