Les bonus de la saison
Publié le 07/03/2017

Marie NDiaye : "Ecrire c'est se retrouver dans la solitude d'une intense liberté"


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Autres épisodes :

Prix Goncourt pour Trois femmes puissantes, prix Fémina pour Rosie Carpe, entrée au répertoire de la Comédie-Française avec Papa doit manger, Marie NDiaye compose Honneur à notre élue, une fable politique, un conte poétique, drôle et cruel, baigné d’un acide à l’élégance rare.
 
Dans une petite ville portuaire, Notre Élue, maire actuelle, s’impose en figure exemplaire de probité. Icône rêvée d’un pouvoir qu’on oserait dire pur. Notre Élue est irréprochable, modèle absolu. Mais l’Opposant, rétamé trois ans plus tôt, guette les élections. Il cherche par quelle faille déstabiliser Notre Élue. Il débusque pour finir le « truc franchement dégueulasse » qui changera la donne. Et le peuple fera son choix.
Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Marie NDiaye

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À voir aussi

Le 27 août 2017 à 10:00

Alessandro Baricco : "Nous vivons en équilibre entre deux civilisations"

Alessandro Baricco vient de voir un de ses textes déjà classiques faire un triomphe au Rond-Point : Novecento, avec André Dussollier. Un spectacle qui reviendra sur notre grand plateau, on vous le jure. Mais la présence de Baricco en France, c'est aussi deux de ses ouvrages récemment parus aux éditions Gallimard, Les barbares : essai sur la mutation écrit en feuilleton-blog dans un quotidien italien en 2006 ; et un roman, Mr Gwyn. L'un aussi passionnant que l'autre. Il nous convainc avec Les barbares que notre civilisation romantique finissante, arc-boutée dans l'effort vers la profondeur, doit céder la place à la joie inventive et horizontale du surf et du zapping. Avec Mr Gwyn, un romancier décide de disparaître en devenant "copiste" des êtres qu'il portraitise en un seul exemplaire, comme un peintre traque la vérité nue de son modèle. Ça se dévore comme un thriller et cependant on suit pas à pas un artiste mettant au point le protocole d'une expérience artistique et le réalisant de A à Z. Jean-Daniel Magnin – André Dussollier a dû batailler avec vous pour que la musique ait sa place sur scène dans Novecento. Evidemment, tout le monde rêve d'entendre la musique sortie des doigts incroyablement magiques du pianiste que vous avez inventé, ce qui est de l'ordre de l'irreprésentable. Etait-ce votre crainte ? S'est-elle dissipée après avoir vu le spectacle ?Alessandro Baricco – En effet dans Novecento il y a une jolie problématique avec la musique. Car la musique que joue Novecento, c'est le comble de la fantaisie, et aussi magnifique ou splendide que puisse être une musique jouée "en vrai", elle sera plus ou moins condamnée à finalement être décevante. Moi, personnellement, je préfèrerais chaque fois l'imaginer, et non pas l'entendre. Cependant, pour de multiples raisons, les metteurs en scène ajoutent une musique de plateau. Parfois c'est catastrophique. Parfois, comme dans le cas du spectacle de Dussollier, le résultat est probant. – Vous avez mené une autre expérience théâtrale – cette fois en musique – en allant lire vous même votre roman City sur la scène. Qu'attendez-vous du théâtre ? Avez-vous le projet d'écrire d'autres textes dédiés au plateau ?– J'aime écrire de temps en temps pour le théâtre. Surtout j'aime le faire pour des metteurs en scène ou des acteurs que j'apprécie. En hommage à leur talent. Récemment j'ai écrit une pièce pour quatre acteurs, qui s'intitule Smith & Wesson. Elle a été publiée il y a deux mois en Italie. Et sera créée cet été. L'histoire tourne autour des chutes du Niagara au début du XXe siècle. Elle est plutôt drôle, même si elle parle presque tout le temps de la mort. – La traversée que vous a fait accomplir la rédaction de votre essai sur les Barbares a-t-elle métamorphosé votre travail ultérieur ?– Comme tous ceux de ma génération, je vis en équilibre entre deux civilisations : ça n'est pas très commode mais c'est fascinant. Ça aurait été terriblement ennuyeux de vivre dans une époque incapable de provoquer des révolutions mentales. – Quels sont les auteurs vivants que vous aimez lire et qui vous inspirent, même indirectement.– Cormac McCarthy, lui c'est un grand. Vargas Llosa, Bolano (qui pour moi est encore vivant), Hilary Mantell, Per Olov Enquist. Et je lis avec un grand plaisir Fred Vargas quand je suis très fatigué.  – Vous avez consacré beaucoup de temps et d'énergie à l'enseignement de l'écriture. Permettez-moi cette question aux consonances romantiques et qu'on a dû beaucoup vous poser : l'écriture peut-elle s'enseigner ? Cela donne-t-il des résultats ? De belles surprises ?– Evidemment qu'on peut enseigner l'écriture. La technique de l'écrit est moins évidente que celle des autres métiers, mais ça n'est pas pour ça qu'elle est moins nécessaire. Et à chaque fois, quand on l'a enseignée, on n'est parvenu qu'à la moitié de ce qui pourrait être transmis. Demain matin je me lève tôt car je vais donner mon cours. Thème de la leçon : la distance. Rien que là-dessus, on pourrait y passer des heures et des heures. La distance à laquelle l'écrivain met le lecteur. Non pas qu'il en existe une qui soit juste : c'est plutôt que si tu ne la sens pas, si tu ne sais pas la mesurer, tu ne pourras jamais trouver celle que tu souhaites avoir. Tu ne seras jamais capable d'en changer trois fois en trois lignes.  Tu ne réussiras jamais à convaincre le lecteur de se tenir exactement à la distance que tu as choisie. C'est une question quasiment invisible, mais essentielle. Si tu l'étudies de près, tu vas découvrir un tas de choses. La relation qu'il y a, par exemple, entre la distance et la vitesse. Tu te mets à faire des réflexions de ce genre, à haute voix, devant les étudiants, et tu peux enseigner ainsi des années sans qu'il te vienne à l'esprit de te demander s'il est possible d'enseigner l'écriture. Bien sûr que c'est possible. Tu es en train de le faire !   Photo Eleonora Marangoni 1ère publication le 23 janvier 2015  

Le 1 septembre 2015 à 09:16

Perdu dans Tokyo #6

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

29 août Déchets. Yoko apporte des sucreries, petits gâteaux, chocolats. On boit dans des gobelets en carton, café, thé, eau, et on jette le tout dans un petit sac plastique, taille ordinaire. Yoko quitte la répétition avec le sac. Nous dînons dans un petit endroit, Yoko garde avec elle son sac à main et son sac poubelle, qu’elle rapporte jusque chez elle. C’est comme ça, une intégrité sans concession du traitement des déchets. Dans la rue, le soir, des dizaines de caisses jonchent le sol, proprement alignées, de couleurs vertes ou bleues, en plastique. Elles contiennent des bouteilles vides, ou des cannettes, ou des sacs en plastique, des bouchons de bouteilles. Tout est déjà trié, selon les différences du plastique. You m'explique que l'humidité ici est telle que la moindre crasse provoquerait des catastrophes hygiéniques, champignons, moisissures, pourrissement immédiat, la propreté s'impose, c'est un fait, c'est comme ca, pour ne pas sombrer. Les secousses Jour de répétition avec filage. Chansons, jeu, enjeux, tout est en place. Demain, je demanderai aux acteurs une italienne, puis une allemande, mots ici inconnus. Les différentes traductions successives font du texte un objet difficile à mémoriser, mais tout le monde y travaille, comme moi devant ce clavier japonais, privé de mon outil, impossible d’écrire, empêché, mais je lutte et je me débats. Comme dans la chambre hier soir à minuit, je me suis tenu, retenu de ne pas crier, pleurer, courir, avec six secondes intenses d'une secousse sismique, un truc qui laisse le corps terrifié, effaré, effrayé. Au douzième et dernier étage, on imagine tout de la chute, de l'effondrement de l'immeuble, et plus rien, c'est passé. On oublie, zolpidem, cachet entier, et on s'endort ou on fait semblant.   30 août Liste inutile à sortir en cas de trou dans une conversation mondaine à frime ; cette année je peux me vanter d'avoir vu des otaries à Amsterdam, à Manhattan, au zoo du Bronx et dans celui de Ueno à Tokyo. On me demandera si je n'avais que ça à foutre. Journal désormais écrit avec un doigt sur l’iphone, le traitre d’ordi a fini en beauté ici à Ginza, je me débrouille quand même, je ne veux pas ou ne sais pas renoncer.   Hirayama Masaru Hirayama a mis en scène au Japon Moi aussi je suis la grande blonde ; deux petites dames vers le nord ; pour l'amour de Gérard Philipe ; et Les couteaux dans le dos. Je le rejoins pour dîner dans Shinjuku, manger du foie gras avec des baguettes, un truc bizarre mais bon jusqu'à ce qu'il me dise qu'il s'agit d'un poulpe cru, parler beaucoup de la situation politique du pays, grande inquietude, putain de trouble et grande peur dit il, et le quitter en voulant l'embrasser, lui qui rougit un peu, ça ne se fait tellement pas par ici. Des hugs peut-être, pour rire. Mais la bise, le baiser, jamais. Mon assistante You me fait la bise d'une manière presque enfantine, en débutante. Mais on tient à ce rituel qui me rassure et crée un lien unique. Avec les autres, comédiens, régisseurs, amis ou assistante, embarras permanent. Roux Je traverse Shinjuku par le quartier des hôtels. Les tremblements de terre interdisent les trop hautes constructions je suppose. Tout ici fait Las Vegas sur quelques pâtés de maisons, drôles d'hôtels californiens, fantasques, aux noms interlopes, genre hôtel Passion, pour "rest" ou "stay". Grand luxe ou misère de la restauration. Des affiches de jeunes hôtes, roux, yeux d'or, peaux diaphanes, placardées partout. Très féminins. Bars avec serveurs ou salons de beauté. Plutôt pour le public féminin. Les hommes ont droit à des petits magasins spécialisés, avec fiches, photos, propositions... Ils demandent ce qu'ils veulent, on leur trouve le meilleur dans le quartier. J'essaie de comprendre. You, japonaise, me dit que beaucoup de choses lui echappent, a elle aussi, et Masako ne sait pas non plus exactement comment ca marche.   31 août Le silence Pour la première fois en quinze jours je comprends. Il y a bien des Américains qui parlent fort, hurlent parfois. Des européens qui conversent à voix haute. Des quartiers de bruits infinis, les pachinko, la publicité, les grillons, mais le long des grandes cinq voies, parfois, une sorte d'étrange silence. Des gens, du monde, des voitures, mais peu de bruit. Peu de voix. Un calme bizarre. Et pour la première fois en quinze jours, j'entends un klaxon. Bruit oublié, son aussi navrant qu'un aboiement de chien. Choses rares, presque inexistantes ici. Et vu tout de même un chien tenu en laisse par une dame avec des clignotants sur le dos (le chien, pas la dame). Des passants Un petit homme gris dans Ueno s'arrête au milieu de la rue, me regarde comme au zoo de Ueno les enfants regardent les girafes. Un jeune type en boxer noir fait de grandes enjambées genre gazelle sur la cinq voies en tirant un pousse pousse et deux touristes. Samedi soir, minuit dans le métro, un monsieur élégant, ivre, se tient à un pilier, et fait pipi sous lui. Une dame me sourit dans un supermarché, une autre me propose de m'aider à trouver mon chemin dans Akiabara. Là, je trouve à la fois un DVD de film avec Jean-Louis Barrault, un autre avec Micheline Presle et Gérard Philipe. Dans un magasin voisin, je cherche le dernier cd de Kylie Minogue pour le copain Sébastien. Je trouve les fameuses machines à culottes d'étudiantes, collégiennes ou lycéennes. Propres ou portées, difficile de savoir. Barrault est moins cher qu'une culotte sale. Italienne Difficile italienne du texte avant répétition. Peur de la mémoire. Fastidieux exercice. J'observe, et on s'en fout , que le japonais dit très très vite pourrait passer pour de l'espagnol. Michiru Fuji, photographe et costumière du projet, japonaise installée à Paris depuis vingt-cinq ans, débarque à Tokyo après quinze ans d'absence. Drôle de choc. Elle déniche des numéros spéciaux de Vogue consacrés à Deneuve. Elle rapporte une malle de costumes et d'accessoires. Revolver, lapin, chapeaux, sac franprix. Un manteau de fourrure confectionné dans un tapis de fausse peau d'ours blanc.  

Le 29 juin 2015 à 13:12

Xavier Gallais : Entrer en scène comme un animal

#1

La presse a été dithyrambique sur l'apparition "animale" du comédien Xavier Gallais dans la pièce d'Edward Albee La Maison et le zoo, traduite par Jean-Marie Besset et mise en scène par Gilbert Desveaux : "Homme animal", "Félin, loup, prince, clochard", "présence animale inouïe", "Sommes-nous tous des animaux ?", "L'homme, animal échappé du zoo", "prédateur", "l'animal qui est en nous"... On dit qu'aucun comédien ne peut rivaliser avec l'assiette incroyable qu'aura un animal en scène. Cet applomb d'évidence et cette liberté proche de la bestiole, comment s'y est-il pris pour l'avoir ? Comment fait-il ça ? Autant poser la question à l'intéressé. 1ère partie : l'entrée en scène. Xavier Gallais : "Je ne sais pas si je maîtrise tout, mais c'était évidemment une des idées de départ : il fallait qu'on voie que c'était à la fois un homme et à la fois un homme échappé du zoo — un animal. Mon désir était que d'entrée de jeu on sente qu'avec son arrivée tous les codes de théâtre qu'on avait eu au début de la pièce allaient être changés. L'animalité au théâtre, liée à cette pièce, vient comme un contre de ce qui pourrait être domestiqué. J'essaie d'analyser quels sont les signes théâtraux de la domestication. Comment un acteur est domestiqué et quels en sont les signes, favorables ou défavorables, et comment les contourner.  Moi j'aime bien travailler sur des contraintes, c'est là que je trouve ma liberté. Pour trouver une forme d'animalité, il me faut établir quelle est la normalité civilisée de l'acteur : parler de manière audible, frontale, ne pas montrer son dos, tenter de cacher ses failles, avoir un jeu entier, je pense que ce sont les signes de l'acteur domestiqué, que je devrais montrer si mon personnage le demandait. Donc ici c'est le contraire : ne pas arriver beau, montrable, mais sale, creusé, sans pouvoir cacher l'état de chaos dans lequel je suis à l'intérieur, par le maquillage, la sueur, l'essoufflement... je commence comme ça..."

Le 15 février 2016 à 17:14

Steven Berkoff : "Aujourd'hui les gens sont plus tourmentés que jamais"

Jean-Daniel Magnin – Vous avez écrit Kvetch il y a trente ans. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos pièces de cette période ?Steven Berkoff – Je pense qu’elles ont saisi l’esprit du temps, et l’anxiété de personnes qu’on n’avait pas encore vraiment vues dans des pièces de théâtre, en particulier en traitant du stress qui est un manque d’ego, une marque d’orgueil ou de l’ambition contrariée, un sentiment d’infériorité — et de tourner ce stress en comédie. – Que dire des kvetchs d’aujourd’hui ? Sont-ils pareils à ceux d’il y a trente ans ? – Oui ce sont exactement les mêmes, en fait ils sont peut-être même pires quand on considère les kvetchs comme la différence entre ce que vous imaginez de vous-même, dans l’idéal, et ce que vous êtes vraiment, car aujourd’hui, avec encore plus de choix dans tous les sens, les gens sont encore plus tourmentés que jamais. – Qu’écrivez-vous en ce moment ? Qu’êtes-vous en train de chercher ? – Je viens de terminer une série de pièces racontant des vies d’acteurs. L’une d’elles est intitulée Six acteurs en quête d’un metteur en scène, une autre Lamentations d’acteurs, et ensuite viendra Cadavre.  Elles sonneraient formidablement en français car elles jouent avec le style de Molière. – Est-ce différent pour vous de jouer dans vos propres pièces et de jouer dans la pièce d’un autre auteur ? Et de les mettre en scène ?– J’aime de temps à autre être acteur dans d’autres écritures car je peux y affronter toutes sortes de problématiques inédites pour moi. – Vous avez dit dans une interview que vous avez commencé à écrire du théâtre parce que vous ne trouviez pas de pièces anglaises qui vous donnent envie de les mettre en scène. Est-ce différent aujourd’hui ? – J’aime écrire pour exprimer tant de choses personnelles et importantes à mes yeux. Et parfois je tombe sur une pièce avec laquelle je les retrouve vraiment toutes – c’est le cas avec la Salomé d’Oscar Wilde, que je viens de mettre en scène et que j’adorerais monter en français.    

Le 30 août 2011 à 10:00

"René l'énervé", facétie musicale et opéra tumultueux

Entretien avec Jean-Michel Ribes #1

"Depuis 2007, j'éprouve un malaise qui ne diminue pas" dit Jean-Michel Ribes en parlant de notre gouvernement. Pour en finir avec cette nausée, il a décidé de la transformer en farce joyeuse : un opéra bouffe mis en musique par Reinhardt Wagner, qui débute le 7 septembre prochain au Théâtre du Rond-Point. Un éclat de rire de résistance "face à l'affaissement du langage, au dénigrement de l'esprit, à cette agitation immobile dont la médiocrité nous étouffe". Quand vous tourniez Palace ou Merci Bernard, le mot d’ordre était : « Tout, sauf l’actualité ! ». Et jusqu’ici, on vous trouvait plutôt du côté de l’absurde, rarement vers la satire… C’est vrai que jusqu’ici, ma manière de me moquer du monde ou des étouffements de la société passait par l’absurde ou le non-sens. A l’ombre des dadaïstes, je m’efforçais de dynamiter l’esprit de sérieux à sa racine. René l’énervé s’approche beaucoup plus d’une réalité visible. Cela vient du fait que depuis plusieurs années, je ressens un malaise face à la gouvernance de notre pays et de la politique en général. Avant que cela ne se termine en aigreur, j’ai préféré tenter de le transformer en farce joyeuse. Un rire de résistance en chansons. De plus, j’ai une passion pour l’opéra bouffe où l’entrain et la légèreté emportent tout.   À la lecture du titre, René l’énervé, c’est au chef de l’État que l’on pense. Est-ce qu’on se trompe ? On doit plutôt penser à l’univers politique dans son ensemble, qui a été coloré par Nicolas Sarkozy. Car la force du Président de la République est d’avoir non seulement bouleversé la façon de faire de la politique, mais d’avoir transformé aussi son opposition, et toute la classe politique ! Le Sarkozysme, ce n’est pas uniquement Nicolas Sarkozy. C’est une sorte de contagion de lui-même qui envahit l’ensemble des politiques. Une mise en coma agité de la société ! C’est la raison pour laquelle cet opéra bouffe met en scène aussi bien un conseiller nommé Hurtzfuller qui aime les Arabes quand ils ressemblent aux habitants du Cantal, un ministre des hautes frontières, un autre de la prise de sang, mais aussi les opposantes Ginette et Gaufrette, des philosophes nouveaux, as du cerveau s’il en est ! Des écolos bio bio et encore bio, et bien sûr le parti montant des « Cons de la Nation »… C’est une galopade rigolote qui traverse le barnum politique en perpétuelle parade.   Propos recueillis par Pierre Notte

Le 13 mars 2012 à 15:42

Marie Nimier et Karelle Prugnaud en flagrant délit de promo

Karelle Prugnaud met en scène La Confusion de Marie Nimier. Pour ventscontraires.net, elles nous parlent de la pièce, de leur collaboration et se laissent même aller à une promo éhontée. Mais comme elles sont vraiment trop cute, on les a laissées faire. Comment êtes-vous passée de l’écriture romanesque à l’écriture théâtrale ? Marie Nimier : J’ai toujours voulu écrire pour le théâtre. Le théâtre m’a toujours plu et intimidée. Adolescente, je découvrais les univers de Robert Wilson et d’Ariane Mnouchkine, ce fut le coup de foudre. La scène pour moi a toujours été associée à la vie, au partage, à l’aventure collective, alors que le roman avait quelque chose à voir avec la solitude et la mort. Grâce au chorégraphe Dominique Boivin, j’ai fait mes premiers pas en crabe vers la scène, le spectacle s’appelait A quoi tu penses ?, ce fut une expérience exaltante. J’étais à la recherche d’une parole fluide, mais faite de reprises, d’atermoiements, intimement liée aux mouvements des danseurs et encore proche du monologue romanesque. J’étais encore trop effrayée pour passer à l’acte d’écrire vraiment pour le théâtre, jusqu’à ce que la publication de La Reine du silence m’offre les commodités financières et la disponibilité de me consacrer à un projet nouveau. J’avais un an devant moi, je m’y suis mise, je n’avais aucune obligation de résultat, j’avais seulement les moyens et le temps de m’y consacrer. J’ai écrit alors mes deux premières pièces La Confusion, puis Adoptez un écrivain (éditions Actes sud Théâtres). Aujourd’hui, je reviens fouler les sols du Théâtre du Rond-Point où je faisais, gamine, du patin à glace ! C’est un ancien territoire de glisse qui m’émeut beaucoup. J’ai l’impression de retrouver quelque chose d’essentiel, qui tient à la fois de l’enfance et de l’accomplissement. Je reviens dans ce lieu chargé d’images, je me sens faite de tous ces mélanges, de toutes ces histoires, et cela prend soudain un drôle de sens… Comme si quelque chose s’était incarnée, c’est ça, avec le passage à la scène, grâce à toute une équipe, quelque chose de moi prend corps, quelque chose de moi, qui n’est pas moi. C’est la vie même, non ? Faites-vous, avec le texte de Marie Nimier, plutôt du théâtre, de la danse, du cirque, une performance ? Karelle Prugnaud : Cette fois-ci, nous investissons l’unité de lieu théâtral, celui qu’apporte le texte de Marie, pour tenter d’y élaborer un travail performatif. Une boîte où les images se construisent et déconstruisent sous l’oeil du spectateur. Partir du réel, de l’hypra réalisme, du théâtre de situation pour tenter de le faire basculer dans l’imaginaire. En mélangeant des codes, des genres.Nous travaillons avec des artistes venant de différents horizons : le dessinateur Mickael Pecot Kleiner, le vidéaste Maximilien Dumesnil, les musiciens Bob x et Fabien Kanou... Marcher sur le fil du réel en tentant de le faire basculer. Le texte de Marie est un texte de théâtre, nous allons donc faire du théâtre. Mais un théâtre sur le fil... (Propos recueillis par Pierre Notte)  

Le 30 novembre 2013 à 13:02

Yves Pagès : "Nous pourrions tous être des chômeurs heureux"

Trousses de secours : la crise du travail

L'écrivain-éditeur-performeur-blogueur Yves Pagès revient au Rond-Point avec une nouvelle conférence-dérive. La saison dernière il explosait à tout jamais la bêtise des présentations PowerPoint. Aujourd'hui c'est notre rapport paradoxal au labeur qu'll explore - "depuis l'homme préhistorique (l'âge de pierre) jusqu'au télévigile (l'âge du drone). – Depuis plusieurs années tu blogues sur www.archyves.net. Existe-t-il selon toi une écriture spécifiquement numérique ?– On écrit toujours en fonction du support. Pour tenir un blog ou nourrir un site, on s’adapte aux contraintes du Net, en l’occurrence d’un lieu de lecture rapide, zappeuse, à mi-chemin de l’oral et du écrit-relu-corrigé. Donc, il faut s’en tenir à un état de semi-brouillon, d’inachèvement partiel. D’autre part, sur ce support, on peut alterner l’écrit et l’image (le son aussi mais techniquement ça me dépasse), et cette navette entre bloc de texte et pavé photographique dépasse le simple jeu de l’illustration et du commentaire iconographique, ça s’éclaire dans les deux sens et permet certains raccourcis, certaines ellipses, puisque l’image parle aussi d’elle-même.– Ta conférence-performance est-elle la suite de ton livre Petites Natures mortes, où tu croquais en deux coups de crayon le destin de ceux qui cherchent dans les emplois précaires un peu d'oxygène pour leur survie ?– Ce faux-cours de psycho-physiologie du travail tient à une approche forcément différente, puisqu’elle s’inscrit dans un registre: le cours magistral (avec diapos projetées). C’est une parole dominante, un discours d’autorité, qui n’est donc pas dénonciateur, ni ironique par rapport aux arbitraires sociaux. Mais au sein de cet esprit de sérieux (tous les faits et documents que je vais présenter étant a priori), ma parole pseudo-pédagogique va finir par dévoiler une mutation du rapport au travail dont les précaires ont déjà fait les frais et dans le même temps éprouvé le potentiel libérateur. Bref, je vais montrer (par une démonstration abusive sans doute, mais non dépourvue de réalité) comment le travail humain n’est plus là où l’on continue à le faire croire, bref comment nous pourrions tous être des chômeurs heureux (à deux tiers temps). – Le pilotage de drones ouvre-t-il une nouvelle étape dans notre rapport au travail ?C’est un cas exemplaire de travail qui apparaît vers la fin de mon cours/démonstration. En l’occurrence piloter un drone, c’est jouer sur une console vidéo, où il ne se passe quasiment rien, et puis tuer à distance tel ou tel suspect à raison de trois secondes d’activité pour une semaine de télé-surveillance du néant. Un peu comme les traders devant leurs huit écrans d’ordinateur qui déroulent les encéphalogrammes de l’économie de marché. Bref, tous ces métiers sont à la fois du farniente forcé (ce qui ne va pas sans stress) et de la télésurveillance, au même titre qu’un vigile qui surveille sur son écran les 7% de comportements suspects des passants dans tel parking, tel sas de banque ou telle rue piétonne aux abords d’un centre commercial.– Le travail c’est la santé ?Le travail en français mélange toutes les activités (rémunérées, domestiques, sans oublier le travail du deuil, le travail de l’accouchée et… c’est l’objet de la fin de ma conférence, le travail de l’inconscient au cours du rêve). Or ce qui rend malade, ce n’est pas d’activer ses neurones ou ses muscles, mais de le faire inutilement, d’œuvrer pour des choses qui nous dégoûtent, de justifier par notre présence un organigramme hiérarchique sans objet, de répondre à des cadences productives inhumaines (alors que des machines s'en chargeraient bien mieux toutes seules)… bref, de dépenser son énergie le plus souvent à contre-emploi pour un salaire qui ne permet même plus de se loger, nourrir et festoyer dignement. Par contre, s’il y a un travail au sens neuro-physiologique qui sert à quelque chose et qui fait du bien à notre santé, c’est celui du sommeil paradoxal, ce temps nocturne où nous rêvons, inventons des idées, arpentons d’autres mondes possible… que le nôtre.

Le 3 septembre 2015 à 10:31

Perdu dans Tokyo #7

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

1er septembre Lessive L’ordi est mort paix à son âme. J'essaie de me calmer, je fais une lessive. Linge amassé en dix jours. Je fais vite mais mal, dans la machine à laver de l'hôtel, pas grand luxe mais pratique, pour deux cents yens, plus le double en séchage et en produit, c’est queue-de-chie. Mais j’oublie un feutre noir dans une poche de mon pantalon. Pas calmé. Kabukisa Dans Intervista, Fellini inventait sa terreur ; le cinéma anéanti par la télévision. A Cinecittà, quelques mois après sa mort, son studio attitré devenait un plateau d'émissions de télé. Aujourd'hui, les comédiens jeunes de Tokyo, raconte Masako, ne connaissent pas ou très peu le théâtre. Ils visent le manga, les dessins animés télévisés. Je ne comprends pas, elle précise : le doublage. Projet de nombreux acteurs jeunes au Japon : entrer dans les écoles qui forment au doublage des mangas. Le grand théâtre Kabukiza de Tokyo, quartier Ginza, a failli être rasé. Les promoteurs avaient prévu de remplacer l’institution par un immeuble. Scandale. Les promoteurs se sont ravisés. Mais seuls les contours et la façade ont été conservés. Le Théâtre Kabukiza, en activité, est une façade blanche, belle comme un gros gâteau viennois, qui donne après plusieurs années de travaux sur un immense building. La face est sauvée. You, ce matin, est révoltée. Elle apprend que le Kabukiza va créer prochainement une pièce en kabuki tirée d'une bande dessinée actuelle. Manga à succès. "C'est la fin du monde" dit-elle.  La discipline Personne ne parle dans le métro. Encore moins au téléphone. On ne mange surtout pas. On de parle pas, on est seul. On attend, jeux électroniques, Facebook, mais silence. Jamais un mendiant. Pas de guichet, des caisses automatiques. Mais un "maître de station" à chaque entrée, chaque passage, type en uniforme et casquette, un flic. Grand sens du commerce et de la surveillance. Une manifestation importante hier réunissait des milliers d'opposants au gouvernement. Au dessus du jardin impérial, des hélicoptères permanents, figés dans le ciel. Aucun média si je comprends bien n'a relayé la manif.   2 septembre À la fenêtre  Le miroir de la salle de bain est recouvert de buée. Au centre du miroir, se dessine un rectangle vertical, espace sans buée, effet magique, la place du visage, du portrait, comme préservée. Au dessus de la baignoire, plusieurs emplacements possibles pour le pommeau de la douche. Bonne idée. Peignoirs, brosses à dents et dentifrice, rasoirs, crèmes, renouvelés chaque jour. J’observe, sur les balcons situés en face de ma chambre d’hôtel, des hommes sortir pour fumer, et s’entraîner au golf sur leurs terrasses étroites. En caleçons. Au mois d’août, tout le monde trimballe une ombrelle ou un parapluie. L’objet est souvent le même. Ouvert en permanence, trop de pluie, trop de soleil. Aucune trace ici de cigarette électronique, de magasins bio, de produits allégés. Il faut chercher longtemps. Je me fais la réflexion satisfaisante qu’il s’agit ici peut-être de ma première mise en scène sans crise d’aphtes. J’en compte deux seulement, changeants, agaçants et non douloureux, une sacrée victoire.    Tsukishima  Samedi et dimanche passés, deux jours sans chemisettes blanches, pantalons noirs et mallettes ou besaces. Dans le métro, les gens portaient des couleurs, parfois excentriques. Des chapeaux. C’est fini, plié. Les ouvriers portent du bleu, les businessmen reviennent aux costumes des couleurs de bureaux. Parfois rayées, les chemisettes. Dans le quartier de Tsukishima, un flot humain de gens pressés sous des parapluies qui se précipitent vers les tours de l’empire du travail, de l’autre côté, une allée, des immeubles, des jardins et la vue sur la baie. Et là, le désert, plus rien, personne.    Répétition Le régisseur et homme à tout faire, Georges, invente comment faire couler le sang depuis un couteau. Il invente une trappe à une estrade, un tiroir à la table, il dessine des plans toute la journée, prépare le faux gâteau, monte les quatre chaises noires ikéa, mêmes chaises que dans Sortir de sa mère, dans C’est Noël tant pis, ou dans La Chair des tristes culs, il rapporte des dorades aux haricots noirs sucrés. Il est là tout le temps, actif tout le temps. Quand les comédiens ne répètent pas, ne jouent pas, ils s’étirent, ils relisent, exercices de respiration. Nastuki me masse les épaules.   Le jardin Koishikawa garden, après un tour en grande roue, seul au monde dans Tokyo Dome, fête foraine, à cette heure vaste désert. Traverser les quartiers, chercher les issues, tomber sur un complexe universitaire, s’égarer entre une autoroute et un périphérique. Une piscine à ciel ouvert avec étudiants masculins, tous en maillots noirs et bonnets verts qui apprennent à plonger. Plus loin, un groupe d’étudiantes en uniforme noir et blanc, elles courent en riant. L’entrée unique du jardin Koishikawa est payante. 300 yens, parce qu’on ne doit pas venir là par hasard. Pas par dépit. On paye parce qu’on ne passe par là. On y vient, se poser, se reposer, arrêter. S’allonger, contempler, étudier, interroger, attendre. Il y a des carpes et des tortues. J’apprivoise une sauterelle. Le grand jardin impose le recueillement. Impossible de comprendre comment des gens qui vivent dans ces villes terrorisées par la bagnole et le trafic parviennent à dessiner des espaces aussi beaux, à pleurer. Havres spirituels. Ou peut-être faut-il vivre dans des villes comme celle-ci, à l’urbanisme à ce point délirant,  pour y imaginer des enclos comme celui-là. Pas de jardin, rien de ce genre là, à Venise. À Dieppe, des pelouses qui font parkings.

Le 12 mai 2017 à 12:58

Copi fait rire Marilú Marini et Pierre Maillet dans leur loge #2

En conversation avec son metteur en scène Pierre Maillet, Marilú Marini se maquille et se prépare pour jouer La Journée d'une rêveuse (et autres moments...) d'après Copi.   Pierre Maillet — Quand la grande Marilú Marini m’a proposé del’accompagner dans une aventure autour de Copi, qu’elle a connu et qu’elle a beaucoup joué, souvent sous la direction d’Alfredo Arias (notamment l’inoubliable Femme assise, personnage récurrent dessiné par Copi pour la première fois incarnée sur une scène de théâtre),nous avons tout de suite rêvé d’une forme libre comme l’était notre « cher maître ». Copi, moi, je ne l’ai pas connu, mais je l’ai beaucoup joué aussi, avec Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier. Copi, c’est pour Marilú, autant que pour moi, un auteur emblématique, important, un ami qu’on a toujours hâte de retrouver, et de découvrir, encore. J’ai imaginé ce spectacle bien sûr comme un hommage vibrant à l’auteur, acteur, dessinateur et figure emblématique du mouvement homosexuel des années 70, mais je voulais qu’il soit aussi et surtout un hommage à Marilú Marini par le biais de son compatriote et ami. Et j’ai tout de suite pensé à La Journée d’une rêveuse.   Terrain neutre pour elle comme pour moi, inconnu du grand public. Un beau poème théâtral, énigmatique et méconnu, créé par Jorge Lavelli en 68 avec Emmanuelle Riva dans le rôle-titre... Nous avons fait un monologue du personnage central de cette pièce, qu’elle incarne comme un double féminin de Copi acteur (dans Le Frigo ou Loretta Strong : monologues mythiques et délirants qu’il jouait avec une élégance et un détachement rares et inoubliables pour tous ceux qui l’ont vu et entendu). Elle invente sous nos yeux une sorte de Blanche-Neige, plus proche de Brigitte Fontaine que de Walt Disney. Et en miroir avec tout ce matériau poétique et fictionnel, nous traversons le Rio de la Plata, un texte écrit en 1984. Conçu comme la préface d’un roman qu’il n’a pas eu le temps d’écrire, dans lequel Copi parle comme jamais, de lui, de ses origines, de l’Uruguay, de l’Argentine où il était interdit, de l’exil, et de son rapport à l’écriture...

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