Louise Dumas
Publié le 19/12/2015

Sans regret


Louise Dumas fait le grand écart entre commandes d'illustrations pour des agences de communication et collaborations artistiques pour la scène. Une seule obsession : la ligne.

http://louisedumas.fr/

 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 20 janvier 2015 à 08:00

Jean Cabut dit Cabu

Mine de plomb ou feutre souple, sa ligne de mire était comme un prolongement de cette patte qui savait cerner l’instantané. Cet orfèvre de la caricature qui dessinait sans cesse comme d’autres respirent mettait le monde en joue non seulement avec une très grande humanité mais aussi avec la permanence d’un étonnement adolescent. Très informé, il n’avait pourtant rien d’un naïf. J’en appelle à ce déjeuner avec les Amis de la Commune de Paris où tout en grignotant sans véritable voracité, il dessinait avec la main restée sous la table, le profil du regretté président Goupil, lequel lui avait proposé d’accepter de parrainer une journée commémorative consacrée à la caricature sous la Commune de Paris au Musée de Montmartre.  Son  sourire s’était figé en écoutant les vilénies commises là Paris lors des événements de 1871 et l’évocation du  génial chaos qui accompagna ce sursaut à la fois populaire et républicain. Son regard qui quêtait le détail révélateur dans le verbe haut en couleur de Robert Goupil mobilisait en même temps la main qui dessinait en soulignant les horreurs des règlements de compte entre Français où plus de vingt-cinq mille citoyens périrent dans le sang. Au delà de ces crimes revanchards orchestrés par les troupes versaillaises, il avait également identifié de son trait les forces politiques en présence qui, à l’époque, portaient déjà en germe les luttes d’un XXe siècle à venir. Les prises de conscience indispensables que les grandes signatures de la caricature ont sans cesse facilitées étaient devenues pour lui une humaniste nécessité. Jean Cabut dit Cabu en est mort. Claude Chanaud

Le 18 septembre 2012 à 08:00
Le 6 mars 2012 à 08:38

Tandis que je peigne la girafe

Ou : Du bâillement

Tout en échouant lamentablement à me trouver une occupation récréative durant les dernières heures qu’il me restait à acter de ma présence chez mon employeur avant mes congés estivaux, je tombai complètement par hasard, mais pas tant que ça, puisque, surprise par mon propre bâillement, je m’étais mise en devoir de tout apprendre à propos de ce mystère humain encore non tout à fait résolu, sur une information extrêmement intrigante elle aussi. La girafe ne bâille pas.Le poisson bâille, l’oiseau bâille, le reptile bâille, le mammifère bâille, tous les vertébrés bâillent. Et la girafe ? Non. Avec sa langue bleue et sa manie de dormir debout, c’est plutôt le genre à faire son intéressante. “Coucou, je suis la girafe, je suis bizarre, et je fais plein de trucs bizarres, pour que tout le monde soit bien jaloux, ha, ha, je suis BIZARRE, je suis la GIRAFE, et pas toi. Ni toi. Ni toi. Non, toi non plus. Ha, ha.”Ensuite je suis partie en vacances, et après plusieurs jours de repos obligatoires passés à ne rien faire dans l’ensemble, ce qui est une activité reposante, certes, mais peu gratifiante au bout du compte, j’ai repris mon occupation salariée et mes pérégrinations wikipédiennes, sans plus penser à la girafe. Jusqu’à l’invitation impromptue d’une amie à visiter Thoiry, idée saugrenue s’il en est, qui m’a replongée dans mon obsession girafienne. J’erre ainsi mollement dans l’open space, répétant en boucle giraffa camelopardalis (c’est du latin), ce qui semble inquiéter légèrement mes collègues qui jettent des appels au secours du regard à mon supérieur hiérarchique, dont le teint hâlé me fait penser qu’il a sans doute une maladie de peau à en juger par les taches brunes qui commencent à apparaître sur son pelage jaunâtre. Il faudrait peut-être qu’il ait une discussion avec sa femme, parce que ces petits bouts de corne qui commencent à lui pousser sur le crâne ne m’inspirent rien de bon non plus.

Le 29 mai 2012 à 08:34

Shape

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 6

> premier épisode Le type est grand, mince, légèrement beckettien, peau laiteuse, imberbe, petites lunettes rondes, cheveux fins qui semblent sortis du lit, adulte sage ou ado attardé, peut-être un peu des deux, il s'appelle Philippe Gladieux. Je l'ai rencontré il y a quelques mois, au Théâtre de la Bastille, il faisait déjà les Lumières pour Yves-Noël Genod. C'était l'hiver et il s'agissait de La Mort d'Yvan Ilitch, le solo avec Thomas Gonzales. Lumières, c'est une façon de parler car dans La Mort d'Yvan Ilitch, Thomas G. était plongé dans les ténèbres, habillé de ténèbres. Le plateau était fait de noir et de nuit, velours noir, profond, nuit lunaire, avec cette sorte de lumière blanche, invisible, noire, qui rend les peaux phosphorescentes. C'était un soir de répétition pour Thomas (répétition chez Yvno = recherche du duende), je m'étais assis par hasard à côté de Philippe Gladieux. Il y avait un problème technique avec le néon que portait Thomas dans ses bras. "Salut. Salut. Olivier. Moi c'est Philippe." On parle à voix basse, on se serre la main. Philippe a cette douceur rare des vrais hétérosexuels, ceux qui n'ont aucun problème avec l'homosexualité, c'est à dire avec le féminin en eux. En même temps il est peut-être homo, en fait je ne sais pas et je m'en fous, mais je ne crois pas qu'il le soit, pas du tout. De Philippe émane un calme fascinant, plus que l'orientation sexuelle, c'est ça qui frappe en premier. Aussitôt je me dis que Duras aurait aimé travailler avec lui, je ne sais pas pourquoi mais j'imagine un feeling possible entre Duras et lui. Je n'ai jamais connu Duras mais je la connais comme si je l'avais faite, c'est ridicule mais tout ce que je vis me ramène toujours un peu à elle. Ma vie est dédoublée par la présence de Duras. LOL. Bon, Duras est morte, paix à son âme, Philippe travaille avec Yves-Noël Genod et c'est de ça dont on parle. Sur son site Philippe dit qu'il est "patient avec un sentiment d'urgence". Pour parler de lui il dit "éclairagiste". Il dit aussi : "Les volutes impriment comme des spectres dans l'espace des dessous. Au fil des heures, la circonvolution des pensées fait naître un vortex (d'où l'on verrait un langage organique). On n'imagine jamais rien, c'est la structure qui initie la clarté, nous lions en lisant ; le sujet intérieur. Dans une enveloppe, la lettre est pliée en trois. C’est toujours ce rythme ternaire !" Je navigue dans le blog de Philippe. Pour écrire cette chronique je pourrais l'interviewer, j'y ai pensé, mais je préfère garder encore un peu de distance avec lui. Ou plutôt je ne veux - pas tandis que j'écris sur lui - de cette distance que l'on a avec les gens qu'on connaît, les proches. J'apprends qu'il est l'inventeur d'un truc, un procédé qui s'appelle Shape. Philippe écrit qu'en éclairage traditionnel, il "navigue manuellement, attentif au pré-mouvement. Il joue la lumière en inspirant l’air de la pièce, séduisant jusqu’au filament de la lampe; un élan d’autofiction. Parce que les consoles d’éclairages n’étaient pas adaptées à sa recherche, il en a conçu une d’un type nouveau, sans séquentiel, sans mémoires. Shape est un procédé traduisant en lumière les percepts du corps. Son organicité, sa réactivité en terme de rythme, impulsions, sensualité ouvre un espace imaginaire comme on regarde les nuages, le feu ou un être aimé. Techniquement, Shape interfère sur la lumière comme un filtre virtuel. Si le soleil est un ensemble de projecteurs, alors Shape s'insère entre lui et le sol, créant les ombres. Par exemple on pourrait reconnaître un arbre dans le vent ou l'eau de la mer ou un ventre qui respire... Shape restitue les flux où ils subissent une suite de transformations sur lesquels Philippe peut agir en temps réel en terme d'intensité, dynamique, s'adaptant aux situations de l'instant, aux nécessités de surprendre, accompagner, guider, suspendre, figer... Le spectateur y met ses rêves, ses peurs, ses désirs.  Ainsi naît l'abstraction, de l'absence de l'arbre ou de l'eau. Parce qu'on y voit pas nécessairement de l'eau mais un macrophage qui se nourrit de lui même ou un spectre in-voluant en l'eau. On perd l'équilibre en changeant de référentiel. Et l'on se propulse dedans, comme aspirés par le vide. Pourquoi aurait-on peur du silence sinon ? Shape participe de qui se décompose, se découvre, tisse un lien entre le sujet, les interprètes et l'imaginaire de chacun. Une relation d'équivalence." C'est sur ce mot que j'arrête ma lecture, "Equivalence", je ne veux pas en savoir plus, pour l'instant. Au Rond-Point Philippe fait les lumières, bien sûr, mais aussi le son. Comme dit Yvno, "l'ambiance du lieu, c'est lumière du jour, fenêtres ouvertes, 7h du soir, c'est l'idée d'un jardin, du théâtre comme jardin. Il y a des plantes. Mais surtout beaucoup d'imaginaire. Philippe a un iPhone et de temps en temps il fait sortir des chants d'oiseaux qui viennent, du coup, de derrière les spectateurs - c'est très agréable – et qui se mélangent aux bruits réels de la rue et de la soirée – les Champs-Elysées - parfois un corbeau, mais c'est pas toujours un corbeau, parfois une manif... Jeu de mot lacanien à la con: Gladieux, Glas / Dieu... Tu sais ce que c'est que le glas, Yvno ? Bien sûr, tu sais, mais je vais te le dire quand même, j'aime trop faire mon wikipedia : le glas est une petite sonnerie faite avec une cloche publique pour signaler la mort d'un habitant. Une idée pour le spectacle ? Pour qui sonne ce glas ??? Sinon, oh, une fois, oh oui je m'en rappelle, c'était génial, des chevaux sont passés sur l'avenue ! Et en parlant de chevaux, "Phlippe", tu sais ce que ça veut dire ? Celui qui aime les chevaux. Tout est déjà écrit, depuis le début.

Le 14 décembre 2012 à 09:08
Le 30 septembre 2015 à 08:52

J'arrête le Progrès !

J'ai décidé d'arrêter le Progrès ! A moi tout seul, c'est urgent, c'est une question de salubrité publique. Ils sont tant qui en parlent sans avoir jamais rien fait, eh bien moi, si ! L'idéal ce serait sans doute, m'avançant fièrement, lui barrant la route, de lui annoncer que, Progrès, au nom de la Loi je t'arrête ! Et si tu n'obtempères pas je ... Sauf qu'à procéder ainsi, je risque de le voir continuer tout droit, buté comme il est, sans ralentir, sans dévier d'un chouia, et je vais me faire renverser mais alors, grave ... Encore heureux si je ne me retrouve pas aplati, à même le macadam, par ce rouleau compresseur sans état d'âme, mais aplati comme on n'a pas idée, jusqu'à ne plus représenter qu'une sorte de, comment dire, film ? De film si parfaitement appliqué à la chaussée qu'il lui est, que je lui suis consubstantiel, et comme si de rien n'était, loin de s'être interrompu le trafic continue de plus belle, quand je dis de plus belle c'est que, m'est avis, ça roule mieux que jamais, tous les véhicules, à deux ou quatre roues ou davantage, sensiblement plus véloces grâce à moi, à mon revêtement, à mon film, lequel s'est propagé tout du long et jamais la circulation n'aura été aussi aisée, aussi fluide, sans parler des bruits de roulement qui sont, si je tends l'oreille, si j'en avais encore une pour la tendre, merveilleusement amortis. Et cela s'appelle, et je n'y suis pas pour rien, moi qui d'apparence ne suis plus grand chose, cela s'appelle le Progrès !

Le 21 juin 2014 à 09:08
Le 17 août 2010 à 16:08

Maman (3)

Mon chéri, Les cousins de Carpentras m’ont dit qu’ils t’ont vu sur FR3 région, mais ils ne sont pas sûrs que c’était bien toi à cause du maquillage. C’est quoi cette histoire de maquillage? J’espère que tu ne traînes pas à travers Avignon la bouche et les yeux faits. Il faut que ces histoires-là soient derrière nous maintenant. Nous ne t’avons pas payé ton festival pour te voir recommencer les mêmes bêtises. A propos, les cousins disent qu’il faudrait que tu demandes une facture pour la cave dans laquelle tu joues et une autre aussi pour le dortoir. Il paraît que l’on peut peut-être se faire rembourser une partie des frais parce que c’est de la culture. Je t’ai envoyé des chemises blanches en coton léger, toi qui transpires beaucoup. Ce sera quand même mieux que des tee-shirts pour trouver du travail. Car n’oublie pas que tu fais tout ça pour trouver du travail. Si tu rencontres un patron, mieux vaut que tu présentes bien sinon tu vas encore te retrouver à pleurnicher tout l’hiver de ne pas avoir de quoi manger. Les cousins me disent aussi de te dire que le fils de leur ami est lui aussi à Avignon (tu sais celui qui est acteur). Il joue cette année dans le vrai festival. Tu peux aller le voir de leur part, il pourrait peut-être t’aider, vous avez le même âge. Il pourrait te trouver un petit quelque chose à faire et même dans les costumes, toi qui as toujours aimé coudre, du moment que c’est dans le théâtre au fond… Bonnes vacances, Je t’embrasse, Maman

Le 10 février 2012 à 08:13
Le 7 juin 2014 à 08:55

Glenn

Glenn dort parfois nu même souvent, mais le lundi surtout ou bien encore les jours de pluie. L'homme a inventé le sexe sur le lit pour oublier que Dieu avait mis des monstres dessous, très serrés les uns contre les autres. L'intimité dans un lit occulte un peu facilement les 2 millions d'acariens qui l'occupent aussi. Comme on fait son lit, on se couche, oui, mais lequel ? Il y a cette scène dans Freddy les Griffes de la Nuit, celle de la mort de Glenn (Johnny Depp), durant laquelle le jeune homme est aspiré par le lit (avec la télévision d'ailleurs, tiens) puis recraché en un impressionnant geyser de sang. Ce n'est pas anodin tant le sommeil est sans doute l'événement quotidien le plus perturbant qui soit puisqu'il nous voit chaque jour inexorablement perdre conscience. Le lit est cet endroit dans lequel nous perdons pied, physiologiquement parlant. Seul notre subconscient survit dans cette expérience qui met nos hormones sens dessus dessous, ce qui en fait un évènement encore moins rassurant tant l'homme aime tout contrôler. Alors le corps a inventé le rêve comme pour enfoncer le clou encore plus loin : il est la superstar de la nuit au grand dam de l'homme. Il n'est guère étonnant que ce dernier ait d'ailleurs bien souvent cantonné le sexe au même endroit. Quand on y pense, le sexe est également une perte de conscience. On meurt dans un lit bien souvent aussi. Avec des draps blancs immaculés comme un jour de mariage : ça fait réfléchir. Le lit est, avec les WC, l'endroit où l'homme se résigne à admettre qu'il n'est qu'un animal comme un autre. En 2145 nous dormirons dans des lits verticaux en compagnie de poules qui donneront du lait lorsqu'on leur pressera les crêtes. Nous serons dirigés par un état totalitaire qui enverra des sous-marins sur Mars pour exploiter le peuple étranger avant de l'éradiquer. Le sexe sera prohibé et l'homosexualité cantonnée à un couple étalon élevé en Argentine pour des études financées par le Nouveau Planning Familial. Le racisme sera cloné et la peur de l'autre deviendra une religion à part entière : on crucifiera des Chinois autant que les gousses de vanille qui seront jugées trop exotiques. Une grosse pastèque sera pape. La Kaaba abritera une baby carotte que tout l'islam vénèrera comme s'il était le Prophète même. L'homme aura rationalisé le sommeil, le lit deviendra un objet de controverse que quelques artistes engagés dresseront comme étendard (du côté hiver seulement, faut pas pousser) mais sans grand succès. Même Lady Gaga XIV s'y cassera les dents. Glenn sera recraché par un Freddy bionique tous les premiers dimanches du mois après le porno kabbalistique en hébreu diffusé sur Canal ++. Les censeurs seront vénérés comme des saints alors que les bouddhistes remettront au goût du jour la Macarena. Réveil chassieux, réveil heureux. Mais avant tout, mon lit restera à jamais cet endroit où nous ne dormirons plus jamais ensemble, Glenn.

Le 29 septembre 2012 à 07:55
Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication