André Dussollier

Télérama Dialogue

Cinquième édition de notre rencontre événement annuelle au Théâtre du Rond-Point ! Cinquième journée folle, où de 10h à 22h viendront 36 artistes, intellectuels, chercheurs en tout genre et de tous âge, répondre aux questions des journalistes de Télérama qui les ont choisis depuis des mois avec gourmandise, passion et audace. Depuis septembre 2013, ont en effet été accueillis dans l’antre amicale et complice de Jean-Michel Ribes – soit les quatre salles du Rond-Point ! – des dizaines de créateurs singuliers et magnifiques, désireux de partager avec notre rédaction – et le public qui pourra aussi les interroger – leurs parcours, leurs expériences artistiques et intellectuelles. Belle aventure à vivre ensemble que ces paroles des meilleurs témoins de notre temps. Ceux qui savent peut-être mieux le saisir, le goûter, le décrypter, en cinéastes, écrivains, plasticiens, comédiens, hommes et femmes d’idées, de théâtre, de musique, de danse, de mode, de médias, de gastronomie qu’ils sont à merveille… Autant de rares moments de curiosité et d’intelligence que nous serons tous heureux une fois encore de vivre avec vous.
Fabienne Pascaud, directrice de la rédaction de Télérama

Entretien avec Fabienne Pascaud
Enregistré le lundi 25 septembre 2017 dans la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point
Durée 58:23



Marier l'appétit culturel de Télérama à l'audace impertinente du Théâtre du Rond-Point lors de soirées préparées en commun. Autour d'un artiste phare ou d'un thème provocateur, il s'agit gaiement de torpiller et reconstruire le monde ensemble. Avec légèreté et gravité. Sans trop d'esprit de sérieux. 

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Le 2 octobre 2013 à 03:40

Télérama Dialogue : François Chatillon

Les Rencontres Télérama

Avec François Chatillon Entretien : Luc Le Chatelier "Il est architecte en chef des monuments historiques. Voilà un titre qui vous pose un bonhomme. Ils sont moins de quarante en France à être, comme lui, habilités à intervenir sur les 16 000 bâtiments classés et 28 000 inscrit à l’inventaire. Sauf que François Chatillon, contrairement à beaucoup de ses confrères, ne se contente pas de soigner (très bien) les vieilles pierres et lambris dorés des églises et châteaux de son secteur de Champagne-Ardenne. Son vrai dada, c’est le XXe siècle et son béton mal-aimé qui cloque, s’effrite et vieillit mal. « Qui vieillit d’autant plus mal s’il perd son sens et sa vocation initiale », insiste l’En Chef, comme on dit sur les chantiers des monuments historiques. A Reims, les superbes Halles Centrales du Boulingrin (Freyssinet, 1927) que Châtillon a rendues l’année dernière après vingt ans d’abandon, ne se sont pas transformées en musée ou institution culturelle, elles sont redevenues ce pour quoi elles avaient été construites : un marché couvert. A Paris, la Cité du Refuge (Le Corbusier, 1934) qu’il rénove actuellement de fond en comble – et avec tout le confort moderne – conservera elle aussi sa mission d’accueil des plus pauvres. Quitte à dévier de l’orthodoxie française en matière de conservation du patrimoine qui veut que l’on retrouve l’état exact du bâti à son moment le plus « authentique »... D’ailleurs, on le verra au théâtre du Rond-Point, le 23 septembre : François Chatillon a un rapport très joyeux et décomplexé à son honorable métier, et pourfend avec allégresse les sentiments troubles que nous entretenons trop souvent avec le passé, entre nostalgie, remords et culpabilité..." Durée : 00:51:55 Enregistré le 23 septembre 2013 dans la salle Vauthier du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec France Inter et la MGEN.

Le 2 octobre 2013 à 04:10
Le 2 octobre 2013 à 04:00

Télérama Dialogue : Vincent Macaigne

Les Rencontres Télérama

Avec Vincent Macaigne Entretien : Emmanuel Tellier "C’est un inclassable comme on les aime. Pire (mieux !) : un incorrigible brouilleur de pistes, un agitateur de formes, de sons, de sens et de scènes – de théâtre comme de films. Vincent Macaigne, né en 1978, ne tient pas en place. Sans doute parce qu’il ne connaît pas la sienne, et pourvu que ça dure, dans un pays où l’on raffole des cases, des étiquettes. Sa liberté est grande, sa jeunesse pleine d’énergie, sa rébellion permanente. S’installer pour de bon dans le fauteuil du metteur en scène en vogue ? Son cv l’y autoriserait sans doute, mais le voilà déjà reparti devant ou derrière les caméras (on le verra beaucoup au cinéma prochainement). Depuis le succès de la comédie La Fille du 14 juillet, son visage s’est fait un nom : le voici chouchou de toute une génération de cinéphiles trentenaires (et un peu plus) séduits par sa subtile déglingue, son art du pas de côté faussement nonchalant, sa façon de jouer sans jouer. Est-il touché par cette popularité décuplée ? On lui posera la question, et beaucoup d'autres... Précision d’importance : je ne suis ni critique de théâtre ni critique de cinéma. Ça n’empêche en rien un intérêt majeur pour le parcours hors normes de ce garçon attachant, par ailleurs doté d’un verbe, d’un geste, qui ne connaissent pas la langue de bois. " Durée : 00:51:49 Enregistré le 23 septembre 2013 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec France Inter et la MGEN.

Le 29 juin 2015 à 13:12

Xavier Gallais : Entrer en scène comme un animal

#1

La presse a été dithyrambique sur l'apparition "animale" du comédien Xavier Gallais dans la pièce d'Edward Albee La Maison et le zoo, traduite par Jean-Marie Besset et mise en scène par Gilbert Desveaux : "Homme animal", "Félin, loup, prince, clochard", "présence animale inouïe", "Sommes-nous tous des animaux ?", "L'homme, animal échappé du zoo", "prédateur", "l'animal qui est en nous"... On dit qu'aucun comédien ne peut rivaliser avec l'assiette incroyable qu'aura un animal en scène. Cet applomb d'évidence et cette liberté proche de la bestiole, comment s'y est-il pris pour l'avoir ? Comment fait-il ça ? Autant poser la question à l'intéressé. 1ère partie : l'entrée en scène. Xavier Gallais : "Je ne sais pas si je maîtrise tout, mais c'était évidemment une des idées de départ : il fallait qu'on voie que c'était à la fois un homme et à la fois un homme échappé du zoo — un animal. Mon désir était que d'entrée de jeu on sente qu'avec son arrivée tous les codes de théâtre qu'on avait eu au début de la pièce allaient être changés. L'animalité au théâtre, liée à cette pièce, vient comme un contre de ce qui pourrait être domestiqué. J'essaie d'analyser quels sont les signes théâtraux de la domestication. Comment un acteur est domestiqué et quels en sont les signes, favorables ou défavorables, et comment les contourner.  Moi j'aime bien travailler sur des contraintes, c'est là que je trouve ma liberté. Pour trouver une forme d'animalité, il me faut établir quelle est la normalité civilisée de l'acteur : parler de manière audible, frontale, ne pas montrer son dos, tenter de cacher ses failles, avoir un jeu entier, je pense que ce sont les signes de l'acteur domestiqué, que je devrais montrer si mon personnage le demandait. Donc ici c'est le contraire : ne pas arriver beau, montrable, mais sale, creusé, sans pouvoir cacher l'état de chaos dans lequel je suis à l'intérieur, par le maquillage, la sueur, l'essoufflement... je commence comme ça..."

Le 1 avril 2010

12 stations d'acteur avant son entrée en scène

Pièce brève de Pierre Notte

1.  Pipi Pipi Est-ce que j’ai fait pipi (je n’ai pas fait pipi) j’ai fait pipi J’ai fait pipi J’ai fait pipi trois fois J’ai fait pipi trois fois en trois heures Ça brûle – ça brûle quand même – ça brûle et ça pique et ça monte Trois fois j’y suis allé (aux cabinets)  J’y suis allé trois fois (allé, c’est ça)  mais qu’est-ce que j’y ai fait ? Qu’est-ce que j’y suis allé faire - est-ce que j’ai fait pipi est-ce que j’ai seulement fait pipi ?  Je me suis assis  Je me suis d’abord déshabillé – déshabillé en partie et je me suis assis  (pantalons baissés, caleçon baissé, les coudes sur les genoux, le regard dans le vague, dans le vide)  J’y suis allé trois fois mais qu’est-ce que j’y ai fait  mais est-ce que j’ai fait pipi est-ce que j’ai fait autre chose que regarder dans le vague dans le vide en oubliant pourquoi j’étais là (ce que j’étais venu faire là – pipi caca etcetera)  2.  il y en a – c’est arrivé c’est forcément arrivé – il y en a eu des comédiens sur le plateau des comédiens en scène (des comédiennes en scène)  des acteurs qui se mettent à vouloir faire pipi des comédiens au cœur de l’action dramatique et du plateau  et devant le public et face à leur partenaire et sous les lumières et dans le décor qui se mettent à vouloir faire pipi – a en avoir envie (terriblement envie) des comédiennes en scène et en jeu – au cœur de l’action et de leur scène dévorés assiégés assaillis par une envie brûlante (ça brûle merde) de faire pipi  (un besoin urgent pressant – merde ça presse – de faire pipi) cela a dû arriver – cela est forcément arrivé qu’un comédien (une comédienne) en scène et en jeu se trouve pris (prise) de l'envie de faire pipi  cela a bien dû arriver à quelqu’un  il faut que j’y retourne  il faut que j’aille faire pipi  je dois y retourner – je devrais y retourner je ne peux pas y retourner – je n'y retourne pas je veux y aller – je dois y aller – je ne peux pas y aller ils vont m’appeler c'est mon tour, c'est mon nom qu'ils vont appeler  est-ce que je vais rater mon entrée (je ne raterai pas mon entrée)je préfère encore me pisser dessus que de rater mon entrée  3. quand est-ce que j'y suis allé – parce que j’y suis allé (aux cabinets) j’y suis allé mais je ne sais plus (incapable de savoir) ce que j’y ai fait non mais quand mêmej'y suis allé et je ne sais pas ce que j'y ai fait  le théâtre c’est ça – tout à fait ça (et tout le temps ça)  faire ce qu’on fait mais sans le faire être là mais sans être là  oublier tout le temps ce qu’on est venu faire là (du théâtre)  et tout faire (faire tout) mais oublier ce qu’on est venu faire là (du théâtre)  et tout faire (sauf du théâtre)  le pipi – c’est pareil j’y vais, j’y suis, mais je ne sais plus ce que j’y fait (caca pipi pareil) j’y suis mais je ne sais plus que j’y suis ni ce que j’y fais La grâce au théâtre c’est quand le théâtre finit par s’ignorer  (être spectateur – pareil – la grâce ce serait oublier qu’on est spectateur)  mais qu’est-ce que je raconte (est-ce que j’ai envie de faire pipi) Est-ce que j’ai fait pipi  Est-ce que j’ai encore le temps de faire pipi – d’aller faire pipi  est-ce que je suis seulement en état d’aller faire pipi  je ne suis pas du tout en état d'aller faire pipi (je ne bouge pas d'ici)  4.  je n’ai pas du tout envie de faire pipi j’ai envie d’aller aux toilettes pour m’éloigner des loges j’ai envie de m’éloigner des loges pour m’éloigner des coulisses m’éloigner des coulisses pour m’éloigner du plateau m’éloigner du plateau pour m’éloigner de la salle m'éloigner de la salle pour m'éloigner de la représentation m’éloigner de la représentation pour m’éloigner de ma frousse m’éloigner de ma frousse qui me donne envie de vomir j’ai envie de vomir j’ai envie de vomir  je vais vomir  il faut que j’aille aux toilettes il faut que j’aille vomir aux toilettes ce sera la quatrième fois la quatrième fois aujourd'hui je cours (traverse les loges pour aller aux toilettes vomir tout ce que j'ai à vomir) la quatrième fois que je cours aux toilettes pour aller vomir je n’ai plus rien à vomir (j’ai tout vomi jusqu’à la moindre chips) je ne vomis pas – je ne vais pas vomir je me tiens je me maintiens je me contiens je contiens le vomi à l’intérieur je garde tout entier serré resserré raffermi (c’est du solide) je ne raterai pas mon entrée  il n’est pas question que je rate mon entrée je reste là jusqu'à ce qu'on m'appelle (on va m'appeler d'un instant à l'autre) il n'est pas question queje rate mon entrée  5. ça brûle ça pique ça monte ça grouille ça bouillonne et ça gargouille c'est un puits de pétrole au-dedans un geyser à l'intérieur (du coccyx au larynx ça boue là-dedans)une mine de boue et de gadoue humaine une semaine de craquers de corn flakes et de café  en bouillie chaude portée à une sorte d'ébullition tiède  c'est bien simple si je me lève c'est bien simple oh là là la catastrophe si je me lève tout tombe tout lâche tout coulele corps le ventre les intestins l'estomac tout dit ciao ciao bye bye et à bientôt tout le monde dehors (et par ici la sortie) le théâtre c'est pareil – jouer danser incarner interpréter c'est pareil tout tenir tout retenir et contenir les déchets les rejets les trucs et les machins mâchés mâchouillés avalés digérés broyés jouer c'est tenir – contenir – retenir on va m'appelercela va être à moi – à moi de me lever – d'y aller d'aller jouer les grands hommes d'intérieur avec mon petit jeu tout intériorisé et c'est tout le reste qui va partir sortir (hop là) à l'extérieur toute – raous   une semaine de corn flakes et de choucroute tant pis je m'en fous je vais me chier dessus et je m'en fous je ne vais pas rater mon entrée sous prétexte que tout me pousse vers la sortie  6.  m'allonger je vais lever mon vieux cul de ma vieille chaise et m'allonger (hop là debout et couché niniche panier le vieux corps à pépé) je me lève de ma chaise et je m'allonge je ne vais pas laisser mon corps me dicter sa loi de corps je ne vais pas me laisser dicter ma conduite et mes mouvements par un corps qui n'appartient qu'à moi (non mais tout de même) je vais répondre de mon corps je peux encore répondre de mon corpsje ne vais pas me laisser emmerder (pipi caca panique etcetera) par un corps dont je suis le seul (que je sache) à habiter (à nourrir à laver à entretenir à porter à supporter à soigner à chérir - à habiter quoi) ce n'est pas toi sac de vieille peau de vieille chair de vieux muscles qui va me dicter mes faits et mes gestes (non mais) je prends le dessus et je m'allonge je m'allonge et je me fais cinquante abdos  cinquante abdos ça va te calmer tout de suite mon bonhomme non mais alors ça  ça qui est mon métier  mon métier exactement (répondre de son corps, maîtriser la bête, et la voix et les airs et les mouvements dans l'air et en faire quoi - quoi faire du corps - ça c'est mon métier) mon métier exactement (comme danseur acrobate artisan du cirque ou nageur coureur tennisman) acteur si moi (moi) je ne contrôle plus – perds tout contrôle – sur le corps  si moi acteur je ne maîtrise plus – c'est que le métier n'est pas rentré (est-ce que le métier n'est pas rentré ?) Le métier est rentré et je vais te le prouver mon petit bonhomme rien ne sort d'ici ni moi ni caca ni pipi tant que je ne l'ai ni décidé ni choisi ni dit rien ne sort d'ici (pas question que je rate mon entrée)7.cinquante abdos cinquante pour commencerje m’allongebras derrière la têtemains croisées dans le couje lève – relève la tête menton bien droit – soulève le toutet la tête et les épaules et le cou et le torse et les ventrecinquante abdos et j’expulse d’un coup les vielles peursles vieux prouts des vieilles soupes de vieilles frousses intérieuresje presse je compresse et je lâche et hopdehors les vieux pets de l’estomac noué par la poisse et la trouillevents secs ou foireux je m’en fous après tout j’expulse je purge j’extirpe hop hop hop je libère les sols occupés par l’ennemi (la peur, l’anxiété et l’angoisse)8. le théâtre c’est bien ça (ce n’est que ça mais c’est bien ça)purger expurger vider le bouc de son sang moisi vidanger les corps des sacs de pus crever l’abcès (percer le bouton d’acné)là pareil (je connais mon métier) je m’allonge je coince mes pieds sous le dessous de la banquette et je me lève, me relève, le dos ne touche pas le sol, je presse et compresse mes abdosje contracte et tout le vieux monde des vieilles peurs dehors (je connais mon métier et je peux dire que j’en ai – du métier)mon métier (et je peux dire qu’il est rentré) c’est faire sortir (tout sortir)expulser – pousser dehors – repousser au-dehorset c’est par là que ça va commencer (par les bulles d’air de l’estomac comme les démons de la cité)8.ah non pas ça – pas çaoh non oh non pas çaje vais péter la couture de mon pantalonje vais faire exploser les coutures et les doublures (et déchirer le tissu de pantalon de costume cousu sur mesure)je déforme le costume (tu me déformes mon costume à gonfler comme ça)cela se voit (on ne voit que ça – on ne va voir que ça – ils ne vont voir que ça – le gonflement soudain – l’énormité gonflée à bloc un zeppelin dans la culotte)mais comment est-ce possiblecomment est-ce seulement possiblene plus répondre à ce point de son corpsn’en plus maîtriser le centre exact, le nœud central, la pompe à sang qui soudain se met à gonflerse durcit comme un ballon de rugby (ils ne vont pas y croire – personne ne va y croire – ils vont penser que c’est un accessoire – personne ne pourra ne voudra croire que j’entre en scène dans cet état)Le théâtre c’est ça exactement ça tout le temps (ce qui est vrai fait faux ce qui est faux fait vrai) là c’est tellement vrai (tellement vrai de vrai mais vrai jusqu’à l’obscénité) 9.Tellement vrai qu’ils diront (je les vois, je les entends d’ici – mais qu’est-ce que tu es allé mettre – quoi et pourquoi – un truc dans ton pantalon)je ne vais pas – je ne peux pas comme ça tout dur tout raide et tout tendu entrer – faire mon entrée (calme toi papa respire contrôle pense à autre chose)pense à autre chose pense à autre chose (autre chose)quelque chose qui fait que tout reprend sa taille normale (sa taille d’avant l’énervement, d’avant l’émerveillement, d’avant l’excitation, d’avant le rêve américain)pense aux subventions – pense aux subventionJe les vois – les entends d’icipas la peine de mettre un faux truc dans un costume de scène pour signifier le désirpas la peine de mettre du sang vrai ou faux pour signifier la violencepas la peine de se donner des coups pour signifier qu’on se fait du malpas la peine de boire du vrai thé pour signifier qu’on boit du théqu’on boit du vin pour signifier qu’on boit du vinou du whisky pour du whisky pas la peine de boire jusqu’à la saoulerie pour signifier qu’on est ivre mortpas la peine d’être mort pour signifier qu’on est mort10.pas la peine de faire tomber de la pluie pour signifier qu’il pleutpas la peine de faire geler de l’eau pour signifier qu’il neige pas la peine de mettre un faux truc (truc c’est le mot comme on dit « truc » de comédien) pour signifier la ferveur la force et la puissance d’un désir incontrôlablec’est ça le théâtre exactement tout le tempsquand c’est vrai c’est improbable quand c’est seulement probable c’est déjà vraiquand c’est faux c’est probableet quand c’est improbable c’est enfin vrai  exactement ça – le théâtre et son effet de miroir (et moi c’est passer de l’autre côté qui me fait tout bousiller à l’intérieur et le pipi et le caca et les airs et le bouillonnement de l’estomac et le sang qui monte à la tête et tout en bas et me redresse et me durcit le truc comme le poing d’un militant communiste)Pense à autre chose et calme-moi (pas question d’entrer en scène dans cet état)pense aux abonnésOn voudrait vivre tout ce qu’on dit qu’on y vit La scène – on voudrait y vivre tout ce qu’on dit qu’on y vit et s’en aller (disparaître et recommencer – le lendemain, recommencer)Le sexe, l’amour, le vin, le meurtre, les drogues, la souffrance, la vengeance, le pouvoir, le savoir, le diable, les anges, les bonheurs, les riens, le tout, Dieu et les hommes, les femmes et les trolls, les métamorphoses, les crânes, les corps qui flambent, les phrases qui fusent et les samovars qui fumentTout y vivreInnocemment, impunément, absolument S’en aller et recommencer11.Mourir aimer assassiner venger détruire souffrir saisir et hop disparaître et recommencerMais qu’est-ce que je fais làMais qu’est-ce que je fais et de quoi exactement est-ce que j’ai tellement peur (qu’est-ce que c’est que ça – cette peur, cette frousse, ce froid, et le pipi, le caca, les airs de l’estomac et le machin tout dur – mais qu’est-ce que c’est que ça)Tout ce que je dis ce n’est pas moi qui le disTout ce que je fais ce n’est pas moi qui le faisTout ce que je pense ce n’est pas moi qui le penseJe ne bouge pas – j’exécute le mouvement dessinéJe ne parle pas – je fais entendre la parole donnée Et même mon corps ce n’est plus mon corps (costume, postiche etcetera) Et même ma peau ce n’est pas ma peau (fond de teint, poudres, lentilles et maquillage)Le moindre sabre c’est du plastiqueLa moindre épée le moindre couteau le moindre ciseau (plastique polyester caoutchouc)Le moindre cri est un faux bruit – le moindre mot est écrit, déjà ditMais de quoi est-ce que j’ai peur 12.Mais de quoi exactementmais de quoi est-ce que je peux bien encore avoir peur (je ne m’expose pas je ne fais que passer)ce n’est pas moi qui parlece n’est pas moi qui bougece n’est pas moi qui pense qui agis ou qui danseJe ne fais que passer (et les mots et les gestes et les idées) moi je n’ai rien Rien d’autre à faire – que ça à faire (passer)Est-ce que c’est pour cela que ça ne passe pas (à l’intérieur – tout part en vrille)Est-ce que c’est pour cela que ça ne passe plus (que je me retrouve comme traversé de part en part par tout ce qui bouille bouillonne de liquides intérieurs)Mais cela passe – cela passe et c’est passé Enfin passéJe vais y passer (comme on passe par la fenêtre)C’est à moi d’y passer et c’est passé (plus de peur plus de froid plus d’effroi c’est fini terminé)C’est passé (je suis là, assis, vivant, je suis vivant et je le sais)Je suis vivant, je le sais, je suis prêt enfin prêtPrêt à tout – à tout vivre et à mourir ce soir - et pour demain recommencerNoir.(Une version de ce texte a été interprétée par Olivier Dutilloy lors de la présentation de saison 2010-2011 du CDN de Montluçon, le Festin,  sous la direction d'Anne-Laure Liégeois.)

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