Carte blanche au Bondy Blog : Ecrire ensemble

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

Avec Nassira El Moaddem (rédactrice en chef), Leïla Khouiel, Ilyes Ramdani, Sarah Ichou, Sabrina Alves, Kozi Pastakia, Kab Niang, Maéva Lahmi, Jonathan Baudoin, Azzedine Marouf, Rouguyata Sall, Victor Mouquet et le public du Théâtre du Rond-Point

Sur la scène du Théâtre du Rond-point, une grande table, autour de laquelle les blogueurs du Bondy Blog sont réunis en conférence de rédaction animée par la rédaction en chef. Le sujet du jour : les quartiers populaires vus par le public du Théâtre du Rond-Point. Quels sont leurs liens avec les quartiers ? S’y rendent-ils ? Qu’y font-ils ? Quel est leur sentiment lorsqu’ils dépassent le périphérique ? Vont-ils dans des zones de non droit comme on entend souvent dans les discours médiatiques ? Ont-ils si peur en y allant ? C’est une conférence de rédaction interactive, en relation avec le public de la soirée, qui sera proposée avec un objectif : la réalisation d’un article à la fin de cette rencontre. Chacun pourra voir l’élaboration du papier en temps réel sur la plateforme du Bondy Blog, de ses premiers mots jusqu’à la recherche du titre, de la photo qui accompagnera le texte et de sa mise en ligne finale.

> l'article du Bondy Blog écrit avec le public du Rond-Point

Enregistré le 31 janvier 2017 salle Topor

Durée 00:34:49



Passé colonial mal digéré, apartheid dénoncé mais non réparé, crise de la représentativité, pouvoir régalien exorbitant du chef, corruptions, inégalités, évasion fiscale, emprise des lobbies sur la nature et notre santé sont bien sûr au menu. Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ? Pourquoi recommence-t-on encore et encore ce qui ne marche plus ? Comment sortir d'une situation bloquée ? Suffit-il de s'indigner ? Va-t-on enfin élargir le paysage ? 

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Le 14 février 2017 à 18:03
Le 3 mars 2015 à 12:37

D'où vient le doute d'être...

J'ai marché pour "Charlie", j'ai porté la pancarte même, ému à mort qu'on ait buté du talent, de l'esprit, des hommes. J'ai marché et des proches presque à la queue leu leu dans un souffle désespéré m'ont dit – mais vous êtes où ?J'ai compris là que je ne n'étais pas des leurs, ils me disaient "vous" comme si j'appartenais à d'autres, comme si éclaté le dernier rempart apparaissait le vrai visage du "nous" dont je faisais pas partie. Ce "nous" visage de la France dont ils se sentaient naturellement "eux" les légataires universels. C'était des amis, des humanistes, des gens de gauche pas des "bouseux frontistes" non ! tout ce qu'il y a d'éclairé. Et j'ai compté les mille pas arrachés à la boue que j'ai fait pour avancer vers eux, j'ai mesuré combien j'étais devenu une caricature de laïcard, obsédé par le dogme républicain, épris de soif absolue de liberté. Dans chacun de ses pas j'ai combattu les soupçons de "Marianne" à mon endroit, aimé la France dans son tout, ses hauteurs d'esprits et ses cavités les plus sombres. J'ai mis un "y" à mon prénom pour le blanchir, me suis incliné devant le supplice d'un autre barbu par politesse, appris tous les subjonctifs possibles et utilisables, pris l'accent de mes pairs et donné ma langue maternelle aux loups. J'ai blanchi au possible pour qu'il n'y ai plus d'ambiguïtés.Au milieu de la foule, j'ai mesuré le petit centimètre que tous ces "Français" avaient accompli à mon endroit... quasi rien. En prononçant ce "vous" une évidence m'a saisi – Magyd ! tu es trop français, retourne à de plus justes proportions. Il y a trente ans, c'était la marche des beurs, la marche de l'espoir, j'avais vingt ans, j'étais déjà ce Français-là. Car... j'ai été français, un temps, quelques années, les premières. Puis petit à petit je l'ai moins été puis de moins en moins, justement parce qu'on me disait que je l'étais. Mais est-ce qu'on dit à un Français qu'il l'est ? ...non !! parce qu'il l'est justement. Le doute s'est immiscé une première fois.Puis "français" on m'a dit que je l'étais pas, puis que je l'étais trop, puis que j'étais un peu des deux... alors j'ai épousé des identités comme autant de causes... j'ai été basque, occitan, provençal, sénégalais, africain du sud, noir d'Amérique, peau rouge, tibétain et même femme et même homo, bref minoritaire.Je me suis perdu. Finalement je suis devenu palestinien, sans le savoir sans le vouloir, un Palestinien sans histoire, vide de sens, vierge de colère ou de rancunes. Un Palestinien des Pyrénées avec l'accent de Toulouse. C'est plus tard que j'ai été arabe et ce n'est qu'à la fin que j'suis devenu kabyle quand j'ai piétiné les montagnes sèches de la vallée de la Soummam et que j'ai entendu prononcé mon prénom avec l'accent de mère ce diminutif familier propre aux miens..."l'mèdj". Epris d'idéal j'suis devenu Palestinien, un Palestinien de France puisque je ne parle que cette langue là, Palestinien dans une terre de droit, d'asile aussi comme on dit où la paix semble s'être définitivement installée, où l'écrit vaut le sang de mille ans de martyrs et la parole libre. J'suis devenu un Palestinien qui ne dort pas dans des camps qui n'a jamais vu la belle étoile qu'au mois d'août  sur des bords de Garonne sans vagues. Un Palestinien sédentaire qui se sentait presque chez lui.Je dis presque parce qu'il y avait à cette époque un ailleurs, un ailleurs aux parfums de figues et de poivrons verts, un ailleurs de mots et de larmes aux tombes enfouies, disparues. Un bout du monde "arabe".Bref toujours connu un toit soutenu par quatre murs... certes pas de briques rouges mais solides.Toujours dormi dans la tranquillité des familles à qui on ne reproche rien et qui fait tout pour.C'était y'a longtemps... J'avais épousé à l'image de mon père le sens aigu de la docilité, la peur d'être montré du doigt, celle d'être puni d'affirmer du soi. Je me suis glissé dans l'habit du "c'est déjà ça"... content de ne pas avoir ce "plus" qui vous met dans la lumière.En quelque sorte... Content d'être terne presque translucide  pour n'embêter personne.N'embêter personne parce qu'un Arabe ça embête tout le monde. L'Arabe... Docile il est chafouin, rebelle il craint. Dans ma famille pourtant, on nous aimait... tous les camps nous aimaient et nous n'aimions personne. Tous   promettaient des lendemains meilleurs... et personne pour nous dire :– Vous allez en chier ! et de quelque côté que vous soyez !C'est là que le camp des promesses athées rejoignait le camp des vœux pieux, dans la promesse du mieux...– Mon cul ! disait mon père. Il disait "TOZ" (bruit de pet)Et chaque jour trahissait la beauté de son lendemain. L'anonymat à cette époque nous identifiait comme solubles dans la république de tous les droits... mais en même temps fidèle à l'ancêtre berbère.Comme dirait l'ami militant j'suis devenu un pâle... Estinien qui conjugue la fougue l'estomac plein.J'ai grandi ainsi dans le "tout va bien" de parents trop effrayés d'avoir à tenir les rennes d'un traineau trop lourd.Abasourdis de misère ils s'en allaient avec la peur d'eux-mêmes, la peur d'être et la peur de ne pas être.La peur d'être immobiles la peur de devenir.Au quotidien la peur de leur propres prénoms, leurs prénoms ces boulets qui les renvoyaient au temps des poux, de la gale et de la faim trompée à l'oignon et à l'huile féroce. Mes parents s'éteignaient de pas comprendre, de pas savoir si l'ennemi est celui qui parle votre langue et porte votre nom ou l'autre qui vous tend une miche de pain en échange de sa botte sur la joue. La guerre d'Algérie y était sans doute pour quelque chose et mon père bien qu'ayant perdu quatre de ses frères pour la cause, doutait. Il me disait :– Tu veux être français ? et mes quatre frères alors !Les moudjahidines algériens l'effrayaient autant que les soldats de l'armée française. Les uns comme les autres le traquaient lui reprochant  de pas être mort  ou d'être toujours en vie. Pourtant, chaque été il bouclait ses valises la grimace au cœur d'imaginer les mille tracas d'un séjour algérien.Là-bas dans la famille il observait la cupidité des siens, l'avidité à posséder : qui la plus grande salle à manger qui le plus gros camion, les meilleures terres, la maison la plus haute et jusqu'au nombre d'enfants... le plus pauvre de ses frères était corrompu jusqu'à la moelle.Et puis on l'attendait pas... lui ! on visait ses poches pour le plumer, lui faire payer la trahison d'être parti.Lui-même au plus bas de l'échelle n'avait pas compris qu'il existait plus bas que le niveau du sol une fourmillée d'agonisants.Il est resté suspect devant cette misère sans fond.Épié par le plus faible traqué par le plus fort.Jamais là-bas il n'a pu élever le moindre mur de briques. Trop d'obstacles, de routes tordues, de reliefs hostiles comme si la nature disait aussi : – Dégage t'es pas à la hauteur.Et tous ces gens l'appelaient mon frère.Les Arabes ont trouvé un subterfuge pour éluder leur impossible dialogue : ils s'appellent mon frère. Ils vous lient par le sang sans qu'une goutte ne coule et quand c'est pas mon frère ils disent à l'inconnu "cousin", ils disent à la fille "ma sœur !", au bonhomme "mon oncle" et même "ma mère" à la dame d'un certain âge.Plus la formule est belle et plus elle est suspecte. Deux blocs faisaient de nous un tout compact, une pâte   sans goût, une communauté sans âme. Les uns par peur de nous voir nous éparpiller, les autres effrayés qu'on devienne "l'autre".  Ils en étaient là, mon père, ma mère, à se méfier d'abord des proches, à harmoniser la comédie des mœurs.Ils acquiesçaient à tous les avis avec pour unique rigueur les cinq topos de l'islam. Ils s'arrondissaient, formaient des courbes, de subtiles rondeurs pour ne pas trahir le cap ultime de leur gesticulations : "ne pas en être". Un mot de trop et la barque tanguait à qui mieux mieux.Ils n'avaient pas d'avis. Plutôt ils se forçaient de pas en avoir... une vie sans avis.Rien ne les avait convaincu dans la vie que d'être vivants sans qu'on s'aperçoive qu'ils le furent. Tous les camps les avaient aplatis, déchiquetés, volés sans qu'ils y gagnent rien. Toutes les promesses accouchaient de coups sur la figure, de guet apens et toutes les douleurs s'enroulaient autour d'eux comme une attaque d'apaches autour du convoi. Ils entendaient le mot "frère" et aussitôt les poignards s'enfonçaient entre les omoplates.– C'est quoi ce peuple !, marmonnait-il.Plus les mots étaient beaux et plus ils se teintaient de la couleur du sang.Ils avaient au moins compris cela, instinctivement. Peut-être parce que blessés trop tôt, blessés avant tout. Avant de voir, de dire ou d'être. Ils en étaient là à vivre dans les minimas humains. Pas loin de l'animal ou pas loin de rien. Ils en étaient là à préférer le moins ennemi des ennemis... c'était déjà ça. Mais voilà d'être à la verticale suffit à vous classer dans la race des hommes et dans l'infime et dans l'intime une flamme résiste à l'appel des basses cours et tout devient possible et mon père a dit à ma mère... – Des enfants ! voilà ! il nous faut quelque chose de pur et renaîtra l'espoir. Ils ont ainsi vogué dans la peur de perdre ce qu'ils étaient et l'envie de devenir ce qu'ils ne seraient plus.L'idéal donc fut d'être palestinien ...ni trop arabe par l'Algérie, ni trop kabyle par la famille ni trop français par la sainte école laïque qui pourtant fit de nous des êtres éclairés... je veux dire des mécréants et on s'est perdus. Il leur fallait une distance, une familiarité lointaine, une cause qui fasse l'unanimité, un idéal sans équivoque, un peuple mythique martyr absolu, une identité imparable. Oui être arabe dans le versant palestinien leur apparaissait jouable, tout y était à construire. Ils tenaient le fil. Ils voulaient pas être multiples, citoyens du monde non !, ils manquaient d'épaules. Palestinien c'est proche et au delà de tout. Et puis...Des ruines seules peut se dresser un drap immaculé.Quelque chose de pur et renaîtra l'espoir.Alors, longtemps mon père s'est glorifié d'engendrer l'élite qui libèrerait le peuple élu du monde arabe, fut-ce au prix de nos vies et lorsque ma mère un beau jour accoucha de  jumeaux il s'écria : – Et de deux pour l'armée des lumières !Ce jour-là même l'amicale des Algériens en Europe vint féliciter ma mère. Ouaaaah !! Là j'ai compris !C'est précisément ce jour là que je suis devenu Palestinien, malgré moi, quand j'ai compris que mon père n'était pas ce nuage sans consistance, cet amateur des ombres, cet anonyme aux goûts futiles, mais un aspirant à la quête de la dimension humaine. Il cherchait ça... la dimension humaine des choses... il cherchait l'homme nouveau sans le savoir.On sait ce qu'il est  advenu de ce pauvre peuple. Les peuples frères ! – Mon cul, a dit mon père !Il disait "TOZ". Longtemps après tout cela il s'est tu, sa détresse s'est tue la mienne avec.                  Nous, ses enfants, sommes devenus les militants frivoles d'une flopée d'idéaux mort-nés qui nous ont conduits de l'Amérique latine en Afrique du sud... des plaines racistes du Texas.... aux montagnes du Tibet et de l'Irlande au Moyen-Orient  et de plus en plus loin à cause du quotidien, ce malheur endémique. Touristes sincères de la cause des frères, on s'est éteints à notre tour.Rien ne nous est apparu fluide.Et quand à la Palestine jamais l'idée nous a semblé si "caduque".Nous attendions du monde arabe qu'il redresse cette moitié de nous trop longtemps affaissée mais pas la moindre lueur de modernité.Rien à l'horizon... et bien qu'à l'agonie il s'échine à penser qu'il est un grand peuple uniforme et compact. Il oublie qu'il est comme toutes les civilisations : épars, fragmenté, multiple et chaque portion se charge d'éradiquer l'autre au nom de la sacro sainte idée de dieu .Les peuples arabes accomplissent ce miracle qui fait que les minorités dominent. Ils font les femmes fantômes et les jeunes aigris. Hier l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte aujourd'hui la Syrie assassine ses gosses comme ce roi d'un autre temps qui fit égorger nombre de nouveaux nés pour s'assurer une destinée éternelle. L'éternité, l'éternité encore ce rêve maudit...En attendant aujourd'hui pour croire en moi, pour me trouver et léguer à mes enfants la dimension humaine des choses... je suis en ce moment... encore un peu français.

Le 14 février 2017 à 18:36
Le 10 novembre 2014 à 10:10

Plantu : Dessine-moi un scandale !

Caricature, langage sans frontière : Plantu vient le vendredi 28 novembre au Rond-Point, rendez-vous unique en compagnie du plus célèbre des caricaturistes français. Crayon en main, il vous fera découvrir sa méthode de travail, ses personnages et ce subtil « art du slalom » qui lui permet de louvoyer en riant entre fantasmes, interdits et susceptibilités contraires. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd'hui ?Plantu – En tant que dessinateur, je trouve que j'ai la possibilité de dire des choses qu'on ne sait pas, qu'on n'est pas capable de dire par l'écrit ou par la parole, et le dessin est une bonne manière de glisser des sentiments, des propositions ou des opinons dérangeantes. Et si c'est bien amené, on peut faire en sorte que le dessin ne soit pas non plus agressif inutilement, mais il peut suggérer mille choses. Grâce aux rencontres que j'ai faites avec des scientifiques, j'ai appris que finalement le premier jour de notre naissance, les cellules de notre cerveau ne sont pas faites pour comprendre l'écriture ou la lecture. Nos cellules ne s'organisent dans le cerveau qu'à l'âge de 10 ou 11 ans. Par contre, dès notre naissance, nos cellules cérébrales sont déjà faites pour comprendre notre vraie première langue : l'image. – Selon vous, qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la sauve ?– Ce qui menace la langue, ce serait de ne pas l'utiliser. Je pense que les enfants, les jeunes et les adultes qui n'ont pas eu la chance dans les écoles, les lycées, dans le secondaire ou le primaire, d'apprendre à utiliser le langage de la danse, de la musique, du dessin, de la peinture et du théâtre sont forcément handicapés un jour ou l'autre. Et je trouve regrettable qu'on ait longtemps considéré ces matières comme optionnelles, comme quantité négligeable et secondaires. On pourrait sauver énormément d'enfants qui ne sont pas capables d'utiliser le langage de la parole si on avait la possibilité de leur proposer d'autres outils pour s'exprimer. On pourrait sans doute évacuer énormément de frustrations accumulées qui feraient qu'un jour ou l'autre, ceux qui n'ont pas eu cette chance, se sont renfermés et auraient pu être amenés à déraper sérieusement. C'est pour cela que croire en la musique, en la langue du dessin ou à celle de la danse est un investissement, car même si c'est, au départ, une dépense de la part des autorités, de l'éducation nationale, ou de l'accompagnement social, c'est finalement un investissement rentable car il limite les dégâts. Moi-même, en tant que dessinateur, je dis souvent dans les interviews, que si je n'avais pas fait ce métier, j'aurais peut-être été terroriste. C'est de la provocation, bien entendu, mais, ces frustrations que nous accumulons tous, j'ai la chance de pouvoir les évacuer à travers mes dessins. Et quand mes dessins sont imprimés dans le journal, je me venge un peu et je venge peut-être aussi les autres.  – Quel événement ou quelle rencontre ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Déjà depuis petit, puis par déformation professionnelle, je pense en dessins. C'est ma manière d'accompagner les événements de la vie, du quotidien, les sourires ou les choses graves, d'images qui naissent dans mon regard ou dans mon imagination. Chaque fois que je lis quelque chose que j'ai du mal à comprendre, je suis toujours étonné qu'on n'ait pas pensé à le raconter en dessin. Je me pose la même question devant le mode d'emploi d'un appareil que je viens d'acheter. Et lorsque j'écoute un homme politique, je me dis : «pourquoi il nous raconte tout ça alors qu'il pourrait le dessiner ? » Et je ne supporte pas qu'on dise : « ah, moi, je ne sais pas dessiner. » Quand je joue au jeu Pictionnary, tout le monde pense que je vais gagner, ce qui n'est pas vrai ! Souvent, les personnes qui se croient incapables de dessiner ont des propositions graphiques qui sont  très spontanées et me battent au jeu. Le dessin n'est pas réservé à une élite, c'est un moyen d'expression à la portée de tous.

Le 3 juin 2010 à 08:21

Alertez les bébés

Simone a besoin d’un passeport pour monter dans l’avion. Précision : Simone a 9 mois. A cet âge là, il n’y a pas si longtemps, on ajoutait son nom sur les papiers de papa et maman, mais c’est terminé. La faute à papa et maman qui ne s’aiment plus comme avant, ou bien la faute aux terroristes qui font péter les avions ? On ne sait pas. Deux photos d’identité sont nécessaires. Direction le photomaton. Simone a tout de même de la chance, dans notre monde cruel les petites boîtes à rideau ne cachent plus de curés.« Il faut que l’enfant soit de face, ne sourie pas, qu’elle n’ait pas la bouche ouverte et qu’on ne voie pas vos mains madame » a précisé l’employé de la Préfecture. Madame, c’est la mère. Elle tourne le tabouret au maximum, le plus haut possible pour atteindre le viseur. Ne bouge pas Simone, tu vas tomber. « Qu’on ne voie pas vos mains madame ».  Ah oui, la tenir à bout de bras. Au niveau de la couche humide ça devrait aller. On appuie. Non Simone ne regarde pas maman ! Clic. Trop tard. Beau profil de Simone. Remettre quatre euros.  Non Simone ne lève pas le bras ! L’autre non plus ! Ne bouge pas. Là c’est bien, on appuie. Non Simone ne souris pas !  C’est interdit ! Clic. Quatre euros encore. Non ne rigole pas ! C’est pas drôle. Faut que tu aies peur Simone, comme tout le monde !  Vingt euros plus tard, la crampe au bras et la couche nettement plus humide,  enfin une planche correcte. Retour vers l’employée de la préfecture qui sort son décimètre et mesure entre les deux oreilles : « 4 millimètres trop court. A refaire ». En voiture Simone.  

Le 8 septembre 2014 à 11:20

Claude Lelièvre : Ça va bien à l'école ?

Première partie

Agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la faculté des sciences humaines et sociale-Sorbonne (Paris V), spécialiste dans l’histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels : « L’Ecole obligatoire : pour quoi faire ? », Retz, 2004 et « Histoires vraies des violences à l’école », Fayard, 2007. Il a accepté de répondre aux questions de ventscontraires.net. Première partie de cet entretien exclusif.   En écho au titre de notre dossier mensuel, diriez-vous que « ça va bien à l'Ecole » ? Si l'« Ecole allait bien » il ne serait pas question de la « refonder », comme il a été clairement indiqué dans la loi d'orientation et de programmation qui a été votée le 8 juillet 2013, une loi au titre significatif : «  pour la refondation de l'école de la République ». Il s'agit de refonder l'Ecole à partir des ses « fondations », à savoir d'abord l'école primaire (avec sa maternelle) puis ensuite le collège dans le cadre d'une école obligatoire effectivement pour tous ; et non plus en partant du ''haut'' (des enseignements supérieurs et des lycées comme on l'a fait depuis des décennies). En 1989, les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet ont contribué à soulever une question fondamentale lors de la parution de leur livre « Le niveau monte », en rendant compte de l’étude des résultats séculaires des conscrits lors des tests administrés au moment de leur incorporation à l’armée. Les deux sociologues montraient que le niveau des résultats à ces tests avait effectivement monté, et nettement, pour la proportion des 30% qui les réussissaient déjà le mieux. Un peu pour les autres ; sauf pour les 20% qui les réussissaient le plus mal, dont les résultats, au contraire, avaient baissé. Comme le soulignent alors eux-mêmes Baudelot et Establet, « il reste encore aujourd’hui une quantité substantielle de jeunes qui sortent de l’école sans maîtriser les éléments fondamentaux d’un savoir minimum. L’élévation générale du niveau n’a exercé sur le leur aucun effet d’entraînement. Il n’y a aucune raison que la situation s’améliore tant qu’on comptera sur la hausse du plafond pour relever le plancher ». C’était il y a un quart de siècle. Et cela n’a guère bougé depuis dans les faits.   On entend régulièrement parler d'une baisse du niveau des élèves. S 'agit-il selon vous d'un fantasme ? Le titre (quelque peu provocateur) du livre publié en 1989 par les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet peut être pris pour une première réponse : « Le niveau monte. Réfutation d'une vielle idée concernant la prétendue décadence de nos écoles ». Et on peut livrer à titre d'exemple un florilège de ces affirmations péremptoires qui se focalisent le plus souvent sur le niveau en orthographe ou au baccalauréat, et qui viennent de loin dans le passé... « Les fautes d'orthographe, l'ignorance des plus simples éléments de la langue française laissent trop voir qu'un grand nombre se présente à ces épreuves du baccalauréat comme à un jeu de hasard où c'est la fortune qui doit tout faire » ( Le Clerc, doyen de la Sorbonne, 1879). « Nous voudrions simplement rappeler aux candidats que la faculté désirerait ne plus avoir à corriger des fautes d'orthographe aussi nombreuses que stupéfiantes. Elle désire aussi que les aspirants au baccalauréat ne fassent pas prononcer par Bossuet ses oraisons funèbres à la cour de Henri IV, ni prêcher la première croisade par Claude Bernard » (Gaffarel, doyen de la faculté des lettres de Clermont,1881). « L'orthographe des étudiants en lettres est devenue si défectueuse que la Sorbonne s'est vue réduite à demander la création d'une nouvelle maîtrise de conférences, dont le titulaire aurait pour principale occupation de corriger les devoirs de français des étudiants de la faculté de lettres » (Albert Duruy, « L'Instruction publique et la démocratie », 1886). « La participation aux épreuves d'un trop grand nombre de candidats médiocres a pour résultat inévitable d'abaisser le niveau de l'examen » ( Jean-Baptiste Piobetta, « Examens et concours », 1943). « La décadence est réelle, elle n'est pas une chimère : il est banal de trouver vingt fautes d'orthographe dans une même dissertation littéraire des classes terminales. Le désarroi de l'école ne date réellement que de la IV° République » ( Noël Deska, « Un gâchis qui défie les réformes : l'enseignement secondaire », 1956). En réalité, la question du « niveau » se révèle fort complexe dès lors que l'on tente de soumettre ses opinions à l'examen empirique. Quand on parle de baisse ou d'élévation du niveau, de quoi (et de qui) parle-t-on exactement ? Un seul exemple (et pris dans une seule matière, mais celle qui fait partie des ''passions françaises'') : le « niveau » en orthographe. On a fait faire en 1987 à des élèves de la même tranche d'âge la dictée qui avait été systématiquement ''administrée'' par l'Inspecteur général Beuvain lors de ses visites dans les écoles communales en 1877. En 1877, deux fois plus d'élèves qu'en 1987 ne faisaient pratiquement pas de fautes pour cette dictée : 14% conte 7% . Mais il y avait aussi deux fois plus d'élèves faisant énormément de fautes (20% en 1877 contre 11% en 1987). Par ailleurs, les élèves de 1877 et ceux de 1987 n'ont pas fait les mêmes types de fautes. Les fautes de lexique (orthographe des mots) ont été proportionnellement plus fréquentes chez les élèves de 1987, alors que les fautes de langue (mauvaise compréhension ou mauvaise coupure des mots, mots autres que le mot exact) ont été plus fréquentes un siècle auparavant. De façon plus générale, les tentatives de comparaisons dans le temps montrent que les résultats sont assez souvent contrastés selon les domaines scolaires, voire les différents aspects de chaque domaine. Sans compter qu'entre-temps, les domaines valorisés par l'école peuvent avoir changé ou leur hiérarchie avoir été modifiée. « Le niveau » baisse-t-il ou s'élève-t-il ? Il est plus que douteux qu'il puisse y avoir jamais une seule réponse (empiriquement fondée) à cette question ( bien trop ''globale'' et indifférenciée).   Que penser des résultats des derniers rapports du Programme international pour le suivi des acquis des élèves ? On s'en souvient sans doute, les résultats des élèves français aux tests PISA 2009 avaient été globalement très moyens ( la moyenne étant par définition 500 ) dans les trois domaines étudiés : 496 points en compréhension de l'écrit ( contre 493 pour la moyenne des pays de l'OCDE ), 498 en culture scientifique ( contre 501 ), 497 en mathématiques ( contre 496 ). Et cela n'a pas changé pour PISA 2012 ( à quelques points près - en plus ou en moins selon les domaines - non significatifs statistiquement). Cette situation ''moyenne'' n'est pas glorieuse, mais elle n'est pas non plus ''sur le déclin'' ou encore moins ''catastrophique'', contrairement à ce que l'on entend parfois. Mais par ailleurs les résultats des élèves français sont nettement plus dispersés et inégaux en France que dans la moyenne de l'OCDE (et même, à certains égards, encore plus inégaux que dans les enquêtes PISA précédentes). Ces inégalités persistantes (voire aggravées) interpellent. Dans l'enquête PISA de 2006 la France se trouvait déjà, pour les trois domaines étudiés, parmi les deux pays où l'écart était le plus grand entre les élèves dont le statut économique, social et culturel des parents est le plus élevé (le quart le plus favorisé) et ceux dont le statut économique, social et culturel est faible (le quart le moins favorisé). Les écarts allaient de 63 points pour la Finlande à 122 pour la France (bonne dernière) pour ce qui concerne la culture scientifique. Ils allaient de 55 points pour l'Islande à 112 pour la France (avant dernière, devant le Luxembourg) pour ce qui a trait à la compréhension de l'écrit. Ils allaient enfin de 62 points pour l'Islande à 115 pour la France (avant-dernière, devant la Hongrie) en mathématiques. Une belle constance dans les écarts et les places, qui ne peut certainement pas être complètement due aux hasards (ou aux ‘'biais'' des tests). Et cela n'a pas changé non plus, pour l'essentiel, avec PISA 2012. Comment échapper à cette sorte de schizophrénie qui fait que la France est l'un des rares pays qui proclame que l'Ecole a un rôle à jouer dans la réduction des inégalités, alors même qu'il apparaît qu'elle est l'un des pays où il y a les plus fortes inégalités scolaires, et de plus en plus ? Cela vient de loin et l'on ne pourra pas faire l'économie d'une profonde interrogation à propos de nos représentations dominantes et de nos fonctionnements réels. Dans leur livre paru en 2009 et qui était déjà un cri d'alarme ( « L'élitisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales »),les sociologues Baudelot et Establet concluaient : « Les évaluations de PISA appellent un débat public, comme elles en suscitent dans beaucoup de pays ». Mais, en 2013, on a encore été loin du compte en France si l'on veut vraiment relever le défi, sortir résolument du cercle vicieux et « refonder l'Ecole ».   (A suivre)

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