Laurent Houssin
Publié le 24/12/2015

Je me matraque la trompe


Boire un coup avec Lindingre et Houssin

Textes de Yan Lindingre

Laurent Houssin dessine des gros et grands dessins depuis toujours. Il a lu des tas de BD, a débuté dans le fanzine Argh!, a troqué ses crayons contre des gants de boxe puis ses gants de boxe contre des crayons, a vu le bagne, a animé ses dessins chez Œil pour Œil multimédias, a dessiné Marcel et son orchestre, l'album"Rendez-nous Miss Moule ! ", des histoires de loups pour le Psikopat...Aujourd'hui, il dessine dans Fluide Glacial. Bon, c'est clair ou vous voulez que je vous fasse un dessin ?

 

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Le 3 février 2013 à 09:39

Anselme Bellegarrigue (1813-1869)

Les cracks méconnus du rire de résistance

« Vous avez cru jusqu’à ce jour qu’il y avait des tyrans ? Et bien ! vous vous êtes trompés, il n’y a que des esclaves : là où nul n’obéit, personne ne commande. » (Bellegarrigue) Les amateurs de révoltes épicées savent que tous les polémistes anarchistes du XIXe siècle n’étaient pas sérieux comme des papes, doctoraux comme des Proudhon, barbifiants comme des Kropotkine, rigoristes comme des Jean Grave. Parmi eux, il y avait aussi, heureusement, de turbulents excentriques. Certains d’entre eux ont fini par devenir un tout petit peu connu : Joseph Déjacque, Zo d’Axa, Ernest Cœurderoy, Albert Libertad (qui rôdent, notamment, dans cette rubrique). D’autres pas du tout encore (Adolphe Retté, Jacques Sautarel, André Colomer par exemple). Le cas d’Anselme Bellegarrigue est plus curieux. C’est qu’on disposait bel et bien jusqu’ici de quelques infos sur lui. On savait par L’Almanach de la vile multitude (1851) qu’« il avait vécu, pour avoir ses coudées vraiment franches, un an entier dans une tribu sauvage que ni missionnaires ni coureurs de bois n’avaient pu encore atteindre ». On savait qu’il avait terminé sa vie en retournant « à l’état naturel », subsistant de ses pêches sur les côtes improspectées du Pacifique. On savait qu’entretemps, dans le quotidien toulousain La Civilisation, il avait préconisé comme mode d’action prioritaire contre les pouvoirs en place la stratégie redoutable du « calme plat » consistant à ne même pas prendre connaissance des lois en vigueur et à répondre léthargiquement à tout arrêté municipal et à toute obligation civique jusqu’à ce que l’appareil social tout entier soit complètement paralysé par cette symphonie de fins de non-recevoir. Mais ce qu’on ne savait pas, avant que le très fiable historien rebelle Michel Perraudeau ne sorte fin 2012, aux éditions libertaires, un passionnant Anselme Bellegarrigue, le premier des libertaires, c’est que ces données biographiques parcimonieuses et quelques autres qu’on retrouve dans une muflée de publications historiques, y compris dans mon Anthologie de la subversion carabinée, s’avéraient archi-fausses. Archi-fausses, jambon à cornes ! Non, Anselme n’a pas tarzanisé durant sa petite enfance et ses derniers jours, établit Perraudeau après des recherches pointilleuses. Il est né à Monfort, dans le Gers, et a trépassé en République de Salvador où il avait créé une faculté de droit au sein de l’austère université nationale. Bellegarrigue, qu’on se rassure, n’en reste pas moins un des « inventeurs les plus originaux de l’anarchie ». Aimantés par une fort belle écriture, « servie, précise Michel Perraudeau, par le sens de la formule, par l’ironie ajustée, par l’art de la concision, de la synthèse, de la touche au cœur », ses pamphlets meurtriers sont au top du crime littéraire, sur le même palier que La Boétie, Stirner, Darien. Cavalcadant principalement dans l’essai krakatoesque Au fait. Au fait !! Interprétation de l’idée démocratique (1848) et dans les deux uniques numéros de sa fouettante revue L’Anarchie, journal de l’ordre (1850), les brûlots d’Anselme passent férocement, et cocassement souvent, à la moulinette   toutes les formes de gouvernement qu’il soit bourgeois, monarchiste, « démocratique ». « Je ne vois pas, en un mot, comment il arrive qu’un gouvernement que je n’ai pas fait, que je n’ai pas voulu faire, que je ne consentirai jamais à faire vienne me demander obéissance et argent. » « Si nul n’avait peur dans la société, le gouvernement n’aurait à protéger personne, il n’aurait plus aucun prétexte pour demander compte à chacun de l’emploi de son temps, du caractère de son industrie, de l’origine de son avoir : il n’aurait plus à demander le sacrifice du sang ni la vie de personne. » et tous les styles de pouvoir hiérarchisé : « Le pouvoir ne possède que ce qu’il prend au peuple. » tous les partis politiques, mêmement filous : « Je proclame mon avènement propre à la souveraineté de fait dans une société où chacun se gouverne lui-même. » le système électoral en soi qui « ne peut être actuellement qu’une duperie et une spoliation ». le socialisme à la Manuel Valls : « Le socialisme veut faire de la société une immense ruche dont chaque alvéole recevra un citoyen auquel il sera enjoint de rester coi et d’attendre patiemment qu’on lui fasse aumône de son propre argent. » les règlements, les interdits, les tables de la loi, qu’elles soient étatiques, familiales, politiques, religieuses. « Je m’étonne, je m’effraie de rencontrer à chaque pas que je fais dans la vie, à chaque pensée que j’accueille dans ma tête, à chaque entreprise que je veux commencer, à chaque écu que j’ai besoin de gagner une loi ou un règlement qui me dit : on ne passe pas par là, on pense pas ainsi, on n’entreprend pas cela. » l’éducastration : « L’enseignement est écourté, ciselé, rogné, et réduit aux étroites dimensions du moule confectionné à cet effet par le pouvoir, de telle sorte que toute intelligence qui n’a pas été poinçonnée par le pouvoir est absolument comme si elle n’était pas. » le respect des traditions et des lois de l’hérédité : « Pour moi, la création du monde est datée du jour de ma naissance. Pour moi, la fin du monde doit s’accomplir le jour où je restituerai à la masse élémentaire l’appareil et le souffle qui constituent mon individualité. » « le mariage en cul-de-sac » « le dogme de la résignation, de l’abnégation, de la renonciation de soi » et les différents types de servitude volontaire : « Quand bien même le peuple, tout le peuple français consentirait à vouloir être gouverné, je déclare qu’en droit, son esclavage volontaire n’engage pas ma responsabilité, que sa bêtise ne compromet pas mon intelligence. »   Un bien joli jeu de massacre mais qu’est-ce qu’Anselme Bellegarrigue oppose à la société de l’esclavage consenti ? Il lui oppose la société de l’égoïsme fraternel « concourant au bien-être commun » dans laquelle on s’approprie de soi-même, on pratique l’auto-gouvernement, on affirme sa singularité, on n’obéit qu’à ses vraies inclinations, on proclame l’avènement de l’individu-roi. Objectif prépondérant du nouveau monde bellegarriguesque : la jouissance carabinée généralisée. « Je n’ai qu’une doctrine, cette doctrine n’a qu’une formule, cette formule n’a qu’un mot : jouir. » En guise de pousse-café, une anecdote prélevée dans L’Histoire de l’anarchie de Claude Harmel et Claude Sergent (Ivréa) qui n’est pas infirmée, semble t-il, par les recherches de Michel Perraudeau. Se pointant à Paris juste le jour de l’émeute républicaine du 24 février 1848 qui envoie Louis-Philippe paître les oies, Anselme Bellegarrigue est pris en aparté par le jeune galibot « noir de poudre et délirant de joie » qui monte la garde devant l’Hôtel de Ville. -       « Cette fois on ne nous la volera pas, notre victoire. -       Ah, mon ami, lui réplique le libelliste, la victoire, on vous l’a déjà volée : n’avez-vous pas nommé un gouvernement ? » À lire de Michel Perraudeau, aux intrépides éditions libertaires, outre le roboratif Anselme Bellegarrigue, le premier des libertaires, Léo Ferré, poétique du libertaire (2008) ; Vendée 1793, Vendée plébéienne (2010) ; et un fort précieux Dictionnaire de l’individualisme libertaire (2011).

Le 23 août 2015 à 15:50

La carte à Pupuce

Pubologie pour tous

Aujourd’hui c’est Friday wear chez les banquiers. La semaine est presque finie, et autour de la table de réunion, le marketing a fait valser les cravates. Les chemises nonchalamment déboutonnées laissent entrevoir la hiérarchie bien plus clairement que les marques de costume. Le responsable  - toison grise sur bronzage Gold nuance 3 semaines aux Caraïbes– annonce le sujet du jour : brainstorm’ sur les cartes bancaires. Le sous-fifre – glabre sur bronzage laiteux nuance week-end à Deauville– précise : aujourd’hui, on doit trouver des idées de thématiques pour nos cartes Collection. Ce sont des cartes bancaires dont le pricing est plus élevé parce qu’elles offrent des services targetés en fonction des passions des gens. Par exemple, on a fait la carte Rugby : on te rembourse ta licence si tu peux pas finir ton année, et t’as des réducs chez les équipementiers. Et là on cherche de nouvelles idées. Il se lève et se dirige vers le paperboard. « Bon, ben c’est parti », il annonce en débouchant son marqueur. Vague de silence sous les néons. Un regard se tourne même théâtralement vers la fenêtre, le monde libre où les gens vont boire des coups le vendredi soir au lieu de se faire chier à trouver des idées de merde pour des clients qui préfèreraient qu’on baisse leurs frais bancaires plutôt que de les vaseliner avec des services à la con. « Euh, thématique animaux ? » se risque le lèche-bottes – poils blonds sur bronzage caramel nuance Point Soleil – « les gens adorent les chatons sur Internet ». « Ah, c’est bien, ça », dit le boss, autorisant ainsi l’assemblée à trouver ça bien.  Peu à peu les langues se délient et les idées s’emballent. La musique, pour les jeunes ? La nature ! La BD. Les vêtements ? Son marqueur fusant sur le papier, le sous-fifre n’a pas le temps de penser, et il n’aime pas se faire doubler. Vite, une idée, vite. Soudain, ses yeux s’exorbitent et entre ses lèvres il dégueule : « et si on faisait un truc pour les femmes ? Avec une assurance sac à main, quelque chose dans le genre ». Silence dans l’assemblée. Les regards se tournent vers le chef, qui semble évaluer l’idée. Une, deux, trois secondes se passent, c’est une torture pour le sous-fifre aux mains moites comme pour les concurrents qui espèrent secrètement le lynchage. « C’est brillant », murmure le chef.  « En effet » murmure le lèche-bottes. Dans les yeux du market’ ce soir, il y a comme de la gratitude. Ils pensent à Pupuce, toujours fidèle et dévouée, qui en ce moment même doit être en train de préparer des crêpes pour les mioches. Pupuce, avec ses jambes poilues sa cellulite sur le cul, mais qu’ils aiment toujours, tendrement, peu importe le nombre de jeunes cruches qu’ils tronchent dans les voyages d’affaires. Oui, Pupuce mérite sa carte de crédit rien que pour elle. « Et peut-être, ajoute le sous-fifre, qu’on pourrait faire une assurance dépannage à domicile, un truc comme ça ? Pour quand il y a une panne d’électricité et qu’elles sont seules ? ». Après quelques références au porno et quelques rires gras, l’idée est finalement acceptée. Et le lèche-bottes, avec l’énergie du désespoir, renchérit : « On pourrait en faire une pour les hommes aussi ? ». La tentative est trop évidente, il le sent en prononçant la phrase. Encore, les regards convergent vers le boss, qui ne tarde pas à trancher « Ben non, pour les hommes, il y a la Gold ! ». Dans un grand éclat de rire, la réunion se termine. Le market’ peut rentrer chez lui, retrouver Pupuce, avec le sentiment du travail bien fait.

Le 13 mars 2011 à 20:35

Les secrets de Jean Piero

Ventscontraires.net vous ouvre les coulisses de ses "Pièces Montées", diffusées dans le journal 3D sur France Inter

Jean Piero n’est pas vraiment journaliste, il vient de l’univers du spectacle, par la chanson, et de celui des arts plastiques. Pourtant, on pourrait s’y tromper, puisqu’il se balade avec un micro en posant des questions, autour d’une thématique imposée chaque dimanche par Stéphane Paoli pour son émission en direct du Rond-Point. Le résultat radiophonique (ses "Pièces Montées" dont vous pouvez entendre quelques pastilles sur ventscontraires.net), c’est un joyeux mélange de voix, d’idées folles et de vérités aussi. Et évidemment, lorsqu’on est auditeur, on se demande quel est son secret de fabrication… D’abord, il lui faut trouver un lieu, le plus silencieux possible, pour des raisons techniques évidentes. Donc il fuit les bistrots, qui sont aujourd’hui pollués par les musiques d’ambiance (ça l’énerve) et leur préfère les jardins publics, les galeries, les beaux magasins. Il faut que les gens y soient prédisposés à la beauté.Ensuite, il choisit ses voix à leur air disponible, et les aborde avec le matériel d’enregistrement le plus discret possible. Lorsque toutes ces conditions idéales sont réunies, il peut poser ses questions, dans un ordre bien précis. A écouter Jean Piero, tout est dans la question, longuement pensée. Après, il faut laisser faire : "Si on fait confiance aux gens, on a souvent des bonnes surprises. Chacun a de la poésie en soi, on est tous, quand on le veut, de grands producteurs de surréalisme, ne serait-ce que dans nos rêves." La psychanalyse, d’ailleurs, n’est pas bien loin… "J’écoute la signification des mots et je rebondis. C’est de l’interprétation libre : en suivant le sens des mots, on peut aller dans des endroits totalement inattendus." Alors, pas de trucage ? "Parfois, quand on trouve un bon mot avec quelqu’un, je le lui fais répéter. C’est une écriture commune, où tout est permis". Il peut aussi organiser des dialogues entre des personnes qui ne se sont pas vues. Ça, c’est le boulot de montage, lors duquel il travaille aussi le rythme, l'équilibre, les respirations, bref, tout ce qu'on attend dans son poste et qui a l'air de couler de source… Jean Piero a un site, on peut y entendre ses séries radiophoniques des années précédentes, écouter ses photos et y voir ses images : jpiero.com. Et entendre sur ventscontraires.net quelques-unes de ses pièces montées.(image Jean Piero)

Le 27 mai 2011 à 08:00

Lettre d'une femme de chambre

Ma chère Emma,   Cela fait quelque temps que je ne t’ai pas envoyé de mes nouvelles, pourtant j’en ai des choses à te raconter, si tu savais ! Depuis que je suis à Cherbourg avec Joseph dans ce petit café, et bien oui, là ! Je m’ennuie ! Il pleut sans arrêt, on aurait dû ouvrir un magasin de parapluies. Et puis il ne me laisse jamais m’amuser. Il lance des regards terribles et me houspille chaque fois qu’un homme me regarde. Et après ? Est-ce ma faute si je suis jolie ? Et puis zut, il me fait peur, à moi ! Je commence à me dire qu’un jour on va me retrouver morte, le ventre ouvert, comme la petite Claire, tiens ! Et puis Paris me manque, les lumières, les gens, la vie… Tu te souviens, l’autre soir, au bal du Comte d’Orgel, j’ai rencontré ce Monsieur Donatien, un noble, fort bel homme ma fois… Je lui ai écrit, et il me propose une place bien payée, chez lui, à Paris ! Je m’étais pourtant juré de ne plus jamais être domestique. Mais cette façon qu’il avait de me regarder… Je sens que je ne vais pas m’embêter avec lui ! Peut-être même que je pourrais devenir Marquise, qui sait ? La Marquise de Sade, ça sonne bien comme titre… Tout est arrangé, Joseph doit partir quelques jours, à son retour je serai loin… J’aimerais voir sa tête, à ce vieux chameau, quand il s’apercevra de mon absence ! Ah mais… Et toi ? Quand quitteras-tu enfin ta province et ton Bovary, pour venir à Paris avec moi ? Voilà, ma chère Emma, je te tiendrai au courant de la suite de mes aventures très bientôt. Oh, comme j’ai hâte ! Je t’embrasse, Ton amie, Célestine

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