Laurent Houssin
Publié le 24/12/2015

Je me matraque la trompe


Boire un coup avec Lindingre et Houssin

Textes de Yan Lindingre

Laurent Houssin dessine des gros et grands dessins depuis toujours. Il a lu des tas de BD, a débuté dans le fanzine Argh!, a troqué ses crayons contre des gants de boxe puis ses gants de boxe contre des crayons, a vu le bagne, a animé ses dessins chez Œil pour Œil multimédias, a dessiné Marcel et son orchestre, l'album"Rendez-nous Miss Moule ! ", des histoires de loups pour le Psikopat...Aujourd'hui, il dessine dans Fluide Glacial. Bon, c'est clair ou vous voulez que je vous fasse un dessin ?

 

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Le 24 novembre 2013 à 08:49

Le Père Fouettard

Les cracks méconnus du rire de résistance

À l'intention expresse des lustucrus de plus en plus hargneux pour qui, avec son visage d'ébène et sa perruque afro « y a bon Banania », le Père Fouettard est une ordure. Qu'il apparaisse comme « la représentation d'un symbole raciste, hostile à la communauté africaine ». Ou comme « la vision stéréotypée du peuple africain et de tous les originaires d'Afrique considérés comme des citoyens de seconde zone ». Ou comme « la caricature des victimes de la traite négrière ». Ou comme celle de leurs bourreaux. À l'intention expresse donc des dragons de vertu, telle Verise Sheperd, présidente d'une commission du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme voulant envoyer clochemerlesquement le Père Fouettard (Zwarte Piet aux Pays-Bas) à la débourre, j'entends ressusciter ici-même un tout autre Père Fouettard, celui qui fut l'emblème cravacheur des insurgés de la Commune de Paris. À l'instar effectivement du Père Duchesne durant la Révolution française ou du Père Peinard durant l'âge d'or de l'anarchisme français, le très rigouillard Père Fouettard fut le baveux de chevet, avec L'Ami du peuple d'Auguste Vermorel, des barricadiers de 1871. En voici un petit aperçu caracolant. « Toc toc ! - Eh bien ! Qu'est-ce que c'est ? - C'est le Père Fouettard ! - Et qu'est-ce qu'il veut, le Père Fouettard ? - Il veut fouetter. - Diable ! Et qui fouetter ? - Eh ! Je crois bien qu'il fouettera les Versaillais, et jusqu'au sang. Diable de diable ! - Il n'est donc pas contre la Commune ? - Tant que la Commune ira bien, le Père Fouettard s'en ira. Fouettant ci, fouettant là. Et jamais la Commune ne fouettera. Mais, clic ! clac ! clic ! ce qu'il fouettera, c'est Dodolphe, le petit vieux-vieux, et la Chambre, la petite vieille-vieille ; car la Chambre de Versailles est une antichambre de la royauté, et la Chambre et le petit Dodolphe agissent mal. Très mal ! Sanglantement mal ! Ce que le Père Fouettard fouettera, diable de diable ! C'est l'armée de Versailles, aussi galonnée qu'un saucisson de Lyon ; ce sont tous les officiers à barbes grises, à cheveux gris, à cerveaux gris. Les mômes ! Ils ont blanchi sous le harnais de l'abrutissement et de l'esclavage, et lâches en face des Prussiens, ils ont le toupet de se montrer féroces devant le peuple. Ah ! Gars de Versailles, vous faites là une satanée cuisine qui soulève le cœur de dégoût. Mais prenez garde ! Puisque vous aimez tant les fadeurs, le Père Fouettard va vous servir une crème fouettée qui vous fera peut-être faire la grimace. Et pan ! pan ! pan ! Il vous la fera avaler à coups de verges. Oui, le Père Fouettard apportera son paquet de verges dans la politique : il n'a fouetté jusqu'ici que les mômes, il est temps qu'il fouette les grands moutards ! Le Père Fouettard fouettera tout ce qui mérite d'être fouetté et rien n'arrêtera ses lanières, rien, entendez-vous ? Diable de diable, rien ! Clic ! clac ! clic ! »

Le 16 février 2013 à 08:11
Le 3 septembre 2011 à 08:53

Pas volée

Pas de sous-titre cette semaine, en raison de la situation

Cette semaine, on m'a demandé de faire une chronique de reprise, ce qui m'a surpris, puisque je pensais ce site axé culture plutôt que couture. La reprise est en effet une opération consistant à supprimer les trous des chaussettes, afin de pouvoir ensuite les porter en toute quiétude. Car il est inutile de rappeler que chaque année, dans le monde, des dizaines de milliers d'accidents de pieds sont dus à des chaussettes trouées. Il faut pour cela se munir de fil de couleur chaussette et d'un oeuf en bois (dont on ne peut pas se servir ensuite pour faire une omelette en bois, à cause des normes européennes de sécurité). Par extension, la reprise économique est une activité consistant à supprimer les trous de l'économie en période de crise, par exemple quand tout le monde raccommode ses chaussettes au lieu d'en acheter de nouvelles, entraînant irrémédiablement une terrible récession dans le domaine de la chaussetterie, qui peut ensuite entraîner dans son sillage des conséquences, dont certaines terribles. Il faut alors se munir d'un oeuf de poule aux oeufs d'or et de fil de soie pour raccommoder durablement la conjoncture. Un exercice long, douloureux (à cause des épingles) et économiquement irresponsable puisque, tous les politiciens avisés vous le diront, quand la situation économique commence de marquer des signes de faiblesse, mieux vaut en acheter une nouvelle que de tenter de réparer l'ancienne, sinon que deviendront les fabricants de situations économiques ?

Le 25 septembre 2012 à 09:13

En avant, marche !

J’ai envie de répondre à Monsieur Chevillard qu’au XXIe siècle, il existe l’escalator, un système d’ascension mécanisé qui permet d’atteindre les sommets sans user ses semelles et, accessoirement, ses talonnettes ! Ledit appareil favorise une élévation vers les cimes, en particulier, dans les grands magasins qui font passer les rêves de Zola pour de misérables dinosaures ! Le principe me paraît simple, il suffit au quidam de se positionner élégamment sur une marche qui le guide, sans effort, vers les faîtes de la consommation de masse. Je reconnais que certains escalators possèdent une impressionnante denture, mais, pour se rassurer, on a la possibilité de s’accrocher à une rampe, d’un noir luisant, et d’y abandonner, sans crainte, les dessins humides de ses doigts moites. Les traces digitales sur les surfaces laquées, cela amuse toujours les petits et les grands qui répondent ainsi à un fantasme collectif : celui de laisser ses empreintes de mains et de pieds sur les murs chaulés d’une caverne auvergnate ! Je vous le jure, nous avons encore en nous les vestiges du primate. En outre, si l’escalator venait à arrêter sa course lente, sous le ciel artificiel d’une aire commerciale, il serait envisageable de continuer son chemin à la seule force de ses mollets. Tout a donc été prévu pour le confort du voyageur en escalier. Mieux ! Il peut même arriver que la marche hoquette dès l'instant où elle touche le palier et là... c’est l’hilarité assurée, car celui qui se tient sur la marche rebelle finit les quatre fers en l’air sur le sol vitrifié du charmant magasin provincial ! Ainsi, ce petit gag détend l’atmosphère, redonne le sourire aux citadins pressés ! Décidément, avec l’escalator, l’homme moderne est aux anges ! (En réponse à la chronique d'Eric Chevillard consacrée à l'escalier)

Le 12 octobre 2014 à 09:41

SOS Kivik

"Depuis quand les coussins nous espionnent-ils ?" se demanda Paul Portier. Il avait été alerté par un message codé envoyé à tous les acheteurs, que les coussins vendus avec le canapé IVAR n'étaient pas ordinaires, mais probablement des messagers transmettant des informations ultra-privées (conversations, programmes TV, historique du smartphone) à des commanditaires dont on ignorait les objectifs. "On est plus tranquille chez soi" avait réagi Irène, la femme de Paul, tandis que Lina, leur ado accro aux widgets, pianotait sur son Galaxy S4, assise sur la lunette refermée des toilettes. Quelques jours après cette mise en garde, Paul était couché avec Irène. Des jeux érotiques se profilant sous les draps, il se demanda soudain si les oreillers n'étaient pas en train d'espionner leur vie sexuelle, leurs mouvements de tête durant le sommeil, la mécanique de leurs rêves. Si tout cela n'allait pas quelque part au loin, dans une autre galaxie, où des créatures accumulaient ces informations en vue d'une prochaine invasion, voire d'un possible remplacement du genre humain. Cette pensée interrompit leur moment d'intimité, qu'ils poursuivirent dans la salle de bains. C'est là qu'ils décidèrent de combattre les envahisseurs : si les extra-terrestres étaient des coussins, alors ils allaient apprendre de quel bois on se chauffe chez les Portier. Dès le lendemain, les coussins subirent un tabassage continuel, des lavages en machine répétés, froids, brûlants, javellisés à outrance, des teintures contradictoires. Lina prit l'habitude de se masturber avec un coussin qu'elle insultait et accablait de son mépris, tandis que l'orgasme montait. Paul et Irène se lançaient dans des disputes infernales où les coussins volaient, brisant lampes, vases et sous verres. En quelques jours, non seulement les coussins furent ruinés, mais aussi tout leur intérieur. C'est alors que Paul reçut un SMS rectificatif lui annonçant que les coussins incriminés n'étaient pas ceux du modèle IVAR, mais ceux de la nouvelle collection en cuir KIVIK.(Coussins et photo Marie Beauchesne)

Le 21 mars 2015 à 09:24

Je ne suis pas Julien Alpern

Je me suis déjà pris pour mon voisin. Un jour, je rentrais du travail, et je me suis retrouvé sur mon palier. Mais plutôt que de me diriger vers la porte de droite, celle de mon appartement, je me suis dirigé vers la porte de gauche,  celle de mon voisin. J'ai mis la clé dans la serrure, et la porte s'est ouverte. Si la clé n'avait pas correspondu à la serrure, comme ça aurait dû être le cas, tout serait rentré dans l'ordre, j'aurais fini par ouvrir la porte de droite, comme tous les jours, comme tous les soirs en revenant du travail. Oui mais voilà, la porte de gauche s'est ouverte. Et je suis entré chez mon voisin. Je suis resté dans le vestibule, incrédule, pendant quelques secondes. Je n'avais jamais pénétré chez lui. C'était exactement le même appartement que le mien, la même distribution des pièces, le murs de la même couleur crème, exposition sud-ouest comme chez moi, baie vitrée dans le salon et une petit fuite dans les toilettes, on entendait le même plic-plic-plic... Tout était pareil, mais le plan de l'appartement était inversé. Après un long moment de silence, j'ai fini par dire, assez fort : "C'est moi, chérie !", comme je l'entends faire parfois à travers la cloison. Surpris par ma propre voix, j'ai répété : "Chérie, c'est moi !". Et là, une voix de femme que je ne connaissais pas m'a répondu du fond de l'appartement : "Je me doute que c'est toi, Julien, qui veux-tu que ce soit d'autre ?". Je restais pétrifié. Je m'appelle Stéphane. Mes voisins ont un énorme rottweiler. Il a surgi d'une pièce voisine... et il m'a fait la fête !Finalement la voisine a fini par apparaître et elle est venue m'embrasser dans le cou. Je me suis retrouvé à table, au milieu du salon, avec une blanquette de veau dans mon assiette. J'ai fait la vaisselle, puis je me suis retrouvé au lit avec la voisine, nous avons fait l'amour, elle me murmurait "Julien, Julien"... C'était démobilisant. D'autant que je ne connaissais pas son prénom à elle. Je l'appelle toujours "Madame Alpern" quand je la croise dans l'ascenseur. Alors là, je lui disais : "Madame Alpern, Madame Alpern", je n'avais pas d'autre choix... Et manifestement, ça ne lui a pas déplu. J'étais au milieu d'un quiproquo de plus en plus indémêlable.Je suis resté quinze jours chez mon voisin. Je guettais la porte, je tendais le dos, je m'attendais à être démasqué. Mais personne, rien. Dans le même temps, je n'avais plus de nouvelles de ma propre épouse, alors même qu'elle habitait de l'autre côté de la cloison. Chez moi, quoi. Alors un matin, alors que je partais travailler à la SNCF, place de la gare, bureau 5146, là où travaille mon voisin, un matin, avant de descendre l'escalier, eh bien un matin... j'ai sonné chez moi. Pour retrouver mes marques à l'endroit. Et pour revoir un peu ma femme, à laquelle je suis attaché. Alors j'ai glissé la clé dans la serrure.  J'ai trouvé mon voisin chez moi, avec ma femme, mes chaussures, mon chien. Et avec un enfant,  un petit garçon de sept-huit ans. Alors que nous, nous avons une fille, déjà ado. Et le papier peint était nettement plus clair que dans mon souvenir. Mon chien m'a mordu. Ma femme a fait un pas en arrière et m'a appelé monsieur. Elle était blonde, alors qu'à l'ordinaire elle est châtain, avec des reflets roux. Le voisin lui était bien le voisin. Pas de doute. Il a claqué la porte sur moi. J'ai pensé appeler la police, expliquer qu'il y avait usurpation d'identité caractérisée. Et puis j'ai reconsidéré la situation. Je ne partais pas gagnant, je vivais moi-même depuis quinze jours la porte à côté, difficile d'expliquer ça aux autorités. J'ai préféré battre en retraite, pour prendre du temps, établir une tactique, y aller pas à pas, étape par étape. Ce jour-là, je ne me suis pas rendu au travail du voisin. Ni au mien. Je suis revenu dans l'appartement – du voisin. J'ai sorti le rottweiler. Et j'ai appris que Madame Alpern se prénomme Sophie.

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