Laurent Houssin
Publié le 18/12/2015

Je me flingue à boulet rouge


Boire un coup avec Lindingre et Houssin

Textes de Yan Lindingre

Laurent Houssin dessine des gros et grands dessins depuis toujours. Il a lu des tas de BD, a débuté dans le fanzine Argh!, a troqué ses crayons contre des gants de boxe puis ses gants de boxe contre des crayons, a vu le bagne, a animé ses dessins chez Œil pour Œil multimédias, a dessiné Marcel et son orchestre, l'album"Rendez-nous Miss Moule ! ", des histoires de loups pour le Psikopat...Aujourd'hui, il dessine dans Fluide Glacial. Bon, c'est clair ou vous voulez que je vous fasse un dessin ?

 

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Joseph Déjacque (1822-1864) : "Des esclaves de fer à vapeur ou à électricité"

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le premier à avoir fait tinter le néologisme "libertaire" ? L'irritable tapissier Déjacque atteint le summum subversif-carabiné avec trois chefs-d'œuvre : Les Lazaréennes (1851), une mosaïque de fables et de poésies incendiaires, La Question révolutionnaire (1854), un appel à la guerre prolétarienne et la guerre servile « qui feraient craquer les États et les os des exploiteurs de ces États », et l'incroyable Humanisphère, utopie anarchiste (1857) sur laquelle nous allons vite revenir. Notons juste avant ça que Joseph Déjacque semble être le premier insurgé à avoir fait tinter le néologisme « libertaire ». C'était en mai 1857, à la Nouvelle Orléans, où il s'était réfugié après avoir incommodé beaucoup de monde avec ses écrits inouïment outranciers. Sans le moindre sens de la mesure ou de la litote, sans jamais moucheter tant soit peu ses fleurets, le pamphlétaire s'en permet en effet des belles avec un humour trash qui n'est pas alors perçu comme tel. C'est ainsi que pour préparer le « simoun révolutionnaire » contre « l'oppression bourgeoise et princière », il exhorte « la plèbe des ateliers » à combiner ses forces avec celles de « la plèbe des bagnes », et s'adresse directement aux assassins et voleurs afin qu'ils aident les pue-la-sueur en colère à « porter la perturbation chez les civilisés » et à « élever leurs attentats quotidiens contre la vie et la propriété des riches à la hauteur d'une insurrection sociale ». Tous les schémas marxistes volent donc ici en éclats. Pour Déjacque, comme plus tard pour un Bakounine qui se tournera également vers les brigands mais d'une façon moins paroxystique, la classe des révolutionnaires en branle-bas de combat, ce n'est pas la classe des seuls prolos, c'est la classe de « tous ceux qui souffrent et veulent jouir ». Parmi les moyens de luttes souhaitables, il va même jusqu'à inclure la satire féroce à la Stéphane Guillon et, on croit rêver, la transgression extra-conjugale. « Debout tous !Et par le bras et le cœur,Par la parole et la plume,Par le poignard et le fusil,Par L'ironie et l'imprécation,Par le pillage et l'adultère,Par L'empoisonnement et l'incendie (…)Faisons la guerre à la société ! » Contre la dictature du prolétariat Ce qui choquera aussi beaucoup de camarades conspirateurs de Déjacque robespierristes ou babouvistes, c'est qu'il s'oppose à ce que les « tremblements de têtes » qui s'annoncent débouchent sur la dictature du prolétariat. « Un comité dictatorial composé d'ouvriers est certainement ce que l'on pourrait trouver de plus gonflé de suffisance et de nullité et, par conséquent, de plus anti-révolutionnaire. » « Ce qu'il faut, c'est autant de dictateurs qu'il y a d'êtres pensants, hommes ou femmes, dans la société, afin de l'agiter, de l'insurger, de la tirer de son inertie. » Il fallait y penser : la toute-puissance dictatoriale pour tous dans un monde où « les caprices sont les besoins » à satisfaire, où « tous les révolutionnaires veulent le développement intégral de leur nature multiple ». Ce jardin des Hespérides, que les très conformistes historiens de l'anarchie Claude Harmel et Alain Sergent n'ont su voir que comme une « écœurante fadaise », aucun utopiste, hormis bien sûr Fourier, et puis encore Cœurderoy, aucun des gaillards dévorés par le désir de « donner un nouveau moule à l'embryon humain » ne l'a rêvé plus chouetto que Déjacque. Des esclaves électriques ou à vapeur, robots ménagers rêvés par Déjacque « La science a détruit ce qui est le plus répugnant dans la production, et ce sont des machines à vapeur ou à électricité qui se chargent de toutes les grossières besognes. Ce sont elles qui lavent les couches, nettoient le berceau et préparent les bains. Et ces négresses de fer agissent toujours avec docilité et promptitude. Leur service répond à tous les besoins. C'est par leurs soins que disparaissent toutes les ordures, tous les excréments ; c'est leur rouage infatigable qui s'en empare et les livre en pâture à des conduits de fonte, boas souterrains qui les triturent et les digèrent dans leurs ténébreux circuits, et les déjectent ensuite sur les terres labourables comme un précieux engrais. C'est cette servante à tout faire qui se charge de tout ce qui concerne le ménage : elle qui arrange les lits, balaye les planchers, époussette les appartements. Aux cuisines, c'est elle qui lave la vaisselle, récure les casseroles, épluche ou ratisse les légumes, taille la viande, plume et vide la volaille, ouvre les huîtres, gratte et lave le poisson, tourne la broche, scie et casse le bois, apporte le charbon et entretien le feu. C'est elle qui transporte le manger à domicile ou au réfectoire commun ; elle qui sert et dessert la table. Et tout se fait par cet engrenage domestique, par cette esclave aux mille bras, au souffle de feu, aux muscles d'acier, comme par enchantement. Commandez, dit-elle à l'homme, et vous serez obéi. Et tous les ordres qu'elle reçoit sont ponctuellement exécutés. Un humanisphérien veut-il se faire servir à dîner dans sa demeure particulière, un signe suffit, et la machine de service se met en mouvement : elle a compris. Préfère-t-il se rendre aux salons du réfectoire, un wagon abaisse son marche-pied, un fauteuil lui tend les bras, l'équipage roule et le transporte à destination. Arrivé au réfectoire, il prend place où bon lui semble, à une grande ou à une petite table, et il mange selon son goût. Tout y est en abondance. » Ajoutons que dans le nouveau monde déjacquesque, « L'on prendra les noms et les prénoms qui nous conviennent », qu'on y pourra changer quotidiennement de palais, que la « liberté de l'instruction » s'y fondra en « instruction de la liberté », que l'on pourra s'y vêtir de la plus invraisemblable manière, qu'on y sera chacun son propre docteur miracle et son propre apothicaire, que l'on ne s'y séparera pas tout à fait des morts aimés puisqu'on les utilisera comme engrais, qu'on y « commandera aux saisons », et que les loupiots pourront y enfourcher des bêtes fauves « comme des dadas », « les phénomènes et les utopies n'étant des phénomènes et des utopies que par rapport à notre ignorance ». À lire : Autour de la question révolutionnaire de Joseph Déjacque (http://mutineseditions.free.fr/)

Le 15 avril 2015 à 10:42

C'est clair et Net comme torchette

Je n’ai jamais pigé que couic à Internet. Heureusement, je concubine avec la trépidante Sylvie, une fée du logis qui me montre les messages du jour sur un rectangle lumineux et qui tape et expédie mes chroniques et mes mails là où il faut en ne manquant pas de glapir : « Ne serait-il pas temps que tu apprennes ? Et que tu ne dépendes plus des autres ? » C’est pourquoi, finissant par céder à cette pression obstinée, et à celles des compères du Rond-Point m’engouffrant sans vergogne dans les procédures du ci-présent dossier (et deux pressions comme ça ensemble, ça commence à constituer un sacré groupe de pression), j’ai accepté stoïquement d’apprendre l’informatique. La première phase de mon initiation a eu lieu le 10 avril sur un appareil préhistorique que mes cambrioleurs de la semaine dernière ont délaissé. En voici la captation. Sylvie : Voici l'ordinateur, le clavier, l'écran, le boîtier. Moi : Bonjour. Sylvie : Le boîtier, c'est la fameuse souris. Quand tu la touches, ça bouge sur l'écran sous la forme d'une flèche. - D'une flèche ? - Oui, et quand la flèche qui se ballade dans les rubriques arrive sur un sujet qui prête, si on le veut, à des développements, elle se transforme en main. - En main ?!  - Oui, et si on veut en savoir plus sur le sujet en question, on clique avec la souris.  - C'est-à-dire qu'on pousse sur la souris ?  - Oui, deux fois. - Ah, deux fois ?  - Tu vois ici à droite, la flèche se transforme en main.  - Et c'est toujours à droite que…  - Mais non ! ça dépend comment le site est conçu. Et quand tu as cliqué deux fois, un sablier apparaît. - Un sablier ?  - Pour nous faire attendre un peu. Après quoi, un nouvel écran apparaît sur lequel on trouve des articles plus ou moins longs illustrés avec des images.  - Et cette flèche-là ?  - C'est quand on va dans du blanc avec la souris.  - Et là, cet espèce de crochet à quatre crocs ?  - C'est quand tu circules dans le texte. Tu vois ? Dans le coin droit de l'écran, on met la flèche sur le curseur.  - Le curseur ?  - C'est le petit bloc qui se trouve dans la barre de défilement. Il permet que le texte puisse se dérouler à notre convenance pendant qu'on pousse sur la souris.  - Ah il faut pousser sur la souris pour que…  - Beh oui ! Pour que le texte défile. Viens, on va attaquer. Allons… allons dans la section « interactif ». - Oh, voilà le sablier !  - Oui, prenons n'importe quel sujet.  - Si on prenait plutôt l’air, j’ai la tête en marmelade de coings.    Il n’y aura pas de seconde leçon. Mais cette chronique savante n’est pas close car j’ai décidé de servir coûte que coûte à quelque chose en vous mettant le nez à la diable sur une poignée de livres récents fort bien torchés filant une belle trempe aux technologies informationnelles. La Vie algorithmique d’Éric Sadin (L’Échappée) dresse impavidement l’inventaire des prises de pouvoir par la raison numérique des pratiques, entre autres, du commerce, de l’enseignement, de la médecine et de la communication. Rarement, ventre de bœuf !, on a mieux cartographié le mouvement de marchandisation des rapports aux autres, à nous-mêmes, à la ville, à l’habitat. « Acceptons-nous d’être toujours plus intégralement régentés par ce mouvement qui s'intensifie et se perfectionne à des vitesses exponentielles, ou sommes-nous décidés à y opposer des logiques fondées sur de tout autres exigences aptes à favoriser la faculté humaine de libre choix et la subjectivation des existences ? » Critique de la raison numérique de Dominique Mazuet (éd. Delga) déchire la cartouche sans quartiers contre la société « empirionumériste » de la « création destructive » « - où l’on détruit les activités humaines pour mieux en réduire les coûts ; - où les bibliothèques ont disparu au profit des médiathèques ; - où les éducateurs, en attendant leur propre dématérialisation, ont encore pour charge de désapprendre à lire aux enfants pour qu’ils sachent mieux consommer ; - où « le temps de cerveau disponible » doit être dégagé de toute entrave à son gavage distractif par les contenus des réseaux ; - où seuls survivront les mieux dotés et les plus décidés parmi les gagneurs, et les plus malins parmi les autres ; - où les capacités de Connaître, Comprendre, Lire et Savoir sont dénoncées comme des notions ésotériques à éradiquer ; - où la connaissance est donc reléguée au dernier rang des compétences requises d’une activité culturelle ; - où la vie sociale se conçoit comme un mouvement brownien de particules individuelles, suivant chacune leur conatus propre selon de trajectoires opportunistes, imprévisibles, et collectivement inintelligibles les unes aux autres ; - où conséquemment le rapport social concret, la production partagée des moyens communs de subsistance, le commerce que l’humanité entretient avec elle-même ont vocation à disparaître, à l’instar de « l’homme cette invention récente » et désormais inadaptée. »   Mais voilà que le mot « numérique » est lui-même envoyé chez Plumeau dans le tome 2 de l’essai collectif Poétique(s) du numérique des éditions l’entretemps. Dans sa préface mordante au livre, Pierre Musso trompette que le mot « informatisation » qualifie mieux la mutation contemporaine que ce mot passe-partout censé refléter la modernité alors que c’est depuis belle lurette, depuis les Grecs, que l’Occident met le monde en chiffres. La révolution numérique est derrière nous, jambon à cornes ! À l’heure de la troisième révolution industrielle, celle de l’informatisation, place maintenant, tenez-vous bien, à une sorte de « bauhaus électronique » réunissant les artistes, les savants et les industriels (selon les souhaits de l’utopiste, un peu bléchard, il est vrai, du XIXe siècle Saint-Simon). Place à un « lieu-carrefour » mêlant le local et l’international, un « territoire-réseau fait de lieux et de liens » faisant la nique aux « multiples fatalismes » et à toutes les formes de « rationalité comptable ». Place à l’invention, à la rage, à la drôlerie, au scandale. Place à la poétique des outrages aux bonnes mœurs à la Dada, à la situ, à la Jarry, à la Fourier, à la Péret, à la Topor.   Facebook anatomie d’une chimère de Julien Azam (éditions Les Réveilleurs de la nuit) réussit splendidement son coup. Partant des analyses debordiennes et de celles de Georg Lukacs dans son hit Histoire et conscience de classe relatives à la marchandisation de tous les aspects de la vie et à la transformation méthodique des êtres en choses, il montre que l’aliénation ayant prospéré, « on assiste désormais à une auto-réification des individus, Facebook en constituant le lieu privilégié ».   Mais souvent avec le Rond-Point, Le Happy End n’est pas trop loin !   Pour partir guillerettement en guérilla contre la raison numérique, contre la société empirionumériste, contre les multiples fatalismes et la rationalité comptable, contre l’auto-réification des individus, y a d’éperonnants livres de contre-attaque tels que : L’Art de la révolte – Snowden, Assange, Manning de Geoffroy de Lagasnerie (Fayard) Révolutions du net – Ces anonymes qui changent le monde d’Ariel Kyrou (Inculte) L’Éthique des hackers de Steven Levy (Globe).   À dévorer et à expérimenter, mille bombardes !

Le 14 février 2013 à 08:52

Les jambes de Mona Lisa

J'ai acheté la semaine dernière aux puces de Vanves, chez un certain Max, un tableau qui d'après mes analyses pourrait être (je parle encore au conditionnel) la partie basse manquante de La Joconde. Les dimensions correspondent, la patte de l'artiste (c'est bien de lui m'a dit Jean-Marc), les craquelures, et la poussière qui colle au doigt quand on gratte. C'est avec émotion que je me suis documenté sur l'habillement des femmes à l'époque de Mona Lisa, car les longues jambes fuselées que l'on voit sur ma toile, coupées à mi-hauteur, pourraient tout aussi bien être celles d'un gentilhomme du XIIe siècle ou d'un joueur de polo. Or ma doc sur ce point est formelle: la mode du temps était bien de porter pour les dames la culotte bouffante au-dessus de longues chausses bariolées et de pompes à bouts qui rebiquent. Certes les couleurs ont passé, mais avec une bonne restauration nul doute que l'on retrouverait le jaune d'or d'origine si typique des chaussettes de la Renaissance. Bien sûr des questions demeurent : à qui appartient le bichon blanc que l'on voit au premier plan au bas de mon tableau? Chien-chien à Mona Lisa ou – plus secrètement – signe que nous lance Léonard à travers les siècles? Jean-Marc est persuadé qu'à l'instar de L'Origine du monde et de La Joconde, chaque toile de maître a sa partie manquante quelque part dans les greniers et les caves; personnellement je vais plus loin : je pense que les chefs-d'œuvre de la peinture sont les éléments épars d'un seul et immense tableau qui, une fois reconstitué, devrait nous apporter pas mal d'infos sur tout un tas de choses – c'est ma conviction.

Le 17 décembre 2015 à 10:05
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