Nos disques sont rayés
Publié le 24/01/2017

Rachida El Azzouzi : Sonnons l'alarme !


Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

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Rachida El Azzouzi, journaliste à Mediapart
Sonnons l'alarme ! Trois jours après l'investiture de Donald Trump, Mediapart propose cette soirée exceptionnelle pour comprendre et résister au nouvel ordre international qui se profile. Alors qu'en Europe, nos libertés sont attaquées, sous couvert de la lutte contre le terrorisme ; alors qu'en Turquie, une répression massive frappe la société ; qu'en Russie, le régime Poutine s'enfonce dans l'autoritarisme ; que la guerre se poursuit en Syrie, qui déstabilise toute la région, il est urgent d'en appeler aux nombreuses dynamiques venues des sociétés et de les soutenir. Cette soirée s'organisera en deux temps : crises françaises et crises mondiales.

Animée par Edwy Plenel, avec la participation des journalistes de Mediapart, cette soirée rappelle aussi combien, en ces temps de fractures et de régressions, un journalisme indépendant est indispensable. 

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Retrouvez sur ventscontraires les podcasts et vidéo des différentes éditions du festival "Nos disques sont rayés". Un festival de mutineries, de rires et de réflexions pour s’élever au-dessus des blocages français – qu’ils soient politiques ou sociétaux, avec la montée des craintes et des extrémismes qui les accompagne.

>Edition #4 février 2020 : Réparer le monde
Quinze jours de débats, performances et conférences pour ouvrir les yeux sur ce que l'avenir climatique nous réserve :épuisement des ressources, déséquilibre climatique, dictature de l’intelligence artificielle... Mais comment négocier l’avenir après l’effondrement général ? On fêtera même la naissance d’une nouvelle science : la collapsologie. Après la fin du monde, on fait quoi ?

>Edition #3 février 2019 : Issue de secours, la périphérie ?
Quinze jours de débats, performances et conférences pour renverser notre vision sur la banlieue, les marges, les « territoires ». Disputes, engueulades et rires salutaires : quand les démocraties vacillent sous le poids des inégalités, il est temps de prendre la parole, de débattre, de sortir des entre-soi. « Acceptons-nous que l’Europe se construise loin de ses citoyens ? Aimons-nous cette France à plusieurs vitesses, l’hypocrisie apartheid et tant de zones oubliées qui ruminent en silence ? » demande l’organisateur Jean-Daniel Magnin, directeur littéraire des lieux. À la veille des élections européennes, le Rond-Point ouvre les issues de secours côté banlieue. Il s’agrandit à tous les publics, aux talents qui débordent, pour un festival citoyen des périféeries urbaines.

>Edition #2 janvier-février 2018
Nos disques rayés plus intimes, ceux qui viennent tourner insidieusement en boucle dans nos têtes et font bégayer de magnifiques mots comme égalité, liberté d’opinion, transparence, justice, laïcité, fraternité, démocratie, mots que nous revendiquons toujours mais qui sont entravés, tenus en laisse, dévoyés de leur élan premier. Ce qui nous révolte et nous accable, nous entraîne dans un monde que nous n’avons pas choisi.

>Edition #1 janvier-février 2017
Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ?

 

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Le 1 juin 2015 à 10:20

Une chose qui n'a pas le moindre mot pour la nommer

Una cosa che non ci stanno nemmeno le parole per dirla*

Si la guerre des cerveaux commence… nous sommes tous désarmés. Voilà ce que me dit Gianni. Et en fait il a raison. Des mots manquent. Et quand des mots manquent pour dire les choses, ces choses disparaissent.J'étais à Pescara pour mon travail. Je l'ai su au matin car pendant la nuit j'avais éteint mon portable et quand je l'ai rallumé j'ai vu qu'à partir de deux heures, quand la chose est arrivée, jusque vers sept heures du matin, on n'avait pas cessé de m'appeler.Je me suis dit "Oh qu'est-ce qui se passe ? Une chose est arrivée à la maison ?" J'ai appelé ma sœur. Qui décroche… et me dit "écoute, reviens tout de suite parce que…" et moi j'étais justement avec un ami et elle me dit que la femme de cet ami a eu un accident. "Mais ne lui dis rien à ton ami. Revenez tout de suite parce qu'elle s'est fait… mal! Elle s'est fait mal mal. Elle va pas très bien."Et moi, eh bien j'ai réconforté le pauvre garçon… mon ami, pendant tout le voyage.Mais à lui, ils lui avaient dit "ça n'est pas ta femme, c'est le fils de Gianni… ils l'ont tué."Pendant tout le voyage de Pescara à Naples il m'a laissé le consoler, vu ?, sans rien dire.Une fois arrivés à Naples, je lui dit "allons voir ce qui est arrivé à ta femme, d'accord ?" et là juste au dernier moment il me dit "écoute Gianni, sois fort parce qu'un policier a tué ton fils."A deux heures d'une nuit de septembre il y a  huit mois dans la banlieue de Naples, une voiture de police a percuté une mobylette avec trois gamins en selle. Un agent descend et tire, un coup un seul, il tue un gamin de seize ans. Le flic aurait trébuché c'est comme ça que serait parti le coup. Mais pourquoi son flingue était-il armé ? Les policiers ont dit qu'ils étaient à la poursuite d'un fuyard, qu'il y a une loi qui date des années soixante-dix, les années de la lutte armée en Italie, on peut faire la ronde avec l'arme prête à tirer. Mais sur la mobylette il n'y avait pas des mafiosi en fuite. Il y avait trois garçons qui roulaient vers une salle de jeu. Ils roulaient tous les trois sans casque, mais la peine de mort n'est pas prévue pour ce type de délit.Alors je vais chez la famille Bifolco. Je parle avec les frères de David, avec les  amis et puis avec Gianni le père et Flora la mère. Ils habitent dans une cave illégalement transformée en appartement.Et pourquoi est-ce qu'il vivent dans un appartement illégal ? C'est Gianni qui me répond, le père de David.En 1982 j'ai fait une demande pour avoir un appartement pour jeune couple, on venait d'avoir un enfant, Tommaso, né en 82, au mois de mai.J'ai enfin eu droit à un appartement pour jeune couple en 93.Je vais voir ce logement qui était en construction… je suis entré et j'ai vu une famille pleine d'enfants… la chose que je devais faire c'était pratiquement la guerre des pauvres. Je devais mettre dehors cette femme avec tous ses gosses. Je ne me suis pas senti de faire ça.Et pour ne pas faire la guerre entre pauvres, ils ont construit un petit appartement dans une cave et ont été condamnés à 8 mois de prison pour ça, lui et sa femme Flora. Depuis trois autres enfants sont nés. Leur fille vit toujours avec eux, avec son compagnon, avec une fillette et un bébé en route. Elle travaille pour l'Etat italien. Gagne 150 euros par mois pour servir dans une cantine scolaire. Son mari est au chômage.Je passe un jour entier chez eux. Ils m'offrent un plat de spaghetti à la tomate et basilic. Gianni me demande tu bois du vin ? Tu veux que j'envoie quelqu'un en acheter ?Oui j'en bois, mais je ne veux pas qu'il dépense un sou pour moi. Et parce que je me rends compte qu'au milieu du repas il n'y a plus de pain et lui, en le regardant à peine, dit au mari de sa fille d'aller en acheter un autre. Pour ces gens qui vivent au-delà de la fin du monde, la dignité est l'unique salut.Après le café Gianni insiste auprès de sa femme Flora. Il veut qu'elle aussi parle du fils qu'on leur a tué.Je lui dis que je voudrais recueillir une belle histoire. Une chose belle dont elle se souvient. Et Flora me dit ces beaux souvenirs, c'était les baisers qu'il me donnait sur la bouche.C'était les souvenirs les plus… lorsqu'il me prenait dans ses bras, me faisait tourner et puis soudain je perdais l'équilibre et lui me maintenait pour ne pas tomber. Il me saisissait par derrière parce qu'il était joueur, c'était un gamin qui adorait la vie.Ensuite elle raconte la nuit où ils l'ont tué. Qu'il était venu vers 11 heures et demi.  Venu mettre une veste et moi je lui disais "reviens vite, ton père n'est pas là" et lui répond "bien bien, je dors avec toi, prépare-moi mon pyjama."Je lui ai préparé le pyjama. Je l'ai mis à la place du père… que j'attendais.Un peu plus tard vers une heure et demi deux heures… à deux heures une femme m'appelle… j'étais là… j'étais là j'allais me déshabiller, j'étais en train de me mettre au lit.Un coup de klaxon… tût… tût… tû… une femme "madame, madame, David est tombé sur une patrouille" le temps de me mettre quelque chose sur le dos, que je m'habille, j'ai pris mes papiers et les siens et je suis partie en courant.J'arrive en courant sur la place et je trouve mon fils mort par terre.Les policiers étaient à côté et je leur disais "qu'est-ce que vous avez fait ? Qu'est-ce que vous avez fait?"Personne ne répondait.Je me suis agenouillée près de mon fils et je criais "David, David, David" et il ne me répondait pas. J'ai compris tout de suite qu'il était mort.Nous sommes sans armes, a dit Gianni Bifolco. La guerre des cerveaux a commencé, et un cerveau nous n'en avons pas. Il nous manque les mots. Mais pas seulement à nous. C'est ce que m'enseigne Gianni quand il me dit que s'il demandait au policier qui a tué son fils "pourquoi tu as fait ça ?"… ce policier ne saurait pas répondre. Il me dit qu'ici nous restons comme Hitler, non ? Ils ont tué les gens dans des camps de d'extermination, non ? Et je suis convaincu que si tu leur demandes "pourquoi tu as fait ça ?" ils ne pourrons jamais te répondre. Ils ne te répondront rien, parce qu'ils ne le savent même pas eux-mêmes, vu ?Et moi je voudrais trouver quel policier m'a tué mon fils. Je voudrais le voir de près et lui dire "toi… quel était le mobile ? Allez sors tes couilles! Dis-le!" Lequel a dit qu'il a trébuché et que le coup est parti. Ou alors qu'il pensait poursuivre un fuyard. Enfin bon même lui ne sait pas pourquoi il a tué un enfant de seize ans.Voilà cette chose c'est la pauvreté. Une chose qui n'a pas le moindre mot pour la nommer.   Traduit de l'italien par Jean-Daniel Magnin ____________________________________ * Se scoppia la guerra dei cervelli… siamo tutti disarmati. Così mi dice Gianni. E infatti è vero. Gli mancano le parole. E quando mancano le parole per dire le cose, anche le cose scompaiono.Mi trovavo a Pescara per lavoro. L’ho saputo la mattina perché durante la notte avevo il cellulare spento e quando l’ho acceso ho visto che dalle due, quando è successo il fatto, fino alle sette del mattino in continuazione m’erano arrivate le chiamate.Ho detto “e che è successo? Qualcosa a casa! Ho chiamato e mia sorella. Mi ha risposto… mi ha detto “guarda, scendi subito perché…” …che io stavo con un altro amico.Mi dissero che la moglie del mio amico aveva fatto un incidente. “Però non dirgli niente all’amico tuo. Scendete direttamente perché questa si è fatta… male! Si è fatta male male. Non sta tanto bene”.E io, cioè, ho confortato il ragazzo… l’amico mio, tutto il viaggio.Però a lui gliel’avevano detto “non è tua moglie, ma il figlio di Gianni… gliel’hanno ammazzato”Durante il viaggio da Pescara a Napoli lui si faceva confortare da me, capito? Però non mi disse niente.Quando sono arrivato a Napoli, dissi “andiamo a vedere tua moglie cosa si è fatta, no?” invece, poi, alla fine mi disse “guarda Gianni, fatti forza perché un carabiniere ha ammazzato tuo figlio”.Alle due di una notte di settembre di otto mesi fa in un quartiere periferico di Napoli, una macchina dei carabinieri sperona un motorino con tre ragazzi a bordo. Un’agente scende e spara un colpo, uno solo, e ammazza un ragazzo di sedici anni. La guardia dice di aver inciampato e per questo è partito il colpo. Ma perché la sua arma era senza sicura? I carabinieri dicono che stavano cercando un latitante e per una legge degli anni settanta, gli anni della lotta armata in Italia, si può girare anche con l’arma pronta per uccidere. Ma su quel motorino non c’erano camorristi latitanti. C’erano tre ragazzi che andavano in una sala giochi. Ci andavano in tre senza casco, ma non è prevista la pena di morte per un comportamento del genere.Allora vado a casa della famiglia Bifolco. Parlo con i fratelli di Davide, con gli amici e anche col padre Gianni e con la madre Flora. Vivono in una cantina occupata per farci un appartamento abusivo.E perché vivono in una casa abusiva? Mi risponde Gianni, il padre di Davide.Nel 1982 ho inoltrato la domanda per avere un alloggio come giovane coppia perché avevo già un bambino, Tommaso, che nacque nell’82, di maggio.Nel lontano ’93 mi hanno assegnato un appartamento come giovane coppia.Vado a vedere questo alloggio che era in costruzione… sono andato dentro e ho visto una famiglia piena di bambini… cioè la cosa che io dovevo fare praticamente era la guerra dei poveri. Io dovevo buttare fuori a questa signora con tutti quei figli. Io non me la sono sentita.E per non fare la guerra tra poveri si costruisce un piccolo appartamento in una cantina e si prende una condanna di 8 mesi di galera per questo abuso, lui e la moglie Flora. Nel frattempo gli nascono altri tre figli. La femmina vive ancora con lui insieme al compagno, una bambina e un altro figlio in arrivo. Questa figlia lavora per lo Stato italiano. Guadagna 150 euro al mese per servire i bambini in una mensa scolastica. Il marito è disoccupato.Ci passo un giorno intero a casa loro. Mi offrono un piatto di spaghetti col pomodoro e il basilico. Gianni mi chiede bevi il vino? Vuoi che lo mando a comprare?Io lo bevo, ma non voglio che spenda altri soldi per me. Anche perché mi rendo conto che a metà del pranzo finisce il pane e lui, con mezzo sguardo, dice al marito della figlia di andare a comprarne dell’altro. Per questa gente, che vive oltre la fine del mondo, la dignità è l’unica salvezza.Dopo il caffè Gianni insiste con la moglie Flora. Vuole che parli anche lei del figlio che gli hanno ammazzato.Io le dico che vorrei raccogliere una storia bella. Una cosa bella che lei si ricorda. E Flora mi dice che i ricordi belli erano i suoi baci che mi dava in bocca.Questi erano i ricordi più… che mi prendeva in braccio, mi faceva girare e poi io all’improvviso perdevo l’equilibrio e lui mi manteneva per non farmi cadere. Per dietro mi pigliava perché era giocarellone, era un ragazzino che gli piaceva vivereMa poi mi racconta della notte che gliel’hanno ammazzato. Dice che  lui è venuto verso le 11 e mezzo. S’è venuto a mettere un giubbino e io dissi “vieni presto, tuo padre non ci sta”e lui disse “bello, bello, dormo con te, preparami il pigiama”.Io ci ho preparato il pigiama. L’ho messo al posto del padre… che lo aspettavo.Dopo un po’ verso  l’una e mezza due… le due mi chiama una signora… che io stavo… la per lì mi stavo a spogliare, mi stavo mettendo a letto.Una suonata di clacson… pi… pi…pi… una signora “signora, signora, Davide sta sotto a un posto di blocco” Il tempo di mettermi una cosa addosso, cioè mi sono vestita, ho preso i documenti miei e suoi e sono corsa.Quando sono corsa sul posto ho trovato mio figlio morto a terra.Ci stava la guardia vicina e ci dicevo “che gli avete fatto? che gli avete fatto?”Nessuno mi rispondeva.Io mi sono inginocchiata vicino a mio figlio e lo chiamavo “Davide, Davide, Davide” e non mi ha risposto. Ho capito subito che era morto.Siamo disarmati, dice Gianni Bifolco. Scoppia la guerra dei cervelli e un cervello non ce l’abbiamo. Ci mancano le parole. Ma non solo a noi. Me lo insegna Gianni quando mi dice che se chiedesse al carabiniere che gli ha ammazzato il figlio “perché lo hai fatto”… quel carabiniere non saprebbe rispondere. Mi dice che qua stiamo come Hitler, no? Hanno ammazzato la gente nei campi di sterminio, no? E io sono convinto che se gli chiedi “perché lo hai fatto?” non ti sapranno mai rispondere. Non ti risponderanno, perché non lo sanno nemmeno loro, capito?E io lo vorrei acchiappare a questo carabiniere che m’ha ammazzato il figlio. Lo vorrei prendere da vicino e dirgli “tu… quale è stata la motivazione? Almeno cacci le palle! Dillo!” Quello dice che ha inciampato e gli è partito il colpo. Oppure che pensava di inseguire un latitante. E insomma non lo sa nemmeno lui perché ha ammazzato un bambino di sedici anni.Ecco cos’è la povertà. Una cosa che non ci stanno nemmeno le parole per dirla.

Le 4 novembre 2011 à 18:54

Quel est ce sacré qui tremble devant le rire ?

Tribune publiée par le journal Le Monde le 4 novembre 2011

"Un peuple heureux n'a pas besoin d'humour", disait Staline qui en connaissait un brin sur l'humanité et ses besoins. Le stupide attentat dont Charlie Hebdo vient d'être victime nous montre donc que nous allons vers le bonheur, le vrai, celui débarrassé des rigolades obscènes, des fantaisies dadaïstes, et du rire de résistance. Nous avançons enfin, joyeux, la tête haute, nous lover dans le cocon protecteur de l'autorité propre, le glaive à la main, la croisade au coeur, la patrie au front, fiers de nos valeureuses valeurs retrouvées, suivant de plus en plus nombreux les fondamentalistes, les obscurantistes et autres éclaireurs du renouveau français, qui nous montrent le droit chemin de la marche arrière, vers ce paradis pétainiste perdu, heureux de savoir que Rodrigo Garcia, Romeo Castellucci, Cabu, Charb et les autres, seront probablement brûlés ou enterrés de nuit, en cachette, dans une fosse commune.Mais quel est donc ce sacré qui tremble devant le rire, que les artistes font vaciller ? Quelles sont ces religions que la moquerie fait s'effondrer ? Quel est ce Dieu qui est blessé par une liberté de création capable de le contredire ? Il n'existe que dans la tête vide de petits fascistes, trop contents de se transformer en templiers fous ou en djihadistes aveugles, dansant avec les rabbins du Tea Party qui pactisent avec les mouvements néonazis anglais. Tous ceux-là ne sont-ils pas les premiers ennemis du vrai Dieu, du Dieu de tous ? Celui qui a sans doute beaucoup ri en 1545, en découvrant la gravure de Lucas Cranach, montrant le pape chevauchant une truie, avec la légende de Martin Luther : "Tu veux avoir un concile ? A sa place, reçois ma merde !" Cette gravure ne fut ni brûlée ni détruite. C'est ce Dieu-là qu'il nous faut.Puisque la pièce Golgota Picnic, au Théâtre du Rond-Point, est la prochaine cible annoncée des sauveurs de la morale, qu'ils sachent qu'elle aura bien lieu malgré leurs menaces quotidiennes, que la scène sera remplie d'une pensée libre, s'opposant à leur raison close, que le vent soufflera dans tous les sens, à travers mais jamais à tort. Il n'y aura aux murs ni corps de martyrs torturés ni visages de suppliciés, pas des jeunes gens crucifiés pour nous rappeler le chemin du paradis et de l'enfer, mais seulement ce rire libertaire, trappe à bêtises et tueur de chagrin. Nous continuerons comme le souhaitait Aragon à creuser des galeries vers le ciel, mais pas celui noir et bouché où jouissent les intégristes.Bonne nouvelle pour finir, tout n'est pas foutu, il y a quelque temps, on a de nouveau érigé, square Nadar à Paris, la statue du chevalier de La Barre, brûlé le 1er juillet 1766 à l'âge de 19 ans, pour ne pas s'être découvert devant le Saint-Sacrement. > L'article sur le site lemonde.fr    

Le 16 mai 2016 à 14:59
Le 14 février 2017 à 18:03
Le 26 janvier 2015 à 09:56

Pardon ?

Article paru conjointement dans Le 1 n°41 "Que dire à nos enfants ?" du 28 janvier 2015

A présent, qu'est-ce qu'on fait ? Tout un pays qui se pose la question. Et nous dedans, des nuits à en parler, à remonter les fils de l'Histoire.Les yeux rouges elle a dit : la fermeté bien sûr mais il faut aussi demander pardon aux quartiers. Oui aux quartiers. Pardon?Pour tout ce qui a été mal fait et pour tout ce qui n'a pas été fait.Demander pardon !Oui c'est un mot si simple. Dès qu'on le dit tout est changé. Et une fois qu'on l'a dit plus besoin de le redire, la rancoeur est moins lourde, on peut se mettre à travailler tous ensemble.J'imaginais l'exécutif demander pardon aux quartiers. Non mais, les quartiers ça n'est pas les camps, on va où là ?Tu verras, ils n'ont pas le choix. C'est le moment. C'est la seule chose à faire.Et puis le lendemain le premier ministre a lâché le mot "apartheid". Apartheid territorial, social, ethnique. Il y a eu un grand silence. J'ai vu des visages s'éclairer d'un sourire, comme si l'injustice avait été enfin reconnue. Et d'autres se renfrogner : on n'est tout de même pas en Afrique du Sud ! Rien ne leur a été fait délibérément, aux quartiers ! En Afrique du Sud la séparation était inscrite dans la loi !Tu vois je t'avais dit, ils ont compris qu'il fallait aussi s'excuser.Alors deux autres mots m'ont traversé la tête. Transparence et réconciliation. Les deux mots que Mandela a sortis quand son grand pays cassé en deux s'est tourné vers lui en demandant : A présent, qu'est-ce qu'on fait ? On va tout se dire, même les choses les moins reluisantes, on va rassembler toutes nos histoires en une même Histoire, et puis on va arrêter d'avoir peur, on va se retrousser les manches et bosser tous ensemble.Transparence et réconciliation : et si c'était par ces deux mots-là qu'il nous fallait passer pour redonner vie et éclat aux trois grands mots rouillés qui patientent au fronton de nos mairies ? Cet article paraît dans le n°41 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 23 décembre 2010 à 12:00

Viktor Orbán plus rapide que "Poutluscozy"

Carte postale de Hongrie

Comment devenir Poutine en son pays quand aucun pétrole ne coule en Hongrie ? Comment régner tel un Berlusconi radieux sur l'ensemble des médias nationaux, Internet compris ? Légiférer dix fois plus vite que l'hyperprésident français ? Lancer la plus grande chasse aux sorcières depuis la chute du Mur et caser ses lieutenants à tous les étages du système ? Après son élection raz de marée en avril dernier, Viktor Orbán va si vite qu'il a laissé tout le monde sur le carreau : opposition, opinion publique, presse, chancelleries, Bruxelles... En huit petits mois seulement, le nouveau Premier ministre est en passe de devenir un autocrate exerçant un pouvoir absolu sur la Hongrie — en toute légalité. Fort de son emprise sur le Parlement à Budapest (sa machine de guerre, le Fidesz, y tient deux tiers des sièges), il a pu modifier à répétition la Constitution, pomper dans le gisement des retraites privées, faire placarder son credo nationaliste dans tous les établissements publics du pays, distribuer des passeports aux minorités hongroises des pays voisins, savonner le pouvoir de la Haute cour de justice, nommer un champion d'escrime à la présidence de la République et, par exemple, un ancien Hell's Angel des "Motard Goy" à la tête de Radio Petöfi, la meilleure station musicale du pays.Sur Radio Kossuth, le France Inter magyar, un journaliste a eu le courage de faire une minute de silence à l'antenne après avoir annoncé la création d'une Autorité nationale des médias et des communications (NMHH) contrôlée majoritairement par le Fidesz d'Orbán : tous les médias, publics comme privés, devront corriger des informations jugées erronées par la NMHH, sous peine de très lourdes amendes «pour manque d’objectivité politique». Depuis son acte héroïque, on n'entend plus guère le brave homme sur les ondes de Radio Kossuth, il doit être en train de songer à une reconversion radicale.Maigres protestations : plusieurs journaux sont parus mardi dernier avec une première page vide – mais la manifestation qui a suivi n'a rassemblé que 1500 personnes. Les Hongrois sont fatigués de la politique, et Viktor en profite pour courir sur d'autres dossiers. Par exemple l'éviction du metteur en scène Robert Alföldi de la direction du Théâtre National, après qu'un parti d'extrême droite ouvertement anti-rom et anti-juif a réclamé sa tête parce qu'il était "une pédale, un pervers, un Juif indigne du théâtre national" (> pétition internationale de soutien).Ah oui, encore une chose : la Hongrie prend la présidence tournante de l'UE au 1er janvier. Viktor sera au centre de la photo. Bonne et heureuse année en Europe !

Le 7 septembre 2010 à 15:52

La chasse aux Tziganes

Carte postale de Suisse

La misérable chasse aux Roms qui vient de débuter en France a fait remonter cette carte postale jaunie de mon enfance : Dring dring. – Bonjour Madame. – Bonjour les enfants. – C'est les timbres pour les orphelins. – Montrez-les-moi, oh ils ont mis de beaux oiseaux cette année...J'ai huit, neuf, dix, onze ans. Chargé d'une précieuse enveloppe matelassée de feuilles de timbres flambants neufs, je fais du porte à porte. Comme pas mal de gamins de mon âge, je suis volontaire pour aller vendre la nouvelle série de timbre "Pro Juventute" au profit des orphelins. En Suisse, on est dans l'humanitaire dès l'école primaire. Mais voilà, j'aurais dû me méfier des bergeronnettes, des huppes dorées, marmottes, écureuils et autres bleuets imprimés sur ces charmantes vignettes : nos petites mains participaient innocemment au financement d'une besogne entamée dès 1926 par le bon docteur Siegfried (un eugéniste proche des nazis et néanmoins notable respecté jusqu'à sa mort en 1972) : la chasse aux enfants tziganes. L'Œuvre en question s'appelait "Les Enfants de la grand route". Son but : sédentariser de force les gens du voyage, par le rapt de leurs enfants ensuite confiés à de "braves familles" ou enfermés dans des hôpitaux psychiatriques. Ou pire : par la stérilisation forcée. Je l'ai appris bien des années plus tard, à Paris, en lisant ahuri dans Libé le témoignage de Mariella Mehr, enlevée à sa mère quand elle n'était qu'un bébé. On était dans les années quatre-vingt. Le gouvernement suisse n'a pleinement reconnu ses torts qu'en 1999...  Désolé, cette histoire n'a rien de drôle, mais j'avais envie de vous en parler. J'étouffais dans mon pays d'origine, je commence à manquer d'air en France. Illustration : Les Enfants de la grande route, un film d'Urs Egger> lire l'article de Laurence Jourdan - le Monde diplomatique octobre 1999

Le 19 mars 2015 à 09:50

Avis aux étranges pas d'ici

Vrai,il y a beaucoup trop d’étrangers dans le monde et pas assez d’iciPREUVES :Les mille-pattes ont 998 pattes de tropLes grenouilles ont les pieds palmés, en seront disqualifiées.Les martinets sont en excès de vitesse autoriséeLes termites piquentLes poissons n’ont pas les yeux en face de nousLes anguilles sont en trouLes coquillages sont en voie de dissolution avancéeLes autruches ont un long long cou de bambouGirafes même tonneau d’en hautLes cucurbitacées tout le contraireHé, les gnousAssez de ces troupeaux de you !Hou !Les crabes ont la peau dure et en plus ils sont chauvesLes rhinolophes zéro cheveux non plusLes scarabées ils sont horodatésLes scorpions-cafards des horrifiques et ratésLes requins-marteaux sont fous de nouspas nousCétacés très périmésmal bien barrésTranchons leurs six bras aux pieuvres et huit aux araignéesLes renards et les belettes savent plus rien nous chanterLes popotames marigotent dans la pataugasseLes paresseux pendouillent comme des cheveux       Les fouines fouinentLes escargots escargassentLes gros noirs font la fêteLes petits gris font la têteLes singes ont un visage simiesqueLes humanoïdes sont lividesLes autrichiens sont des chiensLes belges parlent pas tous françaisLes wallons, salauds de salonLes zimbabwéens même pas australiensLes bocheux, comprend rienLes jivaros n’ont que notre peau sur leurs osJe hais les cambodgiens qui n’ont pas notre nez épatant(Pas tant que ça au fait)D’ailleurs, d’ailleurs, d’ailleurs tous ces gens sont d’ailleursLes terre-adéliens sont videsLes indonésiens croient en tout sauf en moiOn n’est plus chez vousPassez notre chemin !« Tu » me tuesVous : s’en foutPass your pathLes de ma ville sont des fillesDu village, rancis sur pattesMes amis sont mes ennemisMa famille s’appelle EmileLa cousine pue des mainsMaman, les pieds platsMarcel a des aissellesMoi aussi plus m’sentir (extrait de 22, Placards !, éd.Æncrages, 2014) Avant, arrière, latéral, j’aime les travelings. Particulièrement appliqués au champ littéraire, comme dans le magnifique Autour de Vaduz de Bernard Heidsieck https://www.youtube.com/watch?v=CUPuZzPaFJM , traveling arrière et circulaire qui, par vagues concentriques et sonores, parties de ce trou noir du paradis fiscal préféré des riches allemands et autrichiens, étend son blanchiment aux confins de la planète. C’est sans doute aussi pourquoi, et plus encore pour son bon sens apparent, je suis resté fasciné par cette sortie du sieur Le Pen, le 13 février 1994 sur Antenne 2 : «  J’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnues et des inconnues que des ennemis. Par conséquent j’aime mieux les Français, c’est mon droit. J’aime mieux les Européens ensuite. Et puis ensuite, j’aime mieux les Occidentaux. » Eh oui, l’autre est bien étrange, et l’étranger plus encore ! Cette phrase, qui nous frappe d’un bon bon sens, apparemment irréfragable, pose pourtant évidemment question. Car le sens de nos vies n’est pas de nature géographique, déterminé par notre seule situation dans l’espace, et imperméable à nos choix propres. Sans quoi je serais tenu de me sentir moins en affinité avec cet Inuit, qui est devenu mon ami, qu’avec mon voisin facho. Et de Tintin, si loin du Tibet, ne pourrait surgir ce cri, si proche qu’il en est pour ainsi dire à l’intérieur de lui-même, dans un rêve : « Tchang ! » (Tintin au Tibet, p.1.) Attaquons maintenant le texte lepénien sur son versant formel. Au bout du zoom, poussé à son terme, il y a bien sûr : « ce que j’aime moins que tout, ce sont les non-Occidentaux. » Et lorsqu’on le ramène à son origine, ab absurdo et ad absurdum, il ne peut y avoir autre chose que : « j’aime mieux moi. » Permettre à chacun d’intégrer qu’existent d’autres moi que moi, c’est précisément l’objectif de l’éducation. Il permettra la vie en société, en civilité, une « civilisation ». Une société dont des membres de plus en plus nombreux arrêtent leur évolution sur un moi pétrifié est en marche vers l’incivilisation. Et peut-être, au grand dam de Desproges, n’y aura-t-il plus que des étrangers dans le monde ?

Le 2 juin 2014 à 07:00

Et au lit, comment ça se passe ?

l'Edito

Le sexe. Marronnier des marronniers pour une presse en panique de lecteurs : « sexe chez les ados », « sexe et politique », « comment être un bon coup », « tendances et nouvelles pratiques »… Notre intimité fait vendre, comme si le voyeurisme des médias venait redoubler notre curiosité pour une guerre sans précédent menée contre le plus secret des continents, peut-être le dernier : notre fort intérieur. La traçabilité des vies, des désirs et des âmes est en cours. Et tout se met en place pour qu’il ne soit même pas nécessaire de faire voler des drones à taille de moustiques au-dessus de nos alcôves : les corps iront gentiment se publier eux-mêmes, les pratiques sexuelles s’homogénéiseront autour du scénario standard élaboré par une pornindustrie qui se rêve d’être considérée comme l’accomplissement mondial des philosophies libertaires. Jouissance obligatoire pour tous. Voilà le décor, version film catastrophe. Sauf que nos vies se foutent d’être ou non dans la bible de la série, vous ne croyez pas ? Au lit ça me regarde. Et je t’y regarde. Je bois ta tendresse et les mots qui vont avec. Je crève d’en manquer. Au lit, j’y meurs souvent comme une viande lourde écrasée par la journée. Je m’y consume aussi, offert aux petites morts de l’amour, du sommeil et des rêves. Mon lit est le dernier carré de forêt libre où rester magicien. Il n’est pas à vendre. Il est à partager.

Le 1 avril 2010

Florence Aubenas

Rire en pleine catastrophe

"Il faut commencer par se souvenir de l’Algérie en 2003, au moment où un tremblement de terre avait ravagé la moitié de la côte, entre Alger et Boumerdès, suivi par un torrent de boue qui avait submergé Bab-El-Oued, puis par une secousse qui avait fini d’anéantir les rares bâtiments encore debout. Les sauveteurs n’ont aucun matériel, même les pioches manquent. Ils sont à genoux et déblayent des montagnes de décombres avec leurs ongles. Des cris, des appels percent parfois sous les gravats, très forts d’abord, puis de plus en plus faibles jusqu’à s’éteindre. On parle de 2500 morts, mais il y en a tant qu’aucun bilan ne réussit à les chiffrer, et tant de réfugiés que l’horizon se couvre de tentes. Ceci est aussi le début d’une histoire drôle, vous allez voir. Ou plutôt une histoire de rires. La présidence et l’armée ont pris l’organisation des secours sous leur coupe et en ont fait leur domaine réservé. Dans le pays, rien ne doit échapper à leur contrôle, même pas le malheur. Des barrages sont dressés sur les routes et à l’entrée des camps sinistrés. Tout citoyen qui, dans un élan de solidarité, tente d’apporter aux réfugiés de l’aide, du pain, des vêtements, est refoulé comme un brigand. L’Etat a décrété qu’il s’occuperait de tout : « Chaque sinistré aura droit a un repas chaud par jour. »L’été approche, juin est déjà bien entamé. Il fait plus de 40 degrés sous les tentes. Dans un camp près de Boufarik, un scout en grand uniforme distribue le fameux « repas chaud » : macaronis et œufs durs, ce jour-là. Les rescapés prennent les œufs mais tous, ou presque, remercient pour les pâtes : « Il fait trop chaud, l’eau manque… » Le scout ne dit rien d’abord, mais on le sent fulminer. D’un coup, il finit par hurler : « Maintenant ça suffit. On a dit qu’il fallait un repas chaud par jour. Celui qui ne prend pas ses macaronis n’aura pas droit à l’œuf. » Encadrée par des gradés, armes au côté, la file des rescapés s’est immobilisée, gamelle à la main. Plus un bruit, sauf celui des bottes. C’est Ahmed qui a ri le premier, ce maçon qui a perdu toute sa famille dans l’effondrement de son immeuble. Puis, Mouloud – dont un enfant sur six a survécu – commence à glousser, puis Djamila, qui est sans nouvelles de ses parents, puis tout un groupe de footballeurs, miraculés de l’effondrement d’un stade, se met à hoqueter à son tour. Et voilà le camp entier secoué de spasmes irrépressibles, des dizaines de réfugiés qui pleurent de rire devant le petit scout en uniforme. A ce rire-là, donc, à tous ces rires-là."Florence Aubenas, journaliste, écrivainArticle édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point

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