Pacôme Thiellement
Publié le 21/12/2015

Les Fêtes du crépuscule et les fêtes de l'aube


Chaque année à la fin de la saison des pluies, pendant six jours et six nuits, les Wodaabe du Niger fêtent Geerewol. C’est une exaltation de la beauté, stellaire et scintillante comme un poème de Rimbaud. Les plus beaux danseurs de la tribu, maquillés et habillés de colliers de perles et d’amulettes, debout sur la pointe des pieds, les prunelles écarquillées et souriant magnétiquement, rivalisent de grâce devant un jury composé des plus belles filles de la tribu. Leur cérémonie s’achève dans la séduction sacrée : baissant les yeux avec pudeur, les filles avancent vers les danseurs et élisent ceux qui leur plaisent pour qu’ils passent la nuit avec elles.

Mais cette fête n’aurait pas le même sens si les costumes n’étaient pas faits par les danseurs eux-mêmes tout le long de l’année, y consacrant la totalité de leurs maigres possessions, travaillant leurs parures, les confectionnant avec soin avec des matériaux de fortune : des calebasses devenant des couronnes et des objets trouvés dans les décharges se transformant en joyaux. Leur maquillage : du beurre étalé longuement et minutieusement comme fond de teint ; les yeux, les lèvres et les sourcils rehaussés au charbon ; parfois même la poudre du visage est produite par des piles électriques lentement pilées. Ce n’est pas l’homme qui est beau. Ce qui est beau, c’est sa tension vers un instant de grâce qui fait de lui un être céleste. Ce n’est pas la fête qui est belle, mais l’ascèse qu’elle représente pour les hommes chez qui elle a une signification sacrée. Ce qui est beau, c’est la fête comme alchimie : Tu m’as donné de la crasse et j’en ai fait de l’or.

C’est pour ça que la fête est une activité sérieuse, et que, pour les anciens, une année entière n’était pas de trop pour la préparer. Ce qui compte, c’est moins la fête en elle-même que la vie qui suivra et qu’elle aura permise. Toutes les fêtes sont des fragments retrouvés de la première religion, celle qui précéda toutes les autres, et que toutes les autres ont simultanément exprimées et trahies : Carnaval. Carnaval était la première religion, qui commença lors de la sortie de l’Age d’Or – pour rappeler aux hommes le paradis dont ils étaient issus et dont ils ne cesseraient de s’éloigner. La chute dans l’Histoire, marquée par la création des inégalités entre les hommes, et la séparation des puissances transfiguratrices, chamaniques, par lesquelles l’homme se guérissait lui-même de ses maux, n’est compensable que par les principes mêmes de l’alchimie et de la fête : faire passer la matière la plus laide dans le creuset de l’existence et la sublimer ; prendre les plus grandes détresses des hommes et les transformer en joie.

Comme le poète de l’âge d’or se souvient bien : jadis, nos vies étaient des festins où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient. Et les fêtes sont là pour nous rappeler notre état originel, édénique. Mais lorsque le rituel carnavalesque de la fête cesse d’être pratiqué, alors apparaît l’étoile absinthe de l’Apocalypse, le temps de la fin. Et lorsque la fête cesse d’être sacrée, alors elle se transforme en temps de destruction et de mort. Elle se transforme en carnage. Celui qui a le mieux exprimé la fête dans sa musique, c’est Prince. Sa musique, c’est la fête : jusque dans l’indiscernabilité du ridicule et du sublime, du mysticisme le plus naïf et de la sexualité la plus débridée. La musique de Prince, c’est la fête cérémonielle des hiérophantes du Christ-Dyonisos ; l’exaltation et le rehaussement de nos vies en miettes et de nos amours liquides, mais débarrassés de leurs limitations, et concentrés sur leur cœur érotico-magique. Et c’est aussi la fête en tant que prévention du règne de l’Antéchrist – prévention du règne de la rivalité entre tous les hommes et de la guerre totale. C’est enfin la fête comme talisman contre la fin des amitiés et chant de lamentation sur la désunion des êtres vécue chaque fois comme une petite apocalypse amoureuse : « Je n’ai jamais voulu te causer de chagrin ; je n’ai jamais voulu te faire souffrir ; j’ai seulement voulu te voir rire sous la pluie mauve ; je ne voulais pas être ton amoureux d’un week-end ; je voulais être une sorte d’ami ; c’est une honte que notre amitié s’achève. » Aucune amitié ne survit à un monde de rivalité sans fin. Aucun amour ne survit à un monde sans fêtes.

Il y a les fêtes joyeuses et les fêtes tristes ; et la perspective n’est pas la même si l’on considère que la fête est un moment qui vient clore une période d’activité, ou si l’on considère que la fête est un moment qui vient l’ouvrir. Même un enterrement peut être éprouvé comme une aube et un départ, s’il est vécu comme un moment d’union et d’exaltation de ce qui nous est commun et non une vengeance contre ce qui nous sépare. Lorsque la fête vient achever une période de vie, généralement, les personnes qui y participent se « lâchent », au pire sens du terme : ils deviennent bêtes, moches et méchants. Tout le mécontentement jusque-là réprimé s’exprime ; toute la rage contenue se déverse comme du poison glacé. Ce qui reste d’eux est comparable aux qlippoth de la Kabbale : des zombies abandonnés à leurs passions tristes, de pâles fantômes d’eux-mêmes. Et les hommes ivres se mettent à répéter inlassablement leurs terribles malheurs et à les reprocher aux autres. Mais lorsque la fête est un moment de création, un moment d’ouverture vers une vie nouvelle, c’est l’amour qui traverse alors les corps et les cœurs. On ne pense qu’à s’embrasser : quelque chose est sur le point d’arriver ; quelque chose va commencer. Nous avons retrouvé la clé de l’ancien festin. Nous avons retrouvé pendant un moment d’une extrême brièveté les temps de l’aube qui reviendront un jour. Nous avons entendu la mélodie fragile des lendemains qui chantent.

Il y a des fêtes joyeuses et des fêtes tristes, mais mêmes les fêtes tristes devraient être vécues comme des fêtes joyeuses. On ne devrait pas fêter la fin de l’année, mais le commencement de la suivante. On ne devrait pas fêter le crépuscule du jour passé, mais l’aube du jour qui vient. On ne devrait pas fêter la fin d’une aventure, mais l’inconnu qui lui succédera. Alors nos fêtes seraient toutes des baptêmes. Et tous les êtres aimés nous apparaîtraient tels que nous les avons jadis connus : des mages venus d’Orient qui se penchent au berceau de nos nouvelles naissances.

 

Photo : Wadaabe man dancing.Photo: TimothyAllen via humanplanet

Pacôme Thiellement, né en 1975. Ecrit des essais mêlant pop culture et tradition ésotérique. Dernières parutions : Tous les chevaliers sauvages (consacré à Hara-Kiri, éd. Philippe Rey, 2012) et Pop Yoga (éd. Sonatine, 2013). A aussi co-réalisé une cinquantaine de films avec Thomas Bertay. Prépare avec ce dernier un long-métrage sur Zappa et les Freaks nommé Rituel de décapitation du Pape. (www.popedecapitation.com). 

 

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Le 9 octobre 2014 à 08:45

Hérisson - 2009

C'est Noël tant pis - Journal de bord, carnet de route d'une création #4

Août 2006, Ludovic Michel, producteur, me donne carte blanche, je prépare un cabaret pour son théâtre les Déchargeurs, J’existe (foutez-moi la paix), j’y chanterai, danserai, jouerai, avec ma sœur Marie Notte et la pianiste Karen Locquet. Au même moment, Muriel Mayette est nommée brutalement à la Comédie-Française. On se connaît à peine, on se fréquente à la SACD, sous les toits de Paul Tabet et de Corinne Bernard, à l’étage Beaumarchais. Je l’ai interviewée quelques fois, mais elle me confondait avec un journaliste du Figaro qui l’avait lynchée lors de son Clitandre, que j’avais encensé. J’aimais son insolence, sa force de destruction du convenable dans les dorures de la Comédie-Française, sa jeunesse et la grâce de son audace, sa liberté. Elle me propose de la rejoindre, d’occuper le poste de secrétaire général. Je la préviens que mon cabaret J’existe sera créé au moment de ma prise de fonction, qu’il ne s’agit pas d’un objet correct, mais ça lui va, c’est ce qu’elle veut, une sorte d’artiste, un trublion à ses côtés. Nous travaillerons ensemble trois saisons, dont deux inoubliables d’une passion du travail et d’une fête d’être ensemble et complices, soudés, alliés. Trois ans, où se créent aussi Deux petites dames vers le Nord, mis en scène par Patrice Kerbrat, avec Catherine Salviat et Christine Murillo, puis Journalistes, petits barbares mondains, mise en scène par Jean-Claude Cotillard, avec Zazie Delem, Romain Apelbaum, Sophie Artur, Hervé-Claude Ilin et Marc Duret. « C’est une bombe » disait Edy. Je le paierai cher, longtemps, je l’aurais bien cherché. Trois années aux côtés de Muriel Mayette dans la maison de Molière, j’écris cinq cents pages d’un journal que j’intitule Pourquoi il faut brûler la Comédie-Française. Non publiable. Écrit par nécessité, sauver sa peau tous les jours. Mais des réalisations et des rencontres, des résultats et des montagnes de dragons terrassés. L'aventure de Hérisson En 2008, Anne-Laure Liégeois, au Festin de Montluçon me propose de participer à l’aventure de Hérisson. Elle réunit quelques auteurs, des metteurs en scène, des commandes d’écriture autour d’un thème imposé, quelques jours dans un gîte, une pièce courte, un sujet, cette fois-ci le fait divers, et des représentations itinérantes dans le village d’Hérisson, Auvergne. Je m’absente du Français pour participer au jeu, j’écris les premières scènes de Et l’enfant sur le loup. Anne-Laure met en scène Valérie Schwarz et Olivier Dutilloy sous un arbre de Hérisson. Travail ciselé, précis, rigueur extrême de la musique, tension terrible, maîtrise impressionnante des corps tendus, menacés, de l’horreur devenue farce, d’un rire provoqué pour libérer, salutaire et sain. L’année suivante, je retourne à Hérisson, je suggère à Anne-Laure le thème qu’elle ne trouve pas encore. Noël, fête de famille, rite obligé et terrain miné. Elle s’en empare, je passe à nouveau trois jours isolé dans la grande maison, je fais des crêpes, presque à chaque repas. Rémi De Vos, Christian Siméon, Philippe Blasband, Marie Nimier, chacun mange mes galettes et débat de la thématique, C’est Noël. Marie Nimier compose Noël revient tous les ans, qu’Anne-Laure mettra en scène. La commande est lancée, autour de Noël donc, écrire une pièce courte, d’une demi-heure, pour trois hommes et deux femmes. J’entreprends de composer les premières nouvelles scènes de C’est Noël tant pis. Les scènes qui précèdent l’isolement des personnages dans les lieux clos, avant le « sombre précurseur ». Je saisis la contrainte, je réduis la distribution, je préserve les personnages originels de la première mouture, le père et la mère, entourés de deux fils et d’une pièce rapportée, Geneviève. Il est question alors d’augmenter la pièce d’instants concrets d’une vie réelle, de faits divers, de choses vraies. D’écrire des situations, de faire traverser des moments à des personnages auxquels donner une existence charnelle. Les figures jusqu’ici semblaient osciller entre des entités abstraites, cérébrales, et des caricatures plus ou moins méprisées de pauvres gens. J’écris. Et je me mets à aimer mes personnages. Les épreuves transforment les projets Les épreuves traversées à la Comédie-Française et ailleurs, vie sentimentale, amoureuse ou amicale, transforment les projets, j’écris des histoires de réconciliations, d’amours mal foutues mais d’amour. La condescendance cruelle, ou la férocité sans appel des peintures de Moi aussi je suis Catherine Deneuve, de Journalistes, de Et l’enfant sur le loup, évoluent, s’adoucissent, se nourrissent d’une sorte de tendresse qui viserait la grande trêve. La grand-mère est encore là, mais elle a disparu, elle est sous la table du repas de famille, personne ne le sait encore. C’est elle qui meurt dans la partie suivante. Pour l’instant, elle est rangée sous l’espace sacré des déjeuners du dimanche, on dira qu’elle est nue. On dira qu’elle est devenue folle. On dira de cette figure matriarcale tutélaire autour de qui tout le monde se réunit malgré la haine et l’horreur, qu’elle a perdu pied, et qu’elle est devenue pure, nue, une figure suprême, l’icône d’un monde perdu. Pour l’instant, on prépare le sapin. La pièce commence là, le père s’occupe des boules, la mère fera les carreaux, on attend les enfants. Une contrariété maximale entre les deux mastodontes de la famille, le père et la mère, une vexation sexuelle. Il n’a pas voulu de la faveur qu’elle s’apprêtait à lui accorder. Une gentille fellation. Puis les enfants arrivent et les contrariétés s’accumulent autour du rite judéo-chrétien fabriqué pour réconcilier tout le monde et purger les rancœurs. On a confondu la bûche et la galette, le gigot est congelé, les papiers cadeaux sont à refaire. 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Parfois, rien Les metteurs en scène inventent des mots pour évoquer la présence de l’acteur, sa grâce, sa puissance, sa force, son énergie vitale sur le plateau, la brûlure. Brook dit « l’être là », Py parle de « la joie », Vitez disait « question de vie ou de mort ». Pour la rencontre entre un texte et une mise en scène, pareil. Mêmes termes, même terminologie. Parfois, rien. Néant. Le texte ne va pas, la mise en scène ne sait pas, les acteurs ne peuvent pas. Ils ne vont pas ensemble. C’est la vie, c’est l’absence de vie. Et ça laisse des tas de regrets. Il y a quelque chose ou quelqu’un qui n’est pas là, et qui manque. Une vie. C’est l’épopée qui fait défaut, l’invention d’une forme qui manque, ou le déficit de la nécessité impérieuse du comédien d’être là et de faire ça plutôt que n’importe quoi d’autre. L’un des trois, ou les trois. Et c’est la mort. J’en veux au texte de n’avoir rencontré personne. J’enterre mon C’est Noël, à Hérisson cette année-là. > première partie

Le 26 mars 2015 à 10:31

Quelques un-e-s

Bruno qui m’a conseillé à un vague repas de famille il y a 15 ans dans quelle école aller et ignore à ce jour la portée de sa phrase.Didier B. qui n’a jamais répondu au mail où je le remerciais de ne pas m’avoir laissé le choix.Claude qui un matin de juin 2001 m’a dit Bienvenue – malgré mon regard par en-dessous. Avant de me démolir longuement pour ce même regard – m’obligeant ainsi à relever la tête.Alain M. qui nous a suggéré d’écrire ce qu’on voulait défendre personnellement – à un âge où jamais un prof ne me l’avait demandé.Anahita qui me disait "engagement" et je hochais la tête – bien avant de comprendre de quoi il retournait.G.D qui m’a donné le numéro de portable de G.P et comme un sésame m’a encouragé à appeler.Manon qui a essuyé mes plâtres.Gilles qui un après-midi dans un parc a pointé du doigt mes facilités / mes contre-sens / mes approximations – et veille depuis à ce que je n’y retombe pas.Pierre un jeudi qui m’a laissé ce message que j’ai pris pour une blague – puis pour une erreur – puis pour un malentendu.Nicolas qui m’a juste dit "c’est très bien" et soudain il m’a semblé que le ciel s’ouvrait pour m’adouber.Jean-Louis qui répète "scandale" et derrière il y a toute l’histoire de l’humanité.Laurent qui en 97 portait des salopettes vertes et citait des noms que je ne connaissais pas / qui 16 ans de silence plus tard avait la même voix au téléphone.   Paulette qui est née en 1914 et répète encore "j’ai toujours été heureuse et je touche du bois."Fabrice qui aimait débattre de tout tout tout – avant de disparaître sans un mot.Romain jonglant face à l’océan.Kamel qui m’a convaincue que le bout du monde ne craignait rien.Joann qui prouve que dessiner / écrire c’est pareil et m’a démontré qu’une esquisse valait souvent mieux qu’un long discours.Matthias qui même au rayon jus de fruits semble peser la gravité politique de ses actes – et un siècle de dictatures et de charniers paraît embusqué entre les Tropico.Béatriz qui écoute chaque détail des aventures des autres comme si c’était vital (pour eux ou pour elle ?)L. qui s’étonne qu’on ne soit parfois pas d’accord elle et moi alors qu’on se ressemble tant.Et S. qui – à 22 mois – semble le seul à remarquer combien on se ressemble L. et moi.Sylvie qui écrase les mégots pied nu / qui a vu et vécu trop de corps humiliés pour minauder – mais s’adapte à ceux qui n’en sont pas encore là.Jules qui crâne d’être pris en exemple et me remet à ma place du haut de ses 11 ans et de son fauteuil.Inès qui ne comprend pas comment deux personnes différentes peuvent s’appeler pareil.Solenn qui met tous ses démons par écrit pour qu’ils lui foutent la paix le reste du temps.Albert m’obligeant à m’arrêter sur certaines phrases pour soupirer d’admiration.Laurence qui hérisse les poils de toute l’audience en deux lignes de tragédie et se relève l’air de rien et de défi.Philippe me promettant que je ne risquais rien en allant au bout de ce que j’entamais.  Nancy racontant les histoires de Zelda ou Simone / qui depuis des années me souffle des pistes pour me faire mes propres idées – et ainsi la contredire.David qui discute avec les chiens errants et archive soigneusement sa mémoire dans des cartons – terrifié d’oublier un bout de passé. Hervé parlant de religion d’une façon qui donne envie d’écrire des cartes postales d’amour à sa grand-mère.Simon tonitruant – racontant l’enfant revanchard et le jeune homme terrorisé qu’il a été – jusqu’à laisser entrevoir qu’il est aujourd’hui les trois – cohabitant dans un corps de 65 ans.Valentine qui hésite entre planter des tomates et créer une épopée "mais finalement c’est la même chose."Robert qui s’est muré dans sa tour de vieillesse bien longtemps avant sa mort – empêchant quiconque de le faire douter.Marc-Antoine qui s’appuie sur ses peurs et ses carnets impeccables pour déposer l’émotion à fleur de mots.Joëlle qui s’est sevrée de toutes les addictions sans rien que sa volonté – sauf de son ex-mari : pour ça elle a demandé à Shiva. Et ça a marché.François qui écrit juste "rires" – rien d’autre et sans ponctuation – et on ne sait si c’est un début ou une fin de discussion.  Nadine qui allie les macarons Ladurée et les convictions de vraie gauche d’une manière qui fait rêver d’avoir son âge et son aplomb.Blanche qui – à 30 ans – estime avoir assez fait le vide dans son existence pour se mettre désormais à écrire (son enfance).Franck qui refuse de croire que ce qu’il dit n’est pas une banalité.Fabio qui pourrait tout perdre – tant qu’il lui reste ses mains pour s’exprimer.Jonathan qui pourrait tout perdre – tant qu’il lui reste son cerveau pour l’appréhender.Paula qui a mis un jour devant elle assez de médicaments pour en mourir et choisi de ne pas les prendre.Sarah qui ne se préoccupe jamais du résultat puisqu’au moment de l’atteindre elle aura déjà résolu ses questions dans son coin depuis belle lurette.Christian qui a commencé la rédaction de son journal le jour de son premier cancer et entre deux bouffées de clopes montre les cicatrices sur ses tatouages – ou l’inverse.Renate qui n’est jamais devenu institutrice parce qu’elle avait 9 ans en 1940.J. qui semble avoir une vie sans problème – tant qu’on ne remarque pas l’état de ses mains.S. qui a réussi à faire un enfant qui s’endort comme elle elle vit : en colère et le poing en l’air. Tchiang qui a oublié pourquoi ce surnom et que la vie a marqué au point qu’il n’est absolument pas croyable que F. et lui aient le même âge – et pourtant.Ad lib. 19 mars 2015

Le 5 août 2010 à 11:36

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 3

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h59. Une étoile filante passe au-dessus de Melle. 20h00. Un visage se dessine enfin sur les écrans des électeurs. C’est une femme ! C’est Royal ! Dans les rues de Melle, c’est la folie furieuse : militants et curieux font des bonds dans de grands cris de joie, battent des mains, sourient bêtement aux caméras tout en montrant du doigt un vague copain — geste universel des gens qui ont gagné. Au siège de l’UMP, c’est la dépression. Une infinie tristesse se lit sur les visages. François Fillon joue au musée Grévin ; Rachida Dati pleure — on ne verra plus ses dents pendant cinq ans ; Eric Besson quitte immédiatement la place ; François Copé a un petit sourire narquois ; Eric Woerth déchire son carnet de chèque de rage ; Xavier Darcos tombe dans les bras de Xavier Bertrand, qui le laisse tomber ; Jean-Louis Borloo boit ; certains invités brûlent des billets de cent euros ; des militantes s’insultent. Au siège du Parti socialiste, c’est la schizophrénie. Tandis que les militants exultent, s’embrassent et, pour les plus exaltés, commencent à retirer leurs vêtements, les ténors du parti applaudissent en ménageant la paume de leur main. Ils se regardent entre eux, aussi surpris qu’effrayés par le résultat. Le ciel leur tombe sur la tête : ils sont consternés. A la télévision, les journalistes ont enfin le droit de commenter les premières estimations : 54,1 % pour Ségolène Royal, en totale contradiction avec les intentions de vote enregistrées jusque-là. Sur TF1, le dirigeant d’un institut de sondage tentera de se faire hara-kiri au maquillage. Les premiers invités arrivent maintenant sur les plateaux. Le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, vient d’envoyer un SMS à son ancien employeur avant d’intervenir sur France 2 : « La première chose, Élise Lucet, c’est que rien n’est encore joué », lance-t-il en coupant la parole à Élise Lucet. Mais il se fait couper la parole par David Pujadas : Ségolène Royal s’adresse aux Français…     La suite demain...

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