Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition
Mon nom est Claude-Achille de Bussy, mais au conservatoire,
ils m’ont appelé Claude Debussy. Ce n’est pas tellement que je ne supporte pas
les règles, les codes, les conventions. Je les traverse pour mieux m’en
défaire, pour mieux les dépasser. Ce n’est pas tellement que j’entretiens mon
image d’homme étrange. Ce sont mes pièces qui sont étranges, pas moi. Cela n’a
même rien à voir avec mes pièces, c’est juste qu’il faut un petit temps pour
s’habituer à l’étrangeté. J’aime aussi les mots mystère, intériorité, lointain
et parfois même incompréhension. Les mots s’arrêtent trop vite, même s’ils sont
bien plus nombreux que les quelques notes dont je dispose pour écrire un opéra.
J’aimerais bien écrire un opéra. Comment faire ? Je ne sais pas encore, je
vais voir.
Il n’y a aucun concept dans mon écriture, je n’ai que faire
des questions intellectuelles, je ne cherche que l’immédiateté d’une sensation
pour qu’elle s’évapore seule, apaisée, reposée. Je m’appuie sur un ensemble de
régulations intimes, denses qui me permettent d’aller plus loin, vers d’autres
strates musicales. Je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je m’arrête
et je repars ailleurs, parfois, je ne fais rien, j’attends. Je sais que mes
désirs ont des routes longues et tenaces et des chemins qui s’explorent à mon
insu.
Un jour, je tombe sur Pelléas et Mélisande, écrit par
Maeterlinck. Est-ce parce que les personnages sont dans un pur état de
folie ? Est-ce parce que Maeterlinck me donne toute latitude pour
maltraiter son texte ? Je vais écrire un opéra.
Des années, des années durant, je coupe, je taille, je
relègue le texte, je mets en avant la musique, ou l’inverse. Pendant dix ans,
je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je doute. Je ne doute plus. Je
me défais, je me répands, je saisis, j’apaise, j’apaise encore. J’invente le
silence, du silence, le mien. Mélisande meurt, j’ai fini, j’ai écrit un opéra.
GOLAUD. Quel âge avez-vous ? MELISANDE. Je commence à avoir froid. Pelléas et Mélisande, I, 1.
La coupure,film de Pierre Notte et Jean-François Mariotti,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
Alors qu'il joue au Rond-Point sa pièce Et l'enfant sur le loup, écoutez Pierre Notte raconter les étranges jeux qu'il jouait enfant devant son miroir...
"Qu'est-ce que je peux faire contre Total qui collabore avec la Birmanie ?"
Michel Serres, la résistance des individus,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
"Décidemment, je n'ai jamais autant parlé de politique !" s'exclame Michel Serre à l'issue de cet extrait où il revendique la puissance du petit – de l'individuel – face aux grandes institutions. Il était venu au Théâtre du Rond-Point nous parler de sa
conception du rire de résistance. Sa conférence, intitulée Chahut et canulars, démarrait ainsi : "Voici :
j'ai toujours désobéi. Pis, je n'ai jamais cessé de me conduire comme
un intenable chahuteur, redouté de tous mes maîtres. Le chahut fut ma
seule et réelle ambition politique. Vue sous cet angle, la politique se
révèle délectable. Mais je ne fus, je l'avoue encore, qu'un petit
orfèvre en chahut. J'en connus, par après, de royaux..." > épisode suivant > 1er épisode
Le dodo, un monstre gentil (+ un conte cruel en bonus)
Yannick Jaulin,le dodo,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
Le conteur Yannick Jaulin a jeté son dévolu sur un monstre doux disparu, le dodo, oiseau pédestre déambulant sur l'Ile Maurice, exterminé par les colons européens à la fin du XVIe siècle. S'il a disparu de la planète, l'animal se trouve encore à piétiner sur quelques pages de votre livre favori, Alice au Pays des Merveilles, car Lewis Carroll fut le seul à lui offrir un refuge. Mais nous ne vous en dirons pas plus, puisque vous pouvez croiser le Jaulin à 18h30 au Rond-Point. Pour savoir tout tout tout sur le dodo. En attendant, voici quelques réflexions sur la monstruosité douce, ainsi qu'une histoire horrible avec père noël sanglant, en bonus. Brrrrrr…