Edgar Morin

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

Quelle voie pour notre métamorphose ?

« On ne se parlait plus. Les rassemblements comme Los Indignados, Occupy Wall Street, Nuit Debout ressuscitent le Forum, l’Agora des cités antiques. Ce réveil coïncide avec d’autres mouvements de réveil partout contre la domination du profit, de la finance, du calcul, de l’anonymat. On a besoin de penser ensemble, il n’y a plus de pensée en politique car nos représentants sont à la remorque de l’économie libérale. Sur le plan écologique par exemple, il y a une révolution à faire que les citoyens peuvent commencer sans attendre l’État. C’est un début, la route est longue. Nous devons changer de voie, pas seulement en France, mais nous pouvons influencer le processus de mondialisation, le transformer pour résister aux périls écologiques, nucléaires, financiers, fanatiques. La vraie mondialisation, ça n’est pas d’imposer le modèle occidental mais d’opter pour la synthèse de ce qu’il y a de meilleur dans chaque civilisation. »
Edgar Morin
sur Radio Debout, le 8 mai 2016

Enregistré au Théâtre du Rond-Point, salle Jean Tardieu, le 31 janvier 2017

Introduction Jean-Daniel Magnin

Durée : 01:13:43



Retrouvez sur ventscontraires les podcasts et vidéo des différentes éditions du festival "Nos disques sont rayés". Un festival de mutineries, de rires et de réflexions pour s’élever au-dessus des blocages français – qu’ils soient politiques ou sociétaux, avec la montée des craintes et des extrémismes qui les accompagne.

Edition #3 février 2019 : Issue de secours, la périphérie ?
Quinze jours de débats, performances et conférences pour renverser notre vision sur la banlieue, les marges, les « territoires ». Disputes, engueulades et rires salutaires : quand les démocraties vacillent sous le poids des inégalités, il est temps de prendre la parole, de débattre, de sortir des entre-soi. « Acceptons-nous que l’Europe se construise loin de ses citoyens ? Aimons-nous cette France à plusieurs vitesses, l’hypocrisie apartheid et tant de zones oubliées qui ruminent en silence ? » demande l’organisateur Jean-Daniel Magnin, directeur littéraire des lieux. À la veille des élections européennes, le Rond-Point ouvre les issues de secours côté banlieue. Il s’agrandit à tous les publics, aux talents qui débordent, pour un festival citoyen des périféeries urbaines.

Edition #2 janvier-février 2018
Nos disques rayés plus intimes, ceux qui viennent tourner insidieusement en boucle dans nos têtes et font bégayer de magnifiques mots comme égalité, liberté d’opinion, transparence, justice, laïcité, fraternité, démocratie, mots que nous revendiquons toujours mais qui sont entravés, tenus en laisse, dévoyés de leur élan premier. Ce qui nous révolte et nous accable, nous entraîne dans un monde que nous n’avons pas choisi.

Edition #1 janvier-février 2017
Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ?

 

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En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200722h05. François Bayrou annonce le lancement d’un nouveau parti — le Mouvement Démocrate — dont il détaille la stratégie « ambidextre », reposant sur un appel « aux bonnes volontés de droite, de gauche, d’en haut, d’en bas, de derrière, de devant, pour avancer, ensemble, dans toutes ces directions à la fois. » A sa grande déception, François Bayrou ne sera pas suivi par la plupart des centristes. Ces derniers viennent de se découvrir des affinités profondes avec Ségolène Royal : « C’est elle, notre vraie famille, expliquera Hervé Morin. Notre ADN est là. » 22h15. « Cette fois-ci, c’est pour de bon. » Le socialiste Lionel Jospin annonce qu’il a se retire, de façon définitivement définitive, de la vie politique nationale. Lionel Jospin vivra dorénavant reclus sur l’île de Ré. Il entamera l’écriture d’un livre sur la rédemption, Tout est de ma faute, resté inachevé. 23h05. Les télévisions ont enfin réussi à établir une liaison avec le village hongrois au nom imprononçable : Nicolas Sarkozy peut parler au peuple des blonds en Lacoste. Le candidat malheureux apparaît sur les écrans. Il a le visage sévère et porte une attelle à l’épaule droite : on apprendra plus tard qu’il se l’est déboîtée à force de l’agiter de façon compulsive, en apprenant les résultats. Sur la place centrale du vieux village, devant les maisons de bois aux volets clos où pendent des gousses d’ail, Nicolas Sarkozy s’est planté derrière le pupitre du maire, entouré d’un demi-cercle de paysans hostiles avec des torches, tandis que les loups hurlent au loin. Son discours sera bref. « Mes chers compatriotes, aïe ! J’ai changé. J’ai pris connaissance des résultats, aïe ! Ils sont nets, ils sont indiscutables et malgré la tristesse, malgré la déception, aïe ! Je veux dire à ceux qui, ce soir, ont décidé de voter pour mon adversaire, que je respecte leur choix. Vous ne voulez pas de moi : je respecte. Vous ne voulez pas la rupture, aïe ! Je respecte. Vous ne voulez pas travailler plus. Vous ne voulez pas gagner plus. Vous ne voulez pas augmenter votre pouvoir d’achat, aïe ! Je respecte. Vous êtes tournés vers le passé. Vous avez peur du changement ! Vous avez peur du programme pour une France moderne que je vous proposais ! Vous avez peur des réformes de progrès ! Aïe  aïe ! Eh bien, je vous le dis respectueusement : vous ne serez pas oubliés ! Personne ne sera laissé en chemin ! » Un murmure inquiet monte de l’assistance : il semble que le candidat se laisse gagner par une fureur grandissante. Bientôt il ne s’exprime plus que par onomatopées indéchiffrables. Ses yeux s’écarquillent, s’exorbitent, changent de couleur. De la bave coule aux coins de ses lèvres. Un homme à sa droite lui tend un mouchoir : il l’invective dans une langue inconnue : « Efferpel haümerivv ! » — et c’est alors que sa tête pivote sur elle-même, à 180 degrés    La suite demain...

Le 13 octobre 2015 à 10:00

Extrait du carnet intime de Marcel Cerdan

Mardi 12 janvier 1947 : j’ai reçu ce matin rue Gambetta à Boulogne la visite d’un drôle de type, la petite quarantaine, qui louchait et qui perdait ses cheveux. Il m’a dit : « Je suis Jean-Paul Sartre. » Je ne l’avais jamais rencontré, et je m’attendais à tout, sauf à un type comme lui.Il m’a demandé si j’étais bien Marcel Cerdan, et il a ajouté : « C’est idiot, je sais bien que c’est vous, j’ai déjà vu des photos. »Il est resté sans rien dire un moment, et il s’est repris : « Bon, je viens vous voir pour une bonne raison et j’irai droit au but. J’aimerais apprendre la boxe. J’ai une lettre d’introduction d’Albert Camus, si vous voulez.Il a commencé à fouiller dans ses poches.– Non, non, ce n’est pas la peine. Vous savez, je n’ai pas d’élèves.– Si vous voulez, en échange, je vous enseigne l’existentialisme.– C’est quoi ?– C’est un humanisme.– D’accord, j’ai fait. Tope-là.Et Jean-Paul m’a tapé dans la main. Ça a fait un petit bruit mou. Question boxe, on part de zéro.– Je suis venu avec mes gants, a ajouté Jean-Paul. Et un maillot de laine que m’a tricoté Simone. On peut commencer tout de suite. Je sais qu’Edith vous a installé une salle d’entraînement.– Vous connaissez Edith ?– Vous connaissez sa chanson Mylord ?– Non.– C’est normal, elle ne la chante pas encore. Mais croyez-le ou pas, Mylord, c’est moi.– Ah bon.– On y va ? a fait Sartre, j’ai mangé léger.– Si vous voulez. Vous êtes plutôt poids mouche, poids coq, ou poids plume ?– Je ne sais pas. C’est quoi la différence ?– poids mouche, c’est moins de 50,802 kg, poids coq, ça va jusqu’à 53,524 kg, poids plume, jusqu’à 57,153 kg, poids…– Oui, bon, d’accord, j’ai compris. Je suis poids coq. Mais si ça pouvait rester entre nous.– OK. Vous connaissez les règles de la boxe ?– A peu près : c’est un sport de combat consistant à opposer deux adversaires qui combattent à coups de poings. Le but premier de chaque participant consiste à frapper la face et le torse de Raymond Aron de manière à le mettre à terre plus de dix secondes.– Raymond Aron ? C’est qui ?– C’est sans importance. Je connais les règles, c’est ça qui compte.– D’accord. Vous avez des gants ?– Oui. J’aime bien mettre des gants. A cause des mains sales.Il a cligné de son bon œil comme si c’était une blague. J’ai hoché la tête :– Vous êtes déjà monté sur un ring ?– Non. Jamais.– Bon, allons-y alors.Quand Sartre a voulu se glisser entre les cordes, il s’est pris les pieds et il est tombé la tête la première. Il y a eu un bruit de verre brisé.– Ça va ? j’ai demandé.– Oui, mais j’ai cassé mes lunettes. On ne peut pas se battre.– C’est dommage. Mais de toute façon, on n’aurait pas pu faire de combat si vous aviez gardé vos lunettes.– Ah bon ? Je l’ignorais. J’ai une heure devant moi. J’ai rendez-vous tout à l’heure avec Julliard. Je voudrais être en forme.– Vous avez bien appris les positions et la garde ?– Oui, la garde confère autorité et non supériorité. Vous voyez. On peut y aller ?– Vous êtes sûr ?– Oui. Je n’ai pas peur de la douleur. La douleur, c’est le vide.– OK. Je vais tenter un uppercut.– Oui, je sais, j’ai relu mes notes : l’uppercut précède le direct. L’enfer, c’est les directs.– Vous êtes vraiment prêt ?– Oui.Je l’ai cru, et j’ai cogné, pas trop fort. Il n’a rien paré du tout et je l’ai envoyé droit dans le poteau de coin. Quand il s’est réveillé, il a dit :– L’uppercut est un humanisme.– Vous êtes sûr que ça va, Jean-Paul ?– Oui. La vie, c’est une panique dans un ring en feu.Il était tellement sonné qu’il ne louchait plus.– Vous ne voulez pas que j’appelle pour annuler votre rendez-vous avec Julliard ?– Non, non. J’ai un peu la nausée mais ça va. Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.– Vous ne voulez pas qu’on fasse simplement de l’échauffement ?– Non, je veux qu’on se batte.– Je peux vous apprendre le crochet, alors.– Non, le crochet, je le connais déjà. J’en fais avec Simone, ça nous détend. De toute façon, je n’ai pas mes aiguilles.– Jean-Paul, le crochet, c’est aussi un coup d’attaque à la boxe.– Ah ? Alors d’accord.– Vous voulez que je vous montre celui que j’ai utilisé contre Anton Raadik en mars 46, ou plutôt celui contre Krawczyk en mai dernier ?– Euh ? Plutôt le premier.– Vous êtes prêt ?– Je suis prêt.Quand Sartre s’est réveillé, je lui ai demandé s’il ne voulait pas décommander son rendez-vous avec Julliard.– Je dois fonder Les Temps modernes, mais ça peut attendre l’année prochaine.– Je crois que ce serait mieux, vous n’êtes pas en état.– Vous avez sans doute raison.– Et l’existentialisme ? Vous pouvez m’en dire plus ?– L’homme est condamné à être libre. C’est ce qu’il y a à retenir.– C’est tout ?– C’est tout. Vous voulez que je vous répète la phrase ?– Non, non, je m’en souviendrai.Je n’ai jamais revu Jean-Paul Sartre. Je l’ai entraperçu à un concert d’Edith, quelques mois plus tard, mais il a fait semblant de ne pas me reconnaître. C’est dommage, il aurait dû persévérer. Il avait un assez bon jeu de jambes.

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