Micaël
Publié le 31/12/2015

Emporté par la foule


Micaël naît à Paris en 1982. Après avoir passé 20 ans à Buenos Aires, il revient à Paris, la ville où il vit et travaille actuellement. Droitier sur le terrain de foot et gaucher pour le dessin, il décide sa vocation à l’âge de 5 ans, lorsque sa maîtresse remarque qu’il est le seul de la classe capable de dessiner des visages de trois-quarts. Ses deux ouvrages en France "Un Argentin à Paris" et "L'Air du Temps" ont été publiés dans la collection Les Cahiers Dessinés.

 

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Le 12 juin 2015 à 08:31

30 millions d'amis

et moi, et moi, et moi

Je ne suis pas raciste, mais tout de même, vous trouvez ça normal, vous, qu'on nourrisse des pigeons idiots qui passent leurs journées à roucouler et dont les fientes abîment nos murs et nos statues, et tout ça aux frais du contribuable, bien sûr ? Vous avez déjà vu une petite vieille mettre du vieux pain sur son balcon pour attirer les rats, les cafards ?   En Suisse, une loi vient de passer pour interdire la détention de dauphins. Toujours les mêmes animaux qui ont la belle vie. Toujours les mêmes pour lesquels on légifère. Les dauphins, les ratons-laveurs, les petits lapins, les poneys. Parce qu'ils sont si choux. Pendant ce temps-là, on massacre des colonies entières de fourmis coupables d'avoir volé un peu de sucre, dans l'indifférence générale. Prenez la Constitution helvétique, je vous mets au défi de trouver une seule ligne sur les gnous, les agoutis, les carcajous ou les podagres. Alors je vous pose la question. Est-ce vraiment normal ? Est-ce vraiment ce monde-là que nous voulons pour nos chinchillas ?   Et moi, par exemple, qui vous parle, si j'étais un chaton, il me suffirait d'être mignon pour faire trois millions de vues sur youtube sans avoir besoin de me creuser la cervelle (et heureusement, parce bon, le chaton, on parle de quelqu'un qui peut poursuivre sa propre queue pendant des heures, alors se creuser la cervelle, excusez-moi, mais c'est pas tellement le genre de la maison) pour trouver une chute à cette chronique « plus animalière ».

Le 22 juin 2012 à 09:12

Orange ô désespoir

On m'avait demandé une chronique plus ukrainienne (je préfère préciser parce que ça va peut-être pas tellement se voir)

Pour vraiment faire le buzz, si vous n'avez pas de chaton qui porte un haut-de-forme sous la main, il existe un moyen efficace : les révolutions.   Mais attention, trop de gens aujourd'hui font la révolution n'importe comment. Il convient de bien la préparer. Et le plus important, évidemment, est d'avoir un nom qui claque. La révolution des œillets, la révolution de jasmin, ça marche bien. Parce que ça fait penser à des petites fleurs et à de la tisane, des accessoires essentiels pour une révolution réussie. Ou alors la révolution orange. Tout le monde s'en souvient, alors que si elle s'était appelée la révolution Deutsch Telekom, on l'aurait probablement oubliée.   Après, évidemment, les révolutionnaires ne sont pas toujours bien payés. Sans remonter jusqu'aux révolutionnaires français qui ont probablement eu l'impression qu'on s'était payé leur tête. Ioulia Tymochenko, égérie de la révolution orange, croupit en prison ; Jenifer, égérie de la révolution porte ton nom, croupit sur les plateaux de TF1. Et puis quand on y pense, la plupart des révolutions finissent assez mal, les œillets flétrissent, les orange passent au rouge, les porteurs de mon nom voudraient être des oiseaux pour pouvoir cracher de plus haut et Napoléon crée le canton d'Argovie. Mais au moins, le nom de la révolution reste.

Le 19 septembre 2013 à 07:29
Le 12 juillet 2011 à 08:44

Venise, vidi, vici

Il m’arrive parfois de douter de l’existence d’une puissance supérieure (que j’appellerai ici Dieu, parce que c’est plus simple, si je commence à utiliser d’autres termes, on ne s’en sort plus), notamment lorsque je vois la guerre, les petits enfants qui ont faim, et Marc Lévy. Ou encore les débardeurs en acrylique turquoise, ceux qui font des bourrelets, mais pourquoi tu t’acharnes à en porter, alors que tu le sais très bien.J’y ai repensé (à Dieu) (et à son absence éventuelle) le soir où je suis allée aux Fêtes Vénitiennes qui se tiennent cet été sur le Grand Canal du Château de Versailles. Il y avait toutes ces choses extraordinaires, comme les Fiat 500, vieux modèle, qui marchaient sur l’eau (comme Jésus), et la danseuse accrochée à un ballon géant (comme un ange), et ces figures fantasmagoriques qui flottaient dans le ciel, et se détachaient sur la frondaison des arbres couverts de la poudre de soufre des feux d’artifice (l’Enfer) et ces lumières en Technicolor projetées depuis l’autre rive (divines).J’ai trouvé ça un peu kitsch, mouvement dont il peut m’arriver parfois d’être assez friande (je possède par exemple ce que l’une de mes amies appelle des pigeons-chats, un couple d’oiseaux en céramique apparemment originaires du Pérou (c’est ce qui est indiqué dessous)) mais point trop n’en faut, c’est comme pour les 5 fruits et légumes par jour, il ne faut pas dépasser la dose. Parce que le carnaval de Venise, Vivaldi, c’est très kitsch quand même. Les costumes, les plumes, les Quatre Saisons, ça me fait penser à ces tableaux avec des masques en cuir en relief, je trouve ça assez flippant. Du coup, pas très sereine, je me suis mise à penser à l’Apocalypse (et aussi à ce jeu, Intrigues à Venise, dont je n’ai jamais compris les règles, je finis toujours prostrée dans un coin à chaque fois que j’essaie). Je m’agrippais à ma coupe de champagne, c’était la dernière chose tangible qu’il me restait, pour ne pas sombrer dans la folie qui se déroulait sous mes yeux. Et puis j’ai pensé que j’avais fait ma première communion, et que donc a priori, je pouvais souffler un peu, ça me prémunissait contre les limbes. Sur le chemin du retour, je me suis demandé combien d’oiseaux mouraient d’une crise cardiaque chaque année pendant les fêtes estivales de Versailles.

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