Les bonus de la saison
Publié le 28/11/2016

Kery James : faire se rencontrer les deux France


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Rond-Point – Kerry James, pourquoi aujourd'hui écrire et interpréter une pièce de théâtre ?
Kery James – Je veux faire de À vif une pièce dont on ne ressort pas indemne, une pièce qui marque, bouleverse parfois et peut-être même change les choses. Peut-être même une seule. Une pièce importante, sociale, nécessairement politique mais pas politicienne. En d’autres termes, une pièce qui participe à la vie de la cité. Ce sont là les objectifs que je me suis fixés tout au long de ma carrière musicale et je ne saurais faire autrement dans le théâtre, la peinture ou le cinéma. Cette pièce a selon moi la capacité d’intéresser un très large public car elle raconte la rencontre entre ce que j’appelle les « Deux France ». « Deux France » qui ne se connaissent pas ou s’ignorent. « Deux France » qui se
méprisent parfois et qui continueront à avoir peur l’une de l’autre tant que seuls les médias et la classe politique
leur serviront d’intermédiaires.
 
Ces deux mêmes France que l’on va tenter d’opposer en 2017, lors des élections présidentielles. Il est une évidence que les mots d’ordre pour les prochaines élections seront la division, la stigmatisation et l’exclusion d’une partie des Français du sentiment d’appartenir à la Nation. Il s’agira d’une course pitoyable à la séduction de l’électorat de Marine Le Pen.
 
Cette pièce ne règlera certainement pas le problème, mais proposera quelque chose de fondamental à la cohésion nationale : un dialogue. Elle tentera de briser les idées reçues et de mettre en évidence la complexité de ces deux France que certains tentent d’opposer en les présentant comme deux blocs compacts et soudés dans lesquels
tout le monde vit et pense de la même manière.
 
C’est pourquoi tout au long de mon écriture, je me suis efforcé à ne caricaturer aucune de ces deux France. Les deux avocats se livrent tous les deux à une plaidoirie fortement argumentée et construite. Je n’ai pas cherché à favoriser une opinion plutôt qu’une autre. Ma conviction intime étant que tous ensemble nous pouvons
parvenir à améliorer la situation des banlieues en France et le vivre ensemble.
 
En 2012, je me suis produit au Théâtre des Bouffes du Nord pendant trois semaines. Accompagné d’un clavier et d’un percussionniste, j’y ai interprété les titres les plus marquants de ma carrière. Le public amateur de rap dans une forme plus habituelle n’a pourtant pas boudé le concept, au contraire. Il s’est retrouvé mélangé au public habituel du Théâtre des Bouffes du Nord et aux curieux, qui ne connaissaient pas mon répertoire. En raison du sujet évoqué, en plus du public habitué à fréquenter les théâtres, À vif attirera des spectateurs qui habituellement n’y viennent pas car ils le jugent, à raison selon moi, trop abstrait et éloigné de leur réalité.
 
Les deux France se rencontreront au théâtre, dans le réel et peut-être même, échangeront. Ce sera déjà un petit pas vers le vivre ensemble. Les montagnes sont faites de petites pierres.
Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Kery James

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Le 8 septembre 2013 à 05:13

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Guillaume Vitrich, 8e secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'année 2013. Aujourd'hui le 8e secrétaire, Guillaume Vitrich.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ? L’histoire dit que c’était à la maternité, j’étais déjà bavard. En vérité : en première année de droit. Un ami m’avait parlé d’une joute oratoire menée par 12 jeunes avocats. J’attendais de douces et feutrées plaidoiries, j’ai entendu le tonnerre de 12 hommes en colère, taillant en pièces de valeureuses victimes consentantes. Je me suis dit qu’un jour j’aimerais à mon tour faire tomber la foudre. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?Avec la mer, mon dernier espace de liberté Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ? Choisir est trop difficile, j’aime la lignée des huitièmes Secrétaires pour sa diversité et son originalité. J’ai forcément une grande tendresse à l’égard de celui qui m’a directement choisi, mon "père" comme on dit.    Comment s'est passée votre première Berryer ? La peur au ventre et l’esprit en fête, tiraillé entre la crainte de décevoir et la fierté d’honorer mon poste. Ce fut finalement une libération. N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ? Finalement, que vous auront apporté ces conférences ? Parler pour ne rien dire n’est jamais une perte de temps ! D’autant plus que lorsque la parole est totalement libre, elle n’est jamais gâchée. Il n'y sans doute rien de plus précieux que la parole libre, alors abusons-en. Plaider c’est partir au combat, contre vos adversaires et souvent contre vous-même, il ne faut jamais manquer une occasion de s’y préparer.   Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Sans hésitation notre premier Secrétaire (Alexandre Vermynck), pour une raison simple : il sait mieux que quiconque le faire lui-même ! Vous verrez. Imaginez une Berryer dans le métier de la pisciculture - Approchez ! Approchez Mesdames, Messieurs ! 5 euros le kilo de bar, la palette de 25 kilos pour 100 euros tout rond. - Mais Monsieur, vous vendez votre bar à prix d’or ! - Oui Monsieur, c’est de l’or en barre. - Peut-être mais vous placez la barre un peu trop haut, pour ce prix je peux m’offrir 25 kilos d’huitres. - Mais Monsieur vous confondez, je ne suis pas conchyliculteur ! - C’est bien ce que je dis, je vous conchie. Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau. > Les réponses de Nicolas Pottier, 3e secrétaire.

Le 6 septembre 2013 à 18:39

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Nicolas Pottier, 3e secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'années 2013. Aujroud'hui le 3e secrétaire, Nicolas Pottier.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ? Assez récemment pour finir : il y a deux ou trois ans, lorsque j'ai voulu présenter la Conférence, la vraie : la Conférence des avocats au Barreau de Paris. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?La rencontre jouissive de deux masos et de douze sadiques. Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ? Tous et aucun.    Comment s'est passée votre première Berryer ? Ceux qui vous diront qu'ils s'en souviennent mentent : nous avions tous trop bu... N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ? Finalement, que vous auront apporté ces conférences ?Les conférences Berryer ne sont qu'un des aspects de notre mandat. L'essentiel est ailleurs, dans les missions pénales criminelles. Mais les Berryer compensent la pesanteur de ces missions par un peu de légèreté.  Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Xavier Nogueras. C'est un authentique fou, incontrôlable, magnifique. Qui aurait l'idée de le défendre ! Personne n'oserait l'attaquer ! Imaginez une Berryer dans le métier des ambulanciers...Une course de stock-car entre douze ambulances et deux civières. Un médecin-chef qui passe après la bataille et, comme il se doit, tire sur les ambulances. Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

Le 12 juin 2010 à 17:39

Le sacrifice jurisprudentiel

Dieu bientôt de retour aux affaires ?

Christine Boutin, ex-ministre du Logement, vient d'inaugurer un nouveau genre d’esquive en politique : le sacrifice jurisprudentiel, par lequel un responsable politique pris la main dans le sac fait briller soudainement une auréole autour de sa tête, tout en détournant vers ses camarades les regards et les soupçons. C’est Jeanne d’Arc montant seule au bûcher et imposant le chemin de la sainteté à ses pairs : en renonçant à ses 9500 euros mensuels pour une mission que lui avait confiée l'Elysée, elle prévient : « Je suis en train de créer une jurisprudence avec cette décision. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont dans cette situation et qui vont aujourd'hui ou demain être confrontés au même problème » – ce qui bien entendu reste à prouver. Bien mieux que le mea culpa du secrétaire d'état à la Coopération Alain Joyandet, pincé il y a peu pour avoir loué aux frais de l’Etat un Falcon privé pour se rendre à Haïti après le tremblement de terre. Si la même grâce l’avait lui aussi touché, qu’aurait-il fait, sinon doubler la mise en offrant de sa poche deux fois 116 000 euros aux sinistrés qu’il s'empressait de visiter ?Et Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, accusé d’occuper deux logements de fonction ? Miracle, il déménage, offre les clefs à deux familles dans le besoin en proclamant : que tous ceux qui ont un logement de fonction suivent mon exemple !Imaginez le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, récemment condamné pour injure raciale, se jetant à terre et suppliant qu'on le pardonne, se dépouillant de ses vêtements avant de cheminer vers la Mecque pour y faire pénitence...

Le 20 septembre 2016 à 12:17

Pro-Fumiers contre anti-fumiers : le combat continue

Thomas Blanchard par skype avec les vrais personnages de son spectacle adapté d'un épisode de la série StripTease

La cour de ferme dont une aile a été transformée en pavillon avec pelouse et piscine. D'un côté les Dejousse qui viennent de Paris. De l'autre Nicole, qui passe ses journées à vider sa brouette de bouse sous leurs fenêtres. Ils sont en guerre depuis une dizaine d'années quand l'émission StripTease vient immortaliser leur combat et tous les témoins liés à cette affaire, comité de soutien "pro-fumier" en première ligne. L'émission filmée par Florence et Manolo d’Arthuys, diffusée sur FR3 le 23 septembre 2012 devient vite culte. Quatre ans plus tard, Thomas Blanchard adapte pour la scène Fumiers pour en faire un spectacle de théâtre, aujourd'hui au Rond-Point.   Thomas Blanchard – Ce conflit de voisinage est à la fois si petit et si énorme qu’il peut bien sûr renvoyer à tous les conflits. Disons que le spectacle utilise le brut de cette situation pour rentrer dans la matière du conflit, son essence. Et ce qui le nourrit, l’amplifie et lui donne un caractère particulier, c’est l’étrange et irrépressible plaisir que les protagonistes prennent dans la confrontation et la violence... Il y a en cela, je crois, une résonance avec un certain état d’esprit général en France actuellement. Mais où en est l'affaire elle-même ? Pour le savoir, Thomas Blanchard contacte par Skype Evelyne et Daniel, membres du comité de soutien de Nicole et protagonistes dans le documentaire de StripTease.   > L'épisode StripTease "Fumiers" (FR3) en intégrale  

Le 16 mai 2011 à 12:00

Denis Robert : "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"

Interview

Nous avons déjà diffusé 8 épisodes de ton Bankenstein, la conférence-confidence-causerie amicale sur l'affaire Clearstream que tu nous avais donnée cet automne, avant la relaxe. Qu’est-ce que ça a représenté pour toi de venir dans un théâtre parler de tes coulisses intimes, alors que tu n’étais pas encore sorti d’affaire ?Denis Robert : Ça a été très intéressant car cette situation (la scène, un public, un lieu chargé de cette histoire-là) crée une distance nouvelle par rapport à ce qu'on dit et ce qu'on est. Un théâtre est lieu de (plus de) liberté et d'expérimentation. On est dans un espace-temps différent. On sent qu'on doit être vrai. C'est étrange. Dans une université, à la télévision ou dans n'importe quelle salle de conférence, le rapport aux autres est plus codé. Le fait d'être dans l'incertitude (quant à l'issue des procès) créait une énergie, un humour particuliers. Même si j'ai gagné aujourd'hui contre l'hydre Clearstream, je ne suis pas sorti d'affaires. Ils refusent de payer leurs amendes, me poussent à reprendre le combat. Il faut une mission d'enquête parlementaire européenne. Il faut des relais. Si mes livres disent le vrai, et la cour de cassation m'autorise à le dire, alors les politiques, les juges, voire les citoyens doivent se saisir du problème. Sinon il faut accepter l'idée qu'on se fait plumer en toute connaissance de cause.Qu’est-ce qui selon toi fait le lien entre toutes les activités dans lesquelles tu te lances : enquête, écriture, film, peinture, spectacle, et à présent une pièce de théâtre ? Où est le point nodal  ?DR : Des questions centrales m'habitent et me taraudent... En voici une "Comment et pourquoi un pays aussi riche que le nôtre produit autant de pauvreté? "... En voici une autre "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"... Une troisième pour la route : "Où est la bonne information (la bonne place) dans cet univers en mouvement ?"... J'essaie de répondre... Mon métier de base, c'est l'écriture... Tout part de là... Les toiles ont existé car on m'a empêché d'écrire. Je parle de la censure de mes livres... Pour ce qui est de la bédé, c'est différent. C'est un vrai travail, la bédé demande un énorme recul et un gros effort de pédagogie. De l'humour aussi... Les chorégraphies ou le théâtre, c'est encore différent et plus nouveau pour moi. J'adore expérimenter et entre deux livres ou des toiles, travailler en équipe... Le point nodal, disons que c'est de ne jamais me répéter, ni m'ennuyer, de ne pas me soucier du regard des autres et d'avancer dans ma compréhension du monde et des hommes qui le composent. Ça fait un gros point nodal...Le monde irait mieux s’il y avait plus de... ? Moins de...? DR : Plus de contre-pouvoir, de danseurs et de danseuses, d'oiseaux de nuit... Moins d'oligarques, de policiers, de policières, de Jean-François Copé...Le monde va comme il est c’est tout, on doit se battre dedans ?DR : CertesQu’est-ce que ça te fait de passer ainsi ta vie dans les vents contraires ? On s’y sent plus seul ? Moins seul ?DR : Je passe ma vie à avancer contre des vents contraires. J'essaie de tenir droit. Pour l'instant ça marche. Sans vents contraires, on se ferait bien suer... > Denis Robert contre Bankenstein, feuilleton vidéo sur ventscontraires.net

Le 27 septembre 2013 à 08:53

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Alexandre Vermynck, 1er secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'année 2013. Aujourd'hui le 1er secrétaire, Alexandre Vermynck.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ?Je ne sais plus. La dernière fois, en revanche, c'était il y quelques semaines, et on m'assurait qu'il s'agissait du prodigieux spectacle. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?La réunion de personnes à l'esprit suffisamment noir, critique, acide…oserai-je écrire : lucide! pour savoir, par exemple, distinguer en la belle au bois dormant une apologie de la nécrophilie. Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ?Tous. La dramaturgie de la Berryer leur confère un rôle qui m'interdit de dire le contraire. Vous verrez. Comment s'est passée votre première Berryer ?C'était étrange. J'obtenais des rires, mais aux mauvais moments. J'ai appris que j'étais drôle malgré moi. N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ? Vous semblez faire allusion à notre absence de rémunération. De ce point de vue, évidemment, la Berryer nous rapporte beaucoup moins qu'à vous. Mais ne me permettrait-elle que de fouler, le temps d’une soirée, les planches de votre théâtre, la Berryer me comblerait déjà bien assez.  Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Impossible de nous dissocier, nous sévissons en bande organisée.  Imaginez une Berryer dans le métier de la Banque.Un event exclusive mais relax, en mode wine & cheese, où anglicismes et fautes de liaison s'échangeraient sur le market contre des dérivés de contrepèteries. Besancenot y exposerait les vertus du communisme révolutionnaire, après quoi 12 banquiers lui répondraient, en substance: "Bravo ! vos idées sont excellentes! Appliquons-les! Tenez: vous essaierez de convaincre les riches de donner aux pauvres ; nous prendrons sur nous de persuader les pauvres de recevoir des riches !". Pour finir, Michael Douglas décocherait, pour les punir de leur cynisme, toutes les flèches des banques d'affaires sur les banquiers pénitents, leur offrant la rédemption dans le martyre (avis au public féminin : cette dernière scène ne doit être ratée sous aucun prétexte, mes frères de promotion étant tous plus beaux que le Saint-Sébastien de Botticelli). Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

Le 20 janvier 2017 à 11:34

Nos disques sont rayés : quinze jours sur les blocages français

À quoi bon « résister » si on connaît la fin ? (…)Nos disques sont rayés. Mais demain, peut-être trouverons-nous des réponses.Mehdi Meklat et Badroudine Said AbdallahBondy Blog 7 décembre 2015 Conférences performances avec Mediapart, le Bondy Blog, Edgar Morin, Jean-Pierre Filiu, William Bourdon, François Ruffin, Frédéric Lordon, La Rumeur, Kader Aoun, Pascal Blanchard, Emma la clown & Françoise Dolto, l’ANPU (Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine), Gérard Mordillat, Christophe Meierhans - conception Jean-Daniel Magnin et Jean-Michel Ribes Dès le 1er février, retrouvez chaque jour sur ventscontraires les podcasts et vidéo des 14 conférences-performances "Nos disques sont rayés". Un festival de mutineries, de rires et de réflexions pour s’élever au-dessus des blocages français – qu’ils soient politiques ou sociétaux, avec la montée des craintes et des extrémismes qui les accompagne. Passé colonial mal digéré, apartheid dénoncé mais non réparé, crise de la représentativité, pouvoir régalien exorbitant du chef, corruptions, inégalités, évasion fiscale, emprise des lobbies sur la nature et notre santé sont bien sûr au menu. Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ? Pourquoi recommence-t-on encore et encore ce qui ne marche plus ? Comment sortir d'une situation bloquée ? Suffit-il de s'indigner ? Va-t-on enfin élargir le paysage ? Quinze jours de cartes blanches, conférences, concert, performances pour rencontrer ceux qu'on maintient en lisière ou qu’on regarde avec méfiance : penseurs dérangeants, hip hopers, stand-upers, spectacles qui fracturent le champ politique par le rire – et des rédactions ne dépendant que de leurs lecteurs et d’elles-mêmes, bienvenue à Fakir, le Bondy Blog et en ouverture Mediapart, invité dans la grande salle du Rond-Point pour une soirée pirate diffusée en direct sur son site. Festival Nos disques sont rayés, quinze jours sur les blocages français, du 23 janvier au 11 févrierCaptation vidéo : Larissa Pignatari, Léo Scalco

Le 18 mars 2015 à 09:52

Etre autre à l'expo !

A la mémoire des 30.000 exhibés que l'Occident a mis en scène

Si on est toujours l'autre d'un autre, chacun est pris dans un jeu de miroirs sans fin, mais avec le zoo humain, on sait de quel côté l'autre est. Il est dans l'enclos. Il est observé. Alors essayons de prendre cette place, celle de celui qui est regardé. Nous avons du mal aujourd'hui à prendre la place de ceux qui étaient exhibés, tout simplement parce que la violence du regard et celle de l'exhibition est une sorte d'humiliation médiatique, tout en étant un "spectacle". De fait, l’histoire des rapports entre les Hommes s’est souvent construite au travers de la mise en place de jeux de domination. Ceux-ci peuvent prendre des expressions complexes et diverses, mais le savoir sur autrui comme son exhibition sont deux des formes les plus classiques. Depuis toujours "l’Autre" a questionné, interrogé, étonné. C’est pour cela que l’on s’est empressé de le montrer puis de le mettre en scène. Lorsqu’elles sont montrées, les choses étranges ou nouvelles suscitent de l’émotion comme l’admiration, de l’inquiétude ou du dégoût. Cette relation à l’exhibition comporte des degrés divers : l’artiste qui se met en scène pour valoriser ses prouesses ; le corps qui s’exhibe dans une perspective érotique, comme dans le cas de la danse ; le vaincu ou l’exclu qui est montré pour symboliser la domination, la défaite ou un châtiment à venir. Lorsque sa monstration devient l’expression d’une mise à distance de tout un peuple (ou d’une "race" exotique), le reflet d’une identité ou d’une difformité, voir la fusion des deux, alors commence une autre dimension de l’exhibition, celle de la construction d’une altérité, d’une exclusion. Ici, l'autre est montré non pour ce qu'il fait, mais pour sa "race". Sa sauvagerie présumée, et inventée.     Déjà avec Cortez et les Indiens Tupinamba présentés au roi de France en 1550, puis avec les "sauvages" collectionnés par le duc Guillaume V de Bavière vers 1580 aux côtés d’une palette étonnante de nains et d’estropiés, l’arrivée du Tahitien ramené par Bougainville en 1769 ou l’exhibition d’Omai présenté en Grande-Bretagne au roi d’Angleterre George III et à l’Université de Cambridge, on assiste à la mise en place progressive de la catégorisation de l’autre. En France, la Révolution française initie la Société des Observateurs de l’Homme, en 1800, donnant corps à une première forme d’anthropologie qui conduit à l’observation d’un "jeune sauvage de l’Aveyron" et du Chinois Tchong-A-Sam. Dans le même temps, délégations royales, visiteurs princiers, esclave-artistes affranchis, voyageurs-négociants venus des quatre coins du monde se croisent (et se fixent) en Occident, donnant à voir un "exotisme" qui émerge dans les images comme dans les imaginaires. Les délégations du Siam, les ambassadeurs de la Grande Porte ou du Sultan, les "princes nègres" et autres représentants de l’Annam et des Indes, croisent ces "chefs" Amérindiens, ces "fils de…" des côtes de l’Afrique et autres "curiosités orientales" qui rentrent dans le paysage familier des cours royales et impériales.Aux États-Unis, dès le second quart du XIXe siècle, le spectacle de l’Ailleurs, est incarné par les cirques qui poursuivent la tradition européenne de l’exhibition d’animaux dans les foires, mais sans en posséder les finalités scientifiques ou pédagogiques. C’est dans ces spectacles grandioses de la culture américaine, que vont fusionner les ethnic shows et les freaks shows. La référence en la matière — qui a donné au modèle son nom — reste Barnum, avant que ne s’impose le Wild West Show de Buffalo Bill. Nés en Amérique, ces "professionnels de l’étrange" organiseront des tournées à travers le monde. Leur démarche sera d’exhiber les êtres les plus "sauvages" (notamment les Indiens) ou les plus « étranges » (inventant même des figures archétypales), hybrides d’humanité et d’animalité pour fasciner un public encore assez naïf. À New York, le Musée américain de Barnum, en plein cœur de Manhattan, devient le show le plus populaire du pays. Ce qu’il invente alors, c’est la mise en scène de l’étrange dans un espace dédié aux loisirs, en programmant simultanément des conférences "scientifiques", des danses ou des reconstitutions théâtrales. Dans un second temps, Barnum va créer le Grand Congress of Nations, sorte d’aboutissement idéologique de ces premières exhibitions à caractère mercantile. Dans ce cadre, il présente les Aborigènes australiens de Cunningham, de "féroces zoulous" en tournée mondiale, des "Indiens sioux" recrutés dans les réserves, un Nubien "sauvage musulman" et quelques autres spécimens exotiques. Déjà, la frontière entre visiteurs et visités est clairement visible. On sait alors de quel côté du récit on se trouve devant ces images. C’est ensuite que s’élaborent, sur le vieux et sur le nouveau continent, mais pas encore au Japon, les paradigmes d’une mise en norme du monde dont la partie visible devient à la fois un spectacle populaire, une leçon de choses scientifique (à travers l’émergence des sociétés savantes) et une démonstration explicite du bien fondé des hiérarchies coloniales ou des distinctions raciales, au moment même où se fixent les "identités nationales". Alors que l’on sort progressivement — avec les abolitions — du temps de l’esclavage et que l’on entre dans le temps des empires, l’ordre du monde s’organise entre ceux qui vont être exhibés et ceux qui en seront les spectateurs.Lors de l’Exposition universelle de Londres, en 1851 — la première d’une longue série, et deux ans avant la tournée des Zoulous et une décennie après l’ouverture du musée de Barnum —, les pavillons consacrés au Moyen et à l’Extrême-Orient, notamment à l’Inde, surprirent les visiteurs par la qualité des productions artistiques. Par contre, le pavillon de l’Égypte fit sensation avec la Rue du Caire. À Paris, Chicago, San Francisco, Berlin ou Milan, cette Rue du Caire, par son exotisme de carton-pâte, va attirer des millions de visiteurs. En parallèle de ces reconstitutions éphémères et des musées de « choses », vont être imaginées les troupes exotiques, qui sous l’égide d’impresarios d’un nouveau genre, vont investir le monde. La première troupe de ce type (recrutée et pensée comme telle) fut exhibée par l’entreprise Hagenbeck en 1874 à Hambourg, l’année même où Barnum arrive en Europe, constituant pour toute l’Europe de l’Ouest et centrale une date-charnière dans la mutation des exhibitions humaines. Il s’agissait alors d’une famille de six Lapons (les "sauvages" de l’Europe) accompagnée d’une trentaine de rennes. En raison de ses premiers succès, l’Allemand Carl Hagenbeck exporte ses exhibitions dans toute l’Europe occidentale, notamment à Paris à partir de 1877 au Jardin d’acclimatation de Paris, dans un des lieux de plaisirs et de détente où les enfants de France vont aujourd'hui se promener, ici va professionnaliser les exhibitions de groupes humains sous le nom d’expositions anthropozoologiques.L’intérêt "scientifique", l’actualité "coloniale", la volonté « politique » et le monde du spectacle ne suffisaient cependant pas à faire venir le public, comme le soulignent les échecs — en termes de fréquentation et d’équilibre financier — des Bella-Coola en Allemagne, des Kalmouks en France, des Esquimaux en Grande-Bretagne ou des caravanes égyptiennes aux États-Unis, que le public ne trouve pas assez "exotiques", "sensationnels" ou "originaux". Il fallait toujours innover, créer le "spectacle", inventée une "sauvagerie" toujours plus galvanisante en matière d’altérité, promouvoir par l’image, et donner le sentiment aux visiteurs d’un "jamais vu" toujours plus excitant. Après les premières exhibitions de spécimens contraints, les organisateurs comprennent vite que la rémunération et la professionnalisation sont les clés du succès pour des tournées pouvant durer plusieurs années. Quelques soit la frontière entre le vrai et le faux, la présentation des « sauvages » indique également qu’ils sont, du fait même de leur statut, inférieures à l’Européen, donc colonisables. Ce processus est aussi inséparable de la quête d’identité qui affecte les sociétés du "vieux continent" dans le cadre de la construction des États-nations, comme de l’affirmation d’une "spécificité américaine" Outre-Atlantique depuis la fin de la guerre de Sécession ou de la "modernité Meiji" au Japon depuis 1878. L’exhibition sert aussi, dans ce cadre, de mécanique à "fabriquer du national", de l’identité, de la fierté et de l’unité nationale. C’est une sorte de miroir en négatif de l’Européen, une image qui rassure les visiteurs sur leur modernité et leur "normalité".  C'est dans ce mouvement qu'une famille Kali’na de Guyane, originaire d’un village sur les bords du fleuve Sinnamary, a été amenée à Paris en 1882 au Jardin zoologique d’Acclimatation. On a fait venir avec les Kali’na (appelés alors Galibis), deux pirogues pour naviguer sur le petit lac du Jardin parisien, différents objets de la vie quotidienne, de la terre à poterie, du coton pour que les femmes travaillent aux hamacs, de la fibre d’arouman pour la vannerie réalisée par les hommes, des feuilles pour couvrir les semblants de carbets édifiés pour les accueillir, ainsi que des provisions de semoule de manioc et du poisson salé. L'exhibition semble plaire au public et quelques articles montrent l'intérêt des savants, mais aussi celui de la grande presse. Ils venaient de Guyane française et cette histoire traumatique est à peine connue des enfants de France et à peine de quelques uns en Guyane ou aux Antilles. Dix ans plus tard, en 1892, d’autres familles Kali’na et Lokono du Maroni arrivent de nouveau à Paris, pour être exhibées au Jardin d’Acclimatation. C'est à leur place que je me situe ici. Les familles sont parquées, soumises au regard importun des visiteurs, contraintes de se donner en spectacle jour après jour, comme l'explique la presse d'alors : "On a aménagé une grande galerie en bois, séparée en deux par un couloir, et ayant de chaque côté une rangée de lits de camp, sur lesquels sont jetés des matelas. C’est là que les Caraïbes ont organisé un campement des plus curieux à visiter. Dès que la température le permettra, on élèvera sur la plate-forme une cabane en troncs d’arbres sur le modèle de celles de leur pays, et ils s’y tiendront de préférence. Leur séjour à Paris durera deux mois." Arrivés à Paris à la fin de l’hiver, les Amérindiens tombent malades et la décision est prise de ramener tout le monde en Guyane. Celle-ci arrive trop tard, et trois d’entre eux vont mourir sur place, d’autres peut-être pendant le voyage de retour. Le prince Roland Bonaparte a photographié ces familles en 1892, laissant une galerie de portraits exceptionnels. L’existence de ces portraits a longtemps été ignorée des Kali’na qui les ont découverts en 1991. Vingt ans plus tard, en 2011, dans le cadre de l’Année des Outre-mer, l’organisation d’un village sur les cultures ultramarines au Jardin d’Acclimatation a fait ressurgir ce passé douloureux, parce que les organisateurs faisaient spectacle sur ce site sans même faire référence à ces exhibitions et aux morts sans doute encore sous terre en ce lieu. Le scandale éclate. La mémoire est troublée. Beaucoup ne comprennent pas ce qui choque. Quatre ans plus tard, je m'imagine en héritage de ce récit qui traverse les siècle à l'occasion de l'inauguration du bâtiment de la Fondation Vuitton. Des milliers de visiteurs, de toutes les cultures du monde, viendront en ce lieu, rendront hommage aux cultures du monde. Bien peu connaîtront l'histoire de ces exhibés morts en scène. Que restera-t-il de l'histoire des Kali'na, exhibé 125 ans plus tôt sur l'esplanade, dont certains sont enterrés sur le site ? Pas grand chose et en même temps je me mets à la place de l'autre, ici même, et je me dis que les fantômes des zoos humains sont désormais les âmes de ce lieu dédié à l'art. On ne leur a jamais offert un lieu de mémoire, et bien cette fondation est indirectement leur lieu de mémoire à eux que nous n'avons pas su encore leur donner. C'est une ironie de l'histoire, mais la mémoire des lieux dépassent celle des hommes. En me mettant à la place des Kali'na et des 30.000 exhibés que l'Occident a mis en scène, je regarde autrement les un milliard et demi de visiteurs qui vinrent un jour visiter le "sauvage". Des visiteurs, des visités, un lieu de mémoire, une histoire qui désormais s'entrecroisent. A chaque fois que je rentre dans ce temple offert à l'architecture contemporaine, je pense à eux. Je pense à nous. Je pense à moi.

Le 21 janvier 2014 à 12:53

Pascal Blanchard : "Il reste des barreaux dans nos inconscients collectifs"

Trousses de secours : la crise du travail

Spécialiste du fait colonial et des immigrations, l'historien Pascal Blanchard sera au Rond-Point le 30 janvier pour une conférence-performance où sera déployée la question du corps exotique comme marchandise. – Vous venez nous parler des zoos humains, énorme succès en Europe au XIXe siècle et même jusqu'en 1940.  Cet exemple mêlant domination, science et spectacle est-il éclairant pour le temps présent ? – C’est entre girafes, autruches, éléphants, crocodiles, singes et autres « merveilles » de la nature réinventée que les visiteurs vont découvrir en Europe et en Amérique des « hommes » aux mœurs bizarres et aux rites quelque peu effrayants. Le mythe du sauvage devient alors une réalité. Il est présent, devant nos yeux, et va le rester près d’un siècle. Les zoos humains viennent de naître. Premier phénomène de masse du XIXe siècle avec les expositions universelles, avec leurs millions de visiteurs (1,5 milliard estimé entre 1810 avec la Vénus hottentote et 1940), ils répondent aux fantasmes et aux inquiétudes de l’Occident sur l’ailleurs et donnent une réalité au discours racial alors en construction. Si le fait colonial — premier contact de masse entre l’Europe et le reste du monde — induit encore aujourd’hui une relation complexe entre Nous et les Autres, ces exhibitions en sont le négatif tout aussi prégnant, car composante essentielle du premier contact, ici, entre les Autres et Nous. Un autre importé, exhibé, mesuré, montré, disséqué, spectularisé, scénographié, selon les attentes d’un Occident en quête de certitudes sur son rôle de « guide du monde », de « civilisation supérieure ». Aussi naturellement que le droit de « coloniser », ce droit d’« exhiber » des « exotiques » dans des zoos, des cirques ou des villages se généralise de Hambourg à Paris, de Chicago à Londres, de Milan à Varsovie… Oui, le « sauvage » existe ! Je l’ai vu… Le défi imposé par la compréhension de ce qui nous apparaît, aujourd’hui, comme l’une des démonstrations les plus révoltantes de l’infériorisation de l’Autre – parce qu’elle rapproche volontairement l’homme de l’animal – est à la mesure des enjeux cristallisés par les zoos humains. Est-on capable aujourd’hui de prendre en compte ce que signifient pour l’Occident les zoos humains ? C’est l’objectif de cette conférence. Il ne fait guère de doute que ces exhibitions ethnologiques représentent un tournant essentiel dans la construction d’un imaginaire sur l’Autre fondé sur une vision raciste, validé par la science anthropologique et qui trouve à travers cette spectacularisation une médiatisation sans précédent. Les zoos humains, véritable culture de masse, instituent à bien des égards le rapport à l’Autre de l’Occident puisque l’immense majorité des Européens et Américains auront leurs premiers contacts avec les populations « exotiques » – bientôt majoritairement coloniales – à travers les grilles, les enclos et les barrières qui les séparent de ces « sauvages ». Les zoos humains constituent ainsi ce lieu qui paraît fondamental dans l’accélération du passage d’un racisme scientifique à un racisme populaire, pratique et opérant. Le spectacle de la diversité « raciale » sous couvert de scènes ethnographiques, s’articule alors autour de trois fonctions distinctes : distraire, informer, éduquer. On pourrait les penser, ou les trouver, antinomiques. Elles le sont d’ailleurs. Mais elles se croisent et se mélangent pourtant dans les zoos humains. La même troupe passe du jardin à la scène de music-hall, du laboratoire du savant au village indigène de l’exposition, de la reconstitution coloniale au spectacle de cirque. Les frontières sont brouillées, les genres mélangés, les intérêts divers. C’est en redénouant le fil complexe de cette histoire, que l’on peut en mesurer aujourd’hui les enjeux. Car, au début du siècle, aller au Jardin zoologique d’Acclimatation ou au « village nègre », ce n’est pas seulement pouvoir observer la diversité du monde, c’est aussi pouvoir y lire la place de chacun, celle de l’Autre et la sienne. Si tout le monde passe par les zoos humains – les freaks, les exotiques, les colonisés –, on perçoit vite qu’il y a une barrière irréductible entre celui qui voit et celui qui est vu. – Sommes-nous aujourd'hui tous des "sauvages" calibrés et évalués par une colonisation encore plus vaste ? – Le rôle de la science fut alors essentiel, et cela a fabriqué des frontières qui demeurent. Puisque c’est elle, tout particulièrement l’anthropologie physique, qui va établir – à partir de l’idée de collection chère aux naturalistes des Lumières – la notion de hiérarchies, cognitives et civilisationnelles, en prenant appui sur les particularités physiologiques des différents groupes humains. Légitimés par les savants, les premiers zoos humains vulgarisent ce registre tout en rendant ludique les austères analyses scientifiques. Le discours fondateur des zoos humains, le différencialisme raciste, n’a, en quelque sorte, pas besoin d’être explicité, la mise en scène se suffit à elle-même et fait passer, bien plus efficacement parce que souterrainement, le principe raciste qui la fonde. Tout cela remonte, par vague à la surface, comme en ce moment en France et en Europe. On a fabriqué alors des « racistes » et des « colonialistes », par le « spectacle » et le ludique, sans même avoir besoin de l’énoncer ou de l’affirmer. Une sorte de machine infernale, incroyablement efficace et « divertissante », au carrefour de la science vulgarisée et des spectacles de music-hall, qui correspond aux attentes d’un Occident en cours de construction identitaire. Tout cela laisse des traces. – En quoi le refoulé colonial affecte-t-il notre relation à l’autre ? – Le projet colonial s’inscrit dans cette volonté uniformisatrice, de remodeler le monde à son image, de faire disparaître le « sauvage » comme on a marginalisé le handicapé ou le « taré ». Projet d’une raison occidentale irriguée par l’utopie de la transparence scientifique, il nie la nécessité de la présence de l’Autre, de sa manifestation comme témoignage de ce que l’on est à travers ce que l’on n’est pas. La violence est ici présente. Tout autant dans le regard, dans le normal, dans le banal, dans le côté « bon enfant » de ces exhibitions, que dans les crimes les plus visibles. C’est justement le risque d’une lecture émotionnelle d’un tel phénomène qui pourrait conduire à concevoir de bonnes et de mauvaises exhibitions, de positives ou de négatives tournées ethnographiques, de normales ou d’anormales mises en scène... C’est alors que commence le révisionisme en la matière : celui de nous faire croire que ces zoos humains sont, en fait, un premier contact presque « normal » entre Nous et les Autres. Les zoos humains font partie du patrimoine culturel des sociétés occidentales et nous questionnent sur plusieurs strates. C’est l’objectif de cette conférence que d’entrer en profondeur dans les différents niveaux d’analyse du fait pour mieux en extraire le sens. Soulignons d’abord que la césure entre histoire coloniale et histoire nationale paraît avoir fait son temps, à l’aune des études rassemblées ici. Autant la colonisation a profondément traumatisé les sociétés soumises à l’hégémonie impériale, autant le colonialisme nous semble avoir profondément imprégné les sociétés occidentales, y compris les nations n’ayant jamais eu de colonies (comme la Suisse par exemple). L’histoire de ce processus ne pourra désormais faire l’économie de cette analyse dialectique. Ceci ouvre des perspectives pour l’historiographie. Il est, entre autres exemples, parfaitement net que la construction des identités nationales et collectives en Occident est inséparable du rapport que celui-ci entretient au monde. Du colonialisme à la mondialisation, des lignes de continuités – sans être systématiques – doivent pouvoir être tracées. De même, la rupture avec les décolonisations n’a ici aucun sens, les imaginaires demeurent et perdurent, et dans notre regard sur l’autre la grille de lecture est encore à décoloniser. Les cages ont disparu, mais il reste les barreaux de nos inconscients collectifs.

Le 14 février 2017 à 18:36
Le 10 novembre 2015 à 10:19

Golgota Picnic : une pièce de théâtre en correctionnelle

Récit d'un procès, lestroiscoups.fr

J.-M. Ribes : « Je redirai ici ce que j’ai déjà dit à l’époque : on ne vous empêchera pas de croire, mais vous ne nous empêcherez pas de penser. » J.-M. Ribes : « Je redirai ici ce que j’ai déjà dit à l’époque : on ne vous empêchera pas de croire, mais vous ne nous empêcherez pas de penser. » Jean-Michel Ribes : « Je redirai ici ce que j’ai déjà dit à l’époque : on ne vous empêchera pas de croire, mais vous ne nous empêcherez pas de penser. » "On se souvient de l’affaire Golgota Picnic, de l’effroyable mobilisation contre le Théâtre du Rond-Point à coup de menaces de mort, de manifestations et d’actions coup-de-poing pendant les 9 représentations de la pièce de Rodrigo García. C’était au mois de novembre 2011 ; le procès, lui, se tenait vendredi 30 octobre." Ainsi commence le très détaillé compte rendu du procès en correctionnelle intenté par l'A.G.R.I.F contre le Théâtre du Rond-Point et les éditions Les Solitaires intempestifs, le 30 octobre dernier, quatre ans après les faits. Prise de note pointue par Lise Facchin et crobards noirs et blancs stylés de Frédéric Chaume, les envoyés spéciaux de la revue théâtrale lestroiscoups.fr  – bref si vous désirez en savoir plus, allez voir l'article complet ici. En attendant, quelques instants croqués et leurs verbatim ci-dessous : Maître Richard : « Oui, Rodrigo García provoque ! Bien sûr qu’il provoque ! Comme tous les artistes, qu’est-ce qu’une œuvre qui ne provoque pas ? (...) Quant à la prétendue unanimité de l’opinion des chrétiens sur ce spectacle, en tant que catholique, je ne me reconnais pas et ne me reconnaîtrais jamais dans l’A.G.R.I.F. » Maître Triomphe : « L’auteur peut dire ce qu’il veut, le titre parle pour lui : Golgota Picnic, c’est la crucifixion du Golgotha qui est le thème. » Mme le procureur : « L’avocat de la partie civile nous a posé la question de savoir quel était l’intérêt de cette pièce pour le débat public. Mais la question n’est pas là. La question est de savoir si la communauté chrétienne est délibérément visée par les propos incriminés, et je n’en suis pas convaincue. (...) Le parquet considère que la plainte de l’A.G.R.I.F. n’est pas caractérisée (…) et demande donc la relaxe. »

Le 3 mars 2015 à 12:37

D'où vient le doute d'être...

J'ai marché pour "Charlie", j'ai porté la pancarte même, ému à mort qu'on ait buté du talent, de l'esprit, des hommes. J'ai marché et des proches presque à la queue leu leu dans un souffle désespéré m'ont dit – mais vous êtes où ?J'ai compris là que je ne n'étais pas des leurs, ils me disaient "vous" comme si j'appartenais à d'autres, comme si éclaté le dernier rempart apparaissait le vrai visage du "nous" dont je faisais pas partie. Ce "nous" visage de la France dont ils se sentaient naturellement "eux" les légataires universels. C'était des amis, des humanistes, des gens de gauche pas des "bouseux frontistes" non ! tout ce qu'il y a d'éclairé. Et j'ai compté les mille pas arrachés à la boue que j'ai fait pour avancer vers eux, j'ai mesuré combien j'étais devenu une caricature de laïcard, obsédé par le dogme républicain, épris de soif absolue de liberté. Dans chacun de ses pas j'ai combattu les soupçons de "Marianne" à mon endroit, aimé la France dans son tout, ses hauteurs d'esprits et ses cavités les plus sombres. J'ai mis un "y" à mon prénom pour le blanchir, me suis incliné devant le supplice d'un autre barbu par politesse, appris tous les subjonctifs possibles et utilisables, pris l'accent de mes pairs et donné ma langue maternelle aux loups. J'ai blanchi au possible pour qu'il n'y ai plus d'ambiguïtés.Au milieu de la foule, j'ai mesuré le petit centimètre que tous ces "Français" avaient accompli à mon endroit... quasi rien. En prononçant ce "vous" une évidence m'a saisi – Magyd ! tu es trop français, retourne à de plus justes proportions. Il y a trente ans, c'était la marche des beurs, la marche de l'espoir, j'avais vingt ans, j'étais déjà ce Français-là. Car... j'ai été français, un temps, quelques années, les premières. Puis petit à petit je l'ai moins été puis de moins en moins, justement parce qu'on me disait que je l'étais. Mais est-ce qu'on dit à un Français qu'il l'est ? ...non !! parce qu'il l'est justement. Le doute s'est immiscé une première fois.Puis "français" on m'a dit que je l'étais pas, puis que je l'étais trop, puis que j'étais un peu des deux... alors j'ai épousé des identités comme autant de causes... j'ai été basque, occitan, provençal, sénégalais, africain du sud, noir d'Amérique, peau rouge, tibétain et même femme et même homo, bref minoritaire.Je me suis perdu. Finalement je suis devenu palestinien, sans le savoir sans le vouloir, un Palestinien sans histoire, vide de sens, vierge de colère ou de rancunes. Un Palestinien des Pyrénées avec l'accent de Toulouse. C'est plus tard que j'ai été arabe et ce n'est qu'à la fin que j'suis devenu kabyle quand j'ai piétiné les montagnes sèches de la vallée de la Soummam et que j'ai entendu prononcé mon prénom avec l'accent de mère ce diminutif familier propre aux miens..."l'mèdj". Epris d'idéal j'suis devenu Palestinien, un Palestinien de France puisque je ne parle que cette langue là, Palestinien dans une terre de droit, d'asile aussi comme on dit où la paix semble s'être définitivement installée, où l'écrit vaut le sang de mille ans de martyrs et la parole libre. J'suis devenu un Palestinien qui ne dort pas dans des camps qui n'a jamais vu la belle étoile qu'au mois d'août  sur des bords de Garonne sans vagues. Un Palestinien sédentaire qui se sentait presque chez lui.Je dis presque parce qu'il y avait à cette époque un ailleurs, un ailleurs aux parfums de figues et de poivrons verts, un ailleurs de mots et de larmes aux tombes enfouies, disparues. Un bout du monde "arabe".Bref toujours connu un toit soutenu par quatre murs... certes pas de briques rouges mais solides.Toujours dormi dans la tranquillité des familles à qui on ne reproche rien et qui fait tout pour.C'était y'a longtemps... J'avais épousé à l'image de mon père le sens aigu de la docilité, la peur d'être montré du doigt, celle d'être puni d'affirmer du soi. Je me suis glissé dans l'habit du "c'est déjà ça"... content de ne pas avoir ce "plus" qui vous met dans la lumière.En quelque sorte... Content d'être terne presque translucide  pour n'embêter personne.N'embêter personne parce qu'un Arabe ça embête tout le monde. L'Arabe... Docile il est chafouin, rebelle il craint. Dans ma famille pourtant, on nous aimait... tous les camps nous aimaient et nous n'aimions personne. Tous   promettaient des lendemains meilleurs... et personne pour nous dire :– Vous allez en chier ! et de quelque côté que vous soyez !C'est là que le camp des promesses athées rejoignait le camp des vœux pieux, dans la promesse du mieux...– Mon cul ! disait mon père. Il disait "TOZ" (bruit de pet)Et chaque jour trahissait la beauté de son lendemain. L'anonymat à cette époque nous identifiait comme solubles dans la république de tous les droits... mais en même temps fidèle à l'ancêtre berbère.Comme dirait l'ami militant j'suis devenu un pâle... Estinien qui conjugue la fougue l'estomac plein.J'ai grandi ainsi dans le "tout va bien" de parents trop effrayés d'avoir à tenir les rennes d'un traineau trop lourd.Abasourdis de misère ils s'en allaient avec la peur d'eux-mêmes, la peur d'être et la peur de ne pas être.La peur d'être immobiles la peur de devenir.Au quotidien la peur de leur propres prénoms, leurs prénoms ces boulets qui les renvoyaient au temps des poux, de la gale et de la faim trompée à l'oignon et à l'huile féroce. Mes parents s'éteignaient de pas comprendre, de pas savoir si l'ennemi est celui qui parle votre langue et porte votre nom ou l'autre qui vous tend une miche de pain en échange de sa botte sur la joue. La guerre d'Algérie y était sans doute pour quelque chose et mon père bien qu'ayant perdu quatre de ses frères pour la cause, doutait. Il me disait :– Tu veux être français ? et mes quatre frères alors !Les moudjahidines algériens l'effrayaient autant que les soldats de l'armée française. Les uns comme les autres le traquaient lui reprochant  de pas être mort  ou d'être toujours en vie. Pourtant, chaque été il bouclait ses valises la grimace au cœur d'imaginer les mille tracas d'un séjour algérien.Là-bas dans la famille il observait la cupidité des siens, l'avidité à posséder : qui la plus grande salle à manger qui le plus gros camion, les meilleures terres, la maison la plus haute et jusqu'au nombre d'enfants... le plus pauvre de ses frères était corrompu jusqu'à la moelle.Et puis on l'attendait pas... lui ! on visait ses poches pour le plumer, lui faire payer la trahison d'être parti.Lui-même au plus bas de l'échelle n'avait pas compris qu'il existait plus bas que le niveau du sol une fourmillée d'agonisants.Il est resté suspect devant cette misère sans fond.Épié par le plus faible traqué par le plus fort.Jamais là-bas il n'a pu élever le moindre mur de briques. Trop d'obstacles, de routes tordues, de reliefs hostiles comme si la nature disait aussi : – Dégage t'es pas à la hauteur.Et tous ces gens l'appelaient mon frère.Les Arabes ont trouvé un subterfuge pour éluder leur impossible dialogue : ils s'appellent mon frère. Ils vous lient par le sang sans qu'une goutte ne coule et quand c'est pas mon frère ils disent à l'inconnu "cousin", ils disent à la fille "ma sœur !", au bonhomme "mon oncle" et même "ma mère" à la dame d'un certain âge.Plus la formule est belle et plus elle est suspecte. Deux blocs faisaient de nous un tout compact, une pâte   sans goût, une communauté sans âme. Les uns par peur de nous voir nous éparpiller, les autres effrayés qu'on devienne "l'autre".  Ils en étaient là, mon père, ma mère, à se méfier d'abord des proches, à harmoniser la comédie des mœurs.Ils acquiesçaient à tous les avis avec pour unique rigueur les cinq topos de l'islam. Ils s'arrondissaient, formaient des courbes, de subtiles rondeurs pour ne pas trahir le cap ultime de leur gesticulations : "ne pas en être". Un mot de trop et la barque tanguait à qui mieux mieux.Ils n'avaient pas d'avis. Plutôt ils se forçaient de pas en avoir... une vie sans avis.Rien ne les avait convaincu dans la vie que d'être vivants sans qu'on s'aperçoive qu'ils le furent. Tous les camps les avaient aplatis, déchiquetés, volés sans qu'ils y gagnent rien. Toutes les promesses accouchaient de coups sur la figure, de guet apens et toutes les douleurs s'enroulaient autour d'eux comme une attaque d'apaches autour du convoi. Ils entendaient le mot "frère" et aussitôt les poignards s'enfonçaient entre les omoplates.– C'est quoi ce peuple !, marmonnait-il.Plus les mots étaient beaux et plus ils se teintaient de la couleur du sang.Ils avaient au moins compris cela, instinctivement. Peut-être parce que blessés trop tôt, blessés avant tout. Avant de voir, de dire ou d'être. Ils en étaient là à vivre dans les minimas humains. Pas loin de l'animal ou pas loin de rien. Ils en étaient là à préférer le moins ennemi des ennemis... c'était déjà ça. Mais voilà d'être à la verticale suffit à vous classer dans la race des hommes et dans l'infime et dans l'intime une flamme résiste à l'appel des basses cours et tout devient possible et mon père a dit à ma mère... – Des enfants ! voilà ! il nous faut quelque chose de pur et renaîtra l'espoir. Ils ont ainsi vogué dans la peur de perdre ce qu'ils étaient et l'envie de devenir ce qu'ils ne seraient plus.L'idéal donc fut d'être palestinien ...ni trop arabe par l'Algérie, ni trop kabyle par la famille ni trop français par la sainte école laïque qui pourtant fit de nous des êtres éclairés... je veux dire des mécréants et on s'est perdus. Il leur fallait une distance, une familiarité lointaine, une cause qui fasse l'unanimité, un idéal sans équivoque, un peuple mythique martyr absolu, une identité imparable. Oui être arabe dans le versant palestinien leur apparaissait jouable, tout y était à construire. Ils tenaient le fil. Ils voulaient pas être multiples, citoyens du monde non !, ils manquaient d'épaules. Palestinien c'est proche et au delà de tout. Et puis...Des ruines seules peut se dresser un drap immaculé.Quelque chose de pur et renaîtra l'espoir.Alors, longtemps mon père s'est glorifié d'engendrer l'élite qui libèrerait le peuple élu du monde arabe, fut-ce au prix de nos vies et lorsque ma mère un beau jour accoucha de  jumeaux il s'écria : – Et de deux pour l'armée des lumières !Ce jour-là même l'amicale des Algériens en Europe vint féliciter ma mère. Ouaaaah !! Là j'ai compris !C'est précisément ce jour là que je suis devenu Palestinien, malgré moi, quand j'ai compris que mon père n'était pas ce nuage sans consistance, cet amateur des ombres, cet anonyme aux goûts futiles, mais un aspirant à la quête de la dimension humaine. Il cherchait ça... la dimension humaine des choses... il cherchait l'homme nouveau sans le savoir.On sait ce qu'il est  advenu de ce pauvre peuple. Les peuples frères ! – Mon cul, a dit mon père !Il disait "TOZ". Longtemps après tout cela il s'est tu, sa détresse s'est tue la mienne avec.                  Nous, ses enfants, sommes devenus les militants frivoles d'une flopée d'idéaux mort-nés qui nous ont conduits de l'Amérique latine en Afrique du sud... des plaines racistes du Texas.... aux montagnes du Tibet et de l'Irlande au Moyen-Orient  et de plus en plus loin à cause du quotidien, ce malheur endémique. Touristes sincères de la cause des frères, on s'est éteints à notre tour.Rien ne nous est apparu fluide.Et quand à la Palestine jamais l'idée nous a semblé si "caduque".Nous attendions du monde arabe qu'il redresse cette moitié de nous trop longtemps affaissée mais pas la moindre lueur de modernité.Rien à l'horizon... et bien qu'à l'agonie il s'échine à penser qu'il est un grand peuple uniforme et compact. Il oublie qu'il est comme toutes les civilisations : épars, fragmenté, multiple et chaque portion se charge d'éradiquer l'autre au nom de la sacro sainte idée de dieu .Les peuples arabes accomplissent ce miracle qui fait que les minorités dominent. Ils font les femmes fantômes et les jeunes aigris. Hier l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte aujourd'hui la Syrie assassine ses gosses comme ce roi d'un autre temps qui fit égorger nombre de nouveaux nés pour s'assurer une destinée éternelle. L'éternité, l'éternité encore ce rêve maudit...En attendant aujourd'hui pour croire en moi, pour me trouver et léguer à mes enfants la dimension humaine des choses... je suis en ce moment... encore un peu français.

Le 30 septembre 2013 à 10:54

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Rémi Lorrain, 10e secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'année 2013. Aujourd'hui le 1er secrétaire, Alexandre Vermynck.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ?En 2007, alors en 3e année de droit, lors de la diffusion du documentaire « Avocats d’urgence » sur France 3. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?A l’image du monde selon David Lynch : « cruel en surface, cinglé à l’intérieur ». Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ?Gustave Charvet car il m'a offert une bouteille de vieille prune pour fêter mon élection. Comment s'est passée votre première Berryer ?Mal, j'avais bu la bouteille de vieille prune quelques minutes auparavant. N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ?La Conférence, parfois appelée « Ecole de guerre du barreau », est une école de l’éloquence et apporte une formation inégalée en pénal. Quant à la Conférence Berryer, elle pourrait certes paraître, de prime abord, plus futile mais elle est un véritable rendez-vous mensuel avec l’improvisation. Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Tous. Je suis "conflicté". Imaginez une Berryer dans le métier des pompes funèbres.C'est déjà un peu ça la Berryer : le candidat est déjà mort lorsqu'il monte dans la voiture avec nous ; il se fait ensuite transporter au centre de la scène pour qu'on parle de lui une dernière fois pendant une heure et quand on l'a enterré, on n'entend plus parler de lui. Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

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