Les bonus de la saison
Publié le 28/08/2017

Kery James : faire se rencontrer les deux France


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Rond-Point – Kerry James, pourquoi aujourd'hui écrire et interpréter une pièce de théâtre ?
Kery James – Je veux faire de À vif une pièce dont on ne ressort pas indemne, une pièce qui marque, bouleverse parfois et peut-être même change les choses. Peut-être même une seule. Une pièce importante, sociale, nécessairement politique mais pas politicienne. En d’autres termes, une pièce qui participe à la vie de la cité. Ce sont là les objectifs que je me suis fixés tout au long de ma carrière musicale et je ne saurais faire autrement dans le théâtre, la peinture ou le cinéma. Cette pièce a selon moi la capacité d’intéresser un très large public car elle raconte la rencontre entre ce que j’appelle les « Deux France ». « Deux France » qui ne se connaissent pas ou s’ignorent. « Deux France » qui se
méprisent parfois et qui continueront à avoir peur l’une de l’autre tant que seuls les médias et la classe politique
leur serviront d’intermédiaires.
 
Ces deux mêmes France que l’on va tenter d’opposer en 2017, lors des élections présidentielles. Il est une évidence que les mots d’ordre pour les prochaines élections seront la division, la stigmatisation et l’exclusion d’une partie des Français du sentiment d’appartenir à la Nation. Il s’agira d’une course pitoyable à la séduction de l’électorat de Marine Le Pen.
 
Cette pièce ne règlera certainement pas le problème, mais proposera quelque chose de fondamental à la cohésion nationale : un dialogue. Elle tentera de briser les idées reçues et de mettre en évidence la complexité de ces deux France que certains tentent d’opposer en les présentant comme deux blocs compacts et soudés dans lesquels
tout le monde vit et pense de la même manière.
 
C’est pourquoi tout au long de mon écriture, je me suis efforcé à ne caricaturer aucune de ces deux France. Les deux avocats se livrent tous les deux à une plaidoirie fortement argumentée et construite. Je n’ai pas cherché à favoriser une opinion plutôt qu’une autre. Ma conviction intime étant que tous ensemble nous pouvons
parvenir à améliorer la situation des banlieues en France et le vivre ensemble.
 
En 2012, je me suis produit au Théâtre des Bouffes du Nord pendant trois semaines. Accompagné d’un clavier et d’un percussionniste, j’y ai interprété les titres les plus marquants de ma carrière. Le public amateur de rap dans une forme plus habituelle n’a pourtant pas boudé le concept, au contraire. Il s’est retrouvé mélangé au public habituel du Théâtre des Bouffes du Nord et aux curieux, qui ne connaissaient pas mon répertoire. En raison du sujet évoqué, en plus du public habitué à fréquenter les théâtres, À vif attirera des spectateurs qui habituellement n’y viennent pas car ils le jugent, à raison selon moi, trop abstrait et éloigné de leur réalité.
 
Les deux France se rencontreront au théâtre, dans le réel et peut-être même, échangeront. Ce sera déjà un petit pas vers le vivre ensemble. Les montagnes sont faites de petites pierres.
Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Kery James

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Le 6 septembre 2013 à 18:39

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Nicolas Pottier, 3e secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'années 2013. Aujroud'hui le 3e secrétaire, Nicolas Pottier.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ? Assez récemment pour finir : il y a deux ou trois ans, lorsque j'ai voulu présenter la Conférence, la vraie : la Conférence des avocats au Barreau de Paris. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?La rencontre jouissive de deux masos et de douze sadiques. Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ? Tous et aucun.    Comment s'est passée votre première Berryer ? Ceux qui vous diront qu'ils s'en souviennent mentent : nous avions tous trop bu... N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ? Finalement, que vous auront apporté ces conférences ?Les conférences Berryer ne sont qu'un des aspects de notre mandat. L'essentiel est ailleurs, dans les missions pénales criminelles. Mais les Berryer compensent la pesanteur de ces missions par un peu de légèreté.  Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Xavier Nogueras. C'est un authentique fou, incontrôlable, magnifique. Qui aurait l'idée de le défendre ! Personne n'oserait l'attaquer ! Imaginez une Berryer dans le métier des ambulanciers...Une course de stock-car entre douze ambulances et deux civières. Un médecin-chef qui passe après la bataille et, comme il se doit, tire sur les ambulances. Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

Le 12 juin 2012 à 10:37

Thierry Illouz : jeter sa robe d'avocat aux orties ?

Avant la lecture de son texte par François Morel

François Morel va lire "A ma troisième robe", texte témoignage de l'avocat et écrivain Thierry Illouz qui plaide pour la défense des assassins, des pédophiles, des dangereux récidivistes, des malades inguérissables, ceux qu’il faudrait à tout jamais exiler de l’humanité. Entretien avec Thierry Illouz Tu es à la fois écrivain et avocat. Est-ce que tu avais mis une séparation entre ces deux activités ou est-ce qu’elles étaient reliées ? Au départ je les pensais séparées, verrouillées  je voulais les tenir le plus éloigné possible et puis petit à petit elles se sont mises à se croiser à s’interpénétrer, à se nourrir l ‘une de l’autre. Je crois que c’est la vérité des choses, nous sommes indivisibles, et surtout l’écriture est une activité vampire qui fouille nécessairement dans toutes nos expériences pour y trouver sa substance même. Qu’on le veuille ou non.   Comment as-tu réagi à la proposition que nous t’avons faite d’écrire une conférence sur ton métier – et en particulier sur tes plaidoieries pour ceux qu’on appelle des “monstres”? D’abord j’ai redouté ce rapprochement total entre les deux activités.  il fallait à nouveau prendre les gants pour défendre ceux que je refuse de voir comme des monstres (ce n’est pas rien de pouvoir le faire par les temps qui courent), mais il fallait aussi cette fois parler directement de soi, parler  de son travail, de ses rencontres, de ses fatigues, il fallait ramener le réel sur la table. Mais les procédés de l’écriture, le dialogue avec ma robe, l’idée du lieu même du théâtre ont au contraire ramené le débat sur l’intime des sensations, sur l’histoire, sur le souvenir, sur les mots. Le réel est là, il est installé dans l’imaginaire.     Quel est le statut, pour toi, du texte que va lire François Morel, par rapport à tes autres écrits ? C’est un texte du dévoilement, tous les textes le sont, mais c’est aussi un texte de militant, de conviction. Est ce exactement du théâtre ?  C’est la question que je me suis posée et la réponse est sans doute que le théâtre est pour moi tout cela aussi : le verbe est une arme de conviction (le métier d’Avocat le sait). J’ai déjà parlé dans mes textes de la banlieue, de la dépossession,  du reproche social. Et le théâtre c’est aussi le lieu des cris, de la voix, du mouvement des corps, des costumes et des robes donc. J’y ai mis sans doute un peu tout cela plus frontalement au sens biographique que dans mes romans ou mes pièces, mais avec la même nécessité de dire, de parler aux gens. De tisser un moment. De le partager.   Tu l’avais lu toi-même il y a deux ans au Rond-Point. Comment ça s’était passé pour toi ? Et à présent qu’il est entre les mains de François Morel ? C’était un moment merveilleux d’intensité et terrible d’inquiétude, c’était plaider sans robe, sans protection, sans  filet. Mais j’ai appris ce qu'on ne peut comprendre que sur la scène (ce n’est pas  un tribunal, quoique...) : l’échange avec le public ( ce n’est pas un  juge, quoique...) ; le silence et la voix ; le vide au bord duquel les acteurs parlent. Et j’y ai connu la sensation d’avoir été entendu. Je ne voulais pas reprendre ce texte moi même, j’avais peur de ce qu’il contient de ma vie et que je ne peux me risquer à redire. Il faut que ce ne soit plus moi, il faut un personnage et si c’est François Morel ce sera forcément mieux que moi. Ce serait ça le rêve de toute écriture, soi et mieux que soi. La fiction c’est plus juste que la vérité et jouer c’est plus que vivre.   Alors, tu dis qu’un avocat n’use que trois robes dans sa vie. Alors ta troisième robe, ça se présente comment ? La deuxième  commence à montrer de sacrés signes de faiblesse, j’y ai découvert il y a quelque jours à l’audience un bel accroc ; il va falloir songer à prendre des mesures pour la troisième... à moins que je ne jette la seconde aux orties pour écrire. "La robe aux orties" c’est l’expression consacrée pour ceux qui quittent ce métier, je ne sais pas pourquoi les orties ?  Les blessures, les marques, les  brûlures peut être…   Propos recueillis par Jean-Daniel Magnin  

Le 14 février 2017 à 18:03
Le 27 septembre 2013 à 08:53

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Alexandre Vermynck, 1er secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'année 2013. Aujourd'hui le 1er secrétaire, Alexandre Vermynck.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ?Je ne sais plus. La dernière fois, en revanche, c'était il y quelques semaines, et on m'assurait qu'il s'agissait du prodigieux spectacle. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?La réunion de personnes à l'esprit suffisamment noir, critique, acide…oserai-je écrire : lucide! pour savoir, par exemple, distinguer en la belle au bois dormant une apologie de la nécrophilie. Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ?Tous. La dramaturgie de la Berryer leur confère un rôle qui m'interdit de dire le contraire. Vous verrez. Comment s'est passée votre première Berryer ?C'était étrange. J'obtenais des rires, mais aux mauvais moments. J'ai appris que j'étais drôle malgré moi. N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ? Vous semblez faire allusion à notre absence de rémunération. De ce point de vue, évidemment, la Berryer nous rapporte beaucoup moins qu'à vous. Mais ne me permettrait-elle que de fouler, le temps d’une soirée, les planches de votre théâtre, la Berryer me comblerait déjà bien assez.  Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Impossible de nous dissocier, nous sévissons en bande organisée.  Imaginez une Berryer dans le métier de la Banque.Un event exclusive mais relax, en mode wine & cheese, où anglicismes et fautes de liaison s'échangeraient sur le market contre des dérivés de contrepèteries. Besancenot y exposerait les vertus du communisme révolutionnaire, après quoi 12 banquiers lui répondraient, en substance: "Bravo ! vos idées sont excellentes! Appliquons-les! Tenez: vous essaierez de convaincre les riches de donner aux pauvres ; nous prendrons sur nous de persuader les pauvres de recevoir des riches !". Pour finir, Michael Douglas décocherait, pour les punir de leur cynisme, toutes les flèches des banques d'affaires sur les banquiers pénitents, leur offrant la rédemption dans le martyre (avis au public féminin : cette dernière scène ne doit être ratée sous aucun prétexte, mes frères de promotion étant tous plus beaux que le Saint-Sébastien de Botticelli). Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

Le 22 mars 2019 à 12:18

Tania de Montaigne : L'Assignation (extraits)

Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

Conférence-performance de Tania de Montaigne et Stéphane Foenkinos : "L'Assignation" On ne dit plus « race », on dit « origine », mais le principe est le même. « J’essaie de me souvenir du temps où je n’étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Ce temps où noire était un adjectif, pas un nom : une simple couleur. » Dans cette performance imaginée avec le metteur en scène Stéphane Foenkinos, la romancière et journaliste Tania de Montaigne revendique le fait de pouvoir dire « noir », « jaune », « juif » et – quoiqu’en pensent les identitaires de tout poil – le droit de s’interroger sur ce qui nous fait français : « être français, c’est être le protestant qui a été découpé à Paris comme celui qui l’a massacré, c’est être le juif qui est mort à Auschwitz comme celui qui l’a livré, c’est être le noir qui est mort dans les bateaux comme l’esclavagiste. » Envisager qu’une personne ne soit déterminée que par sa couleur, et pas du tout par l’endroit où elle vit, la langue qu’elle parle, l’histoire qui l’a construite, n’est qu’un tour de passe-passe idéologique. Comme si la nature, plutôt que la culture, nous définissait malgré nos expériences singulières. Libre adaptation du livre "L'Assignation" (Grasset), de Tania de Montaigne.Mise en scène : Stéphane Foenkinos. Avec Tania de Montaigne, Stéphane Foenkinos, Livio, Florence Maury, Joseph Truflandier. Productions 984. Programmé le 5 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point Captation Léo Scalco, Sarah Mei-Chan

Le 29 mars 2019 à 16:17

Mother Lasseindra Ninja : legend queer du voguing parisien

Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

Mother Lasseindra Ninja, legend queer du voguing parisien. « Si un blanc vient dans un ball, il ne va voir que des noirs, ce sera lui la minorité.»Transgenre, Laseindra quitte sa Guyane natale et s'épanouit dans les ballrooms (salles de bal) de Harlem où les afro-américains LGBT ont créé leur propre communauté autour de confréries hiérarchisées (les Houses) et de rituels dansés codifiés (les Battles). Le voguing y fait fureur depuis les années 80, une danse qui radicalise jusqu'à la transe un imaginaire tiré des pages glacées des magazines de mode et de la gestuelle des défilés où les corps sans défaut se doivent d'être blancs. Affirmer sa personnalité profonde, se rire des canons du glamour chic, transmuter l'humiliation coloniale et les traces laissées par l'esclavage avec une chorégraphie acrobatique hypersensuelle : le voguing est politique par la joie des corps et l'amitié entre ses membres. Arrivée à Paris, Lasseindra écume boîtes et afters, jusqu'à croiser son double, Steffie Mizrahi, « elle » aussi initiée aux ballrooms new-yorkais. Les deux futures Mothers acclimatent les House américaines dont elles font partie en Île-de-France. Les voilà devenues légendaires, avec de très nombreux Children. Le feu allumé ne s'arrêtera plus. Programmé le 15 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point. Captation Léo Scalco, Sarah Mei-Chan

Le 19 mars 2015 à 09:50

Avis aux étranges pas d'ici

Vrai,il y a beaucoup trop d’étrangers dans le monde et pas assez d’iciPREUVES :Les mille-pattes ont 998 pattes de tropLes grenouilles ont les pieds palmés, en seront disqualifiées.Les martinets sont en excès de vitesse autoriséeLes termites piquentLes poissons n’ont pas les yeux en face de nousLes anguilles sont en trouLes coquillages sont en voie de dissolution avancéeLes autruches ont un long long cou de bambouGirafes même tonneau d’en hautLes cucurbitacées tout le contraireHé, les gnousAssez de ces troupeaux de you !Hou !Les crabes ont la peau dure et en plus ils sont chauvesLes rhinolophes zéro cheveux non plusLes scarabées ils sont horodatésLes scorpions-cafards des horrifiques et ratésLes requins-marteaux sont fous de nouspas nousCétacés très périmésmal bien barrésTranchons leurs six bras aux pieuvres et huit aux araignéesLes renards et les belettes savent plus rien nous chanterLes popotames marigotent dans la pataugasseLes paresseux pendouillent comme des cheveux       Les fouines fouinentLes escargots escargassentLes gros noirs font la fêteLes petits gris font la têteLes singes ont un visage simiesqueLes humanoïdes sont lividesLes autrichiens sont des chiensLes belges parlent pas tous françaisLes wallons, salauds de salonLes zimbabwéens même pas australiensLes bocheux, comprend rienLes jivaros n’ont que notre peau sur leurs osJe hais les cambodgiens qui n’ont pas notre nez épatant(Pas tant que ça au fait)D’ailleurs, d’ailleurs, d’ailleurs tous ces gens sont d’ailleursLes terre-adéliens sont videsLes indonésiens croient en tout sauf en moiOn n’est plus chez vousPassez notre chemin !« Tu » me tuesVous : s’en foutPass your pathLes de ma ville sont des fillesDu village, rancis sur pattesMes amis sont mes ennemisMa famille s’appelle EmileLa cousine pue des mainsMaman, les pieds platsMarcel a des aissellesMoi aussi plus m’sentir (extrait de 22, Placards !, éd.Æncrages, 2014) Avant, arrière, latéral, j’aime les travelings. Particulièrement appliqués au champ littéraire, comme dans le magnifique Autour de Vaduz de Bernard Heidsieck https://www.youtube.com/watch?v=CUPuZzPaFJM , traveling arrière et circulaire qui, par vagues concentriques et sonores, parties de ce trou noir du paradis fiscal préféré des riches allemands et autrichiens, étend son blanchiment aux confins de la planète. C’est sans doute aussi pourquoi, et plus encore pour son bon sens apparent, je suis resté fasciné par cette sortie du sieur Le Pen, le 13 février 1994 sur Antenne 2 : «  J’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnues et des inconnues que des ennemis. Par conséquent j’aime mieux les Français, c’est mon droit. J’aime mieux les Européens ensuite. Et puis ensuite, j’aime mieux les Occidentaux. » Eh oui, l’autre est bien étrange, et l’étranger plus encore ! Cette phrase, qui nous frappe d’un bon bon sens, apparemment irréfragable, pose pourtant évidemment question. Car le sens de nos vies n’est pas de nature géographique, déterminé par notre seule situation dans l’espace, et imperméable à nos choix propres. Sans quoi je serais tenu de me sentir moins en affinité avec cet Inuit, qui est devenu mon ami, qu’avec mon voisin facho. Et de Tintin, si loin du Tibet, ne pourrait surgir ce cri, si proche qu’il en est pour ainsi dire à l’intérieur de lui-même, dans un rêve : « Tchang ! » (Tintin au Tibet, p.1.) Attaquons maintenant le texte lepénien sur son versant formel. Au bout du zoom, poussé à son terme, il y a bien sûr : « ce que j’aime moins que tout, ce sont les non-Occidentaux. » Et lorsqu’on le ramène à son origine, ab absurdo et ad absurdum, il ne peut y avoir autre chose que : « j’aime mieux moi. » Permettre à chacun d’intégrer qu’existent d’autres moi que moi, c’est précisément l’objectif de l’éducation. Il permettra la vie en société, en civilité, une « civilisation ». Une société dont des membres de plus en plus nombreux arrêtent leur évolution sur un moi pétrifié est en marche vers l’incivilisation. Et peut-être, au grand dam de Desproges, n’y aura-t-il plus que des étrangers dans le monde ?

Le 6 mars 2015 à 14:52

Oh l'autre, il respecte tout le monde

C’est vrai, je respecte tout le monde. Je respecte les Amish parce qu’après tout, je suis d’accord avec eux, ça a été trop vite, on a perdu des choses du passé, ce qui explique la montée du FN, si la France était Amish, y’aurait pas Marine le Pen. Je respecte le fait que le prophète soit hétérosexuel, même si j’ai des amis musulmans qui couchent avec des garçons. Je respecte le fait que François Hollande n’aime pas la Culture, ça permet de rêver à Juppé en Malraux. Je respecte monsieur Poutine et monsieur Assad qui se respectent mutuellement. Je respecte mon marchand de journaux qui refuse de vendre une pile de téléphone à un Arabe parce qu’il ne parle qu’anglais (même si je traduis). Je respecte l’extrémiste qui a tué Rabin, il faut se mettre à sa place, la paix ça lui aurait gâché le boulot. Je respecte Marine Le Pen qui ne dit pas que des conneries, sauf en économie, en culture, en immigration, en religion, en politique, en botanique elle est pas mal. En échange, je veux juste que ces gens me respectent, parce que, comme matière, j’ai choisi de faire droits de l’homme et siècle des lumières. Pour moi, une des plus belles dates, c’est le 9 décembre 1905. L’autre, on le respecte, à condition qu’il nous fasse pas chier. C’est vrai, quoi, le respect, ça devrait être une activité à plein temps. Moi, le respect, j’en crêve quand l’autre me marche dessus. Mais je continue. J’ai pas trop le choix. Ma femme me dit que je suis un démocrate. Et moi, je respecte beaucoup l’opinion de ma femme parce que je l’aime et j’irais jamais dire du mal de quelqu’un que je respecte et qui pourrait me buter. Ce serait un manque de respect envers notre amour. Non ?

Le 12 mars 2014 à 12:25

Magyd Cherfi : "Longtemps j'ai eu peur de ce que j'avais à dire"

Trousses de secours : la crise du travail

"J'écris pas, je burine dans la roche des falaises": boxeur littéraire issu du mythique groupe Zebda, Magyd Cherfi vient dire au Rond-Point le 28 mars son travail de longue haleine avec les mots.   – Largement connu comme auteur et compositeur de Zebda voilà que l'écrivain en vous se réveille...– Effectivement, c'est après l'âge de quarante ans que j'ai en quelque sorte assumé d'écrire autre chose que des chansons... longtemps j'ai eu peur de ce que j'avais à dire, ma plume me portait vers un déshabillage de ma vie intérieure, elle me suppliait d'ouvrir le rideau et de laisser voir des "hontes", des "aveux", des méchancetés salvatrices... presque une trahison de mon âme et des miens. L'arabe en moi disait "gare !" et le français "ose !"Une voix me disait "va plus loin ! si t'écris, pas de fanfaronnades littéraires ou de simagrées stylistiques, mets tes couilles sur la table, l'écrit ne vaut que s'il dérange le petit confort des rimailleurs, allez Magyd donne voir quelque chose d'utile ou de bandant, éclaire ton lecteur  éclaire ton âme aussi pour que s'ouvrent des voies nouvelles ..."Voilà j'ai eu peur longtemps et puis j'ai relativisé . – Le travail de parolier et celui d'écrivain sont-ils semblables ou au fond différent ?– Le travail de parolier est plus synthétique, il impose le raccourci, encourage la métaphore. Il exige l'art de l'ellipse et par là même il esquive le trop plein de description. Il demande qu'on reste sur un même rythme, un même thème, presque un même lieu, j'allais dire la fameuse théorie de théâtre "en un jour en un lieu, un seul fait accompli" etc. Donc la chanson dite "pop" doit être courte, explicite et surtout liée à un support musical qui doit la servir et non pas le contraire. Quand on écrit une chanson, il nous faut penser au fait qu'elle sera chantée et donc on se doit de lui trouver des mots, des consonances agréables à l'oreille... par exemple l'utilisation du mot "amour" fonctionne plutôt bien ...sauf quand on est un groupe et là s'élabore un travail d'écriture collective et j'ai beaucoup utilisé le "on " plutôt que le "je"... beaucoup usé des thèmes sociaux ou sociétaux et mis à l'écart l'intime ou le privé.En ce qui concerne le travail d'écrivain, on sait qu'on aura affaire à un lecteur qui lira isolé, choisira d'ouvrir un livre et est donc susceptible d'un effort plus singulier, il nous faut donc si j'ose dire "le travailler au corps", en ne lui donnant pas les clés du dénouement de manière trop rapide ou explicite. On doit prendre le temps de le baigner, de le mettre en doute, de lui faire peur, de lui expliquer plus profondément la raison qu'il a eu d'ouvrir la page nouvelle... Le travail de l'écrivain est une oeuvre de patience le lecteur n' a pas de délais, il peut lire d'un trait comme en dix fois sans pour autant perdre le fil... – Vous dites "cogner sur la roche des falaises pour en extraire vos mots"... Est-ce physique d'écrire, avez vous vos coups de grisou ?– J'allais dire que je n'ai connu que des coups de grisou car à chaque fois il me faut éviter la gratuité d'une thématique. Chaque phrase est une violence car elle doit faire sens et faire sens pour moi c'est être à dans la justesse de moi-même et il arrive que je m'égare et me prenne pour un personnage que je ne suis pas. Même dans la version fictive, le héros doit faire corps avec ma réalité sans toutefois se confondre. Etre dans le vraisemblable et le sublimer voilà ma quête, ma difficulté. Je pilonne pour extraire la matière première et je martèle encore pour débarrasser les impuretés. C'est vrai que je transpire et me sens souvent comme un ouvrier des mots car ils ne me sont pas dociles, je n'ai pas cette évidence là, je suis plutôt l'apprenti qui retourne dix fois l'ouvrage.    

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