Nos disques sont rayés
Publié le 24/01/2017

Thierry Kuhn : Sonnons l'alarme !


Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

      Partager la vidéo 

Autres épisodes :

Thierry Kuhn, président d’Emmaüs France
Sonnons l'alarme ! Trois jours après l'investiture de Donald Trump, Mediapart propose cette soirée exceptionnelle pour comprendre et résister au nouvel ordre international qui se profile. Alors qu'en Europe, nos libertés sont attaquées, sous couvert de la lutte contre le terrorisme ; alors qu'en Turquie, une répression massive frappe la société ; qu'en Russie, le régime Poutine s'enfonce dans l'autoritarisme ; que la guerre se poursuit en Syrie, qui déstabilise toute la région, il est urgent d'en appeler aux nombreuses dynamiques venues des sociétés et de les soutenir. Cette soirée s'organisera en deux temps : crises françaises et crises mondiales.

Animée par Edwy Plenel, avec la participation des journalistes de Mediapart, cette soirée rappelle aussi combien, en ces temps de fractures et de régressions, un journalisme indépendant est indispensable. 

> voir sur Mediapart
Passé colonial mal digéré, apartheid dénoncé mais non réparé, crise de la représentativité, pouvoir régalien exorbitant du chef, corruptions, inégalités, évasion fiscale, emprise des lobbies sur la nature et notre santé sont bien sûr au menu. Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ? Pourquoi recommence-t-on encore et encore ce qui ne marche plus ? Comment sortir d'une situation bloquée ? Suffit-il de s'indigner ? Va-t-on enfin élargir le paysage ? 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 26 janvier 2017 à 16:58

Carte blanche à Mediapart : Sonnons l'alarme !

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

Face au monde, un journal en campagne Notre monde bascule et voilà les traditionnelles grilles de lecture inopérantes. Terrorisme, Moyen-Orient ravagé par les guerres et les crises, nouvelles logiques de puissance, en Russie, en Turquie, extrêmes droites plus puissantes que jamais dans une Europe qui se défait, élection de Donald Trump aux États-Unis. Le monde sort de ses gonds comme saisi de convulsions, et la crise française lui fait écho, les ruines d’un quinquennat pouvant laisser le champ libre au Front national. Mediapart, journal indépendant, numérique, donc sans papiers ni frontières, et participatif, veut par cet événement au Théâtre du Rond-Point sonner l’alarme. Sonner l’alarme sur l’état du monde et de notre pays. Et en appeler au réveil des sociétés, aux initiatives des citoyens. À quelques mois de l’élection présidentielle, Mediapart veut aussi rappeler la nécessité d’un journalisme indépendant en ce temps d’urgence, face à la communication, aux manipulations et désinformations, aux nouvelles guerres de propagande engagées sur les réseaux sociaux. Soirée animée par Edwy Plenel, avec la participation des journalistes de Mediapart, pour rappeler combien en ces temps de fractures et de régressions, un journalisme indépendant est indispensable. Voici la liste des invités : À propos des crises françaises William Bourdon, avocat, vient de publier un livre sur les dérives de l’état d’urgence Damien Carême, maire de Grande-Synthe, cherche des solutions concrètes d’accueil des réfugiés Vanessa Codaccioni, historienne, spécialiste des répressions politiques Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, militante des droits des femmes et des réfugiés Patrick Weil, historien, spécialiste des questions d’immigration et de citoyenneté, reviendra sur le projet de déchéance de nationalité Thierry Kuhn, président d’Emmaüs France. À propos des crises mondiales Çağla Aykac, universitaire turque, contrainte à l’exil et aujourd’hui enseignante à l’université de Genève Rohân Houssein, rappeur et poète franco-syrien Ziad Majed, universitaire, spécialiste de la Syrie Elias Sanbar, écrivain, traducteur du poète Mahmoud Darwich, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco Piotr Pavlenski, artiste Plusieurs journalistes de Mediapart interviendront également : François Bonnet, Laurent Mauduit, Ellen Salvi, Faiza Zerouala, Fabrice Arfi…   Enregistré salle Renaud-Barrault le 23 janvier 2017Durée : 02:38:32

Le 4 août 2010 à 18:17

The People's Republic of Stokes Croft (PRSC)

Carte postale de Bristol

La fresque vous éclate au visage sitôt franchie la frontière sud de la République Populaire de Stokes Croft – le pays où les taggers sont rois. Pas sûr que vous en ayez déjà entendu parler… Bombardé avec le reste de la ville par les Nazis, ce quartier de Bristol était resté "délibérément et criminellement négligé par les autorités", dixit  la Constitution du nouvel Etat. "C'est ici que la municipalité installait ses centres pour drogués et  sdf – tout ceux qu'elle ne voulait pas voir dans le centre de la cité. On va en faire un joyeux centre d'excentricité", précise  Chris Chalkley, Président de la République en bonnet de laine rencontré dans son quartier général de Jamaica Street où il vend tableaux et porcelaines taggées RPSC. "Les habitants ont décidé il y a quatre ans de prendre les choses en main eux-mêmes." Et vous l'annoncent dès votre arrivée via une signalétique jaune et noire très stencil posée au pochoir sur les murs : PEOPLES REPUBLIC OF STOKES CROFT, WE MAKE OUR FUTURE;  WELCOME TO STOKES CROFT, CULTURAL QUARTER, CONSERVATION AREA, OUTDOOR GALLERY. Quelle municipalité accepterait de voir de simples habitants nommer une place "Turbo Island" et d'y planter de mini statues de l'Ile de Pâques ? De s'opposer à l'implantation d'un hypermarché Tesco dans un ancien Comedy Club ? De peindre le mobilier urbain en jaune ? De chercher des jumelages avec d'autres villes du monde et de métamorphoser rues et façades en une chapelle Sixtine mi-rock mi-train fantôme (voir visite virtuelle) ? Le Président Chalkley entouré de quatre directeurs gère les relations musclées avec la mairie et pilote les initiatives en cours : ouverture de galeries, centres d'art, restaurants, et même un musée ready made où se rassemble avec malice l'histoire de la jeune république (on pourra y voir la photo d'un tagger enfermée dans une cage d'oiseau, une bouteille en plastique contenant les cendres d'un sdf dont la PRSC a financé les funérailles...). Et bien sûr, la mise en fresques du nouveau quartier-galerie: "Tout le monde est libre de peindre en plein jour. Mais il y a des propositions si généreuses sur les murs que les taggers doivent être à la hauteur", dit Chris Chalkley en pointant du doigt l'œuvre du célèbre graffeur Banksy : un ours blanc lance un cocktail molotov sur trois bobbies armés de boucliers. On peut l'admirer en dégustant un ramier garni à l'oseille, aux pois rouges et à la confiture de betterave sur la terrasse du café Canteen qui vient d'ouvrir à Stokes Croft et depuis laquelle, chers aficionados de ventscontraires.net, je vous écris cette carte postale.

Le 6 décembre 2014 à 08:30

Les lectures - 2012

C'est Noël tant pis - Journal de bord, carnet de route d'une création #7

La pièce Moi aussi je suis Catherine Deneuve est traduite et jouée en japonais, en italien, en bulgare, en anglais. Le metteur en scène Valéry Warnotte la dirige avec la troupe du Trap Door aux États-Unis, il m’emmène voir la bande jouer et chanter sa version de la pièce à Chicago, puis à Washington, déstructuration du rapport scène salle, jeu cabaret, déglingué, drôle et tragique, très belle performance. Valéry évolue dans le théâtre public, associé à plusieurs lieux, le Havre, Mulhouse, mais il veut monter un projet dans le théâtre privé parisien qu’il connaît mal. Par curiosité, par goût des contradictions. Il lit C’est Noël, s’en empare, propose le rôle de la mère à Anny Duperey, qui trouve la pièce trop éclatée, explosée. Avec Valéry, nous convainquons Edy Saiovici de nous accueillir dans son théâtre Tristan Bernard ou chez lui, boulevard de Clichy. Qu’il entende la pièce dans une distribution que j’établis alors, presque par évidences. Je veux retravailler avec Bernard Alane, le rôle est réécrit pour lui. Silvie Laguna, au moment des Couteaux dans le dos, m’avait écrit une lettre magnifique, je l’avais rencontrée, aimée, tout de suite. Nous avions approché ensemble les rôles de Sur les cendres en avant et de Perdues dans Stockholm, c’est comme ça. Ça naît, un désir fou de faire un truc ou un machin, de travailler. Ça se fait ou pas, ça marche ou non. Chloé Olivères et moi travaillons depuis longtemps ensemble. Des élèves du Conservatoire national, elle avait été la seule à répondre à ma proposition de rencontrer les sociétaires honoraires de la Comédie-Française auxquels je rendais hommage sur le plateau du Vieux-Colombier. Jean Piat, François Seigner, Catherine Salviat, Geneviève Casile, Gisèle Casadesus, Jacques Seyres ou Roland Bertin. Chloé aura participé à tous les événements menés, puis j’écrirai pour elle Sortir de sa mère et La Chair des tristes culs que nous jouerons ensemble, avec Brice et Tiphaine Gentilleau. Puis Demain dès l’aube, qu’elle jouera plus tard, au printemps 2014, avec Evelyne Istria, toutes deux dirigées par Noémie Rosenblatt, presque trente ans après Électre. Chloé va de soi, avec Brice, devenu le comédien avec qui je veux travailler toujours, on peut dire ça, comme ça, sans peur, sans pudeur, entre autres et profondément. Et par amour. J’ai rencontré Renaud Triffault à la Comédie-Française, où il était élève comédien, sorti d’une école nationale pour venir habiter le grand plateau de silhouettes, de figurations, ou de rôles petit à petit d’importance. Ensemble, nous avons mené l’aventure des « Petites Formes », je l’ai dirigé sur le plateau de la salle Richelieu dans les dix textes commandés à des auteurs vivants, une formidable aventure. Envie immédiate de poursuivre avec lui quelque chose. Ainsi, la distribution s’établit, se solidifie, par rencontres, complicités ou non, par lectures, par concordances des voix et des corps dans l’espace, des écoles de jeux, si différentes. Toutes ici réunies, les grandes écoles, les cours Florent, la Comédie-Française, le Boulevard, le public et le privé, l’indépendant et la voix royale. Nouvelles donnes, nouvelles affaires, nouveaux éclats Valéry Warnotte prend les rendez-vous, une lecture devant Edy, qui trouve que cela manque de chansons, que la scène qui se répète se répète trop, que c’est peut-être dommage. Mais Edy est d’accord. Nous recommençons, nouvelle mouture, avec chansons. Nouvelle lecture chez Edy, devant lui, qui ne bronche pas, ne bouge pas, devant Mireille, merveille de compagne, qui s’endort doucement. Edy est d’accord, mais Valéry lui fait peur, trop jeune, trop loup, trop dangereux. Il est d’accord à condition que Jean-Claude Cotillard signe la mise en scène. Il veut d’autres comédiens, qu’il connaît bien, et d’autres qu’on connaît tous. Le temps passe, le projet s’éteint, Valéry se décourage et moi aussi. On laisse un peu tomber ensemble ce truc qui bat de l’aile. Valéry abandonne, il admet que je demande à Cotillard de s’en mêler. Je me sens veule, traître et lâche. Mais je veux que je le projet existe. Pour les acteurs, déjà très engagés là-dedans aussi. Je convaincs Edy que ces acteurs-là doivent jouer la pièce et pas d’autres. On lit à nouveau, sous la direction cette fois-ci de Cotillard. Edy est d’accord, son équipe aussi, Vincent et Béatrice. Mais la scène de la répétition est toujours trop répétitive. Je réécris la répétition, j’y tiens, mais je corrige. La scène répétée sera une scène totalement décalée, plus folle encore, plus éclatée, avec nouvelles donnes, nouvelles affaires, nouveaux éclats. Nouvelle lecture, nouveaux rendez-vous chez Edy, qui est d’accord. À condition maintenant de trouver un producteur. Pour se faire, nouvelles lectures, au centre culturel d’Alfortville que Cotillard sollicite et met en scène. Au théâtre du Rond-Point, à plusieurs reprises, notamment pour un producteur qui devrait reprendre la direction ou partie du Tristan Bernard, qui pourrait mettre ses billes. Mais la pièce est compliquée, alambiquée, avec ce machin bizarre qui se répète. Et le producteur s’en va. Il n’aura dit ni bonjour ni au revoir aux comédiens, ni au metteur en scène, ni à l’auteur. La vie aussi c’est compliqué, alambiqué, avec des machins bizarres qui se répètent tout le temps. Edy ne fait plus signe pour l’instant. Cotillard se décourage et moi aussi. Entre temps, je crée ma compagnie, Les gens qui tombent, nous jouons Sortir de sa mère à Avignon puis au Rond-Point, en dyptique avec La Chair des tristes culs, avec Tiphaine Gentilleau, Chloé et Brice, et tout se passe comme on dit à merveille. Je suis convoqué par Edy chez lui, il est allongé, malade, mourant. Il veut parler production, projets, rien d’autre, surtout pas. Il veut que la pièce se joue dans son théâtre à la rentrée prochaine. Peur de l'ennui Quelques jours plus tard, à Arras, dans la cathédrale, devant un Saint-Georges et son dragon terrassé, peut-être ça ou autre chose, je reçois un texto de Jean-Michel, quelques mots, très doux, lui seul sait faire ça, pour m’annoncer qu’Edy est mort. Un peu plus tard, Cotillard doit à son tour renoncer à C’est Noël tant pis. Sa compagnie ne peut pas produire. Et Jean-Michel me demande de m’y coller moi-même. Il me dit que je sais faire, que je peux, que c’est à moi de m’y mettre. Quand il veut, quand il s’y met, il donne des ailes, ce type-là. Les acteurs ont tellement lu, ils veulent jouer maintenant. J’ai établi la distribution, je connais le lieu, je veux le faire, depuis toujours. Avec eux, Bernard, Silvie, Renaud, Chloé et Brice. Valérie Bouchez, codirectrice m’encourage, de tout son cœur, joliment, elle me soutient et soutient le projet, chaque jour. Je suis auteur associé au Rond-Point, c’est là aussi mon boulot, là-dedans, dans l’intitulé, c’est à nous, c’est chez nous, nous devons faire les choses nous-mêmes, il répète ça souvent Jean-Michel. Je propose à l’équipe de diriger une nouvelle lecture du début de la pièce devant toute l’équipe de direction. Jean-Michel est accablé. On va trop vite, on n’y comprend rien, les enjeux sont flous, ça se délite, ça part en vrille. Mais il me fait confiance, il me parle, il accompagne le travail, l’écriture, évoque le rythme, il m’alerte sur mon goût de l’accélération, de la panique et de la précipitation. Et je crois commencer à comprendre que ma nécessité d’aller vite peut correspondre à ma peur de l’ennui, du sien, et des autres. Je travaillerai à la question du temps, des silences et des arrêts vivants, des suspensions. Il me fait confiance, il programme C’est Noël tant pis pour la saison 2014-2015. Nouvelle mouture Entre temps, j’écris pour Catherine Hiegel, éjectée du Français, le monologue des Joies de la femme sans bras, qu’elle vient lire au Rond-Point, magistrale. Je mets en scène la pièce de Stéphane Guérin, Kalashnikov, au Rond-Point toujours et aux Treize-Vents de Montpellier, avec Raphaëline Goupilleau, Cyrille Thouvenin, Yann de Monterno et Annick Le Goff. Stéphane a adopté un petit chien blanc surexcité, insupportable bestiole que ses propriétaires ne maîtrisent pas. Une peluche hyperactive. J’ajoute en hommage aux maîtres dépassés, dans la scène répétée de C’est Noël, l’affaire dite « du bichon ». C’est le récit de l’enfance de Tonio, oublié dans un chenil quand ses parents y sont venus adopter un petit chien. Son personnage maintenant repose sur cette dernière histoire, ce nouveau compte à régler. Et le temps passe. Je suis devenu auteur associé avec ma compagnie au Prisme d’Élancourt, communauté d’Agglo, puis auteur associé à DSN, scène nationale de Dieppe. Ateliers, stages et mises en scène se succèdent. Travaux intensifs d’une action culturelle qui mobilise toute la compagnie, de l’école de la Jussienne à Paris aux collèges et aux lycées d’Élancourt et Maurepas, jusqu’au château musée de Dieppe, et plus bas, au centre, à Montluçon aussi, avec une troupe d’amateurs réunie par Johanny Bert pour laquelle je compose une nouvelle grande Fête de famille. Je mets en scène Perdues dans Stockholm, avec Silvie Laguna, Juliette Coulon et Brice Hillairet, création au Prisme, puis sur l’Île de la Réunion où nous avions joué Sortir de sa mère, et enfin au Rond-Point. Les salles sont pleines, jauge explosée, c’est une fête chaque soir ce machin-là, plein de couleurs, de musiques, de courses-poursuites d’individus déclassés en quête d’un peu d’honneur, d’accomplissement personnel. On finit la saison avec ça, comblés. Les répétitions C’est Noël commenceront le 1er septembre, mais nous nous réunirons à nouveau, avant l’été, les comédiens et moi, toute l’équipe, pour réaliser la bande-annonce destinée à la présentation de saison. Nous nous réunirons à nouveau pour une dernière lecture à la table, avec coupes nouvelles, nouveaux aménagements, nouvelle mouture, et texte définitif enfin, ultime version d’une pièce qui finira bien par voir le jour.   

Le 1 juin 2015 à 10:20

Une chose qui n'a pas le moindre mot pour la nommer

Una cosa che non ci stanno nemmeno le parole per dirla*

Si la guerre des cerveaux commence… nous sommes tous désarmés. Voilà ce que me dit Gianni. Et en fait il a raison. Des mots manquent. Et quand des mots manquent pour dire les choses, ces choses disparaissent.J'étais à Pescara pour mon travail. Je l'ai su au matin car pendant la nuit j'avais éteint mon portable et quand je l'ai rallumé j'ai vu qu'à partir de deux heures, quand la chose est arrivée, jusque vers sept heures du matin, on n'avait pas cessé de m'appeler.Je me suis dit "Oh qu'est-ce qui se passe ? Une chose est arrivée à la maison ?" J'ai appelé ma sœur. Qui décroche… et me dit "écoute, reviens tout de suite parce que…" et moi j'étais justement avec un ami et elle me dit que la femme de cet ami a eu un accident. "Mais ne lui dis rien à ton ami. Revenez tout de suite parce qu'elle s'est fait… mal! Elle s'est fait mal mal. Elle va pas très bien."Et moi, eh bien j'ai réconforté le pauvre garçon… mon ami, pendant tout le voyage.Mais à lui, ils lui avaient dit "ça n'est pas ta femme, c'est le fils de Gianni… ils l'ont tué."Pendant tout le voyage de Pescara à Naples il m'a laissé le consoler, vu ?, sans rien dire.Une fois arrivés à Naples, je lui dit "allons voir ce qui est arrivé à ta femme, d'accord ?" et là juste au dernier moment il me dit "écoute Gianni, sois fort parce qu'un policier a tué ton fils."A deux heures d'une nuit de septembre il y a  huit mois dans la banlieue de Naples, une voiture de police a percuté une mobylette avec trois gamins en selle. Un agent descend et tire, un coup un seul, il tue un gamin de seize ans. Le flic aurait trébuché c'est comme ça que serait parti le coup. Mais pourquoi son flingue était-il armé ? Les policiers ont dit qu'ils étaient à la poursuite d'un fuyard, qu'il y a une loi qui date des années soixante-dix, les années de la lutte armée en Italie, on peut faire la ronde avec l'arme prête à tirer. Mais sur la mobylette il n'y avait pas des mafiosi en fuite. Il y avait trois garçons qui roulaient vers une salle de jeu. Ils roulaient tous les trois sans casque, mais la peine de mort n'est pas prévue pour ce type de délit.Alors je vais chez la famille Bifolco. Je parle avec les frères de David, avec les  amis et puis avec Gianni le père et Flora la mère. Ils habitent dans une cave illégalement transformée en appartement.Et pourquoi est-ce qu'il vivent dans un appartement illégal ? C'est Gianni qui me répond, le père de David.En 1982 j'ai fait une demande pour avoir un appartement pour jeune couple, on venait d'avoir un enfant, Tommaso, né en 82, au mois de mai.J'ai enfin eu droit à un appartement pour jeune couple en 93.Je vais voir ce logement qui était en construction… je suis entré et j'ai vu une famille pleine d'enfants… la chose que je devais faire c'était pratiquement la guerre des pauvres. Je devais mettre dehors cette femme avec tous ses gosses. Je ne me suis pas senti de faire ça.Et pour ne pas faire la guerre entre pauvres, ils ont construit un petit appartement dans une cave et ont été condamnés à 8 mois de prison pour ça, lui et sa femme Flora. Depuis trois autres enfants sont nés. Leur fille vit toujours avec eux, avec son compagnon, avec une fillette et un bébé en route. Elle travaille pour l'Etat italien. Gagne 150 euros par mois pour servir dans une cantine scolaire. Son mari est au chômage.Je passe un jour entier chez eux. Ils m'offrent un plat de spaghetti à la tomate et basilic. Gianni me demande tu bois du vin ? Tu veux que j'envoie quelqu'un en acheter ?Oui j'en bois, mais je ne veux pas qu'il dépense un sou pour moi. Et parce que je me rends compte qu'au milieu du repas il n'y a plus de pain et lui, en le regardant à peine, dit au mari de sa fille d'aller en acheter un autre. Pour ces gens qui vivent au-delà de la fin du monde, la dignité est l'unique salut.Après le café Gianni insiste auprès de sa femme Flora. Il veut qu'elle aussi parle du fils qu'on leur a tué.Je lui dis que je voudrais recueillir une belle histoire. Une chose belle dont elle se souvient. Et Flora me dit ces beaux souvenirs, c'était les baisers qu'il me donnait sur la bouche.C'était les souvenirs les plus… lorsqu'il me prenait dans ses bras, me faisait tourner et puis soudain je perdais l'équilibre et lui me maintenait pour ne pas tomber. Il me saisissait par derrière parce qu'il était joueur, c'était un gamin qui adorait la vie.Ensuite elle raconte la nuit où ils l'ont tué. Qu'il était venu vers 11 heures et demi.  Venu mettre une veste et moi je lui disais "reviens vite, ton père n'est pas là" et lui répond "bien bien, je dors avec toi, prépare-moi mon pyjama."Je lui ai préparé le pyjama. Je l'ai mis à la place du père… que j'attendais.Un peu plus tard vers une heure et demi deux heures… à deux heures une femme m'appelle… j'étais là… j'étais là j'allais me déshabiller, j'étais en train de me mettre au lit.Un coup de klaxon… tût… tût… tû… une femme "madame, madame, David est tombé sur une patrouille" le temps de me mettre quelque chose sur le dos, que je m'habille, j'ai pris mes papiers et les siens et je suis partie en courant.J'arrive en courant sur la place et je trouve mon fils mort par terre.Les policiers étaient à côté et je leur disais "qu'est-ce que vous avez fait ? Qu'est-ce que vous avez fait?"Personne ne répondait.Je me suis agenouillée près de mon fils et je criais "David, David, David" et il ne me répondait pas. J'ai compris tout de suite qu'il était mort.Nous sommes sans armes, a dit Gianni Bifolco. La guerre des cerveaux a commencé, et un cerveau nous n'en avons pas. Il nous manque les mots. Mais pas seulement à nous. C'est ce que m'enseigne Gianni quand il me dit que s'il demandait au policier qui a tué son fils "pourquoi tu as fait ça ?"… ce policier ne saurait pas répondre. Il me dit qu'ici nous restons comme Hitler, non ? Ils ont tué les gens dans des camps de d'extermination, non ? Et je suis convaincu que si tu leur demandes "pourquoi tu as fait ça ?" ils ne pourrons jamais te répondre. Ils ne te répondront rien, parce qu'ils ne le savent même pas eux-mêmes, vu ?Et moi je voudrais trouver quel policier m'a tué mon fils. Je voudrais le voir de près et lui dire "toi… quel était le mobile ? Allez sors tes couilles! Dis-le!" Lequel a dit qu'il a trébuché et que le coup est parti. Ou alors qu'il pensait poursuivre un fuyard. Enfin bon même lui ne sait pas pourquoi il a tué un enfant de seize ans.Voilà cette chose c'est la pauvreté. Une chose qui n'a pas le moindre mot pour la nommer.   Traduit de l'italien par Jean-Daniel Magnin ____________________________________ * Se scoppia la guerra dei cervelli… siamo tutti disarmati. Così mi dice Gianni. E infatti è vero. Gli mancano le parole. E quando mancano le parole per dire le cose, anche le cose scompaiono.Mi trovavo a Pescara per lavoro. L’ho saputo la mattina perché durante la notte avevo il cellulare spento e quando l’ho acceso ho visto che dalle due, quando è successo il fatto, fino alle sette del mattino in continuazione m’erano arrivate le chiamate.Ho detto “e che è successo? Qualcosa a casa! Ho chiamato e mia sorella. Mi ha risposto… mi ha detto “guarda, scendi subito perché…” …che io stavo con un altro amico.Mi dissero che la moglie del mio amico aveva fatto un incidente. “Però non dirgli niente all’amico tuo. Scendete direttamente perché questa si è fatta… male! Si è fatta male male. Non sta tanto bene”.E io, cioè, ho confortato il ragazzo… l’amico mio, tutto il viaggio.Però a lui gliel’avevano detto “non è tua moglie, ma il figlio di Gianni… gliel’hanno ammazzato”Durante il viaggio da Pescara a Napoli lui si faceva confortare da me, capito? Però non mi disse niente.Quando sono arrivato a Napoli, dissi “andiamo a vedere tua moglie cosa si è fatta, no?” invece, poi, alla fine mi disse “guarda Gianni, fatti forza perché un carabiniere ha ammazzato tuo figlio”.Alle due di una notte di settembre di otto mesi fa in un quartiere periferico di Napoli, una macchina dei carabinieri sperona un motorino con tre ragazzi a bordo. Un’agente scende e spara un colpo, uno solo, e ammazza un ragazzo di sedici anni. La guardia dice di aver inciampato e per questo è partito il colpo. Ma perché la sua arma era senza sicura? I carabinieri dicono che stavano cercando un latitante e per una legge degli anni settanta, gli anni della lotta armata in Italia, si può girare anche con l’arma pronta per uccidere. Ma su quel motorino non c’erano camorristi latitanti. C’erano tre ragazzi che andavano in una sala giochi. Ci andavano in tre senza casco, ma non è prevista la pena di morte per un comportamento del genere.Allora vado a casa della famiglia Bifolco. Parlo con i fratelli di Davide, con gli amici e anche col padre Gianni e con la madre Flora. Vivono in una cantina occupata per farci un appartamento abusivo.E perché vivono in una casa abusiva? Mi risponde Gianni, il padre di Davide.Nel 1982 ho inoltrato la domanda per avere un alloggio come giovane coppia perché avevo già un bambino, Tommaso, che nacque nell’82, di maggio.Nel lontano ’93 mi hanno assegnato un appartamento come giovane coppia.Vado a vedere questo alloggio che era in costruzione… sono andato dentro e ho visto una famiglia piena di bambini… cioè la cosa che io dovevo fare praticamente era la guerra dei poveri. Io dovevo buttare fuori a questa signora con tutti quei figli. Io non me la sono sentita.E per non fare la guerra tra poveri si costruisce un piccolo appartamento in una cantina e si prende una condanna di 8 mesi di galera per questo abuso, lui e la moglie Flora. Nel frattempo gli nascono altri tre figli. La femmina vive ancora con lui insieme al compagno, una bambina e un altro figlio in arrivo. Questa figlia lavora per lo Stato italiano. Guadagna 150 euro al mese per servire i bambini in una mensa scolastica. Il marito è disoccupato.Ci passo un giorno intero a casa loro. Mi offrono un piatto di spaghetti col pomodoro e il basilico. Gianni mi chiede bevi il vino? Vuoi che lo mando a comprare?Io lo bevo, ma non voglio che spenda altri soldi per me. Anche perché mi rendo conto che a metà del pranzo finisce il pane e lui, con mezzo sguardo, dice al marito della figlia di andare a comprarne dell’altro. Per questa gente, che vive oltre la fine del mondo, la dignità è l’unica salvezza.Dopo il caffè Gianni insiste con la moglie Flora. Vuole che parli anche lei del figlio che gli hanno ammazzato.Io le dico che vorrei raccogliere una storia bella. Una cosa bella che lei si ricorda. E Flora mi dice che i ricordi belli erano i suoi baci che mi dava in bocca.Questi erano i ricordi più… che mi prendeva in braccio, mi faceva girare e poi io all’improvviso perdevo l’equilibrio e lui mi manteneva per non farmi cadere. Per dietro mi pigliava perché era giocarellone, era un ragazzino che gli piaceva vivereMa poi mi racconta della notte che gliel’hanno ammazzato. Dice che  lui è venuto verso le 11 e mezzo. S’è venuto a mettere un giubbino e io dissi “vieni presto, tuo padre non ci sta”e lui disse “bello, bello, dormo con te, preparami il pigiama”.Io ci ho preparato il pigiama. L’ho messo al posto del padre… che lo aspettavo.Dopo un po’ verso  l’una e mezza due… le due mi chiama una signora… che io stavo… la per lì mi stavo a spogliare, mi stavo mettendo a letto.Una suonata di clacson… pi… pi…pi… una signora “signora, signora, Davide sta sotto a un posto di blocco” Il tempo di mettermi una cosa addosso, cioè mi sono vestita, ho preso i documenti miei e suoi e sono corsa.Quando sono corsa sul posto ho trovato mio figlio morto a terra.Ci stava la guardia vicina e ci dicevo “che gli avete fatto? che gli avete fatto?”Nessuno mi rispondeva.Io mi sono inginocchiata vicino a mio figlio e lo chiamavo “Davide, Davide, Davide” e non mi ha risposto. Ho capito subito che era morto.Siamo disarmati, dice Gianni Bifolco. Scoppia la guerra dei cervelli e un cervello non ce l’abbiamo. Ci mancano le parole. Ma non solo a noi. Me lo insegna Gianni quando mi dice che se chiedesse al carabiniere che gli ha ammazzato il figlio “perché lo hai fatto”… quel carabiniere non saprebbe rispondere. Mi dice che qua stiamo come Hitler, no? Hanno ammazzato la gente nei campi di sterminio, no? E io sono convinto che se gli chiedi “perché lo hai fatto?” non ti sapranno mai rispondere. Non ti risponderanno, perché non lo sanno nemmeno loro, capito?E io lo vorrei acchiappare a questo carabiniere che m’ha ammazzato il figlio. Lo vorrei prendere da vicino e dirgli “tu… quale è stata la motivazione? Almeno cacci le palle! Dillo!” Quello dice che ha inciampato e gli è partito il colpo. Oppure che pensava di inseguire un latitante. E insomma non lo sa nemmeno lui perché ha ammazzato un bambino di sedici anni.Ecco cos’è la povertà. Una cosa che non ci stanno nemmeno le parole per dirla.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Pascal Blanchard : Pourquoi la France est incapable d'avoir un musée de la colonisation ?
Live • 17/02/2017
Carte blanche au Bondy Blog : Ecrire ensemble
Live • 14/02/2017
François Ruffin : répétition générale publique avant son premier meeting pour les législatives à Flixecourt
Live • 08/02/2017
L'avocat William Bourdon et Antoine Deltour, lanceur d'alerte du Luxleaks
Live • 03/02/2017
Edgar Morin
Live • 02/02/2017
Tous les podcasts
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication