Nos disques sont rayés
Publié le 24/01/2017

Patrick Weil : sonnons l'alarme !


Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

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Patrick Weil, historien
Sonnons l'alarme ! Trois jours après l'investiture de Donald Trump, Mediapart propose cette soirée exceptionnelle pour comprendre et résister au nouvel ordre international qui se profile. Alors qu'en Europe, nos libertés sont attaquées, sous couvert de la lutte contre le terrorisme ; alors qu'en Turquie, une répression massive frappe la société ; qu'en Russie, le régime Poutine s'enfonce dans l'autoritarisme ; que la guerre se poursuit en Syrie, qui déstabilise toute la région, il est urgent d'en appeler aux nombreuses dynamiques venues des sociétés et de les soutenir. Cette soirée s'organisera en deux temps : crises françaises et crises mondiales.

Animée par Edwy Plenel, avec la participation des journalistes de Mediapart, cette soirée rappelle aussi combien, en ces temps de fractures et de régressions, un journalisme indépendant est indispensable. 

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Passé colonial mal digéré, apartheid dénoncé mais non réparé, crise de la représentativité, pouvoir régalien exorbitant du chef, corruptions, inégalités, évasion fiscale, emprise des lobbies sur la nature et notre santé sont bien sûr au menu. Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ? Pourquoi recommence-t-on encore et encore ce qui ne marche plus ? Comment sortir d'une situation bloquée ? Suffit-il de s'indigner ? Va-t-on enfin élargir le paysage ? 

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Le 14 février 2017 à 18:36
Le 1 septembre 2011 à 07:46

Est-il ou n'est-il pas ressorti de chez les Bettencourt une enveloppe kraft à la main ?

Une affaire que la physique quantique peut éclairer

L'affaire rebondit avec la parution du livre Sarko m'a tuer et le témoignage de l'ex-infirmière de Liliane Bettencourt – immédiatement récusé par cette dernière : elle aurait vu Nicolas Sarkozy recevoir des enveloppes au domicile de sa patiente.  On se souvient de l’ex-comptable de Liliane Bettencourt qui elle aussi avait accusé Sarkozy de financement illégal ; puis, questionnée par la police, la même personne s’était rétractée en disant qu’il n’en était rien. Incohérence, délire, menaces de mort ? Et si ces doubles témoignages, au contraire, étaient VERIDIQUES : Sarkozy est sorti avec l’enveloppe ET Sarkozy n’est pas sorti avec l’enveloppe ? Les deux à la fois ?Car deux états contradictoires peuvent tout à fait coexister dans la nature. Rappelons-nous du chat de Schroedinger, cette expérience imaginée pour illustrer les étranges comportements de la matière au niveau quantique : un chat est enfermé dans une boîte avec un détecteur atomique relié à un marteau surplombant une fiole de poison. Dans le détecteur, il y a un atome qui a une chance sur deux de se désintégrer au bout d'une minute. Si une telle désintégration est détectée, le marteau brise la fiole et le chat meurt. Comme il est impossible de dire si l’atome s’est désintégré ou non, la théorie quantique affirme que le chat est mort ET vivant. Le président pensait certainement « quantique » lorsqu'il s'était exprimé il y a plus d'un an sur cette affaire  : – Je ne suis pas un idéologue, j’essaie d’être honnête, de dire la vérité, en tout cas la mienne. Seule l’ouverture de la boîte agira sur la réalité, mais tant que la boîte restera verrouillée, les deux états contradictoires resteront réellement concomitants, aussi bizarre que cela vous semble. Ne cherchez pas, notre cerveau ne peut l’admettre, et pourtant c’est ainsi.Même si l’Elysée et tout le gouvernement démentent ces "allégations dénuées de tout fondement", le feuilleton est reparti. Au dernier épisode, quand on ouvrira enfin la boîte, tout redeviendra simple et familier : SOIT le chat va bondir toutes griffes dehors, SOIT il sera mort, une enveloppe kraft serrée entre ses pattes.

Le 20 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 18

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 21 mai 2007 La photo officielle de la présidente des Français est présentée à la presse par Dominique Besnehard, conseiller à l’image et au casting des réceptions. On y découvre Ségolène Royal de trois-quarts, vêtue d’une tunique bleue, un foulard vert autour du cou ; dans sa main droite, un drapeau français, dont la flamme vole au vent ; sa main gauche repose sur un bouclier aux couleurs de l’Europe. A l’arrière-plan, la carte de France des régions, que brandit un enfant souriant devant le fronton d’une école. Pour le magazine Voici, la styliste Ling-Ling de Chateaubriand décrypte le look de la présidente : « Audace et simplicité : cette robe bleue, enfin, cette tunique — cette robe-tunique, disons — est définitivement très tendance. J’aurais peut-être cassé la taille par une ceinture en strass. Sinon je m’interroge sur le sens du foulard vert. » mardi 22 mai 2007 Premier conseil du ministre. « Faites-moi rêver » : telle est la phrase par laquelle la présidente, à peine assise, inaugure le premier conseil du quinquennat — figeant de stupeur Dominique Strauss-Kahn et le reste du gouvernement sur les sièges du salon Murat. Ce sera, en substance, l’injonction qui va scander chaque début de réunion. Ségolène Royal a tenu à ce que l’ensemble des secrétariats, secteurs, sous-secteurs, sous-sous-secteurs, antennes et câbles soient représentés à cette réunion de lancement. Les huissiers ont dû courir tout le palais pour rassembler des pliants. Après un court exposé sur les vertus du sommeil et d’un bon petit-déjeuner, la présidente demande à chacun de se présenter devant les autres, et de préciser ses devoirs envers les Français. Dans la mesure où personne ne connaît personne, ces présentations accapareront la totalité de la séance. La société civile, tout heureuse d’avoir pour une fois la parole, expose dans le détail son parcours et ses attentes. Dans un coin du salon Murat, Laurent Fabius et Bernard Kouchner, protégés par un rang de secrétaires d’État inconnus, font un concours de cocottes en papier. Dominique Strauss-Kahn les lorgne avec envie : mais, placé juste en face de la présidente, le Premier ministre doit rester sur ses gardes. La main sous le menton, il lutte de toutes ses forces pour empêcher son regard de plonger dans le décolleté de la secrétaire d’État à l’avenir, qui semble ranimer en lui un passé pas totalement enfoui. Ce sera la dernière séance au salon Murat. Au grand dépit du gouvernement, la présidente fait savoir que le conseil du ministre se tiendra désormais de façon « volante », dans de petites communautés méritantes de la vraie France qui changeront chaque semaine. A titre expérimental, on commencera par celles du Poitou-Charentes. Une boîte à suggestions a été installée en bout de table, pour que tous aient la possibilité d’exercer une critique participative sur le déroulement des conseils à venir. Kouchner et Fabius y glissent chacun une cocotte. Leur geste n’a pas n’échappé à l’œil aiguisé de la présidente : à l’heure de la photo officielle, le secrétaire d’État aux pays dont il faut se mêler des affaires et le sous-secrétaire à la biodiversité en outre-mer se font sévèrement remonter les bretelles : « On ne vient pas au conseil du ministre pour enfiler des cocottes ! C’est aussi votre avis, Dominique ? » Et, passant de la cocotte à l’âne, la présidente foudroie du regard son Premier ministre qui s’est posté au garde-à-vous — au sens propre et figuré — tout contre la secrétaire d’État à l’avenir. Cette dernière sera démissionnée aussitôt pour raisons de santé, battant ainsi le record de France de longévité à la tête d’un secrétariat : trois heures. Commentaire de Bernard-Henri Lévy, à la fin de la journée : « Magnifique ! »…  La suite demain...

Le 23 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 21

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 6 - vendredi 8 juin 2007 Heiligendamm, Allemagne. Au sommet annuel du G8, Ségolène Royal fait une arrivée remarquée dans un petit planeur électrique aux couleurs de l’Europe, construit par la société Heuliez. Attendue sur le petit aérodrome de Heiligendamm, elle se pose sur le parking d’un supermarché voisin. Un taxi la ramène à l’aérodrome, où Angela Merkel est venue la saluer. Mais la présidente, snobant la chancelière, préférera serrer la main du président de l’aéro-club local. Ses relations avec Mme Merkel sont tendues. Selon Le Canard Enchaîné, la présidente « ne lui pardonne pas d’avoir été élue femme la plus puissante de la planète, alors qu’elle même ne figure pas au palmarès ». Il existe, assure le magazine allemand Der Spiegel, une compétition acharnée entre ces deux femmes, « sur le mode : “ C’était mon idée ! — Non, j’y avais pensé avant ! ” » Sous le manteau, des conseillers diplomatiques confient à Marianne : « L’une traite l’autre de grosse vache [ou bien,plus soft : de Walkyrie luthérienne ? ] ; l’autre appelle l’une la Madone des marais. » Ses rapports avec Vladimir Poutine sont plus ambigus. « Ils balancent entre la fascination et la répulsion, explique le psychanalyste Gérard Miller auquel le magazine Politis a eu la bonne idée de s’adresser. L’homme lui rappelle étrangement son père : ça ne m’étonnerait pas qu’elle lui fasse un procès un jour. » La présidente, ce mercredi 6 juin, s’entretient une heure et demie en tête à tête avec M. Poutine. Au sortir de l’entretien, elle retrouve la presse devant laquelle elle délivre l’un des discours les plus clairs et inspirés de toute sa mandature. C’est tout juste si les journalistes, éblouis, remarqueront le passage d’une civière qui emporte le Russe évanoui, les doigts crispés sur un magnum de vodka vide. Cette rencontre laissera une profonde impression sur Vladimir Poutine, lui inspirant ces mots qui, dans sa bouche, sont le plus beau des compliments : « Elle a des couilles, cette femme ». Avec Silvio Berlusconi, les choses sont plus claires : elle le déteste. Il représente tout ce qu’une femme comme elle, descendante en ligne directe d’Olympe de Gouges, abhorre. Cependant, comme il est le seul à remarquer qu’elle a une nouvelle coupe de cheveux, pour laquelle il la complimente longuement, elle finira par le trouver attendrissant et même, « marrant ». Lors de la conférence de presse clôturant le sommet, prenant tous les participants de court, elle annonce qu’ils se sont tous mis d’accord pour que le G8 se transforme en G 238 [G192 ?], regroupant tous les pays de la planète. Une crise diplomatique est évitée de justesse grâce au traducteur qui avouera s’être trompé dans les chiffres…    La suite demain...

Le 25 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 23

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 17 juin 2007 Le second tour des élections législatives confirme la tendance esquissée une semaine plus tôt : la nouvelle assemblée nationale rosit et se féminine. La faible majorité relative pour le PS se transforme en majorité absolue quand on y ajoute les voix du Point G (centristes ségolistes) et des divers gauche.Il semble que les électeurs de gauche aient voulu les pleins pouvoir pour la présidente — bien davantage que les cadres du Parti socialiste qui se sont signalés, tout au long de cette campagne, par leur tiédeur. Jean-Marie Colombani, dans Le Monde impute ce divorce au « piège du non-cumul des mandats » — une exigence non négociable de la présidente, qu’elle a maintes fois réitérée : ce sera, pour tous, le cumul ou le pouvoir.Beaucoup de ténors du PS sont obligés de céder leur place s’ils veulent un jour participer à l’exécutif. Beaucoup d’hommes cumulards  de gauche sont remplacés par des femmes inconnues du grand public, elles profitent de la vague Royal pour faire leur entrée dans la chambre. Trente d’entre eux, surnommés  « Le Groupetto des mauvais perdants », décident de quitter définitivement la vie politique nationale. A droite, une tentative d’accord unitaire dès le premier tour entre le PVG, le RGV, le PNGC, les RG, l’UNG et l’IVG a fait long feu. La droite s’est déchirée au entre listes concurrentes ; pour sauver les meubles, dans la plupart des régions, il a fallu, au deuxième tour, surfer sur la vague féministe en se rassemblant derrière la femme arrivée en tête.  Trente mâles conservateurs, surnommés « les macho men », décident de quitter définitivement la vie politique nationale. Ces législatives ont cristallisé, en fait, la résurgence de tensions entre les sexes dans la société française. Certains hommes commencent à avoir peur. Selon Libération, des « clubs de défense du lui » se créent spontanément dans le pays, « rassemblés par un mot d’ordre simple :  faire travailler les femmes pour créer du chômage chez les hommes, c’est une revanche, pas un progrès ». L’association SOS hommes battus enregistre un nombre record de plaintes.En fin de soirée, on apprend qu’Alain Juppé, battu en Gironde, a été appelé par la présidente Royal au secrétariat d’État du grand Charléty de l’environnement, du développement durable, de la biodiversité et du changement de changement climatique. Le maire de Bordeaux y remplacera la citoyenne Jeanne-Isaure de Couci de Couça, qui vient de remettre sa démission pour incompatibilité d’humeur avec la présidente. La loi du non-cumul s’applique, inflexible : « Adieu, Bordeaux ! s’écrie Alain Juppé sur son blog. Ce fut bref, mais ce fut bon »… La suite demain...

Le 30 septembre 2013 à 10:54

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Rémi Lorrain, 10e secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'année 2013. Aujourd'hui le 1er secrétaire, Alexandre Vermynck.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ?En 2007, alors en 3e année de droit, lors de la diffusion du documentaire « Avocats d’urgence » sur France 3. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?A l’image du monde selon David Lynch : « cruel en surface, cinglé à l’intérieur ». Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ?Gustave Charvet car il m'a offert une bouteille de vieille prune pour fêter mon élection. Comment s'est passée votre première Berryer ?Mal, j'avais bu la bouteille de vieille prune quelques minutes auparavant. N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ?La Conférence, parfois appelée « Ecole de guerre du barreau », est une école de l’éloquence et apporte une formation inégalée en pénal. Quant à la Conférence Berryer, elle pourrait certes paraître, de prime abord, plus futile mais elle est un véritable rendez-vous mensuel avec l’improvisation. Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Tous. Je suis "conflicté". Imaginez une Berryer dans le métier des pompes funèbres.C'est déjà un peu ça la Berryer : le candidat est déjà mort lorsqu'il monte dans la voiture avec nous ; il se fait ensuite transporter au centre de la scène pour qu'on parle de lui une dernière fois pendant une heure et quand on l'a enterré, on n'entend plus parler de lui. Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

Le 12 juin 2012 à 10:37

Thierry Illouz : jeter sa robe d'avocat aux orties ?

Avant la lecture de son texte par François Morel

François Morel va lire "A ma troisième robe", texte témoignage de l'avocat et écrivain Thierry Illouz qui plaide pour la défense des assassins, des pédophiles, des dangereux récidivistes, des malades inguérissables, ceux qu’il faudrait à tout jamais exiler de l’humanité. Entretien avec Thierry Illouz Tu es à la fois écrivain et avocat. Est-ce que tu avais mis une séparation entre ces deux activités ou est-ce qu’elles étaient reliées ? Au départ je les pensais séparées, verrouillées  je voulais les tenir le plus éloigné possible et puis petit à petit elles se sont mises à se croiser à s’interpénétrer, à se nourrir l ‘une de l’autre. Je crois que c’est la vérité des choses, nous sommes indivisibles, et surtout l’écriture est une activité vampire qui fouille nécessairement dans toutes nos expériences pour y trouver sa substance même. Qu’on le veuille ou non.   Comment as-tu réagi à la proposition que nous t’avons faite d’écrire une conférence sur ton métier – et en particulier sur tes plaidoieries pour ceux qu’on appelle des “monstres”? D’abord j’ai redouté ce rapprochement total entre les deux activités.  il fallait à nouveau prendre les gants pour défendre ceux que je refuse de voir comme des monstres (ce n’est pas rien de pouvoir le faire par les temps qui courent), mais il fallait aussi cette fois parler directement de soi, parler  de son travail, de ses rencontres, de ses fatigues, il fallait ramener le réel sur la table. Mais les procédés de l’écriture, le dialogue avec ma robe, l’idée du lieu même du théâtre ont au contraire ramené le débat sur l’intime des sensations, sur l’histoire, sur le souvenir, sur les mots. Le réel est là, il est installé dans l’imaginaire.     Quel est le statut, pour toi, du texte que va lire François Morel, par rapport à tes autres écrits ? C’est un texte du dévoilement, tous les textes le sont, mais c’est aussi un texte de militant, de conviction. Est ce exactement du théâtre ?  C’est la question que je me suis posée et la réponse est sans doute que le théâtre est pour moi tout cela aussi : le verbe est une arme de conviction (le métier d’Avocat le sait). J’ai déjà parlé dans mes textes de la banlieue, de la dépossession,  du reproche social. Et le théâtre c’est aussi le lieu des cris, de la voix, du mouvement des corps, des costumes et des robes donc. J’y ai mis sans doute un peu tout cela plus frontalement au sens biographique que dans mes romans ou mes pièces, mais avec la même nécessité de dire, de parler aux gens. De tisser un moment. De le partager.   Tu l’avais lu toi-même il y a deux ans au Rond-Point. Comment ça s’était passé pour toi ? Et à présent qu’il est entre les mains de François Morel ? C’était un moment merveilleux d’intensité et terrible d’inquiétude, c’était plaider sans robe, sans protection, sans  filet. Mais j’ai appris ce qu'on ne peut comprendre que sur la scène (ce n’est pas  un tribunal, quoique...) : l’échange avec le public ( ce n’est pas un  juge, quoique...) ; le silence et la voix ; le vide au bord duquel les acteurs parlent. Et j’y ai connu la sensation d’avoir été entendu. Je ne voulais pas reprendre ce texte moi même, j’avais peur de ce qu’il contient de ma vie et que je ne peux me risquer à redire. Il faut que ce ne soit plus moi, il faut un personnage et si c’est François Morel ce sera forcément mieux que moi. Ce serait ça le rêve de toute écriture, soi et mieux que soi. La fiction c’est plus juste que la vérité et jouer c’est plus que vivre.   Alors, tu dis qu’un avocat n’use que trois robes dans sa vie. Alors ta troisième robe, ça se présente comment ? La deuxième  commence à montrer de sacrés signes de faiblesse, j’y ai découvert il y a quelque jours à l’audience un bel accroc ; il va falloir songer à prendre des mesures pour la troisième... à moins que je ne jette la seconde aux orties pour écrire. "La robe aux orties" c’est l’expression consacrée pour ceux qui quittent ce métier, je ne sais pas pourquoi les orties ?  Les blessures, les marques, les  brûlures peut être…   Propos recueillis par Jean-Daniel Magnin  

Le 20 janvier 2017 à 12:31

Une nouvelle constitution citoyenne inventée par Christophe Meierhans et des politologues

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

Il présente ses performances en français,  anglais, allemand, flamand. Christophe Meierhans est un artiste suisse plurilingue, pluridisciplinaire, actif dans différentes sphères et scènes artistiques. Compositeur de formation, son œuvre inclut la performance, l’intervention dans l’espace public, le court-métrage, la publication et la composition musicale. Avec Some use of your broken pots, nous sommes à la fois au théâtre et inclus dans une espèce d’assemblée populaire. Programmée dans de nombreux pays, cette performance interactive « citoyenne » présente au public un projet novateur de constitution démocratique que Christophe Meierhans a élaboré avec des politologues de différentes universités belges. Une constitution pour un État démocratique qui n’existe pas encore et qui ne fonctionnerait plus du tout comme le font nos démocraties rélectives en crise. Loin d’être inactif le public réagit, questionne, cherche les failles, les incohérences. Et chaque fois Meierhans apporte une réponse qui va rendre son projet, d’abord déroutant, de plus en plus convainquant. A l’heure où partout dans le monde on réfléchit à introduire Internet et le tirage au sort dans nos pratiques démocratiques, cette pièce utopique et subtilement comique ouvre de joyeuses pistes pour imaginer d’autres manières de nous organiser ensemble.

Le 14 février 2017 à 18:03
Le 29 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 27

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 24 juin 2007 Référendum sur les référendums. Journée historique pour le pays, qui voit se tenir la toute première consultation référendaire du quinquennat : il y en aura beaucoup, beaucoup d’autres.Ce premier référendum porte sur les référendums, comme le stipule la question à laquelle les citoyens doivent répondre : « Souhaitez-vous être davantage consultés sur la conduite de votre pays au moyen de référendums précis, à une fréquence raisonnable ? » Ayant bien pesé cette formulation, la France répond « non » à une forte majorité. 75% des inscrits se sont exprimés. Trois minutes avant la fermeture des bureaux de vote, la présidente, depuis l’Élysée, prend la parole sur les chaînes publiques et sur radio Nova (mais en version électro). Elle est radieuse : « A l’heure où je vous parle, le taux de participation dépasse toutes nos espérances ! Vous m’avez dit : non, d’une voix claire, et vous êtes venus me le dire en masse ! Et cela, c’est bien la preuve que les référendums, ça marche ! Sans celui d’aujourd’hui nous n’aurions jamais su que vous n’en vouliez pas ! Votre non massif, c’est un oui éclatant ! » Le principe des consultations fréquentes est donc retenu. Le lendemain, Le Figaro titre en une : « Non c’est oui ! » ; plus loin dans le journal, avant un article très critique consacré à la régularisation en masse à venir des sans-papiers, on trouve ce titre : « Noir c’est blanc ». Plus loin encore, saluant les interventions régulières de l’armée, ce titre : « Gauche c’est droite ».Dans la soirée du lundi, on apprendra que le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral. La perspective d’une démocratie référendaire transforme les options stratégiques du FN, et les cadres du Parti ont passé au Paquebot de Saint-Cloud une nuit de cogitations intenses. Le surmenage a été fatal à Jean-Marie Le Pen.Le vieux leader paraît sur les écrans dès le lendemain pour rassurer ses troupes, accompagné de sa fille Marine. Celle-ci déclare que cet « accident sans gravité », sans autre conséquence qu’une légère paralysie faciale, n’altère en rien « la lucidité ni la détermination » de son père. Ce que l’intéressé confirme : « Prsktrzr »… La suite demain...

Le 13 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 11

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 6 - lundi 7 maiUne heure du matin. C’est, enfin, l’arrivée de Ségolène Royal place de la Bastille : la liesse collective redouble. L’élue se hisse sur la scène improvisée, aidée par la main secourable de la chanteuse Carla Bruni, déjà présente à son meeting de campagne à Charléty.  La chanteuse pleure : elle a l’air heureux. Les cadres du Parti socialiste, après quatre heures de débats, ont décidé de quitter enfin la rue de Solferino, pour aller voir. par réflexe, ils rejoindront Ségolène Royal sur scène— après s’être fait, non sans mal, reconnaître par le service d’ordre improvisé. Bénabar et Philippe Torreton, qui chantaient en duo L’effet papillon, s’arrêtent net. Bernard-Henri Lévy, soutien indéfectible de la candidate,  s’empare alors du micro pour annoncer son arrivée. « Mes chers amis ! commence le bouillant intellectuel. Je suis d'une génération qui vu se noyer dans le sang ses idéologies devenues folles. Notre jeunesse, nos utopies, voilà un demi-siècle qu'elles jaunissent avec les ossements du Che, quelque part dans les jungles boliviennes (j'y suis allé). Au San Theodoros, le général Alcazar rêvait de reprendre le pouvoir, sans violence, à son rival Tapioca : on sait ce qu'il advint… » Au bout d’une dizaine de minutes, plusieurs voix, dans le public, manifestent une certaine impatience, à travers de laconiques « Ta gueule ! », ou de plus affables « Arielle, une chanson ». Ségolène Royal prend gentiment le micro des mains du philosophe. Ces images resteront gravées dans les rétines de la jeunesse ségoliste. La future présidente paraît planer dix centimètres au-dessus du sol ; la lune dessine un spot de lumière autour de son corps. Devant elle, une foule de jeunes, surexcités, un peu ivres, rarement blonds. Beaucoup de filles ont jeté leur tee-shirt Vêtimarché pour s’exhiber torse nu, un « YES » triomphal tracé sur les seins. Ils l’ont attendue cinq heures pour faire la fête. « Bonsoir ! lance la présidente. (ovation) Je vais vous parler avec gravité. (ovation) Il est temps d’aller se coucher ! (silence) D’abord, je veux m’excuser auprès des voisins pour tout ce tapage à une heure aussi tardive : la joie ne doit pas empêcher le respect. Aller se coucher, oui ! Pour nous mettre au travail dès demain. Pour mieux participer à la grande tâche collective qui nous attend. Et d’abord, tout de suite, ensemble, nous allons nettoyer cette belle place de la Bastille, lieu de tant de moments forts de notre histoire, pour la laisser telle que vous l’avez trouvée en arrivant. Nous allons tous nous y mettre, sans exception : l’ordre doit être juste. Les dirigeants du Parti socialiste, présents à mes côtés sur cette estrade depuis la victoire, vont montrer l’exemple et s’emparer d’un balai, dans un esprit participatif ! Vous allez voir, c’est amusant. Je demanderai seulement à toutes les jeunes filles, même majeures, de mettre un vêtement sur leur poitrine — car tant que l’on aura pas résolu le problème de la condition féminine, on ne pourra pas s’attaquer au reste. Et je demanderai aux plus âgés, dans un souci d’encadrement éducatif, de faire cesser la consommation d’alcool. Si vous avez le droit de vous amuser ce soir, vous avez le devoir de travailler demain. Des kits de prévention et de protection sont à la disposition de toutes les jeunes femmes au pied de la scène, à côté des balais et des serpillières. La politique autrement, ça commence aujourd’hui ! Je vous donne rendez-vous à toutes, à tous, le 10 mai, pour une grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle ! » La greffe de la petite a réussi : la France est heureuse.    La suite demain...

Le 21 avril 2015 à 10:03

Bernard Stiegler : "Le Web est un espace public, il doit être absolument libre"

"On parle beaucoup d'Internet on a raison parce qu'il y a toute la question de la gouvernance du Net qui est un sujet de négociations internationales permanent et c'est très important. En revanche, il y a autre chose qui est très important, largement aussi important et peut-être plus important, c'est le Web. Le Net est né dans les années 70, le Web est né dans les années 90, 20 ans plus tard. C'est avec le Web que s'est développée la société réticulaire, pas avec le Net. Moi, j'ai utilisé le Net dès les années 80 parce que j'étais universitaire et que l'Amérique du Nord a ouvert le Net aux universitaires du Monde entier, à un moment donné pour faire fonctionner son soft power et attirer dans sa sphère d'influence les académiques du Monde entier et jusqu'en avril 93, seuls les militaires et les universitaires avaient accès au Net. A partir d'avril 93, tout le monde a eu accès au Net et ça a été une explosion. Je connais très bien, en plus, la chose parce que j'ai été missionné 1 an plus tard par la Commission européenne qui m'a demandé d'observer le développement des effets de ce qu'on appelait à l'époque la Société de l'Information et qui était, en fait, le Net, sur le Nord-Pas-de-Calais. J'ai analysé ça en détail et j'ai pu voir comment cette nouveauté s'est disséminée, s'est répandue comme une traînée de poudre dans le Monde, d'une manière absolument inouïe avec un problème qui s'est posé d'ailleurs très vite qui était que – étant donné qu'il y a une croissance exponentielle des pages web – il a fallu multiplier les serveurs, les serveurs sont devenus bientôt des data centers, c'est-à-dire de très très gros serveurs coûtant très cher. Il y a eu très vite d'investissement dans des réseaux, la fibre optique, dans des serveurs etc., ce qui fait qu'évidemment l'Amérique du Nord a développé une économie qui est l'économie qu'on connaît aujourd'hui, une économie surtout californienne mais pas seulement, et a complètement pris le contrôle du Web. Pourquoi ? Parce que le Web est une organisation (je ne vais pas dire régulée parce que ce n'est pas vraiment une instance de régulation) animée par le Worldwide Web Consortium, le W3C et dans le W3C, il y a des instances de discussion qui sont là pour faire tomber d'accord des représentants de tous les acteurs du Web pour faire des recommandations, en termes de normes, de protocoles, d'interfaces, des formats de données, de métadonnées etc., qui ne sont d'ailleurs que des recommandations : vous pouvez très bien ne pas les suivre mais si vous ne les suivez pas, vous n'existez pas sur le réseau puisque, sur le réseau, par nature, vous n'existez que si vous êtes compatible avec le reste du réseau. C'est l'aspect le plus complexe de ce qu'on appelle « l'effet de réseau ». C'est l'effet de réseau qui gouverne le Web ont donc les gens qui ont un pouvoir de recommandation ont forcément les capacités, sans imposer rien à personne, de faire que les gens les suivent. C'est ce qu'on appelle en théorie du langage une performativité. Ce qui se passe aujourd'hui, étant donné que depuis 22 ans les gens qui envoient le plus de lobbyistes à Londres sont Google, Apple, Amazon, etc., c'est que le Web évolue sous contrainte de l'Amérique du Nord et cette évolution se fait au bénéfice des business models de ces entreprises et forcément a contrario de ce pourquoi avait été fait le Web parce que – ça a été dit très clairement par le CERN au début – le Web ne doit pas être commercialisé, c'est un espace public et il doit être absolument libre. De fait, personne ne vous empêche d'y aller mais la réalité c'est que vous ne pouvez y aller qu'à travers des instruments qui sont au service des business models américains. Ici, à l'IRI, nous allons organiser les 13 et 14 décembre 2015 au centre Georges Pompidou une grande discussion internationale sur l'avenir du Web. Nous pensons que le Web doit être aujourd'hui absolument réinventé par l'Europe. Nous pensons que l'Europe en a les moyens tout d'abord parce que c'est elle qui l'a inventé, contrairement à ce que prétend Obama. Obama dit « la société réticulaire, c'est les Américains » : c'est archifaux ! C'est pas l'Internet qui est à l'origine de la société réticulaire, c'est le Web et le Web, il a été inventé en Europe, en Suisse, par des Belges, des Anglais et des Français. Et la France a joué un rôle important parce que le modèle télématique qui n'était pas du tout celui de l'Internet a été fondamental dans la conception du Web. L'internet n'avait pas de basses de réseaux, c'était des relations point à point. Nous pensons ici – quand je dis nous, c'est l'IRI mais c'est aussi tout un réseau de gens au niveau international qui pensent comme nous, c'est aussi des acteurs économiques européens ou français qui n'osent pas le dire parce qu'ils ont peur de Google donc il nous disent parfois « je vous dis ça mais il ne faut pas le répéter » Parce que Google et Apple font la loi aujourd'hui sur les réseaux. Si vous ne plaisez pas à Apple, il vous vire des Apps ; si vous ne plaisez pas pas à Google, il vous vire de Google et c'est vraiment violent. Il y a donc une espèce de terrorisme, de business terroriste qui relève de ce qu'on appelle une situation de monopole de fait, etc. à travers ce qu'on appelle les plateformes qui se sont progressivement substituées à cette démocratie qu'était le Web. Dominique Cardon a assez bien décrit ça dans La Démocratie Internet même si, lui, parle trop d'Internet et pas assez du Web. Je lui ai déjà dit donc je ne lui tape pas dans le dos, je le lui redis et je suis preneur d'un débat public avec lui là-dessus. Quoi qu'il en soit, nous pensons ici à l'IRI, qu'il est possible de réinventer le Web et que c'est non seulement possible mais absolument indispensable - pas seulement pour les intérêts européens parce que l'Europe est quand même en ce moment en train de disparaître dans la trappe, et la Chine est en train de se mobiliser sur ces sujets, et quand elle va se réveiller, comme disait Peyrefitte à propos de la Chine d'il y a 30 ou 40 ans, quand elle va se réveiller dans le champ du new web, ça va faire très mal, et aussi très mal aux Américains, d'ailleurs, y compris parce qu'elle achète des boîtes américaines qu'elle pourra ensuite mettre à son service. Ce n'est pas en termes d'intérêts particuliers que je parle, c'est en termes d'intérêt général, je crois moi encore tout à fait à l'intérêt général et aux idées universelles. Je peux apparaître très certainement comme un pauvre crétin d'attardé du XXe siècle mais tant pis pour moi, je n'ai pas peur d'apparaître comme un pauvre crétin d'attardé du XXe siècle : je crois toujours à l'intérêt général et aux idées universelles."

Le 1 avril 2010

La vérité sur BHL

Les grandes énigmes dévoilées

Ventscontraires.net vient de trouver par hasard entre deux sièges d’un TGV un document jauni apportant une lumière inédite sur l’affaire BHL/BOtul : le philosophe globe-trotter médiatique s’était ridiculisé en reprenant très sérieusement une citation de Jean-Baptiste Botul dans son ouvrage De la guerre en philosophie – alors qu’il était de notoriété publique que l’auteur de La Vie sexuelle d’Emmanuel Kant n’est qu’un canular inventé joyeusement par Frédéric Pagès et de ses amis. Le document : il s’agit d’un brouillon de lettre à l’écriture rageuse, où l’on a la surprise de découvrir que BHL est lui aussi un écrivain fictif ! En fait ils sont trois – ce qui expliquerait en passant la productivité du label « BHL ». Epuisé par son incessant labeur sous une mansarde du 15e et à la bibliothèque de Beaubourg, « L » (le philosophe) aurait demandé en vain à « H » (le médiatique) de l’inviter au moins une fois dans un des fameux salons parisiens qu’il fréquente assidûment. Vexé de n’avoir reçu aucune réponse de « H », il s’est tourné vers « B » (le globe-trotter au grand cœur) qui aurait accepté de le prendre avec lui pour son prochain voyage humanitaire. « H » se serait alors violemment interposé, arguant que la date de sortie de leur ouvrage De la guerre en philosophie ne pouvait être repoussée au vu du grand nombre de rendez-vous média calés. Blessé par tant de mépris, « L » griffonne d’une main tremblante : « La guerre en philosophie, vous allez l’avoir ! » Et il révèle qu’il s’est vengé en glissant une bombe à retardement dans le manuscrit du livre… la citation de Botul allait faire le tour de toutes les rédactions.

Le 1 septembre 2010 à 07:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 30

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 2 juillet 2007 Accords de Khartoum. Le conseil du ministre du mardi 3 juillet est prévu à Soudan, petite communauté des Deux-Sèvres, dans le canton de la Mothe-Saint-Héray. On y attendra en vain la présidente. Dans la soirée du lundi, en effet, Ségolène Royal s’envole pour le Soudan africain en compagnie de Bernard-Henri Lévy. A peine descendus de l’avion, ils proposent, spontanément, une rencontre à huis clos entre les belligérants de la guerre civile au Darfour. « Depuis le temps que ça dure, explique la Présidente, il faudrait peut-être passer à autre chose : parce que là, je ne vous le cache pas, la communauté internationale commence à en avoir plein le dos. » La rencontre a lieu le soir même au Hilton de Khartoum. Sous l’impulsion de la Présidente et de son porte-parole, un accord est trouvé en moins de sept heures entre les milices Janjawid, l’Armée de Libération du Soudan, le Mouvement pour la Justice et l'Égalité, l’Armée Populaire de Libération du Soudan, les différents chefs de guerre et les gouvernements de Pékin, de Khartoum et de N’djamena. Sitôt l’annonce connue, un vaste sursaut démocratique électrise la société soudanaise : le général Omar el-Béchir est destitué sous les vivats de l’armée ; une coalition gouvernementale multiethnique se met en place, emmenée par la socialiste Fatima Ahmed Abdelmahmoud : elle sera confirmée par les urnes trois mois plus tard et mettra sur pied une commission « Franchise et Réconciliation ». « Une bonne chose de faite, commentera la Présidente au sortir de la réunion. Comme quoi quand on veut, on peut. Et ce n’était quand même pas la mort du petit cheval. »Dans les heures qui suivent, une immense vague de soulagement s’empare du monde entier — qui n’en pouvait plus de voir depuis cinq ans, l’actualité trustée par ce génocide inexplicable et sans éclat. Les dons affluent, par milliards, sur Internet. Cet enthousiasme planétaire désamorce un début de crise diplomatique entre Paris et Pékin : rappelé dans son pays, l’ambassadeur chinois reçoit sur le tarmac d’Orly un coup de fil lui enjoignant de reprendre le bus pour l’avenue George-V. A quelque temps de là, la Fondation Total pour le Bien-Être des Pauvres qui ont du Pétrole (FTBEPP) annonce un programme de dispensaires gratuits dans le sud Soudan — malgré les protestations de la China National Petroleum Corporation, qui a des intérêts dans la zone. Le Fonds Areva pour l’Avenir de l’Énergie et des Peuples qui ont de l’Énergie, mais pas d’Avenir (FAAEPEA) fait savoir qu’il prend à sa charge le rapatriement des populations déplacées — malgré les protestations de la China National Nuclear Corporation qui extrait de l’uranium dans la région. La tragédie du Darfour est close. L’initiative française soulève de vives critiques à l’ONU : le premier Secrétaire Général Ban Ki-moon déplore de la « précipitation coupable » avec laquelle l’affaire a été menée, « sans concertation aucune avec les instances internationales ». En France, la droite — par la voix Charles Pasqua — tonne contre une « initiative boum-boum » qui « manque de correction » et ravale « la politique africaine de la France au rang de l’amateurisme ». Le Parti socialiste lui aussi se montre très réservé, sans trop savoir pourquoi. Une déclaration de Benoît Hamon résume bien le sentiment général : « Ben je sais pas… Quand on est socialiste, et qu’on voit une initiative comme ça, super concrète, qui donne des résultats… Et que tout le monde est content… C’est permis d’avoir des doutes, quand même. » Le divorce se creuse entre la Présidente et son parti. Enfin, une protestation unitaire montée par l’extrême-gauche : « Tout ça, c’était pour le pétrole », se solde par un cuisant échec : deux cents manifestants d’après les organisateurs, et Olivier Besancenot d’après la police. Selon une enquête indépendante menée par une ONG, les accords de Khartoum ont permis d’épargner plusieurs centaines de milliers de viesLa suite demain...

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