Les bonus de la saison
Publié le 12/05/2017

Copi fait rire Marilú Marini et Pierre Maillet dans leur loge #2


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Autres épisodes :

En conversation avec son metteur en scène Pierre Maillet, Marilú Marini se maquille et se prépare pour jouer La Journée d'une rêveuse (et autres moments...) d'après Copi.
 
Pierre Maillet — Quand la grande Marilú Marini m’a proposé del’accompagner dans une aventure autour de Copi, qu’elle a connu et qu’elle a beaucoup joué, souvent sous la direction d’Alfredo Arias (notamment l’inoubliable Femme assise, personnage récurrent dessiné par Copi pour la première fois incarnée sur une scène de théâtre),nous avons tout de suite rêvé d’une forme libre comme l’était notre « cher maître ». Copi, moi, je ne l’ai pas connu, mais je l’ai beaucoup joué aussi, avec Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier. Copi, c’est pour Marilú, autant que pour moi, un auteur emblématique, important, un ami qu’on a toujours hâte de retrouver, et de découvrir, encore. J’ai imaginé ce spectacle bien sûr comme un hommage vibrant à l’auteur, acteur, dessinateur et figure emblématique du mouvement homosexuel des années 70, mais je voulais qu’il soit aussi et surtout un hommage à Marilú Marini par le biais de son
compatriote et ami. Et j’ai tout de suite pensé à La Journée d’une rêveuse.
 
Terrain neutre pour elle comme pour moi, inconnu du grand public. Un beau poème théâtral, énigmatique et méconnu, créé par Jorge Lavelli en 68 avec Emmanuelle Riva dans le rôle-titre... Nous avons fait un monologue du personnage central de cette pièce, qu’elle incarne comme un double féminin de Copi acteur (dans Le Frigo ou Loretta Strong : monologues mythiques et délirants qu’il jouait avec une élégance et un détachement rares et inoubliables pour tous ceux qui l’ont vu et entendu). Elle invente sous nos yeux une sorte de Blanche-Neige, plus proche de Brigitte Fontaine que de Walt Disney. Et en miroir
avec tout ce matériau poétique et fictionnel, nous traversons le Rio de la Plata, un texte écrit en 1984. Conçu comme la préface d’un roman qu’il n’a pas eu le temps d’écrire, dans lequel Copi parle comme jamais, de lui, de ses origines, de l’Uruguay, de l’Argentine où il était interdit, de l’exil, et de son rapport à l’écriture...
Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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À voir aussi

Le 15 février 2016 à 17:14

Steven Berkoff : "Aujourd'hui les gens sont plus tourmentés que jamais"

Jean-Daniel Magnin – Vous avez écrit Kvetch il y a trente ans. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos pièces de cette période ?Steven Berkoff – Je pense qu’elles ont saisi l’esprit du temps, et l’anxiété de personnes qu’on n’avait pas encore vraiment vues dans des pièces de théâtre, en particulier en traitant du stress qui est un manque d’ego, une marque d’orgueil ou de l’ambition contrariée, un sentiment d’infériorité — et de tourner ce stress en comédie. – Que dire des kvetchs d’aujourd’hui ? Sont-ils pareils à ceux d’il y a trente ans ? – Oui ce sont exactement les mêmes, en fait ils sont peut-être même pires quand on considère les kvetchs comme la différence entre ce que vous imaginez de vous-même, dans l’idéal, et ce que vous êtes vraiment, car aujourd’hui, avec encore plus de choix dans tous les sens, les gens sont encore plus tourmentés que jamais. – Qu’écrivez-vous en ce moment ? Qu’êtes-vous en train de chercher ? – Je viens de terminer une série de pièces racontant des vies d’acteurs. L’une d’elles est intitulée Six acteurs en quête d’un metteur en scène, une autre Lamentations d’acteurs, et ensuite viendra Cadavre.  Elles sonneraient formidablement en français car elles jouent avec le style de Molière. – Est-ce différent pour vous de jouer dans vos propres pièces et de jouer dans la pièce d’un autre auteur ? Et de les mettre en scène ?– J’aime de temps à autre être acteur dans d’autres écritures car je peux y affronter toutes sortes de problématiques inédites pour moi. – Vous avez dit dans une interview que vous avez commencé à écrire du théâtre parce que vous ne trouviez pas de pièces anglaises qui vous donnent envie de les mettre en scène. Est-ce différent aujourd’hui ? – J’aime écrire pour exprimer tant de choses personnelles et importantes à mes yeux. Et parfois je tombe sur une pièce avec laquelle je les retrouve vraiment toutes – c’est le cas avec la Salomé d’Oscar Wilde, que je viens de mettre en scène et que j’adorerais monter en français.    

Le 27 mai 2016 à 11:22

Gonzalo Demaría : "Pour écrire du théâtre, il faut entendre des voix"

L'auteur argentin Gonzalo Demaría a écrit avec Alfredo Arias les spectacles Mambo Mistico et Trois tangos, vus au Rond-Point les saisons dernières. Et dernièrement Déshonorée, présenté en ce moment sur la scène Tardieu et qui nous a valu le plaisir de le rencontrer. Jean-Daniel Magnin — J'ai eu la chance de passer quelque jours à Buenos Aires il y a quelques années, et j'ai été frappé par le formidable amour du théâtre qui règne dans ta ville.  Gonzalo Demaría — Nous les Argentins nous sommes des survivants, avant tout dans notre propre Histoire. C'est pareil pour le théâtre. C'est vrai qu'à Buenos Aires il y a une surabondance d'activités théâtrales. On se demande d'où vient tout ce public qui vient assister à nos productions. Pour les auteurs de théâtre bien sûr la situation est difficile. Chez nous on ne peut pas vivre du théâtre en général. Et les écrivains encore moins que les acteurs. Mais il y a une profusion de spectacles. On se débrouille. On va souvent voir des spectacles au domicile des auteurs ou les metteurs en scène. Des expériences avec environ 25 spectateurs.Pour survivre j'écris par exemple un soap très amusant pour la télévision, ou des articles sur la généalogie dans la presse, ce qui est une passion chez moi. Mais en gros j'ai de la chance parce que par moments je peux faire du théâtre mon gagne-pain. – Comment ça a commencé l'écriture théâtrale pour toi ?– On dit chez nous que le théâtre s'écrit avec l'oreille. Et justement je me souviens, enfant, d'avoir entendu des voix. Comme Jeanne d'Arc. C'est notre côté mystique à nous les Argentins ! Sans plaisanter, écrire pour le théâtre, ça n'est pas de la littérature ou la poésie, ça passe par d'autres biais. Par d'autres chemins. De grands auteurs comme Balzac ont essayé sans y parvenir à écrire du théâtre, toutes ses tentatives ase sont soldées par des échecs. Il faut entendre, dans la tête, c'est tridimensionnel. Je vois ça de manière mystique. Ensuite il y a la discipline, la rigueur. Je n'écris pas sur l'ordinateur mais sur le papier. La main a son propre rythme, sa transe. J'ai une addiction à la lecture, il y a tout le poids de la littérature qui vient m'irriguer.– Ta première pièce ?La première c'était à l'école élémentaire, avec l'aide de ma maîtresse, une pièce patriotique pour une fête nationale, celle du 25 mai. Elle a vu que j'avais quelque chose, elle m'a pointé du doigt : "Toi tu veux écrire avec moi la pièce du 25 mai ?" On l'a jouée à l'école ! A quinze ans, mon père, un avocat, a montré mes feuillets à son ami le grand auteur dramatique Roberto Cossa. Il m'a encouragé à continuer. Ma première pièce a été montée au Théâtre National quand j'avais 26 ans. Une autre étape importante a été la rencontre avec Alfredo Arias. Il était venu voir une pièce musicale que j'avais écrite, texte et musique, et m'a invité à écrire avec René de Ceccaty une adaptation des Liaison dangereuses... Ça a donné Les Liaisons tropicales.– Tu es proche du plateau, des acteurs ?– Ça dépend. Parfois je fais la mise en scène. Et donc quand je travaille avec un metteur en scène je suis très respectueux. Je viens s'il m'appelle. Le théâtre n'est pas de la littérature comme je disais, c'est une collaboration. Par exemple Shakespeare écrivait ses pièces sans aucun respect pour sa propre écriture. Il modifiait le texte en fonction des acteurs, des distributions. Il ne voyait pas la pièce comme une œuvre littéraire. Comment ne pas être d'accord avec Shakespeare !– Comment est venue la pièce que nous présentons au Rond-Point : Déshonorée ?– J'avais en tête une espèce de Sunset boulevard : une vieille star du Péronisme enfermée avec ses fantômes dans son hôtel particulier en ruine. Je la voyais en conversation avec la tête coupée de son amant – feu le frère d'Eva Péron. Alfredo m'a dit que ce serait mieux de s'appuyer sur un fait réel, puisqu'elle a existé : Fanny Navarro a subi un interrogatoire avec une espèce de fou qui joue à être médecin, militaire — un personnage réel lui aussi. Je voulais écrire depuis longtemps sur Fanny Navarro, l'amie d'Eva Peron. Alfredo l'admire. Et il m'a suggéré de camper la pièce au commissariat. C'était une très bonne idée, c'est plus intense. Et à la fin, il y a tout de même la conversation de Fanny avec la tête de son amant. Il y a des réminiscences avec La Morte amoureuse de Théophile Gauthier.– Quels sont les obsessions qui parcourent tes pièces ?– Je partage avec Alfredo Arias un même amour pour les marginaux, les déplacés. Par exemple les cartoneros, ces pauvres si nombreux qui ramassent papiers et cartons dans les rues de Buenos Aires. J'ai été très impressionné par les prisons où j'ai rendu visite des amis incarcérés. L'horreur de la prison m'a bouleversé. Chez nous elles sont terribles. Une expérience qui a changé mon écriture.– Qui sont les écrivains de théâtre argentins que tu apprécies ?– Notre maître à tous, s'appelle Mauricio Kartun. Un auteur très concerné par les mots et notre Histoire. Il a formé une horde d'auteurs dramatiques. Les auteurs de ma génération, nous sommes tous passés entre ses mains. Parmi eux, je recommande Santiago Loza, Maria Marull, Erika Halvorsen.– Comment vois-tu la crise qui traverse notre époque ?– Nous sommes des gymnastes de la crise. J'ai 46 ans et j'ai vu des révoltes, des tirs contre la foule, des meurtres. Quand je prends de la distance, je regarde l'Argentine avec un sentiment mélangé. C'est un très bon pays, mais il est ravagé par des gouvernements aussi affreux les un que les autres. On ne sait pas comment sortir de ça. J'enrage en entendant tant de faux discours, de mensonges, de corruption. On ne peut pas parler des pauvres en étant excessivement riche. C'est catastrophique.

Le 16 mai 2016 à 14:59
Le 9 mai 2017 à 16:57

Copi fait rire Marilú Marini et Pierre Maillet dans leur loge #1

En conversation avec son metteur en scène Pierre Maillet, Marilú Marini se maquille et se prépare pour jouer La Journée d'une rêveuse (et autres moments...) d'après Copi.   Pierre Maillet — Quand la grande Marilú Marini m’a proposé del’accompagner dans une aventure autour de Copi, qu’elle a connu et qu’elle a beaucoup joué, souvent sous la direction d’Alfredo Arias (notamment l’inoubliable Femme assise, personnage récurrent dessiné par Copi pour la première fois incarnée sur une scène de théâtre),nous avons tout de suite rêvé d’une forme libre comme l’était notre « cher maître ». Copi, moi, je ne l’ai pas connu, mais je l’ai beaucoup joué aussi, avec Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier. Copi, c’est pour Marilú, autant que pour moi, un auteur emblématique, important, un ami qu’on a toujours hâte de retrouver, et de découvrir, encore. J’ai imaginé ce spectacle bien sûr comme un hommage vibrant à l’auteur, acteur, dessinateur et figure emblématique du mouvement homosexuel des années 70, mais je voulais qu’il soit aussi et surtout un hommage à Marilú Marini par le biais de son compatriote et ami. Et j’ai tout de suite pensé à La Journée d’une rêveuse.   Terrain neutre pour elle comme pour moi, inconnu du grand public. Un beau poème théâtral, énigmatique et méconnu, créé par Jorge Lavelli en 68 avec Emmanuelle Riva dans le rôle-titre... Nous avons fait un monologue du personnage central de cette pièce, qu’elle incarne comme un double féminin de Copi acteur (dans Le Frigo ou Loretta Strong : monologues mythiques et délirants qu’il jouait avec une élégance et un détachement rares et inoubliables pour tous ceux qui l’ont vu et entendu). Elle invente sous nos yeux une sorte de Blanche-Neige, plus proche de Brigitte Fontaine que de Walt Disney. Et en miroir avec tout ce matériau poétique et fictionnel, nous traversons le Rio de la Plata, un texte écrit en 1984. Conçu comme la préface d’un roman qu’il n’a pas eu le temps d’écrire, dans lequel Copi parle comme jamais, de lui, de ses origines, de l’Uruguay, de l’Argentine où il était interdit, de l’exil, et de son rapport à l’écriture...

Le 2 novembre 2017 à 17:14

Jean-Michel Ribes : "Réunir la viande et l'esprit"

Echappés de sa pièce Musée Haut, Musée Bas, les personnages-œuvres Sulki et Sulku reviennent au Rond-Point pour de nouvelles conversations culte, ils sont les protagonistes de la dernière pièce de Jean-Michel Ribes. Sulki et Sulku parlent beaucoup... Ils n’agissent jamais ? Jean-Michel Ribes — Parler c’est agir. Ne serait-ce que la langue qui bouge, la mâchoire qui remue, les yeux qui cillent et puis surtout les mots qui, s’ils ne sont pas en mouvement, meurent. Pour moi Sulki et Sulku, ce sont deux personnages source de fantaisie dans la liberté d’un dialogue à la fois aérien, cocasse et surtout surprenant. J’ai écrit ces deux personnages en leur demandant avant tout de me désennuyer, c’est-à-dire de m’emmener ailleurs en me faisant rire.   Ce sont deux figures d’un même rêve ? Sulki et Sulku ne sortent pas d’un rêve, ils sortent de ma pièce Musée Haut, Musée Bas où ils étaient deux œuvres d’art vivantes. J’ai senti qu’ils voulaient continuer leurs discussions comme des enfants qui s’amusent et ne veulent pas arrêter de jouer même quand leurs parents leur demandent d’arrêter et de passer à table. Sulki et Sulku eux continuent de jouer sous la table.   Ils s’affrontent ? Disons que parfois ils se disputent. Comme tous les gens qui se livrent bataille sachant que c’est la meilleure des façons de rester amis. Ils discutent donc se comprennent, ce qui leur permet de s’envoler tous les deux vers des destinations qu’ils jubilent de ne pas connaître.   Peut-il s’agir de la même personne ? Non. Il y a Sulki qui est Sulki et Sulku qui est Sulku, ce n’est ni un monologue coupé en deux ni une seule âme habitant deux personnes.   Ne serait-ce pas un rêve de Dubillard, de Ionesco, ou de Topor ? Ce n’est pas impossible. J’aimerais bien mais pour vous dire vrai ni Dubillard, ni Ionesco, ni Topor ne dorment avec moi et Sulki et Sulku non seulement je les ai rêvés tout seul mais ils m’ont parfois accompagné quand je ne dormais pas. Je les ai souvent sentis près de moi pour me porter secours quand la réalité devenait trop étouffante. Sulki et Sulku sont un peu mon gilet de sauvetage quand vous risquez de vous noyer dans les certitudes des gens qui savent.   Ils parlent du pape, du terrorisme, des intégrismes... Et en même temps ils n’en parlent pas. Ils ont cette capacité magique de discuter de gens connus sans jamais les décrire ou les caricaturer. Ils les réinventent dans d’autres situations, ils les devinent dans des endroits où personne ne les a jamais vus. De qui parlaient Picabia, Desnos, Breton ou Aragon lorsqu’ils racontaient leurs histoires ? De leurs désirs, de leurs caprices, de leurs envies ! Sulki et Sulku sont deux personnages qui ont l’insolence d’être eux-mêmes pour leur plus grand plaisir et le mien.   Ils s’inscrivent dans ton projet de rire de résistance ? Oui... puisqu’ils résistent à la banalité du discours, au consensus de ce qui nous est donné pour beau, pour bien ou mal... Ils imaginent le pape, par exemple, dans un supermarché, et pourquoi pas ? Même si ce pape-là, François, m’a un peu devancé, il a sans doute lu la pièce...   Interview texte Pierre Notte Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

Le 5 septembre 2014 à 08:11

L'école - 2000

C'est Noël tant pis - Journal de bord, carnet de route d'une création #1

> Premier épisode J’ai quitté l’école à leur âge. Ils sont en première et en terminale. Groupe d’option théâtre facultative du Lycée St-Louis St-Clément de Viry-Châtillon. Quatrième année, avec Sylvie Jopeck et Hélène Pavamani, nous menons des projets pédagogiques autour de l’écriture et de la représentation, une école de spectateurs. Ils vont au théâtre, à Paris, aventure compliquée, dix fois par an. À quoi ça sert, où ça nous mène, jouer à représenter le monde sur les plateaux. Comment ça marche, comment ça se fait. On rencontre les artistes avant les représentations, on interroge ce monde-là, ces métiers, où des gens vivants payent très cher des places inconfortables d’où ils regardent des gens vivants faire des tas de trucs et des machins bizarres sur des scènes avec ou sans décor qui racontent ou non des histoires. Qu’est-ce qui fait de ces moments-là des errances, des tortures ou des grâces ? Parfois des moments fondateurs d’actions communes, penser les autres et le monde, les réfléchir et sentir ensemble, partager ce moment-là d’expérience unique d’échange de vivants à vivants autour d’une aventure humaine, une histoire ou une peinture, un fragment du monde pour y voir plus clair, y vivre moins comme des chiens,  prendre le recul nécessaire au travail d’amélioration, y rire aussi mais si c’est pour ces raisons-là. Et tous les pièges à fuir, l’attrait du donneur de leçon, du redresseur de torts, le goût du divertissement à consommer, la séduction diabolique des émotions collectives. On travaille à tout ça, avec Sylvie et Hélène, profs de lettres et d’histoire. On emmène les élèves à Rome et à Capri, quand on travaille sur la représentation au plateau de scènes filmées. On s’intéresse au Mépris de Godard Moravia, alors on part jeter un coup d’œil sur la villa Malaparte à Capri, et on visite Cinecittà grâce à l’intervention de Danièle Heymann. On emmène les élèves à Stockholm quand on s’intéresse au théâtre épique, scandinave, aux parcours initiatiques chez Ibsen, Bergman, Strindberg. On monte notre petit Peer Gynt à nous et une flopée de portraits dramatiques. J’écris pour eux Les couteaux dans le dos, une aventure nordique, qu’ils jouent au Théâtre L’Envol de Viry et au Théâtre de la Bastille. J’écris pour eux des pièces pour qu’ils s’en coltinent un, d’auteur vivant, avec ses doutes, ses machineries, ses accidents et ses erreurs, son travail en cours, son organisation solitaire et sa manie du collectif. J’écris pour eux Pour l’amour de gérard philipe, une autre année. Parce qu’on s’intéresse cette année là à la forme du cirque. Il est toujours question de la famille, ses désastres, ses fêtes, ses rites, ses tueries. On emmène les élèves à Tokyo, parce que la même pièce y est créée simultanément en japonais. Ils présentent leur performance au Théâtre Caï, sous l’impulsion de Masao Tani, producteur, qui m’avait demandé deux ans plus tôt d’écrire une pièce sur son idole, Gérard Philipe. C’est fait, on va au bout des choses, on a de la suite dans les idées. On fonce. Et Marie Notte et moi, deux frangins, nous livrons un récital de chansons autour de la figure du comédien avec Machiko Yanase au piano. La même année. Avec ça, je donne une conférence le jour même de notre arrivée à Tokyo sur Gérard Philipe, l’engagement citoyen, l’acteur star et l’homme de troupe. Les élèves dévastés par le décalage horaire tombent comme des mouches pendant ma conférence. Le spectacle du sommeil de vingt-six gamins français réjouit davantage les tokyoïtes que mon blabla. Mais cette année là, c’est la famille qui est en jeu.  Parce que tous les gamins en ont une et nous aussi. Parce que c’est un premier lieu de sociabilité à tendance belliqueuse. Espace de rites, d’humiliations, de joies parfois, de guerres intestines, de failles et de déracinement forcément, à un moment donné, il faut négocier avec le départ. On travaille là-dessus et sur la figure centrale de la  mère, de la figure maternelle et matriarcale. On la retourne comme une crêpe, on désacralise, on interroge, on enquête, on rassemble les informations, les points de vue, pour comprendre mieux comment ça marche, à quoi ils tiennent, nos effrois, nos peurs et nos tourments. Les élèves écrivent, jeux d’écriture autour de la mère, on chante, on danse, on joue, on déclame, on profère. On se demande aussi ce que cela veut dire, une langue maternelle. On la triture dans tous les sens, on joue avec les armes de la parole sur le plateau, toutes les armes de la représentation, on se forge un autre langage pour dire le monde, l’autre, l’être aimé, la figure qu’on voit mieux avec un peu de distance. La culture pourrait être ça, aussi, ce lien qui fourbit des armes nouvelles du langage et de la parole, qui constitue un moment où ensemble quelque chose se fait contre tous ces temps passés à rester seul à ne rien faire, contre la consommation abrasive, aporétique, anéantissante des produits de consommation culturelle courante qui visent à la décérébration lente des consommateurs isolés et réduits à l’état inoffensif de poupées mécaniques végétales. Pareil sur le plateau, s’il s’agit d’une chose à apprendre, c’est à s’affranchir. Facile à dire. Autour de la mère, on s’empare des textes écrits, extraits, fragments, chez les vivants, Grumberg, Minyana, Renaude, Kribus, Aubert. Et des chansons, des films, des poèmes. On étudie les langues et les manières de les porter. J’écris à nouveau pour eux, les élèves, une pièce courte pour le groupe des terminales. Pour eux, avec eux, comme ils sont, à quoi ils ressemblent, comment ils jouent. Ils sont une dizaine, ils vont passer l’option facultative du bac avec ça, ce petit machin là, ce bout du truc écrit pour eux autour de la figure matriarcale et des liens familiaux, ces catastrophes humaines qui tiennent à un oui, un non, un fil. Dans cette promotion, les élèves de terminales sont une vingtaine, j’écris pour eux huit rôles dédoublés. Le père et la mère, anciens petits patrons d’une sorte de fabrique de moules à tarte d’une toute petite ville de province, Nathan, frère aîné condescendant, Tonio et Geneviève, couple hétéro vaguement plouc, Zoé et Lola, couple de lesbiennes, un médecin et une grand-mère. Chaque figure a son double qui le commente, l’observe, le juge, l’analyse, le condamne ou l’absout, et comment le tout. Chacun des commentateurs s’en prend aux autres, et en miroir à la fête de famille s’organise aussi une petite guerre sociale des commentateurs, être supérieurs et pathétiques, chacun son tour. Tout le monde s’y met, ça dégénère, ça se déglingue, c’est très compliqué mais assez rigolo. Les personnages portent les prénoms ou les diminutifs de certains des élèves, ou des dérivés. Nathan, Tonio, Lola, Zoé, Et d’autres. Je réunis alors autour de la grand-mère mourante quelques monstres que la peur, le rassemblement, le deuil à faire et la panique révèlent, dévoilent, dénoncent. Ils s’illustrent tous, chacun, dans leur horreur et dans leur projet de rassemblement réconciliateur pour finir, leur misère aussi. Les miennes, toujours. J’avoue. J’écris la réunion familiale d’individus dont les secrets implosent. C’est une pièce de quinze minutes, et c’est l’avant-dernière scène de la pièce C’est Noël tant pis, scène appelée aujourd’hui « déflagration dramaturgique ». C’est par là que cela commence. La scène est jouée à Viry et à la Bastille, les élèves la présentent au Bac. La scène rassemble une dizaine de figures familiales qui se réunissent, s’entredéchirent, et commentent les ravages faits ou observés, jouer de l’action, sans distance, l’incarner absolument, et en sortir, tout le temps, s’en détacher l’interroger, la dépeindre et l’analyser. C’est rigolo et vachement périlleux, ces allers-retours. On y arrive, les élèves sont épatants. La scène alors s’intitule Ma mère pour en finir avec, parce que je me débrouille toujours pas mal avec les titres. Depuis la représentation, par les élèves, de leurs écrits, des extraits des pièces des autres et de la mienne, j’ai entrepris de mettre en place une politique définitive de conciliation avec la mienne, de mère. Arrêter un peu de la faire chier, de lui faire payer tant et tout, l’accuser de la pluie et du froid qu’il fait. L’éprouver, la torturer pour voir jusqu’où tient son amour, et apprendre à supporter l’idée de sa disparition, long boulot. La scène nous fait jouer à ça, aussi, aux petites leçons d’anatomies des sentiments. Et à l’école, ce que j’aurais fait de mieux, et qui va devenir C’est noël tant pis, c’est peut-être ce petit machin là, mais c’est assurément ce temps passé avec Sylvie et Hélène et leurs élèves, sur treize ans d’action culturelle, concrète, tangible, d’aventure d’une option théâtre intensive pendant laquelle l’écriture et le travail au plateau, le geste artistique, ont pris un sens matériel définitif. Notre option aura été une entreprise de bâtisseurs. Du vent peut-être, mais dans le désert c’est mieux avec que sans. Du vent utile, qui vaut toujours mieux qu’un vieux prout. Et puisque rien ne sert à rien, autant faire ça ensemble, que rien tout seul. 

Le 5 mars 2013 à 16:05

¡Viva Jerónimo Savary!

Sur la photo Jérôme  Savary couché à gauche  aux pieds de Copi ; Topor  derrière le peintre Antonio Saura (sans cheveux);  je porte une  veste rouge et j'ai  à ma droite  Guy Hocquenghem. Hilda d'Haubetière ,  Maud , Lis, et Lys Grandvel sont autour de nous. Savary vient de s’occulter. Il y a presque un demi-siècle, il avait surgi de nulle part. Rien d’étonnant s’il a fini ses jours sans que ses amis s'en aperçoivent. Il faisait partie  d'un univers où nous ne savons pas rester silencieux. Dans un monde d’histoires drôles de jacuzzi pour la Joconde. Il a abordé le théâtre, pour la première fois, avec mes pièces.  Il les a accompagnées  ou montées. Mission confuse qu’il a accomplie confusément  avec génie. En remportant des  succès... absurdes. Quand les larmes ont un goût de whisky-new-god. Il a donc commencé sa vie « spectaculaire » par mon "Labyrinthe". Lequel a été immédiatement et confusément  qualifié de « théâtre de l’absurde ». Il l'a « défendu ». Je dirais plutôt qu’il a brillé, malgré lui, par son talent. En réalité plus que brillé, il a tout caché dans un tohu-bohu des origines.  Avec  l’espérance araméenne de Paul Gauguin. C’était un vrai plaisir de le voir faire du théâtre. Il était capable, dans ses bons jours, de citer Mao ou Tarzan . Mais il restait imperturbable. Et, enfin disert, il pouvait opiner d’un bbrr dans son néo-espagnol. Mais tout ce qu’il touchait devenait un succès. Et parfois même  financièrement. Madame Roubéjanski pouvait jouer tous les soirs au casino l’argent qu’elle gagnait grâce à lui; ou des célèbre comédiens  leurs pourcentages en prostituées de luxe et en trios dans la « città di sole ». Depuis  « Les deux bourreaux » et grâce à sa lucidité,  mes pièces sont l’objet d’une constante attention. Mieux encore : il a fait de mon « Labyrinthe» un spectacle « culte ». Il est parvenu à créer mes pièces à Paris et « dans le monde entier ». Disposait-il d’une troisième main  comme Cervantès ? Parfois je me suis trouvé à Londres en même temps que lui. Inoubliable mon – non: “son” – « Labyrinthe »  dans sa mise en scène . Ou à São Paulo  pour “ma” « Communion solennelle »  éblouissante. Il savait hurler, au-delà des frontières, avec la même dextérité polyglotte quand bâille l’immortalité. Puis je me suis éloigné de lui par le passage zébré. Sans m’en rendre compte, en fakir avale-boeings. Est-ce que je me sens trop « anar »  pour coudoyer ceux qui triomphent? J’ai appris qu’à (très) juste titre, il était devenu une sorte de Directeur d'Opéra. Normal. J’ai su qu’il dirigeait avec le même succès des théâtres à dorures. Plus normal encore, avec des lunes de Kabuki. Soudain et sans savoir pourquoi il y a quelques jours nous nous sommes vus. Il souhaitait me voir enseigner les échecs à sa fille. Son adorable fille. Pour courir vers le passé; plus vite! J’ai dû lui avouer que, bien que depuis un demi-siècle je me trouve toujours devant « mon éternelle partie d’échecs » (Breton “dixit”; et  ajoutait-il, comme un blâme de plus, « avec Marcel Duchamp»), ce jeu est l’une de mes frustrations. J’ai autant de chances de battre sur l'échiquier  l’adolescente chinoise Hou Yifan que Tyson sur un ring. La  douleur nous fait chanceler, après la mort de l’ami. Moi aussi je voudrais croire que, entre la vie et la mort, le ciel et la terre, il y a un pont tricolore que l’on nomme arc-en-ciel. ¡Viva Jerónimo Savary!

Le 6 mars 2013 à 15:48

Alfredo Arias

Cabinet de curiosité - Pour les pédants on a du matériel

Une émission France CultureChaque mois, un écrivain vous ouvre les portes de sa bibliothèque insolite. Guidé par sa fantaisie, il propose des textes cocasses, impertinents, drolatiques ou bizarres, une littérature savoureuse et décapante, que des comédiens viendront interpréter en public.Alfredo Arias Avec Alfredo Arias, Georges Claisse, Michel Fau, Catherine Salviat"La misère, la pauvreté, l’exploitation ne datent pas d’aujourd’hui dans notre pays. Les grands auteurs, poètes ou pamphlétaires pour les dénoncer avec férocité non plus. Pour débiner l’hypocrisie des bourgeois, des patrons et des politicards, Jehan Rictus ou Emile Pouget – avec son Almanach du Père Peinard - n’ont jamais manqué de verve ni de panache. Imperméables à toute forme d’autorité, indifférents aux oreilles sensibles, ils s’expriment dans un argot fruité et corrosif, un pur joyau de la langue populaire française, une écriture insolente, bourrée d’humour et de colère. Qui donne envie de tout fracasser pour être libre. Attention aux éclaboussures m’sieurs dames!" De Copi à Alfredo Manguel, en passant par Roberto Arlt, Alan Pauls, Hector Bianciotti ou Silvina Ocampo, les lectures argentines d’Alfredo Arias. Emission coproduite par France Culture et le Théâtre du Rond-Point sur une idée originale de Jean-Michel Ribes. Enregistrée le 4 avril 2011 au Théâtre du Rond-Point Durée : 58:23

Le 22 avril 2015 à 09:23

Rodrigo García : "Le Net c'est vertigineux et souvent superficiel"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 3e épisode : le Net. "Pour moi, Internet est un outil de travail magnifique. Par exemple quand je lis un livre et que l'auteur cite un autre auteur qui cite lui-même un auteur, avant, il fallait que j'aille à la librairie, que je me déplace, que j'achète le livre, que je le commande, maintenant je peux savoir rapidement qui est l'auteur. Chacun utilise Internet pour ce qu'il veut. Avant, les gens devaient se déplacer au cinéma porno pour se masturber, maintenant, ils peuvent se masturber à la maison et c'est un avantage parce que les gens peuvent se masturber à la maison et évacuer leurs tensions sans aller au cinéma porno en supportant l'humiliation d'être vus par d'autres gens. Pour la recherche, c'est aussi très intéressant mais il faut faire attention parce que les informations ne sont pas toujours authentiques et elles ne sont pas toujours complètes alors même si j'aime beaucoup aller d'un auteur à un autre, naviguer sur le réseau, je préfère de loin aller dans une bibliothèque, prendre les livres et y consacrer du temps parce que le temps en ligne est un temps vertigineux, très rapide. C'est agréable de prendre le livre, de l'ouvrir, chercher la page et je pense que ça prédispose à une meilleure lecture et à une meilleure compréhension. De l'autre manière, c'est vertigineux et souvent superficiel." Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

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