Nos disques sont rayés
Publié le 08/02/2017

François Ruffin : répétition générale publique avant son premier meeting pour les législatives à Flixecourt #3


Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

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François Ruffin annonce qu'il est candidat à l'Assemblée nationale et propose au public du Rond-Point une répétition générale de sa première réunion électorale prévue deux semaines plus tard à Flixecourt, dans la 1ère circonscription de la Somme

« Quand je vois un titre sur les « blocages français », mon premier réflexe, c’est de crier, au contraire, « vive les blocages ! » Parce que sans les « blocages français », en général attribués aux fonctionnaires, aux grévistes, aux syndicalistes, on serait repartis encore plus vite en marche arrière, non ? Quand en face, oui, ils débloquent complet. Mon deuxième réflexe, ensuite, c’est de ressentir le poids de leurs blocages, à eux, une férule, la main de fer invisible du marché dans le gant de velours de « la libre circulation », des « échanges », de l’« ouverture ». Mais pas seulement français, pour le coup, ces blocages, mais aussi bien grecs, américains, espagnols, etc., qui empêchent que l’histoire se remette dans le bon sens, qui entravent le progrès social, la justice fiscale, l’exigence environnementale… »

Enregistré le 3 février 2017 salle Roland Topor

Captation et montage Larissa Pignatari, Léo Scalco

Retrouvez sur ventscontraires les podcasts et vidéo des différentes éditions du festival "Nos disques sont rayés". Un festival de mutineries, de rires et de réflexions pour s’élever au-dessus des blocages français – qu’ils soient politiques ou sociétaux, avec la montée des craintes et des extrémismes qui les accompagne.

Edition #3 février 2019 : Issue de secours, la périphérie ?
Quinze jours de débats, performances et conférences pour renverser notre vision sur la banlieue, les marges, les « territoires ». Disputes, engueulades et rires salutaires : quand les démocraties vacillent sous le poids des inégalités, il est temps de prendre la parole, de débattre, de sortir des entre-soi. « Acceptons-nous que l’Europe se construise loin de ses citoyens ? Aimons-nous cette France à plusieurs vitesses, l’hypocrisie apartheid et tant de zones oubliées qui ruminent en silence ? » demande l’organisateur Jean-Daniel Magnin, directeur littéraire des lieux. À la veille des élections européennes, le Rond-Point ouvre les issues de secours côté banlieue. Il s’agrandit à tous les publics, aux talents qui débordent, pour un festival citoyen des périféeries urbaines.

Edition #2 janvier-février 2018
Nos disques rayés plus intimes, ceux qui viennent tourner insidieusement en boucle dans nos têtes et font bégayer de magnifiques mots comme égalité, liberté d’opinion, transparence, justice, laïcité, fraternité, démocratie, mots que nous revendiquons toujours mais qui sont entravés, tenus en laisse, dévoyés de leur élan premier. Ce qui nous révolte et nous accable, nous entraîne dans un monde que nous n’avons pas choisi.

Edition #1 janvier-février 2017
Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ?

 

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Le 27 avril 2010 à 10:58

Pas de retraite pour Mohammed

Les Arabes, on les faisait naître le 1er janvier ou le 31 décembre

L'ascenseur est en panne. Le vide-ordures bouché. Le centre social rasé. Les voitures parfois brûlées. La police sur les dents. Les rats et les cafards s'éclatent plus que les mômes sans toboggan. Tout est tragiquement normal dans cette cité. Et puis voilà qu'Ahmed 22 ans raconte son père Mohammed, il l'accompagne régulièrement à la sécurité sociale, car Mohammed ne parle pas bien le français, même s'il a travaillé en France pendant près de trente ans. Il est à la retraite, il est malade. Mais il ne touche pas de pension. C'est que la sécurité sociale s'y perd. Elle a donné le même numéro à une dizaine d'hommes comme lui. Ils s'appellent tous pareil, ils sont tous nés en 1945 au Maroc, pas le même jour certes, mais on ne se compliquait pas la tache au temps des colonies. Les Arabes, on les faisait naître le 1er janvier ou le 31 décembre. Résultat, un demi siècle plus tard, pas de retraite pour un vieil homme. Comment savoir combien d'années il a travaillé ? demande peut-être l'employé de la sécurité sociale. Mohammed doit regarder son fils sans comprendre la question. Le fils doit tendre des papiers, de vieux contrats que les employeurs de son père envoyaient par-delà la Méditerrannée quand il rentrait chez lui la saison terminée. C'est eux qui l'appelaient, il fallait des bras pour cueillir les fruits. Un jour il est resté. Regardez ses mains, pourrait dire Ahmed. Mais les neuf autres ont sûrement les mains aussi abîmées. Regardez son dos, pourrait-il dire aussi. Mais les neuf autres ont sûrement le dos aussi fourbu que lui. Alors peut-être qu'Ahmed s'énerve. C'est fou ce que les fils sont plus nerveux que leurs pères. C'est ce qui se dit beaucoup dans les rues de Cavaillon, c'est là qu'Ahmed habite avec ses parents, et c'est là aussi que le Front national a fait son plus beau score aux dernières élections. 34,29% au premier tour.

Le 10 mai 2016 à 16:10

Stefano Massini : "Nous n'avons rien appris de la crise de 29"

A propos de "Chapitres de la chute", sa saga sur Lehman Brothers

L'auteur et metteur en scène italien Stefano Massini voit sa trilogie sur la grandeur et la chute de l'empire Lehman Brothers créée pour la première fois dans une mise en scène remarquée d'Arnaud Meunier et une traduction de Pietro Pizzuti. Jean-Daniel Magnin – C'est sur le thème et le titre de la pièce que de nombreux spectateurs du Rond-Point ont été attirés par la pièce. Comme si nous avions un grand besoin d'en savoir plus sur l'économie. Comme s'il s'agissait là d'une histoire qui nous importait au plus haut point. Une histoire dont personne ne nous parle en fait.Stefano Massini – Je crois que le théâtre a toujours été un espace de connaissance. Le spectateur devrait en sortir enrichi, chaque fois. Non pas pour dire que les spectacles doivent "donner un enseignement", car éprouver une émotion forte (quel qu'en soit le type) est une forme de connaissance. Dans le cas présent je pense que la véritable expérience ne consiste pas à connaître la vie familiale des Lehman, mais à devenir un peu plus experts sur une chose (l'économie) qui nous affecte tous, mais que nous ne connaissons pas en fait. J'ai trouvé que la saga Lehman offrait l'occasion idéale de faire pénétrer le public dans un milieu hostile comme celui de la finance : j'avais besoin d'un cheval de Troie et je l'ai trouvé dans le grand écheveau biographique qui compose l'histoire de cette banque. On peut dire que la saga des Lehman n'est pas l'objet de ma trilogie, mais l'outil que j'ai utilisé pour rendre le public un peu plus "économiste". – Est-ce que tu t'es inspiré d'œuvres antérieures, comme par exemple les Buddenbrock de Thomas Mann ? – Plutôt que de m'inspirer d'un texte ou d'une œuvre, j'ai eu une confiance totale dans les potentialités de cette idée. Comme je l'ai déjà dit, je n'avais pas l'intention d'écrire sur les Lehman, mais l'idée était de pouvoir rendre le public plus expert dans une matière difficile et théâtralement vierge - et par conséquence extrêmement intéressante. Bien sûr, s'il fallait pointer des modèles, il faudrait aller plutôt du côté de la littérature que vers le théâtre, car je crois que le théâtre lui-même est aujourd'hui en quête d'un minimalisme dans lequel je ne me reconnais pas. – Comment définir ta pièce ? Un long blues post-capitaliste ? Une saga ? Une série américaine ? Un poème épique ? Un conte des temps jadis ?– Je le définirais comme du "matériel scénique". C'est un grand mélange de récit, de roman, de drame, de comédie, d'éléments documentaires - et même de poésie. Je pense qu'aujourd'hui nous vivons un total dépassement des genres. Et pas seulement parce que tout a été désormais essayé, mais parce que chaque "genre" est dépassé aussitôt qu'il a été expérimenté.  Et ainsi je préfère concevoir chacune de mes oeuvres comme un matériau, un ensemble de suggestions, un catalogue de possibilités. Puis c'est au metteur en scène et aux acteurs (mais aussi aux lecteurs) de faire un choix, en se frayant chemin à l'intérieur de ce que je leur offre.– L'humour et la poésie du texte me plaisent beaucoup. Cette manière si simple de raconter, tu l'as trouvée tout de suite ?– Crois-moi : cette ironie m'appartient, je ne l'ai pas choisie. Parfois c'est même pénible de voir comment les choses de la vie - même les plus tragiques - prennent des contours dont nous ne pouvons nous empêcher de rire. Et le rire est la plus forte expérience émotive de l'être humain, car le rire implique une pleine connaissance de ce qui le déclenche (alors que les pleurs non, les pleurs sont passifs, ils subissent la réalité, ils ne la contrôlent pas). – Tu n'as pas décrit en détails la faillite Lehman de 2008, probablement parce que nous connaissons "de l'intérieur" cette crise. C'est bien ça ?– Oui mais pas uniquement pour cette raison. J'ai décidé de ne pas raconter la faillite de 2008 (ou mieux : de ne pas la raconter dans les mêmes détails que je ne l'ai fait par contre pour la crise de 1929), justement parce que je voulais qu'une chose saute aux yeux : la crise de 1929 a été un précédent dont il aurait fallu apprendre beaucoup de choses. Hélas ça ne s'est pas passé comme ça : les mêmes erreurs ont été refaites, une fois passée la panique. Ça me semblait intéressant de raconter la crise actuelle à travers un miroir vieux de 80 ans.– Selon toi, les ferments de la faillite Lehman étaient déjà présent au début de leur histoire ?– Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un mal génétique. Le problème réside dans les profondes mutations de tout le système capitaliste qui, comme le raconte la Trilogie, est passé d'une recherche de fonds pour financer l'industrie à une recherche d'argent visant juste à la création de gains virtuels. C'est ici que s'ouvre le gouffre : l'argent ne doit générer que de l'argent. Et par dessus le marché, les évolutions technologiques ont entraîné une dépersonnalisation encore plus grande, avec pour résultat un labyrinthe de chiffres et d'argent n'ayant plus aucun lien avec la réalité.– Les rituels juifs et la Bible t'ont beaucoup inspiré dans cette pièce. Tu as aussi écrit "Je crois en un seul Dieu", une pièce qui se déroule en Israël - nous allons la lire en public avec Anne Alvaro en avril prochain. Est-ce une coïncidence, ou la question juive t'intéresse-t-elle particulièrement ?– En fait j'ai eu la grande chance d'avoir une "double vie" dans mon enfance, chrétienne et juive. Cela vient du fait que certains événements dans ma famille m'ont conduit à assister assidûment à la vie de la communauté juive dans le Temple de Florence. Cela dit, ma famille étant chrétienne et pas juive, chaque année nous célébrions Noël mais aussi Hanoukah - et je connaissais les prières du Seder (Pessah) aussi bien que les prières catholiques. Je pense que c'était important, pour moi, car la culture juive est un élément clé de la culture moderne, aussi bien européenne que nord-américaine. L'histoire des Lehman le démontre, leur saga est un très bon exemple du changement subi par les immigrants juifs en Amérique au siècle dernier.– Nous avons immédiatement décidé de programmer le spectacle avec Arnaud Meunier après avoir découvert seulement la première partie du texte au comité de lecture du Rond-Point. Tu as écrit les deux autres ensuite. Elles sont venues facilement ?– La seconde et la troisième partie ont été sans nul doute les plus difficiles à écrire. Surtout "L'immortel", la troisième. J'ai toujours pensé que la première partie de la trilogie était une "zone mythologique", alors que la deuxième est une comédie et la troisième un drame qui tourne entièrement autour de la solitude de Bobbie et de la partie d'échecs périlleuse qu'il joue avec un monde qui change autour de lui de manière vertigineuse. J'ai dû me documenter énormément avant d'écrire, lire des centaines (milliers) de pages sur l'Histoire américaine, des traités d'économie et bien sûr des livres sur la famille Lehman qui m'ont été envoyés des Etats Unis. Chapitres de la chute, saga des Lehman Brothers, de Stefano Massini, traduction Pietro Pizzuti, L'Arche éditions

Le 20 juin 2011 à 09:02

Eaux sales

Ça m’est revenu il y a quelques semaines après une interview de Marine le Pen,  à cause de son âge, le même que moi,  de son blue jean, le même que moi,  à cause de sa poignée de main,  de l’hôtesse d’accueil qui m’a souri derrière l’hygiaphone, à cause de Jeanne d’Arc dans  son armure pas tellement plus haute qu’un nain de jardin.…ça m’est revenu d’un  coup. C’était l’été 1991, j’étais journaliste stagiaire, on m’avait envoyée à l’université d’été des jeunes du Front national.  Ça se passait dans un petit château de Sologne,  une ancienne propriété de l’empereur Bokassa à ce qui se disait. Les grilles hautes et pointues étaient entrouvertes,  un  petit homme ventru, aimable et souriant m’avait accueillie:  Roger Holleindre ancien  de l’Indochine et des barbouzeries de l’Algérie française.  Il m’a montré son bureau pour y poser mes affaires,  et il a bien rigolé quand j’ai sorti mon ordinateur portable barré d’un autocollant Libération. – Leur montrez pas ça, ils vont vous mettre dans le lac ! Le pire, c’est que je l’ai cru.  Ils, c’étaient ses jeunes et ils était en forme.  De la salle du bas, les clameurs de la meute montaient.  Je suis descendue voir (sans ordinateur), c’était l’atelier "débat". Carl Lang chauffait un grand boutonneux assis en face de lui : « Imagine que je suis Jack Lang , vas y cogne ! ».  Collée au mur dans le fond la pièce,  j’apercevais le lac par la fenêtre, une grande flaque d’eau saumâtre et menaçante.  Je me rappelle le retour en fin d’après midi,  la Nationale 7 vers Paris,  le pied à fond sur l’accélérateur.  La fuite. Tout ça m’est revenu comme un bon souvenir.  C’était bien mieux le temps où ils jouaient à nous faire peur.

Le 25 mars 2015 à 09:41

Autre

Quand je pense à l’autre je pense à mon père, à mes pères, à Prévert.A mon père adoptif Michel dit Michou né à Sousse, Tunisie, en 1937, pied-noir on disait.A mon père naturel Moshe, dit Moïse dit Maurice, né à Fès, Maroc, en 1936, Fassi on disait.Je suis le fils des autres et un autre moi-même, avec un peu de sang français par ma mère d’Angoulême.Je suis un vélin d’Angoulême – vélin veut dire peau de veau, ou plutôt de vélot (oui avec un t au bout), c’est-à-dire le veau mort-né – sur lequel j’écris mon étrangeté depuis que je tiens un stylo ou plutôt qu’un stylo me tient. Je pense entre autres à Prévert qui fut des nôtres quand il cultivait notre imagination avec ses mots : Être angeC’est étrangeDit l’angeÊtre âneC’est étrâneDit l’âneCela ne veut rien direDit l’ange en haussant les ailesPourtantSi étrange veut dire quelque choseétrâne est plus étrange qu’étrangedit l’âneÉtrange est !Dit l’ange en tapant du piedÉtranger vous-mêmeDit l’âneEt il s’envole. Je pense encore à Prévert et à ses Etranges étrangers dansant à son Grand bal du Printemps : Kabyles de la Chapelleet des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied 
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelleembauchés débauchésmanœuvres désœuvrésPolacks du Marais (…)Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie 
même si mal en vivez
même si vous en mourez.  Pour parler de l’autre, j’ai voulu reprendre les mots de l’autre, les agiter comme chiffon de l’âme pour voir ce qu’ils nous disent aujourd’hui, voir s’ils donnent des sueurs froides au front qu’on dit National, s’il font couler un sang d’encre en coupant mieux que des lames. Je regarde l’autre et je me vois, je me regarde et je vois un autre, drôle de je, essayez, c’est très étrange très étrâne, de se mettre à la place de l’autre, de se prendre pour un autre soi-même.      

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