Nos disques sont rayés
Publié le 15/02/2017

L'avocat William Bourdon et Antoine Deltour, lanceur d'alerte du Luxleaks #3


Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

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Autres épisodes :

William Bourdon invite Antoine Deltour

Il sera présenté à travers différentes histoires individuelles, dans leur complexité et leur diversité, quelles sont les inspirations communes de ces hyper citoyens, quelles sont les raisons qui expliquent que, depuis 15 ans, leur conscience les ait suffisamment submergés pour que, prenant tous les risques et rabattant toutes les cartes, ils privilégient la défense de  l’intérêt général. Leur demande hyper solidaire, et c’est nouveau au XIXe siècle, est solitaire. C’est en effet parce qu’ils l’estiment gravement menacé mais pas suffisamment protégé par ceux qui ont précisément pour mission de le faire et qui parfois vendangent leurs promesses et leurs engagements, qu’ils se ruent parfois malgré eux dans le débat public portés par ce que Václav Havel appelle joliment « une petite révolution existentielle. »

Enregistré le 2 février 2017 salle Topor

Captation et montage Larissa Pignatari, Léo Scalco

Retrouvez sur ventscontraires les podcasts et vidéo des différentes éditions du festival "Nos disques sont rayés". Un festival de mutineries, de rires et de réflexions pour s’élever au-dessus des blocages français – qu’ils soient politiques ou sociétaux, avec la montée des craintes et des extrémismes qui les accompagne.

Edition #3 février 2019 : Issue de secours, la périphérie ?
Quinze jours de débats, performances et conférences pour renverser notre vision sur la banlieue, les marges, les « territoires ». Disputes, engueulades et rires salutaires : quand les démocraties vacillent sous le poids des inégalités, il est temps de prendre la parole, de débattre, de sortir des entre-soi. « Acceptons-nous que l’Europe se construise loin de ses citoyens ? Aimons-nous cette France à plusieurs vitesses, l’hypocrisie apartheid et tant de zones oubliées qui ruminent en silence ? » demande l’organisateur Jean-Daniel Magnin, directeur littéraire des lieux. À la veille des élections européennes, le Rond-Point ouvre les issues de secours côté banlieue. Il s’agrandit à tous les publics, aux talents qui débordent, pour un festival citoyen des périféeries urbaines.

Edition #2 janvier-février 2018
Nos disques rayés plus intimes, ceux qui viennent tourner insidieusement en boucle dans nos têtes et font bégayer de magnifiques mots comme égalité, liberté d’opinion, transparence, justice, laïcité, fraternité, démocratie, mots que nous revendiquons toujours mais qui sont entravés, tenus en laisse, dévoyés de leur élan premier. Ce qui nous révolte et nous accable, nous entraîne dans un monde que nous n’avons pas choisi.

Edition #1 janvier-février 2017
Notre système politique se mord-il la queue ou peut-il se réformer ? Comment mettre fin à la rengaine des vœux pieux, des discours éventés, du manège des mini-hommes providentiels de plus en plus dévalués à nos yeux, du cercle vicieux dans lequel la Ve République s’est enfermée ?

 

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Le 27 septembre 2013 à 08:53

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Alexandre Vermynck, 1er secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'année 2013. Aujourd'hui le 1er secrétaire, Alexandre Vermynck.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ?Je ne sais plus. La dernière fois, en revanche, c'était il y quelques semaines, et on m'assurait qu'il s'agissait du prodigieux spectacle. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?La réunion de personnes à l'esprit suffisamment noir, critique, acide…oserai-je écrire : lucide! pour savoir, par exemple, distinguer en la belle au bois dormant une apologie de la nécrophilie. Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ?Tous. La dramaturgie de la Berryer leur confère un rôle qui m'interdit de dire le contraire. Vous verrez. Comment s'est passée votre première Berryer ?C'était étrange. J'obtenais des rires, mais aux mauvais moments. J'ai appris que j'étais drôle malgré moi. N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ? Vous semblez faire allusion à notre absence de rémunération. De ce point de vue, évidemment, la Berryer nous rapporte beaucoup moins qu'à vous. Mais ne me permettrait-elle que de fouler, le temps d’une soirée, les planches de votre théâtre, la Berryer me comblerait déjà bien assez.  Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Impossible de nous dissocier, nous sévissons en bande organisée.  Imaginez une Berryer dans le métier de la Banque.Un event exclusive mais relax, en mode wine & cheese, où anglicismes et fautes de liaison s'échangeraient sur le market contre des dérivés de contrepèteries. Besancenot y exposerait les vertus du communisme révolutionnaire, après quoi 12 banquiers lui répondraient, en substance: "Bravo ! vos idées sont excellentes! Appliquons-les! Tenez: vous essaierez de convaincre les riches de donner aux pauvres ; nous prendrons sur nous de persuader les pauvres de recevoir des riches !". Pour finir, Michael Douglas décocherait, pour les punir de leur cynisme, toutes les flèches des banques d'affaires sur les banquiers pénitents, leur offrant la rédemption dans le martyre (avis au public féminin : cette dernière scène ne doit être ratée sous aucun prétexte, mes frères de promotion étant tous plus beaux que le Saint-Sébastien de Botticelli). Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

Le 31 janvier 2013 à 15:53

Paul Jorion : Un tournant comme notre espèce n'en a encore connu que deux ou trois jusqu'ici

Trousses de secours en période de crise

Du 12 au 23 février, sept nouvelles "Trousses de secours en période de crise" s'enchaînent au Rond-Point : Paul Jorion viendra le vendredi 22 février enregistrer en public un épisode de "Le Temps qu'il fait", chronique phare de son blog où il suit en direct la chute annoncée d'un système économique en faillite. Il nous fait le plaisir de répondre à quelques questions. L'intelligence a-t-elle toujours été "collaborative" ?Oui bien entendu, et le plus souvent entre personnes qui ne se connaissent pas : les références bibliographiques d’un livre mentionnent tous ceux qui y ont collaboré – le plus souvent à leur insu et pour beaucoup, post mortem ! A une époque où les politiques ont l'air de faire de la figuration, y a-t-il des expériences en ligne de type collaboratif qui à vos yeux ouvrent des pistes ou offrent des outils pour avoir prise sur les événements ?Oui, il y a sur l’internet une multitude de réseaux sociaux, de systèmes de messages instantanés, de blogs, de forums, de groupes de discussion, qui fonctionnent comme autrefois seuls le faisaient les think-tanks, les universités populaires, les groupes de recherche. L’avantage sur l’internet, c’est qu’on peut être n’importe où à la surface du globe. Au sein du groupe de discussion « Les amis du Blog de Paul Jorion », il y a des participants que je n’ai jamais rencontrés, j’ignore même pour certains dans quel pays ils vivent. Ces groupes ont joué un rôle considérable dans les printemps arabes, dans le mouvement des indignés ou « Occupy », ils vont décider de ce que la Chine deviendra, ou l’Inde – comme on l’a vu récemment dans une actualité tragique. C’est ce qui explique pourquoi les services de renseignement, y compris des gouvernements dits démocratiques, consacrent aujourd’hui tant d’énergie à infiltrer l’internet, à tenter de le manipuler. On dit que la concurrence est le moteur de l'évolution. La collaboration peut-elle régater dans cette course ?La collaboration est première : elle joue en permanence entre nous, sans elle, rien ne pourrait fonctionner dans nos sociétés, on ne pourrait même pas circuler dans les rues ! La concurrence n’est pas le moteur de l’évolution : c’est une « valeur » qu’on essaie de nous vendre bien qu’elle soit dysfonctionnelle. Saint-Just l’avait déjà fait remarquer : la concurrence ne joue dans le monde naturel qu’entre espèces, à l’intérieur des espèces, c’est la collaboration qui prévaut. On parle de crise. Vivons-nous à l'intérieur d'une césure ou sommes-nous déjà de plain pied dans un nouveau type de société ?Non, nous ne sommes pas encore dans un monde nouveau, il y aura beaucoup d’efforts à faire, beaucoup de sacrifices à consentir. Il y a un tournant à opérer, ce sera un tournant comme notre espèce n’en a encore connu que deux ou trois jusqu’ici, sans doute le plus sérieux puisque ce sont les conditions de survie d’une espèce comme la nôtre à la surface de la terre qui sont cette fois en jeu. Sur votre site, vous venez de vous passer de la possibilité de laisser des commentaires. Quelle leçon en tirez-vous ?La formule du blog avec commentaires s’enraie, comme nous avons pu le constater, quand leur nombre dépasse 500 par jour (d’autant plus que sur mon blog les commentaires faisaient souvent plusieurs pages) : on n’a plus le temps de tout lire, les intervenants ne retrouvent plus les textes qu’ils ont mis en ligne, la frustration monte. Pour que le « think tank » spontané ne soit pas alors noyé dans une masse d’informations impossibles à traiter, il faut le recréer en plus petit ailleurs : pour maîtriser la complexité. C’est ce que j’ai fait. Autre chose à dire à ce sujet?Oui : retroussons nos manches, ce n’est pas le boulot qui va manquer !

Le 6 septembre 2013 à 18:39

Avant la Conférence Berryer, les 12 secrétaires répondent

Nicolas Pottier, 3e secrétaire

Entre catch verbal et jeux du cirque, les 12 meilleurs avocats de leur génération s’affrontent et célèbrent le métier d’avocat dans une espèce de carnaval de l’esprit et de la parole. La Conférence Berryer se déroule habituellement à la Salle des Criées du Palais de Justice de Paris. Salvador Dali, Serge Gainsbourg, Catherine Deneuve y ont été invités. Au Rond-Point viendront Maître Eric Dupond-Moretti et Christophe Alévêque. Pour vous faire connaître les 12 protagonistes de ce grand oral désopilant, ventscontraires.net a interrogé chacun des 12 secrétaires du Barreau de Paris élus membres de la Conférence pour l'années 2013. Aujroud'hui le 3e secrétaire, Nicolas Pottier.   Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la Conférence Berryer ? Assez récemment pour finir : il y a deux ou trois ans, lorsque j'ai voulu présenter la Conférence, la vraie : la Conférence des avocats au Barreau de Paris. Une manière très personnelle de définir la Berryer ?La rencontre jouissive de deux masos et de douze sadiques. Y a-t-il un avocat parmi vos prédécesseurs à la Conférence dont vous êtes fier d'avoir repris la place ? Tous et aucun.    Comment s'est passée votre première Berryer ? Ceux qui vous diront qu'ils s'en souviennent mentent : nous avions tous trop bu... N'est-ce pas une perte de temps, du gâchis ? Finalement, que vous auront apporté ces conférences ?Les conférences Berryer ne sont qu'un des aspects de notre mandat. L'essentiel est ailleurs, dans les missions pénales criminelles. Mais les Berryer compensent la pesanteur de ces missions par un peu de légèreté.  Laquelle/lequel de vos collègues à la Conférence est pour vous la/le plus indéfendable ? Pourquoi ?Xavier Nogueras. C'est un authentique fou, incontrôlable, magnifique. Qui aurait l'idée de le défendre ! Personne n'oserait l'attaquer ! Imaginez une Berryer dans le métier des ambulanciers...Une course de stock-car entre douze ambulances et deux civières. Un médecin-chef qui passe après la bataille et, comme il se doit, tire sur les ambulances. Les 12 secrétaires de la Promotion 2013 : Alexandre Vermynck, Constance Debré, Nicolas Pottier, Thomas Klotz, Florian Lastelle, Victor Zagury, Marie-Pompéi Cullin, Guillaume Vitrich, Antoine Vey, Rémi Lorrain, Xavier Nogueras, Sanjay Mirabeau.

Le 29 janvier 2020 à 15:20

François Bégaudeau nous raconte l'histoire de notre bêtise, et pas de la sienne

Double soirée consacrée à François Bégaudeau lors du festival "Réparer le monde - Nos disques sont rayés #4" Vendredi 7 février à 18h30, conférence-performance de François Bégaudeau : Neuf moyens infaillibles de changer le monde S’il ne s’agissait que de réparer le monde, on serait armés.Une clé à molette, quelques vis, deux ou trois boulons, et tout repartirait. Mais le monde n’est pas cassé, il est perdu. Il est égaré, il est foutu. L’humanité se pousse elle vers la sortie ; vers son extinction totale ou juste cérébrale.C’est tout le mécanisme de l’humanité qu’il faut revoir, la bagnole entière qu’il faut changer. À condition que ceux qui conduisent le modèle actuel veuillent bien sortir. À condition de s’autoriser à les éjecter. Il se peut ainsi que le salut du monde passe par une certaine rudesse. Il se peut que parmi les neuf moyens infaillibles de le sauver ne figure pas le yoga. Et à 21h une lecture spectacle de son Histoire de ta bêtise par Valérie Grail et Christophe Brault : « J’ai beaucoup aimé votre livre, je m’y suis parfaitement reconnu et je ne vous en ai pas voulu. » Frédéric Taddeï « Si ta condition ne t’interdisait de voir que le capitalisme produit structurellement des désastres écologiques, tu t’aviserais qu’on ne sauvera la planète qu’en renonçant à la croissance qui est son mantra. Au lieu de quoi tu conçois les réformes environnementalesdans les limites de tes impératifs marchands. Au gangréné tu prescris des antibiotiques. Sa famille est soulagée : elle n’aura pas à recourir aux grands remèdes ; elle peut une nouvelle fois voter au centre. » François Bégaudeau, Histoire de ta bêtise > le programme complet du festival

Le 12 novembre 2014 à 10:55

Antoine Boute veut des morts rigolos

Ahurissant et drôlissime auteur-performer venu de Belgique, Antoine Boute pousse la poésie expérimentale jusqu'à la catastrophe. Il vient au Rond-Point le 27 novembre avec un dispositif-impertinence pour ériger le roman en blague, faire de la blague un système philosophique, repousser l'instant de la « chute » – histoire de voir combien de temps la bécane va tenir sans imploser.  Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Antoine Boute – Le rapport à la langue aujourd’hui me semble domestiqué, trop domestiqué par les formes de vie induites notamment par l’économie telle qu’elle fonctionne en ce moment ainsi que par le désir de sécurité. Si notre rapport à la langue va de pair avec notre rapport au monde, avec notre façon de s’inventer vivant, alors il faut trouver dans la langue des façons d’être, de fonctionner, de penser qui dépassent les questions et angoisses provoquées par le « tout-économique » et la « dérive sécuritaire » qui nous écrase aujourd’hui. Si nous acceptons tant cette domestication de nos vies, de nos pensées, de nos langues, c’est par angoisse, angoisse très basique mais souvent complètement refoulée de la mort, de la souffrance, du manque. C’est logique mais pas du tout inéluctable. C’est pour ça que dans « Les Morts Rigolos », j’ai dans l’idée que révolutionner le rapport à la mort permet, selon une saine logique, de révolutionner le rapport à la vie, et partant, le rapport à la langue. La vie aujourd’hui c’est quoi ? C’est la crise : la célèbre crise économique d’abord, qui fait qu’en Occident on réduit le concept de « vie » au concept de « pouvoir d’achat ». C’est la crise de la mort aussi : le monde occidental a un sérieux problème avec la mort : tout le monde est au courant mais tout le monde le refoule, raison pour laquelle ici on s’ennuie tellement pendant les enterrements. Et enfin c’est aussi la crise de l’art : le grand public, le tout public se désintéresse complètement de l’art, nul doute possible là-dessus. Si on révolutionnait les enterrements, se dit-on dans « Les Morts Rigolos », on résoudrait ces trois crises d’un coup, en faisant exploser le concept d’enterrement, pour en faire quelque chose d’expérimental, quelque chose d’aussi expérimental que cet autre événement 100% expérimental qu’est l’événement de notre mort. Il s’agit là d’un programme très concret, concrètement artistique, qui travaille au concret de la vie des gens et de leur rapport à la langue : révolutionner la mort et les enterrements permet d’assumer la mort, de faire des enterrements une fête, une vraie fête, qui explose la petite angoisse occidentale contemporaine qui fait s’identifier « vie » et « pouvoir d’achat ». Non : la vie est une fête, qui peut être triste bien sûr mais c’est une fête quand même, être vivant c’est du luxe, du luxe sauvage. Connecter le rapport à la langue à ce luxe sauvage permet d’envisager tant la vie que la mort comme de l’art… – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace à mon avis la langue c’est ce qui en fait le vecteur de formes de vie tristes, glauques, dépendantes ; ce qui sauve la langue au contraire est ce qui en permanence permet l’invention ou l’évidence d’intensités de vie. Ce qui « sauve » c’est donc ce qui est « sauvage », d’une certaine manière : sauvage par rapport à la domestication résignée, angoissée, dépendante. Par « sauvage » j’imagine une sorte de tension vers des intelligences de type animales, animales pour dire instinctuelles ; je me dis qu’il faut être infra-intelligent, qu’il faut avoir l’intelligence des couches basiques de l’existence, une intelligence matérielle, infra-matérielle, nucléaire, une connexion avec les énergies et les intensités les plus évidentes du monde… – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je lie donc ma pratique de la langue à la question de la forme de vie. Je travaille la langue dans le sens d’une évidence d’intensité dans ce que je dis, écris, fais sonner ; j’espère sans doute que cette intensité particulière amène quelque chose de l’ordre de la liberté, d’une liberté « sauvage » dans nos formes de vie. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Il se fait que je convoque dans « Les Morts Rigolos » une grande partie des personnes dont la rencontre a influencé d’une manière ou d’une autre ma pratique de la langue et de la performance. Il s’agit d’artistes, bien sûr, (j’y propose un dispositif pour leur enterrement) mais également de mes enfants, avec lesquels j’ai écrit une partie du livre, la partie la plus déjantée, à mon avis. Par ailleurs voici quelques événements ou rencontres qui ont eu des effets sur ma pratique de l’écriture, de l’oralité, de la performance : la pratique de l’écriture collective sur internet aux alentours de 2004-2007, qui m’a permis d’explorer à nouveaux frais le rapport entre écriture, oralité, performance et spontanéité ; la lecture de Derrida, parce qu’un grand rire parcourt son écriture ; l’écoute de toutes sortes de musiques et de chants, qui ont nourri mon rapport à la voix et au rythme : le guitariste no wave Arto Lindsay, le groupe industriel allemand Einstürzende Neubauten, les œuvres pour piano d’Olivier Messiaen, Alexander Scriabine et Morton Feldman, la poésie sonore de Maja Ratkje, les polyphonies Dorzé, les chants kazakhs, les joutes vocales inuit, la chanteuse Diamanda Galas… Au quotidien, ce qui nourrit mon travail est une lecture fragmentaire d’une énorme quantité de livres à la fois, notamment d’anthropologie, de sciences, de philosophie, d’histoire des idées, le tout pour explorer toutes sortes de formes de vie et d’intelligences. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– Rattraper la langue est une question de vitesse or la vitesse est mouvement et le mouvement est le propre de l’animal. Pour rattraper la langue il y a donc une tension vers quelque chose d’animal à trouver : du coup je compte entrer de temps en temps légèrement en transe. Etant dans l’évidence les animaux n’entrent pas en transe ; c’est nous qui devons de temps en temps entrer en transe en direction d’eux, pour rattraper dans la langue son intensité sauvage et luxueuse.

Le 26 mars 2015 à 12:32

Antoine Boute : Les Morts rigolos (la vie c'est du luxe)

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

Attention : voyage de 40 minute dans l'univers sonore, mental, drôlissime et percussif d'Antoine Boute. L'auteur redonne par la bouche naissance à son roman Les Morts rigolos – entre chant diphonique, stand-up littéraire jusqu'au boutiste, réinvention des rites d'enterrement (ce qui, dit en passant, est une œuvre d'utilité publique urgente à laquelle aucun artiste à ce jour ne s'était encore attelé).  Entrez dans une conférence-performance ou plutôt – selon les propres mots de Boute – "un dispositif-impertinence pour ériger le roman en blague, faire de la blague un système philosophique, repousser l'instant de la chute, histoire de voir combien de temps la bécane va tenir sans imploser." Poète-bucheron-météore venu de Belgique, Boute, vous verrez, pousse la littérature jusqu'à la catastrophe. Antoine Boute est l’un des représentants les plus emblématiques de la poésie expérimentale en Belgique. Son œuvre, plurielle, se caractérise par une singularité forte, une identité tout à la fois propre et hybride, mutante, inquiétante, excitante. Philosophe, écrivain, poète sonore, pornolettriste, prophète conceptuel et naturaliste, il s’adonne également à la poésie graphique, à l’écriture collective, aux pratiques collaboratives, et est organisateur d’événements.Parmi ses ouvrages : Les Morts rigolos (éditions Les Petits Matins 2014)  Enregistré le 27 novembre 2014 au Théâtre du Rond-Point durée 40 minutes

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