Laurent Houssin
Publié le 25/12/2015

Je me nettoie le dentier


Boire un coup avec Lindingre et Houssin

Textes de Yan Lindingre

Laurent Houssin dessine des gros et grands dessins depuis toujours. Il a lu des tas de BD, a débuté dans le fanzine Argh!, a troqué ses crayons contre des gants de boxe puis ses gants de boxe contre des crayons, a vu le bagne, a animé ses dessins chez Œil pour Œil multimédias, a dessiné Marcel et son orchestre, l'album"Rendez-nous Miss Moule ! ", des histoires de loups pour le Psikopat...Aujourd'hui, il dessine dans Fluide Glacial. Bon, c'est clair ou vous voulez que je vous fasse un dessin ?

 

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Le 18 février 2015 à 08:51
Le 23 décembre 2014 à 08:32

Un jeune impatient de passer quelques jours chez ses parents pour se rappeler pourquoi il a quitté ce coin paumé

LOT – Un jeune homme se disait impatient de rentrer quelques jours passer les fêtes de Noël en famille. Et pour cause, il s’agit pour lui de se remémorer pourquoi il a quitté ce coin paumé dès qu’il a été en âge de le faire. Reportage. Un retour – pénible – aux sources qu’il effectue consciencieusement chaque année afin de bien se rappeler d’où il vient et d’éviter de tomber dans une nostalgie malsaine de son enfance, de croire que la campagne est préférable à la ville. « Chaque fois, je me dis, la campagne c’est bien, c’est reposant. Et puis au bout de deux heures, je réalise qu’en hiver il n’y a strictement rien à faire dans ce coin et je n’ai qu’une envie c’est de retourner en ville » raconte le jeune homme aujourd’hui étudiant à Bordeaux. « Généralement j’arrive la veille de Noël et je repars le lendemain » explique-t-il.« Si je reste trop longtemps, il y a le risque que mes parents se mettent à croire que j’aime cet endroit. Impensable» « Cela permet de remettre les choses en tête, on a tendance à se plaindre en ville mais quelques jours là-bas et je peux vous assurer qu’une journée ici vous remet les idées en place » se félicite-t-il. « Le premier cinéma est à 10 kilomètres et ne passe que des films en version française sortis il y a trois mois » se lamente-t-il. « Internet n’est arrivé qu’il y a deux ans et encore c’est du bas débit ». Le jeune homme explique aussi qu’il adorerait venir plus souvent. « Mais une fois par an c’est largement suffisant, j’ai peur qu’en venant trop souvent je casse tout l’effet positif de ma venue » souligne-t-il. Alors pour compenser, le jeune homme se contente d’aller voir les profils Facebook de ses anciens camarades de classe qui n’ont pas eu la chance comme lui de pouvoir quitter ce coin paumé. « Je regarde ce qu’ils sont devenus dans leur vie et alors je me sens tellement mieux. Peut-être que j’irai en voir un ou deux pour Noël » conclut-t-il sur un ton sarcastique.

Le 1 juin 2011 à 08:30

La guerre des os

Histoires d'Os 12

La Guerre des os a bel et bien existé. Authentique western paléontologique qui opposa dans les années 1870, deux anciens amis, Edward Cope et Othniel Marsh, professeurs émérites des universités de Pennsylvanie et de Yale, lancés dans une guerre fratricide dont les nombreux cadavres gisaient au sein des sédiments des contrées inhospitalières de l’ouest.  Leur différend avait débuté le jour où le premier ayant invité le second à venir admirer sa nouvelle découverte - un dinosaure marin nommé Elasmosaurus - se vit reprocher par son confrère d’avoir négligemment placé le crâne de l’animal à l’extrémité de sa queue. Cette remarque avisée ne devait pas flatter le savant susceptible qui en prit ombrage et les deux hommes brouillés à vie se livrèrent, à sa suite, une concurrence impitoyable dont le but inavoué était de découvrir le plus grand nombre de dinosaures.  Au cours de cette course au fossile, tous les coups ont été permis, jusqu’à monnayer les services de l’illustre Buffalo Bill et de quelques guerriers crows familiers du terrain. On cachait à l’équipe adverse l’emplacement de ses fouilles, on missionnait chez elle des espions et des saboteurs déguisés en paisibles migrants et on pratiquait la débauche au sein des fouilleurs de l’autre camp. On allait même jusqu’à détruire les découvertes de l’adversaire et les coups de poings volaient aussi bas que les ptérodactyles. Tout juste si on évitait les échanges de coups de feu !  Après trente années de conflit, cette guerre des os devait prendre fin avec le décès d’Edward Cope. Elle se soldait par l’invention de plus de 80 espèces nouvelles de dinosaures  Dont le célèbre Diplodocus qui en sourit encore.

Le 12 septembre 2011 à 08:06

"J'ai fait un dessin de la main gauche pour m'entraîner au cas où on me casse les doigts de la main droite"

Mazen Kerbaj, dessinateur libanais en résidence au Rond-Point (2)

Un de tes confrères caricaturiste, Ali Ferzat en Syrie, vient de se faire agresser ; on lui a cassé les deux mains… Tout ce qui passe en Syrie est très dur pour nous, Libanais. On a un rapport de haine et d’amour avec ce pays. C’est presque le même pays, c’est presque le même peuple. En ajoutant à cela que le type qui s’est fait agresser est un caricaturiste, effectivement ça me touche un peu plus. Il se trouve qu’hier, j’ai fini un dessin sur cette agression pour un journal auquel je collabore au Liban (L'Orient littéraire) pour un article qui parle de cette histoire. C’est une demi-page où je fais six dessins très mal torchés de la main gauche pour m’entraîner au cas où on me casse les doigts de la main droite. J'en avais fait un autre qui avait été refusé par la rédaction : c'était à propos d'un chanteur qu'on a retrouvé avec les cordes vocales arrachées probablement avant qu’on le tue. Il avait lancé une chanson contre Bachar el-Assad qui est toujours reprises dans les manifs. Alors après les doigts cassés et les cordes vocales arrachées, le dessin disait « Aujourd’hui, vous pouvez vous faire enculer gratuitement par le régime syrien en vous torchant cul avec le papier cul Bachar el-Assad ». J’avais dessiné un rouleau de PQ avec des photos de Bachar el-Assad…. Il faut dire que le lectorat de ce journal oscille entre 60 et 80 ans donc c’est surtout la bienséance qui a fait censurer ce dessin.Ça me semble presque un gag débile de casser les mains ou d’arracher les cordes vocales. C’est le moyen-âge : celui qui a vécu par l’épée doit périr par l’épée. Ali Ferzat va apprendre à dessiner avec les doigts de pied, avec le nez… Personne ne voit le ridicule de ce régime ? > Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", rencontre-mini concert à la librairie du Rond-Point le samedi 17 septembre à 18h30 et exposition jusqu'au 14 octobre 2011En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Le 24 décembre 2013 à 09:17

Mimile et moi contre la CIA

Maman m’a appelé lundi matin affolée, elle venait d’apprendre par Le Figaro que les Etats-Unis espionnaient l’Europe. « Et la France ? » m’a-t-elle demandé très choquée ; « on est écouté pareil » lui ai-je dit, en lui révélant que Saint-Cloud, où elle vit, est particulièrement écoutée par la CIA. « Jour et nuit, maman, nos conversations sont espionnées et passées à la moulinette ; chaque appel est analysé par mots-clés, sujet et style de métaphore; et tout ça est recoupé avec tout un tas d'infos tirées de photos satellite, de films de caméras de surveillance et de nos relevés de cartes bancaires. » Quand elle m’a demandé ce que nous pouvions faire, je lui ai dit aussitôt de raccrocher et de convenir d'un rendez-vous secret avec l'aide de qui elle savait... Le lendemain, par le biais de X, j’ai vu celle que j’appellerai désormais Mimile dans un petit estaminet discret de Paris (je n’en dirai pas plus pour ne pas mettre des vies en péril). Pour brouiller un peu plus les pistes, j’ai commandé une camomille tandis que Mimile a pris un double whisky. Nous avons vite convenu qu’il ne fallait rien changer à nos habitudes pour ne pas mettre la puce à l'oreille de la CIA. Désormais, comme si de rien n’était, nous nous appellerons, Mimile et moi, le jeudi, comme avant, mais en inversant nos codes de réponse. Ainsi, à la question : « Alors, ça va bien Mimile ? », la réponse « oui » voudra dire « non », et vice versa. Sur ces bonnes bases, nous nous sommes quittés en empruntant chacun des itinéraires de métro au hasard, puis nous sommes rentrés chez nous : moi à pied, en marchant à reculons ; et elle en taxi, en donnant une fausse adresse.

Le 26 avril 2012 à 09:50

Le mal des ardents

Dans la tradition biblique, c'est un buisson ardent qui révéla à Moïse le Dieu du monothéisme. Loin de toutes les traditions républicaines, c'est un Patrick Buisson, ardent maurrassien décomplexé, qui parvint à convaincre Nicolas Sarkozy qu'il n'existerait qu'une seule Droite, consumant les pudeurs passées et franchissant à pieds joints la sacro-sainte frontière entre droite républicaine et droite extrême. Notons au passage qu'en anglais, buisson se dit Bush et ceci n'est peut-être pas un hasard. Dans la tradition botanique, un buisson est une végétation touffue parfois épineuse, qui se caractérise par sa tendance à former des masses denses. Le buissonnisme politique aspire également à faire émerger des masses et à les inciter à voter massivement justement pour Nicolas Sarkozy. En médecine, le mal des ardents, également appelé ergotisme, est une empoisonnement par des alcaloïdes. Dans l'histoire médicale, on relate de nombreux cas de pain infecté provoquant notamment des hallucinations, des convulsions, des spasmes et des nausées. Dans l'histoire à écrire de la médecine politique, le mal du Buisson ardent est une infection de la vie politique basée elle aussi sur une intoxication - les étrangers viendraient manger le pain des Français – et débouchant immanquablement sur les mêmes symptômes que le mal des ardents. Heureusement, il y a fort à parier (et au moins, à espérer) qu'une partie de l'électorat traditionnel de droite se détache progressivement de cette tendance pathologique. Le buissonnisme n'aurait alors été qu'un feu de paille. Et c'est tout le mal qu'on souhaite à la France.

Le 18 septembre 2012 à 08:00
Le 14 février 2015 à 09:17
Le 18 août 2014 à 09:59

Démission

Je me suis appliqué

J'ai livré. J'ai coiffé. J'ai salué. J'ai couru. J'ai corrigé des dictionnaires. J'ai endormi des patients. J'ai servi des verres. J'ai musclé un poète. J'ai chassé en ligne. J'ai emballé des médicaments. J'ai cherché de l'or. J'ai mouché des enfants. J'ai vendu des parties de mon corps. J'ai loué des extrémités. J'ai marqué des buts. J'ai pelé les bananes d'une famille aisée. J'ai gratté les piqûres de moustique d'un industriel zurichois. J'ai charmé des serpents. J'ai soigné des morsures. Je me suis appliqué.   J'ai cuit des pâtisseries d'ici et de là. J'ai rempaillé des chaises. J'ai conseillé des touristes. J'ai encadré des équipes et des tableaux. J'ai raconté du vrai. J'ai menti. J'ai construit du solide. Je me suis appliqué.   J'ai enduit des murs, des sols, des plafonds. J'ai peint des murs, des sols, des plafonds. J'ai préparé des silures, des soles, des saumons. J'ai supervisé des cures sur la Costa del Sol pour un fabriquant d'avirons. Je me suis appliqué.   Et puis j'ai eu un regret subit et total. J'ai successivement cessé de chasser, de livrer et de cuire. Ah j'aurais voulu n'avoir rien fait de tout cela. Alors j'y suis allé à reculons. J'ai racheté tout ce que j'avais vendu, unité par unité. J'ai vidé ce que j'avais rempli, j'ai débranché, j'ai dépoli, j'ai désarticulé. J'ai remis les fautes dans le dictionnaire et la morve aux enfants. J'ai énervé les serpents, récupéré l'intégralité de mon corps, caché l'or, dit au revoir. Ce fut un très long travail, mais tout y est passé.   Je me suis assuré alors qu'il ne resterait plus une trace de mes activités professionnelles. Puis je suis passé à la compta prendre mon chèque.

Le 30 novembre 2014 à 08:36

Au secours les mots : Jean-Daniel Magnin défend "Vous savez..."

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Et vous ? Sauvez un mot ou une expression ici. Je veux vous parler de cet insupportable "vous savez..." qui sort en rafale de la bouche des responsables politiques français sitôt qu'un journaliste fait mine de les pousser un tantinet dans un coin du ring. Vous voyez de quoi je parle ? De ces "vous savez..." répétitifs suivis d'expressions telles que :– "lorsqu'on est en charge de la représentation nationale…"– "on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs…"– "être ministre c'est savoir prendre des décisions..."L'expression "vous savez...", traduction mécanique du "you know" anglo-saxon, cherche à établir une connivence factice entre l'énonciateur et son interlocuteur, sous l'apparence d'une soudaine introspection, d'une confidence imprévue. Le but étant évidemment de dire exactement le contraire de ce qui est énoncé : je vous dis que vous savez, mais en fait vous ne savez rien et moi seul qui parle sais.Le "vous savez..." dévoyé se dégaine lors des moments "de vérité" du débat ou de l'interview :– soit il signale qu'on va improviser, dans un grand afflux de sincérité, une réponse en fait préparée en amont pour parer une question piège attendue;– soit, lorsqu'on est réellement pris au dépourvu, plusieurs "vous savez..."  enfilés permettent de répondre du tac au tac tout en s'octroyant quelques précieuses secondes de réflexion (le "vous savez..." français en trois pieds apportant 50% plus de répit que le "you know" anglais). Si quelqu'un commence à vous lâcher d'un air sincère et pénétré "vous savez...", ne pensez pas que cela signifie "je sais que tu sais que je sais que tu sais...", non, c'est tout simplement qu'il est en train de vous prendre pour un con : Vous savez… planter des choux… à la mode à la mode… vous savez… planter des choux à la mode de chez nous... Traduction : seul le locuteur s'y connaît en plantage de choux ; le plantage de choux est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des amateurs.On aurait pu traduire plus justement "you know" par  "voyez-vous", moins donneur de leçon, plus neutre. Mais plutôt que de sauver le "vous savez..." , je propose de l'utiliser comme un instrument de mesure : plus un responsable recourt au "vous savez...", plus on saura qu'il sent la mauvaise savonnette et les relents de chou farci. > D'autres mots sauvés sur ventscontraires > Jean-Daniel Magnin

Le 17 février 2014 à 08:26
Le 10 septembre 2015 à 08:04

En lisant Agamben

Entre tes mains l'argile prend formeL'homme de demain sera hors norme Bashung, Malaxe.   L'homme de demain sera quelconque. Aucun signe, aucune qualité, rien de discriminant, l'inessentiel sera l'ensemble de ses caractères. Une communion d'impropriétés le fera. Il sera : non-socialiste, non-capitaliste, non-communiste, non-anarchiste, non-catholique, non-musulman, non-athée, il ne sera pas bleu, rouge, blanc ni noir, il ne sera pas professeur, chômeur ni comptable. Non-encarté, il sera aussi bien non-politique que non-apolitique, il ne revendiquera pas et ne votera pas, n'ira pas en prison, n'aura pas d'opinion, ne parlera pas, mais ne se taira pas non plus, ne se cachera pas, ni ne s'exposera, ne sera pas menacé, ni ne menacera, n'appartiendra pas, ni ne possédera. Il saura se définir sans remplir un seul champ de formulaire, ni cliquer sur aucun bouton, ce sera la fin des panels et la mort des statistiques puisqu'un agent représentera l'ensemble indiscernable à lui seul. Il saura enfin ne pas abandonner ce qu'il ne peut pas, et conserver son absence de puissance comme étant sa geste. Le progrès nous amène déjà l'être que rien ne permet de distinguer ; cet être inessentiel qui est l'universel.  (D'après Giorgio Agamben, La communauté qui vient (théorie de la singularité quelconque), traduit par Marilène Raiola. Seuil, 1990.)   Ceci étant dit, l'idée de la singularité quelconque d'Agamben suppose un effacement des classes, elle est circonscrite à une zone très proche d'un "nous" où l'auteur du présent texte semble s'inscrire tout en voulant faire semblant, par citation et lecture, de ne pas s'inscrire. L'homme de demain pourra-t-il être non-pauvre ? Il sera plus probablement non-riche, l'est sans doute déjà. Pourra-t-il être non-masculin ? Sans classe, vraiment ? Cette analyse qui se veut texte, enfin, serait-elle non-intelligente et inessentielle ? Manque-t-elle de propriétés, ou d'impropriétés ?  

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