Laurent Houssin
Publié le 23/12/2015

Je me massacre du rouquemoute


Boire un coup avec Lindingre et Houssin

Textes de Yan Lindingre

Laurent Houssin dessine des gros et grands dessins depuis toujours. Il a lu des tas de BD, a débuté dans le fanzine Argh!, a troqué ses crayons contre des gants de boxe puis ses gants de boxe contre des crayons, a vu le bagne, a animé ses dessins chez Œil pour Œil multimédias, a dessiné Marcel et son orchestre, l'album"Rendez-nous Miss Moule ! ", des histoires de loups pour le Psikopat...Aujourd'hui, il dessine dans Fluide Glacial. Bon, c'est clair ou vous voulez que je vous fasse un dessin ?

 

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Le 23 novembre 2015 à 08:41
Le 19 février 2014 à 14:35

Ne pas redescendre

Une fois de plus lamentablement affalé sur le sofa du salon de mon douillet chalet d'Aspen (dans le Colorado, bingo, ouais !), je tripotais machinalement mon smartphone, à la recherche de l'application la plus encline à m'apporter quelque réconfort. Je tombai alors sur ces mots : « 6, 16 m pour Renaud Lavillenie ». Je dus réfléchir : « 6, 16 m, 7 x 4 = 28, je retiens 1, heu... » quand enfin, je compris ! « Doux Jésus ! Il a battu le record du Monde ! LE. RE. CORD. DU. MONDE. » Ni une ni deux, je me jetai sur la télécommande de mon téléviseur sud-coréen, lui intimant de me guider vers une chaîne d'information en continu, quelle qu'elle soit. Ce fut celle dont l'habillage est si laid, filiale de cette grosse chaîne vendeuse de « temps de cerveau disponible à Coca-cola ». Coup d'chance, ils remontraient justement l'exploit : la course, le saut, le public qui se lève et comme le héros du jour, n'y croit pas. Puis, tout le monde l’a vu, ce plan honteusement voyeuriste sur la loge où Sergueï Bubka, visiblement pris de sentiments confus, doit subir les gesticulations de son voisin, qui insiste, et retourne le couteau dans la plaie, car il n'en revient pas de l'écart entre la barre et le corps frêle mais musclé de Renaud Lavillenie... Sergueï, lucide, sait qu'il doit rester digne, on l'attend plus bas. Il vient d'être dépossédé d'un record vieux de 21 ans, mais il a franchement l'air heureux pour Renaud (on ne s'empêchera pas d'imaginer qu'il n'a pu réprimer un « PETIT CON ! » pile au moment des faits, mais puisse-t-il, cela dit, ne pas nous faire « une Michel Platini »...).  Faire une Michel Platini : En vouloir éternellement – au point d'être jaloux (parce que c'est scandaleux, quoi !) – à un certain Zinédine Z. et ses amis d'avoir remporté la Coupe du monde de football (la vraie, en or, tout ça), alors que lui, eh ben pas du tout. (Et bien sûr, assurer, dès lors qu'il y est fait allusion, que non, trois fois non enfin, voyons !)  Face à mon écran, je n'bouge plus, béat. J'en avais déjà parlé ailleurs, mais décidément, en voilà un mec brillant, et même mieux – je n'sais si c'est parce que je suis, pour ce qui est de l'écriture,  assez navrant en ce moment, mais je n'trouve pas de mots pour décrire ce type et son exploit (peut-être bien qu'il n'en existe pas). Pendant ce temps-là, le petit gars n'en oublie pas l'essentiel : il a passé 6, 16 m au premier essai, trois nouveaux sauts lui sont donc offerts. Alors bon, record du Monde ou pas, on ne l'empêchera pas, comme chez lui, dans son jardin, de multiplier, inlassablement, les sauts insensés vers les cieux. Si une perche récalcitrante n'en avait décidé autrement, peut-être y serait-il encore... Mais il fallait bien que Renaud fasse une pause, ne serait-ce que pour la cérémonie, les photos avec Sergueï, son sponsor en forme de virgule, tout ça... Les téléspectateurs, le public de Donetsk – peut-être certains d'entre eux étaient-ils là lors d'un des nombreux records du Monde de Bubka, là-bas, pile au même endroit –, tous mesurent la chance qu'ils ont d'assister à ce truc-là. Même moi ! Je préfère ne pas trop penser à la suite, aux « impératifs économiques » (sic...), mais je m'souviens juste que la dernière fois que j'ai regardé la chaîne d'info orange et bleue, c'était pour une sorte de grand raout organisé par une marque de boisson prompte à rendre brin énervé, où un mec descendu de l'espace à pied, avait atterri à peine essoufflé. Renaud Lavillenie, c'est marrant, a fait le chemin inverse - je crois que lui, par contre, n'est pas prêt de redescendre...

Le 3 septembre 2015 à 11:35

Ça va pas être long

Les informations qui suivent sont issues d’un rêve que j’ai fait. J’ai décidé de les rendre publiques après avoir rêvé que le rêve précédent était prémonitoire. «Innover sans cesse», telle pourrait être la devise de ces chercheurs californiens qui viennent de mettre au point la première machine à arrêter le progrès. Un nouveau mode d’exploration spatiale fait son apparition, alliant économie et distinction : la fusée à porteurs, basée sur le principe de la chaise du même nom. La question de la répression de la délinquance chez les jeunes est enfin  tranchée. Toutes les femmes accoucheront en prison, leurs enfants pourront éventuellement être libérés plus tard pour bonne conduite. Le remplacement du téléphone par la télépathie a deux conséquences : la disparition la fameuse phrase « Ne quitte pas, je te le passe» et l’interdiction faite aux automobilistes, pour des raisons de sécurité, de conduire avec leur cerveau, lequel doit être rangé dans la boîte à gants. L’augmentation de l’espérance de vie crée des embouteillages dans les grandes villes. Heureusement, les progrès de la génétique permettent désormais de réguler la pousse des ongles et de la barbe. On passe plus de temps en voiture, mais on en perd moins à se couper les ongles et à se raser. L’euthanasie est autorisée non seulement pour soulager la souffrance des personnes atteintes de maladies dégénératives incurables, mais aussi pour libérer des appartements. Après la découverte du gène de la mauvaise foi, les personnes vivant en couple se le font neutraliser et se séparent peu de temps après tellement ils s’ennuient. Les divorces sont sources de disputes, chacun insistant pour prendre les torts à sa charge.

Le 22 mai 2012 à 08:26

Hyper précision de la liberté

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 4

> premier épisode           > épisode suivantRien de ce qui est humain ne lui est étranger. Humain, trop-humain, inhumain, ce sont des notions encore floues. Hier soir je dînais avec Noël, Frédéric et Pierre. Frédéric se plaignait du cul, la chair triste, il en a marre de certains plans, coups d'un soir, plans directs, ni bonjour ni au revoir... Frédéric a dit "fatigué de ces relations inhumaines". Et moi je n'étais pas d'accord. Quoi, inhumain ? Si ce n'est pas humain, c'est quoi ? Animal, robotique ? Pierre, plus sage que tout le monde, a fini par dire que ce n'était peut-être pas ainsi qu'il fallait poser le problème, de cette façon binaire. La déshumanisation, ça existe. Oui. Certes. Certes signifiant là : certainement. Pierre a souvent le mot juste. Humain, trop-humain, donc. Filage, samedi, giboulée de mai, du mois de mars mais en retard. Pierre est chez Disney Store sur les Champs. Demain c'est l'anniversaire de Clélie, elle a commandé la robe de la Belle dans La Belle et la Bête. Je suis au fond de la salle, en haut des gradins. La boule du hasard peut commencer. Elle avance sur le plateau, s'approche de la servante, regarde le public, doucement, et dit : "Femme seule de trente ans cherche dame de compagnie pour promenade." Ouille ! Sorry Yves-Noël, je décris encore, je raconte ! Yves-Noël, je sais, tu m'as demandé de ne pas décrire, surtout pas. Oui mais mince, comment je vais faire ? Comment écrire mes chroniques ? Philosopher, contempler ? Il faudrait que je trouve le moyen de contempler en écrivant. Je ne sais que contempler en me taisant, en laissant mes mains inactives. Comment faisait Victor Hugo ? La boule du hasard amasse la mousse. Comprenne qui pourra. La boule du hasard c'est Lucrèce parlant ainsi de la planète Terre. Tiens, une idée me vient, une piste à expérimenter : il faudrait que je décrive tout ce qui se passe dans Paris en ce moment, je veux dire tout, dans la rue, les bus, les maisons, les boutiques, musées, ministères. Ensuite, dire dans le menu tout ce qui se passe dans la tête des gens, décrire leurs corps, chaque personne, chaque Parisien. Faire cela avec chaque arrondissement, quartier, square, chaque coin de rue en excluant la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point. Une fois que cela serait fait, après des années d'écriture et des millions de pages, finir le texte en écrivant : Mais je n'ai pas parlé de l'essentiel, ce qui se passe en ce moment dans la Salle Roland Topor. Ce qui s'y passe, now, c'est d'la vie. Vous me diriez, et vous auriez raison : mais d'la vie, j'en ai chez moi, dans ma tête et dans mon slip, pourquoi aller au théâtre et payer genre vingt euros ? Sur le moment je trouverais la remarque percutante. Après un court moment de réfléxion je vous répondrais : Oui, mais là c'est d'la vie visible, palpable et audible. Pas sûr que chez vous ou dans votre slip ce soit aussi pur. Entiendes ? Donc, ici, c'est d'la vie. Faut me croire sur parole. Rien à attendre du théâtre d'Yves-Noël, attendre, rien, parce que c'est encore de la vie, attendre. La vie, tu vois, ça parle, tout le temps. La vie, ça vit, sans droits d'auteur. "Calme plat, asocial." Ouch, là, là, comment continuer ? Je regarde et rien ne me vient, je me sens sec aujourd'hui et je pense à Pierre qui est chez Disney. YvNo m'a peut-être un peu coupé les youques avec ses exigences. Il faut qu'elles repoussent. Direct live depuis le plateau : Sacré nom de Dieu, elles sont vachement bien aujourd'hui, les poules idem, elles jouent vachement bien, Wao, elles sont belles et présentes et vivantes, les Présidentes. Et lui, là, le petit blondinet, il a oublié et ses jambes et sa plastique, fichu en l'air son manteau de séduction, YvNo y est arrivé, qu'il est bien le diaphane jeune faon ! "No milk today." Il a quand même un côté fin de monde, ce spectacle, le tragique en moins. Avant on distinguait, on opposait, la comédie de la tragédie. Après, bourgeoisie oblige, il y a eu le drame. Yves-Noël, c'est encore ailleurs, une quatrième dimension. Je ne sais pas comment dire. Ici et maintenant. Voilà, on pourrait dire "ici et maintenant" mais ce serait un peu court jeune homme. Une définition possible serait : Ici Pour l'Instant mais pas n'Importe Où Maintenant Bien Sûr mais pas n'Importe Comment. Voilà ! Fiat lux ! Le contraire du n'importe quoi. YvNo, rien à voir avec la ligue de l'impro. Ce que l'on voit ici est hyper précis, aussi précis que les douze pieds de Racine. C'est de la précision sans formalisme. Ou alors le formalisme de la jungle de Borneo. Une précision toute suisse, et sauvage, et rampante. Ce n'est pas non plus de l'hyper réalisme, non, c'est vraiment de l'hyper précision, hyper précision de la liberté. Bingo, orgasme, j'ai ma quatrième chronique ! Du coup je vais pouvoir me reposer. Me reposer et partir "me promener à Lausanne. Lausanne c'est la ville riche, avec un lac riche, avec des maisons riches, avec un tramway riche, avec des postiers et des facteurs tous vêtus de gris, qui est une couleur riche."

Le 26 août 2014 à 10:27

« Le droit au travail, c'est un non-sens » (Albert Paraz)

Ce n'est certes pas du boulot que de travailler à la déchéance du travail comme ont su si bien le faire les terribles luddites, dont nous allons rappeler quelques salubres forfaits, et l'utopiste british William Morris, mais aussi le génial « basculeur de légendes » Albert Paraz qui a magnifié mieux que personne les « flemmartistes » dans Les Repues franches(1937). « Le droit au travail, c'est un non-sens. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler, car tout homme qui cherche à travailler davantage déséquilibre un peu plus l'économie. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il faut réinventer l'idéal perdu de l'homme du grand siècle qui vivait parfaitement sans travailler, il faut retourner au Moyen Âge où le travail était méprisé, revenir à l'Antiquité où les hommes libres n'y pensaient même pas. Il est urgent de déshonorer le travail. » Moins radical que Paraz ou que Fourier, William Morris, à la fin du XIXe siècle, n'en invite pas moins les pue-la-sueur à repenser totalement le travail, à opposer au productivisme capitaliste abrutissant et insensé une « vision du travail héritée des arts populaires où l'artisan, maître de tous les aspects de son art, connaît à la fois un repos abondant, le plaisir créatif » et la satisfaction d'être en phase avec une communauté sympathique. Critiquant sans quartier par ailleurs le militarisme, le colonialisme, l'esprit de concurrence, la propriété privée des moyens de production, la publicité ? déjà ! ?, la destruction de la nature ou le « réformisme tiède », les deux conférences de Morris (1884 et 1886) recueillies fin 2013 dans La Civilisation et le travail (Le Passager clandestin) sont balèzement introduites par Anselme Jappe, la terreur des glorificateurs du travail corniaud. Place au luddisme qu'on peut considérer, selon la formule de Paraz, comme « le travail bien compris ». En 1999, les nauséeux big boss des deux fabriques d'OGM rivales AstraZeneca et Monsanto tombent enfin d'accord : il faut diaboliser à tout prix les nouveaux « luddites » que sont pour eux les faucheurs de céréales transgéniques et les saccageurs de laboratoires de recherches agronomiques pro-OGM entendant « décontaminer l'environnement ». Deux siècles après leur grande insurrection au centre de l'Angleterre (bris de métiers mécaniques, incendies de manufactures, pillages d'entrepôts) contre « la dépossession machinique », et l'impitoyable répression qu'elle suscita (la pire que les Britiches aient connue), les luddites continuent de filer les flubes aux loufiats du capitalisme industriel. Le mouvement luddite a beau déjà s'amorcer dans le Londres de 1710 et laisser même des traces dans la France sans-culotte, où les bris de machines sont fréquents, on peut lui donner une date de naissance très précise : le 20 novembre 1811. Ce jour-là, près de Leicester, l'apprenti tricoteur Ned Ludd se montre si peu zélé au travail que son maître le fait fouetter. En réponse à quoi le garçon démolit le métier à tricoter au marteau. Chaque fois dorénavant, qu'une machine sera sciemment endommagée, on dira que Ned Ludd est passé par là. Retracent méthodiquement la saga des contempteurs en actes de ce qu'on a appelé « les machines odieuses » le bulletin d'infos des chouettes Amis de Ludd espagnols (éditions La Lenteur) ; l'intéressant, quoique souvent casse-burnes, Les Luddites de Bourdeau, Jarrige, Vincent (www.editions-ere.net); l'assez bien foutu Les Briseurs de machines de Ned Ludd à José Bové du docteur en biologie Nicolas Chevassus-au-Louis (Seuil) ; et, de loin mon petit préféré, La Révolte luddite (L'Échappée) de Kirkpatrick Sale connu par ailleurs pour avoir démoli un ordinateur en pleine conférence de presse au New York City Town Hall. De ces lectures, on peut allègrement déduire que les luddites, contrairement à ce qui s'est colporté, via Marx notamment, ne s'opposaient pas aux innovations techniques mais aux conséquences désastreuses de la mécanisation sur le niveau de vie des ouvriers et des artisans du textile. Ce n'était pas d?ailleurs aux machines en soi qu'ils s'en prenaient, c'était, nuance !, aux « machines préjudiciables à la communauté ». Kirkpatrick Sale ajoute que ce qui était mis en question avec fracas par les révoltés, c'était « la légitimité des principes de compétition et de profit illimité ». que ce n'était pas seulement les travailleurs brutalement remplacés par des métiers à tisser mécaniques ou par des tondeuses hélicoïdales qui abattaient leurs lourdes masses sur les machines envahisseuses. Que c'était tout leur quartier, tout leur village. « Tout membre de la classe inférieure est de leur côté », lit-on dans un rapport d'officier de police de 1812. que les luddites précédaient toujours leurs raids d'une lettre de menace signée Ned Ludd, général Justice ou, vingt ans plus tard, Capitaine Swing sommant les patrons des manufactures visées de renoncer à leurs machines. qu'organisés par petits groupes correspondant entre eux par codes, les casseurs n'opéraient pas à visage découvert. Ils se noircissaient la figure, portaient des masques en peau de bouc, revêtaient des pardessus militaires, se travestissaient quelquefois en femmes. Et qu'ayant mené la plupart de leurs premières offensives à proximité de la forêt de Sherwood (à la fin de janvier 1812, près d'un millier de métiers sont détruit dans le Nottinghamshire !), ils aimaient se proclamer les enfants de Robin des Bois. que les choses se sont bientôt corsées. Vu que le luddisme se propage vite à travers le pays, qu'il s'accompagne de plus en plus volontiers d'incendies et de pillages (les fameuses émeutes « frumentaires »), et que le bruit court que certains bousilleurs de machines ont en tête de « renverser le gouvernement et détruire toute forme de propriété », la Chambre des Lords n'y va pas par quatre chemins : elle condamne tous les mutins à la pendaison. Au grand dam, l'on s'en doute, des intellos de gauche de l'époque (Lord Byron, Shelley) qui se mobilisent. Les luddites ne se laissent pas conduire au gibet sans broncher. Ils prennent d'abordage des casernes et s'emparent de dépôts d'armes. La suite des affrontements dans les ouvrages épinglés plus haut. « C'est sur les ruines de l'industrie que fleurit la liberté. » (B. Traven)   P.-S. : Sur les néo-luddites, à lire avant tout les quatre appels au sabordage du « nanomonde totalitaire » des maquisards grenoblois « Pièces et manoeuvres »(www.lechappee.org), le galvanisant brûlot autoricide Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable (L'Encyclopédie des nuisances) de deux ex-proches de Debord, feu Jaime Semprun et le toujours bouillant enragé/situ de mai 68 René Riesel. Et puis, bien sûr, tout Unabomber (www.editions-xenia.com).

Le 17 juin 2011 à 07:46
Le 7 octobre 2011 à 10:59

« Nicolas Sarkozy doit porter la rupture de la rupture. Il doit porter le changement »

Jean-Pierre Raffarin, le Figaro Magazine, vendredi 7 octobre 2011.

Une raffarinade c’est comme un filet d’air frais qui vous surprend agréablement dans la touffeur du débat public. Elle vous transporte dans une autre dimension de l’esprit avant de vous rendre à vous-même dans un état de complète zénitude.  Son auteur éponyme qui conçut : « notre route est droite, mais la pente est forte » ou encore : « il est curieux de constater en France que les veuves vivent plus longtemps que leurs maris » mais surtout : "The Yes needs the No to win... Against ze No !" » faisant croire sur l’instant que l’issue du référendum constitutionnel européen allait basculer, cet homme-là aurait pu se reposer, assuré d’une gloire inégalable.  Que nenni. Celui qui fut l’âme du Poitou ne débande pas.  C’est Sarkozy qu’il entend sauver contre lui-même en lui recommandant une rupture de la rupture qui, si l’on ose la glose, revient à ce qu'il fasse désormais le contraire de ce qu’il annonça lors de sa précédente campagne présidentielle. Or la rupture de 2007 valant promesse de changement, on mesure toute la force eschatologique de la raffarinade susdite où l’injonction initiale est associée à la prescription de devoir maintenant « porter le changement ». Ne rien faire et tout faire à la fois, ce n’est peut-être pas de la tarte mais c’est l’art de joindre les deux bouts. Un exemple qui viendrait d’en haut et serait bien utile aux gens d’en bas. Longue vie au résilient Raffarin !

Le 19 octobre 2011 à 09:17

Sonic Youth

Le hérisson est un petit animal mignon de la famille des petits animaux mignons. Se nourrissant essentiellement de petites bestioles peu mignonnes, il fera la joie des jardiniers écologistes. Comme son lointain cousin le porc-épic, le hérisson est un animal de type piquant : lorsqu'il est face à un danger, il se hérisse (ah, tiens, je n'avais jamais fait le rapprochement). Hélas, cette manoeuvre de diversion est bien inefficace face à son prédateur naturel, l'automobiliste. Elle a également valu au pauvre animal de prêter son nom à des choses aussi terribles que « l'élégance du hérisson », un roman où l'on se sert du malheureux rongeur pour enfoncer des portes ouvertes, ou que la tactique du hérisson. Cette dernière consiste à s'arc-bouter en défense à l'aide de longues piques et de miser sur la rapidité de ses ailiers pour tenter de piéger l'adversaire sur une contre-attaque. Une technique bien connue en Suisse : en 1386, les Autrichiens sont ultra-favoris du match retour, qui se dispute à Sempach. Mais, alors qu'ils s'arc-boutent en défense à l'aide de longues piques, le Suisse Winkelried trébuche bêtement, emportant dans sa chute suffisamment de lances adverses pour que ses coéquipiers puissent s'engouffrer dans la brèche et mettre la pâtée aux Autrichiens et c'est particulièrement troué que Winkelried entre dans la légende nationale. Quant à moi, on m'a demandé une chronique « un peu moins hérisson », je pense que c'est en rapport avec ma passion pour les ramoneurs. Ou alors parce que je voulais qu'on me caresse resse resse. Je vous tiens au courant.

Le 6 novembre 2012 à 07:52

Le bras de Gérard Longuet présente ses excuses à la communauté algérienne

Après le scandale du « bras d’honneur » de Gérard Longuet. C’est un bras indigné et plein de remords qui a témoigné hier soir sur BFM TV dans un entretien exclusif. « Je ne sais pas ce qui m’a pris, je ne me contrôlais plus, c’est comme si quelqu’un avait pris possession de moi. Je me revois faire ce geste, j’ai tellement honte ». Un geste qui a été beaucoup critiqué par la plupart des analystes et commentateurs. A l’origine le bras d’honneur était destiné au ministre algérien des anciens combattants. De nombreux algériens ont été choqués par l’attitude de l’ancien ministre de la défense et sa désinvolture jusque dans sa justification. Le bras de Gérard Longuet a quant à lui voulu prendre les devants pour marquer son opposition. Invité hier soir sur BFM TV, il a tenu à prendre ses distances avec l’ancien ministre. « Avec Gérard nous avons souvent eu des différends mais je l’ai toujours soutenu et accompagné dans ses combats. Mais là j’ai le sentiment d’avoir été manipulé, le sentiment que l’on m’a forcé la main. Je tiens à souligner le fait que je me désolidarise totalement de lui et de ses idées. Aujourd’hui je me sens sale. J’ai tellement honte et je pense à ma famille qui m’a vu ainsi » . Cet incident pourrait bien marquer la fin d’une collaboration vieille de 66 ans entre l’ancien ministre de la Défense et son bras: “Après cet évènement, j’en ai parlé avec le bras droit d’Henri Emmanueli qui avait eu ce même problème il y a un an et demi. J’ai écouté ses conseils et maintenant je crois que mon parcours avec Gérard s’arrête là. Ce matin j’ai officiellement fait une demande d’amputation à l’hôpital du Val-de-Grace”. Interrogé, Gérard Longuet n’a pas souhaité commenter les déclarations de son bras.   Le Gorafi

Le 24 novembre 2013 à 08:49

Le Père Fouettard

Les cracks méconnus du rire de résistance

À l'intention expresse des lustucrus de plus en plus hargneux pour qui, avec son visage d'ébène et sa perruque afro « y a bon Banania », le Père Fouettard est une ordure. Qu'il apparaisse comme « la représentation d'un symbole raciste, hostile à la communauté africaine ». Ou comme « la vision stéréotypée du peuple africain et de tous les originaires d'Afrique considérés comme des citoyens de seconde zone ». Ou comme « la caricature des victimes de la traite négrière ». Ou comme celle de leurs bourreaux. À l'intention expresse donc des dragons de vertu, telle Verise Sheperd, présidente d'une commission du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme voulant envoyer clochemerlesquement le Père Fouettard (Zwarte Piet aux Pays-Bas) à la débourre, j'entends ressusciter ici-même un tout autre Père Fouettard, celui qui fut l'emblème cravacheur des insurgés de la Commune de Paris. À l'instar effectivement du Père Duchesne durant la Révolution française ou du Père Peinard durant l'âge d'or de l'anarchisme français, le très rigouillard Père Fouettard fut le baveux de chevet, avec L'Ami du peuple d'Auguste Vermorel, des barricadiers de 1871. En voici un petit aperçu caracolant. « Toc toc ! - Eh bien ! Qu'est-ce que c'est ? - C'est le Père Fouettard ! - Et qu'est-ce qu'il veut, le Père Fouettard ? - Il veut fouetter. - Diable ! Et qui fouetter ? - Eh ! Je crois bien qu'il fouettera les Versaillais, et jusqu'au sang. Diable de diable ! - Il n'est donc pas contre la Commune ? - Tant que la Commune ira bien, le Père Fouettard s'en ira. Fouettant ci, fouettant là. Et jamais la Commune ne fouettera. Mais, clic ! clac ! clic ! ce qu'il fouettera, c'est Dodolphe, le petit vieux-vieux, et la Chambre, la petite vieille-vieille ; car la Chambre de Versailles est une antichambre de la royauté, et la Chambre et le petit Dodolphe agissent mal. Très mal ! Sanglantement mal ! Ce que le Père Fouettard fouettera, diable de diable ! C'est l'armée de Versailles, aussi galonnée qu'un saucisson de Lyon ; ce sont tous les officiers à barbes grises, à cheveux gris, à cerveaux gris. Les mômes ! Ils ont blanchi sous le harnais de l'abrutissement et de l'esclavage, et lâches en face des Prussiens, ils ont le toupet de se montrer féroces devant le peuple. Ah ! Gars de Versailles, vous faites là une satanée cuisine qui soulève le cœur de dégoût. Mais prenez garde ! Puisque vous aimez tant les fadeurs, le Père Fouettard va vous servir une crème fouettée qui vous fera peut-être faire la grimace. Et pan ! pan ! pan ! Il vous la fera avaler à coups de verges. Oui, le Père Fouettard apportera son paquet de verges dans la politique : il n'a fouetté jusqu'ici que les mômes, il est temps qu'il fouette les grands moutards ! Le Père Fouettard fouettera tout ce qui mérite d'être fouetté et rien n'arrêtera ses lanières, rien, entendez-vous ? Diable de diable, rien ! Clic ! clac ! clic ! »

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