Les bonus de la saison
Publié le 20/10/2017

Jean-Philippe Toussaint et le personnage au XXIe siècle


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L'écrivain Jean-Philippe Toussaint est pour deux soirs sur la grande scène du Rond-Point avec M.M.M.M. (Marie Madeleine Marguerite de Montalte), un spectacle qu'il a conçu avec le musicien Alexandre Rochon et le Delano Orchestra. En lecture, musique, vidéos il vous propulse au cœur d'une saga qui ne ressemble à aucune autre saga — sauf qu'on y atterrit au Japon et y explore la Chine. Et nous invite à traverser à la vitesse d'une soirée de théâtre sa tétralogie déployant en quatre romans l'amour entre un narrateur et une grande styliste internationale (Faire l'amour; Fuir; La Vérité sur Marie et Nue).
Mais quel besoin a eu Toussaint de grimper sur les planches ? La même nécessité que lorsqu'il tourne un film, une vidéo expérimentale, photographie Tokyo ou les mégapoles chinoises, monte une exposition pour le Louvre : il y déploie son regard sur le monde du XXIe siècle autant que lorsqu'il écrit, nous ouvrant ainsi dans son atelier.
Propos recuillis par Jean-Daniel Magnin
Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Jean-Philippe Toussaint

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Le 9 mai 2017 à 16:57

Copi fait rire Marilú Marini et Pierre Maillet dans leur loge #1

En conversation avec son metteur en scène Pierre Maillet, Marilú Marini se maquille et se prépare pour jouer La Journée d'une rêveuse (et autres moments...) d'après Copi.   Pierre Maillet — Quand la grande Marilú Marini m’a proposé del’accompagner dans une aventure autour de Copi, qu’elle a connu et qu’elle a beaucoup joué, souvent sous la direction d’Alfredo Arias (notamment l’inoubliable Femme assise, personnage récurrent dessiné par Copi pour la première fois incarnée sur une scène de théâtre),nous avons tout de suite rêvé d’une forme libre comme l’était notre « cher maître ». Copi, moi, je ne l’ai pas connu, mais je l’ai beaucoup joué aussi, avec Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier. Copi, c’est pour Marilú, autant que pour moi, un auteur emblématique, important, un ami qu’on a toujours hâte de retrouver, et de découvrir, encore. J’ai imaginé ce spectacle bien sûr comme un hommage vibrant à l’auteur, acteur, dessinateur et figure emblématique du mouvement homosexuel des années 70, mais je voulais qu’il soit aussi et surtout un hommage à Marilú Marini par le biais de son compatriote et ami. Et j’ai tout de suite pensé à La Journée d’une rêveuse.   Terrain neutre pour elle comme pour moi, inconnu du grand public. Un beau poème théâtral, énigmatique et méconnu, créé par Jorge Lavelli en 68 avec Emmanuelle Riva dans le rôle-titre... Nous avons fait un monologue du personnage central de cette pièce, qu’elle incarne comme un double féminin de Copi acteur (dans Le Frigo ou Loretta Strong : monologues mythiques et délirants qu’il jouait avec une élégance et un détachement rares et inoubliables pour tous ceux qui l’ont vu et entendu). Elle invente sous nos yeux une sorte de Blanche-Neige, plus proche de Brigitte Fontaine que de Walt Disney. Et en miroir avec tout ce matériau poétique et fictionnel, nous traversons le Rio de la Plata, un texte écrit en 1984. Conçu comme la préface d’un roman qu’il n’a pas eu le temps d’écrire, dans lequel Copi parle comme jamais, de lui, de ses origines, de l’Uruguay, de l’Argentine où il était interdit, de l’exil, et de son rapport à l’écriture...

Le 22 mars 2017 à 12:19

Gérald Garutti : théâtre diurne ou théâtre nocturne ?

Avec Petit éloge de la nuit, le metteur en scène Gérald Garutti s’inspire de ses nuits au cœur de Londres où il crée ses spectacles – Shakespeare, Dostoïevski, Edgar Poe. A partir du texte d'Ingrid Astier, il construit un écrin à l’acteur Pierre Richard et montre une autre face de ce Pierrot lunaire. Théâtre du Rond-Point — Qu’est-ce qui vous touche dans ce texte ? S’agit-il d’un poème ? D’un conte ? D’une évocation philosophique ?Gérald Garutti —Le texte d’Ingrid Astier se compose de savoureux fragments d’un discours nocturne, allant d’Abyssalà Zoomen passant par Ciel; Appel de la nuit; Armée des ombres; Feu d’artifices... L’écriture en est somptueusement ouvragée d’une main d’esthète et d’un regard gourmand. L’ensemble invite à la rêverie, par sauts et gambades, à l’association disparate, à la plongée dans les replis de la phrase nocturne. Le réel défi était de passer d’une telle introspection littéraire, fragmentaire et analytique, à un propos théâtral incarné, à un véritable voyage au cœur de la nuit. J’ai ainsi procédé à un travail d’adaptation durant plusieurs mois, afin de mettre en valeur la portée poétique du texte initial. Avec l’aide de mes collaborateurs artistiques Païkan Garutti et Laurent Letrillard, de ma dramaturge Zelda Bourquin et de mon assistant à la mise en scène Raphaël Joly, nous avons sillonné de nombreuses œuvres évoquant la nuit. Dans le même temps, je sélectionnais dans lePetit élogeles entrées qui me paraissaient les plus pertinentes, les taillais, les agençais pour construire un parcours non plus alphabétique mais progressif –une traversée de la nuit dans ses versants contrastées, le rêve et le cauchemar, le désir et la méditation, le fantasme et la folie, la solitude et la fête...Tout en bâtissant cette architecture, au fil du travail avec mon équipe, j’ai choisi des textes complémentaires issus de différents genres – poésie, roman, philosophie, etc. – pour que résonnent les harmoniques du texte d’Ingrid. J’ai souvent suivi les hommages qu’elle rendait à certains poètes de la nuit que nous aimons tous deux (Poe, Baudelaire, Doyle, Cyrano), mais parfois aussi préféré d’autres figures plus en phase avec ma sensibilité et le sens du spectacle (Dostoïevski, Desnos). Au fil de ce processus, nous avons constamment essayé les textes avec Pierre Richard afin qu’ils soient en consonance avec lui ou révèlent de lui une facette que je souhaitais mettre en exergue. Au final, il s’agit véritablement d’un voyage à travers la Nuit. Il est porté par un homme qui la fait vivre, la suit, la vit, voire, par moments, l’incarne : un homme au sein de la nuit, la nuit au sein d’un homme.

Le 28 novembre 2013 à 10:52

Jean-Michel Espitallier : "Les loisirs, quel boulot !"

Trousses de secours : la crise du travail

Entre rire jaune et émerveillement toponymique, le poète-batteur Jean-Michel Espitallier (il tient la batterie dans un groupe rock) nous invite à une performance loufoque sur le contraire du travail : les loisirs et les vacances. Avant sa venue au Rond-Point, une batterie de questions ventscontraires : – Quel rôle joue la scène dans votre trajet d'écrivain ?La scène est une autre façon de faire vivre ses textes, elle permet une publication dans un autre espace, celui de l’oralité et du son, lequel en éprouver la texture, les subtilités, les forces ou les faiblesses. S’y opère la « sortie du livre » chère aux poètes sonores, et aussi, c’est très important, un retour immédiat du public, en temps réel. C’est aussi, bien souvent en ce qui me concerne, un banc d’essai. En même temps, monter sur scène pour y lire ou y performer ses textes, parfois écrits pour la scène, c’est aussi apparaître avec son corps. Le corps de l’écrivain qui est, dans une sorte d’inconscient collectif, un personnage qu’habituellement l’on ne voit pas (cliché romantique de l’écrivain retranché dans sa chambre, solitaire, cf Proust, par exemple, dans sa chambre capitonnée du boulevard Haussmann, Rimbaud écrivant dans la grange de la maison familiale, etc.), ce corps qui soudain apparaît surexposé. Le texte n’est plus une marqueterie typographique rangée dans un livre, destiné à une lecture silencieuse, intérieure. Il sort du corps de son auteur, en direct. Et puis, la dimension scénique de l’écriture implique toujours aussi une sorte de réécriture, par la bouche. Mes textes n’ont pas le même statut quand ils sont imprimés ou oralisés, ce sont parfois deux histoires différentes, deux moments d’une même bouture. Deux formes plastiques d’un même projet, deux idylles d’un même amour. Qui se complètent et se nourrissent. Sans compter que l’oralité, et le son, permettent de faire dériver le sens d’un texte, ce qui est d’ailleurs assez extraordinaire.– Qu'il s'agisse de la vie ou de la mort, des célébrités célèbres ou oubliées, vous marquez une certaine prédilection pour l'écriture par listes ou catalogues. Pourquoi ?J’adore les listes, et les listes sont partout dans la littérature, classique et moderne, à commencer par la Bible ! La liste appelle le monde à soi, accumule des traces, et le listeur est un peu comme le fétichiste ou le collectionneur, il cherche le mot idéal, celui qui résumerait tout et qui, bien sûr, n’existe pas. La liste est un objet tellement simple, banal, qu’elle en devient saugrenue, étrange dès lors qu’on l’importe dans l’espace littéraire. La liste est aussi un geste littéral, qui pose et expose des mots sans passer par la syntaxe, sans commentaire. Et puis lister c’est aussi faire se côtoyer des mots qui n’étaient pas forcément faits pour se rencontrer… Soudures ou juxtaposition contre-nature dont le frottement, les collisions produisent du sens, d’autres moyens de faire sens. La fameuse rencontre de la machine à coudre et du parapluie. C’est assez magique. Et puis, bien entendu, la liste est également le terrain du rythme, de la répétition, de la scansion, de la frappe, de la vitesse et de ses modulations.– Cherchez-vous une poésie à hauteur du "magasin de couleurs" qu'est devenu le monde d'aujourd'hui, pour citer Nietzsche ?Puisque vous citez Nietzsche, je dois dire que c’est l’une de mes grandes références, à commencer par l’élégance de son style (et aussi par son attention portée au style, cet « aristocratisme »). Etre à hauteur du monde oui, mais une hauteur critique, qui peut certes aussi passer par l’émerveillement. Il s’agit de mettre son grain de sel et de créer des bugs dans la langue, de la mettre à nu, pour la révéler dans ses potentialités, ses leurres, ses violences ou son inanité. Parce que l’état de la langue dit d’abord l’état du monde.– Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point avec une conférence-performance sur le travail. Vous allez nous parler des loisirs. Pourquoi ?Les loisirs sont généralement opposés au travail, comme si l’un et l’autre devaient s’exclure. Cette exclusion forme couple. Voilà qui dit bien l’état dans lequel se trouve le travail, aujourd’hui où le métier est devenu un emploi. Quel mot terrible ! Nous sommes arrivés à un tel état d’aliénation que le loisir agit comme une sorte de petite revanche, de consolation, de bouffée d’air pur. En même temps, les vacances, les loisirs au sens large sont eux aussi minés par l’ultralibéralisme qui s’en est emparé pour les transformer en produits marchands et donc, aussi, les contrôler. Le temps libre est en réalité un temps de liberté surveillée, parcimonieuse, strictement encadrée. Mais il ne s’agira pas de développer cette idée dans ma performance, en tout cas pas de manière frontale. Je m’attache plutôt aux rêveries sur les toponymes (rêveries gratuites, qui n’ont donc pas de prix !), à une interrogation sur le statut de lieux touristiques qui masquent parfois des réalités tragiques (c’est l’objet de mon détournement des fameuses cartes postales de Georges Perec) et au-delà sur le sens des mots et aussi sur le tragique qui court sous des formes comiques dans tous mes livres. Et bien, sûr, je réinterroge ce lieu de tous les phantasmes qu’est le show-business et la pop culture au sens large. Mais je présenterai aussi quelques courtes pièces qui n’ont pas de rapport direct avec ce thème, je veux dire que je m’en donne le loisir…– Où partez-vous pour vos prochaines vacances ?Je suis tout le temps en vacances puisque je suis tout le temps au travail… Donc, toujours parti (je n’en reviens pas !).

Le 1 mai 2016 à 12:45

En travaux : Venscontraires.net va devenir centre de ressources

Vous l’avez remarqué : depuis le 1er janvier aucun nouveau billet en ligne sur ventscontraires.net. Et pourtant on s'en était fait une règle d'or : pas un jour qui passe sans trois billets inédits qui déboulent de chez vous pour se glisser dans nos colonnes. Qu'il pleuve ou qu'il vente, qu'on soit le 15 août ou le 31 décembre, en cinq ans et demi ventscontraires n’a jamais pris de vacances. En tout 6252 articles, dessins, vidéos. Et 439 chroniqueurs qui se sont jour après jour liés à notre très inédite aventure collaborative. C'est comme ça la vie des revues, elles s'envolent, fières et joyeuses, sans souci de rendement, libres tant que ça dure. Sauf que cette fois la bourrasque a été la plus forte. Vous voulez son nom ? Restrictions Budgétaires. De « collaborative » notre plateforme va devenir « centre de ressource ». Voilure réduite de 80%. Nous ne publierons plus que des contenus maison : billets, podcasts et vidéos associés aux spectacles et événements du Rond-Point. Nous sommes en train de reformater la revue qui sera entièrement en connexion avec le nouveau site du théâtre. Nous conserverons bien sûr vos articles dans une rubrique indépendante d'archives consultables. Il est important de préciser que ceux qui souhaitent rapatrier leurs chroniques n'ont qu'à nous le demander ici. Nous leur restituerons leurs envois avant de les effacer du site. Avant de vous dire à bientôt, remercions nos deux millions et demi de lectrices et de lecteurs, toutes les âmes complices qui nous ont confié un jour une contribution, mais aussi Laure Albernhe, avec qui j'avais lancé la première version de la revue, et surtout Vincent Lecoq, d'abord chroniqueur repéré sur la piste d'envol, puis très vite responsable éditorial qui a invité sur le site tant de talents du Net, les plus grands noms du dessin d'humour. Nous lui souhaitons chance et succès pour ses prochaines aventures.   > Le nouveau site du Rond-Point où retrouver nos billets dans les sections "A voir à lire" et "Autour du spectacle"  > Un souvenir ? Le livre "ventscontraires" aux Editions Le Castor astral (10€)

Le 30 août 2011 à 10:00

"René l'énervé", facétie musicale et opéra tumultueux

Entretien avec Jean-Michel Ribes #1

"Depuis 2007, j'éprouve un malaise qui ne diminue pas" dit Jean-Michel Ribes en parlant de notre gouvernement. Pour en finir avec cette nausée, il a décidé de la transformer en farce joyeuse : un opéra bouffe mis en musique par Reinhardt Wagner, qui débute le 7 septembre prochain au Théâtre du Rond-Point. Un éclat de rire de résistance "face à l'affaissement du langage, au dénigrement de l'esprit, à cette agitation immobile dont la médiocrité nous étouffe". Quand vous tourniez Palace ou Merci Bernard, le mot d’ordre était : « Tout, sauf l’actualité ! ». Et jusqu’ici, on vous trouvait plutôt du côté de l’absurde, rarement vers la satire… C’est vrai que jusqu’ici, ma manière de me moquer du monde ou des étouffements de la société passait par l’absurde ou le non-sens. A l’ombre des dadaïstes, je m’efforçais de dynamiter l’esprit de sérieux à sa racine. René l’énervé s’approche beaucoup plus d’une réalité visible. Cela vient du fait que depuis plusieurs années, je ressens un malaise face à la gouvernance de notre pays et de la politique en général. Avant que cela ne se termine en aigreur, j’ai préféré tenter de le transformer en farce joyeuse. Un rire de résistance en chansons. De plus, j’ai une passion pour l’opéra bouffe où l’entrain et la légèreté emportent tout.   À la lecture du titre, René l’énervé, c’est au chef de l’État que l’on pense. Est-ce qu’on se trompe ? On doit plutôt penser à l’univers politique dans son ensemble, qui a été coloré par Nicolas Sarkozy. Car la force du Président de la République est d’avoir non seulement bouleversé la façon de faire de la politique, mais d’avoir transformé aussi son opposition, et toute la classe politique ! Le Sarkozysme, ce n’est pas uniquement Nicolas Sarkozy. C’est une sorte de contagion de lui-même qui envahit l’ensemble des politiques. Une mise en coma agité de la société ! C’est la raison pour laquelle cet opéra bouffe met en scène aussi bien un conseiller nommé Hurtzfuller qui aime les Arabes quand ils ressemblent aux habitants du Cantal, un ministre des hautes frontières, un autre de la prise de sang, mais aussi les opposantes Ginette et Gaufrette, des philosophes nouveaux, as du cerveau s’il en est ! Des écolos bio bio et encore bio, et bien sûr le parti montant des « Cons de la Nation »… C’est une galopade rigolote qui traverse le barnum politique en perpétuelle parade.   Propos recueillis par Pierre Notte

Le 23 août 2013 à 09:08

De qui se moque-t-on ?

3. Le temps

Si ce n’est pour donner aux écrivains l’occasion d’écrire en se lançant sur le tard à sa recherche, j’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi le temps passe. Pourquoi le temps passe-t-il ? Certes, les horlogers y trouvent aussi leur compte, mais à quel prix ? Pour ma part, je ne connais pas de jeune horloger, je crois bien n’en avoir jamais vu. L’horloger semble le plus exposé au passage du temps, il est en première ligne : c’est un vieil homme, prématurément usé, voûté, à demi aveugle, et ses mains tremblent à force d’émietter en fractions de secondes le gros bloc d’heures qu’il travaille chaque jour aux brucelles, aux pointeaux et même au chasse-goupille. Il se constitue sans doute un joli pactole en vendant ou réparant ses montres et ses pendules ; il n’aura pas le loisir d’en jouir.       Bien fait. Quelle idée aussi d’actionner des mécanismes si pernicieux ? Un beau jour, il explose avec sa bombe. On ne le regrettera pas.       Le temps passe – mais il ne nous emporte pas comme on le suppose ; non : il nous passe dessus, voilà le vrai, son interminable galop nous passe sur le corps. Les éléphants d’Hannibal piétinaient l’ennemi avec moins de hargne. Notre ruine est bientôt consommée. L’enfant écrasé, aplati par ce char implacable s’étire comme une pâte sous le rouleau à pâtisserie jusqu’en des dimensions grotesques. Puis cet adulte à son tour roule dans la farine, mord la poussière, sa face devient bientôt horrible à voir, modelée par le sabot du temps, son nez s’effrite, ses joues se creusent, ses dents tombent, ses yeux apeurés, larmoyants, frappés de cécité voudraient pouvoir s’enfoncer plutôt dans le conduit spiralé de ses oreilles conchoïdales qui au reste n’entendent plus rien, ni même la rumeur de la mer. Ce vieillard accroche encore comme des linges élimés ses chairs grises et jaunes aux tringles mal jointes de son squelette tordu, brinquebalant, désormais inapte à la locomotion, à la préhension et qui rassemble ses dernières forces pour se roidir dignement dans son suaire.       Le temps a fait son œuvre, et cette œuvre est une ruine. Les mousses et les mouches la convoitent et s’y agrègent. Puis le temps s’acharne à pilonner ce débris. Il n’en doit plus rien rester, ni le plus pâle souvenir : tout doit disparaître. Alors que faire ? Que faire pour survivre dans le temps, malgré le temps ? Suspendons-le, mes amis ! Je ne vois pas d’autre solution. À une patère ou à un clou, à un cintre dans une penderie comme une redingote démodée dont les basques ne savent que traîner dans le passé irrévolu, alourdies de boues et de patelles. Ainsi nous irons, frais émoulus chaque matin, vêtus de notre seule peau désormais infroissable, émus par la douceur toujours nouvelle des choses.

Le 16 mai 2015 à 11:09

Bernard Pivot : "Au secours! les mots m'ont mangé"

Bernard Pivot revient "rattraper la langue" au Rond-Point. Ce sera du 19 au 23 mai, avec sa conférence-performance où il raconte la vie improbable d'un homme mangé par les mots. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Bernard Pivot - Notre rapport à la langue est moqueur si la langue est tirée, gourmand si la langue sait claquer, et amoureux si la langue établit un contact avec une autre langue. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue française est le pidgin anglo-américano-techno-intello-bobo-twitto-mcDo-imbroglio. Ce qui sauve la langue est notre amour des mots, de la littérature et des écrivains, d’hier et d’aujourd’hui. – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Je dis de ma langue que je suis son humble serviteur et aussi son amant de jour et de nuit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Un professeur du Centre de Formation des Journalistes, Michel Chrestien, m’a rendu exigeant et enjoué dans l’usage de la langue et le choix des mots. Il n’y a pas de jour que je ne consulte un dictionnaire. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Je ne rattraperai pas la langue, elle va trop vite. Je me contenterai de l’attraper en jouant avec les mots comme un enfant, comme un jongleur, comme un fou. Au secours ! les mots m’ont mangé. > plus sur la conférence-performance de Bernard Pivot

Le 29 avril 2014 à 13:50

Ça va la famille ?

– Pas vraiment. Récemment j’ai croisé Jean-Michel Ribes, il m’a demandé ce que j’étais en train d’écrire. C’était « La Servante du Seigneur », un livre sur ma fille qui a rencontré un sacripant pas très catholique qui l’a entraînée dans une religiosité suspecte. Jean –Michel m’a dit «  C’est vrai toi t’as du matos. » C’est vrai, ma famille m’a fourni du matos : un père alcoolique qui se suicide à table chaque dimanche : Il a jamais tué personne mon Papa. Une mère hypocondriaque qui mourait toutes les semaines, mais qui a fini par mourir pour de vrai :  La Mère est froide (en préparation). Deux enfants handicapés pour de vrai à qui j’ai écrit Où on va papa ?  Une épouse charmante qui meurt subitement que j’ai ranimée dans Veuf. Pas de quoi rire mais de quoi écrire…J’ai, comme dit Cendrars, trempé ma plume dans ma vie.Je suis devenu le greffier de ma famille, je leur ai élevé des monuments en papier. En les faisant entrer dans des livres, j’ai essayé de faire durer ce qui ne dure pas. Je n’ai pas eu à inventer des personnages pour peupler mes livres, ils m’ont été fournis. Mon père était un héros de roman, livré clé en mains, il était alcoolique, médecin de campagne, il ne faisait pas payer ses clients, rentrait en voiture dans les troupeaux de moutons mais il a jamais écrasé le berger. Il mettait au bout de ses vieux souliers des caoutchoucs de bocaux pour refermer la semelle qui baillait. Si j’avais eu un père comme les autres, expert comptable, qui ait des souliers brillants et qui boive de l’eau d’Evian… peut-être que j’aurais jamais eu envie d’écrire…

Le 15 septembre 2015 à 08:18

Perdu dans Tokyo #11

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

Mercredi 9OtariesBrice découvre Tokyo dans le typhon. Trottoirs inondés, vêtements, chaussures, sacs, pareil. Brouillard de pluie, voile humide, on se noie. On ne s’entend plus sous les parapluies et le bruit de l’eau qui tombe. Trop de flotte, on s’isole dans un aquarium. Créatures inconcevables, balades parmi les enfants rois, avec déjeuner de loutres et otaries sous des ballons. Tragédie humaine du spectacle de la domestication des bêtes. Passionnant théâtre, toujours. A l’Institut Culturel Français, un trio de jazz, concert. On boit, on écoute, quelques Français, des Japonais, de la belle musique. Le compositeur et pianiste se cite, parle beaucoup, joue le Parisien exemplaire, il présente ses différents albums, les montre, promotion très décomplexée. Un auteur et comédien français donne plus tard une conférence sur l’art d’être spectateur devant une assemblée éparse de Japonais dociles. Il leur demande de se déchausser, ils s’exécutent. L’humour et le décalage, filtrés par une traduction simultanée, passent difficilement. Il en est déconcerté. Deux heures sur la philosophie, les installations et performances de son groupe, et discussion avec un maître universitaire qui déduit rapidement que les Français raisonnent avant de créer, au contraire des Japonais qui créent d’instinct et analysent plus tard. Question modestie, maîtrise, perfectionnisme, contrôle de soi et beauté du geste, on a tous beaucoup à apprendre des otaries de l’aquarium de Tokyo Suncity. Jeudi 10Parkings à parapluiesVisite du temple aux quarante-sept samouraïs errants, menacé par la construction d’un immeuble voisin, édifice gênant. Au musée des arts contemporains de Tokyo, espaces gigantesques où se perdent des œuvres plutôt décoratives, trois Occidentaux cherchent à trouver de l’intérêt aux choses parmi des gardiens figés, figures de cire. Dans le métro, on ne pose rien au sol. Sacs sur les genoux. Dans les restaurants et les bars, des paniers sont prévus pour les affaires. Rien au sol jamais. Question d’hygiène. On observe les règles. Des sacs en plastique longilignes sont distribués à chaque entrée de chaque magasin pour les parapluies, ne pas foutre de l’eau partout. Il y a devant le musée des arts contemporains de Tokyo des rangées de parkings, consignes à parapluies. Cette installation là vaut toutes les sculptures des salles sages aux tableaux de paysages et aux majestueux morceaux de bois. Vendredi 11DésarmementRépétition intense et filage, réussi. Nous avons fait quatre filages, la pièce à chaque fois, a duré précisément une heure vingt ni plus ni moins. Ils trouveront là-dedans la liberté et la folie, les couleurs opposées des figures incarnées. Pour l’instant, on joue la pièce, on la déplie, la déroule, elle est là. Ils font ça bien, très bien. Ils exploseront, ça viendra. Akiko ne doit plus jouer une femme qui choisit de devenir Catherine Deneuve, mais une fille possédée, comme envoûtée. Natsuki ne doit plus incarner une jeune fille douloureuse qui se charcute le corps, mais devenir la souffrance qu’on apaise. Yoko ne sera plus la mère nerveuse mais la panique des mots perdus, du langage qui échappe, la peur d’avoir raté tout. Kaze ne jouera pas le fils taiseux qui passe mais la puissance d’un silence salvateur contre le bruit, il sera le désarmement de la maison. A ce propos, You, mon interprète, me montre des photos des opposants au ministre Abe, qui défilent le 9 septembre pour défendre le 9è amendement qui prône le désarmement. Photo d’artistes assis, des hommes metteurs en en scène et une comédienne. You est debout, derrière, au centre. Elle me raconte que Ruiji Sakamoto, le compositeur, est très engagé contre Abe et la direction, pour elle et pour eux effrayante, que prend la politique actuelle. Samedi 12La tourEn haut de la tour de Tokyo, à trois cents mètres, un Dijonnais, seul, prend des photos, accent prononcé de l’Est, émerveillé par Tokyo où il passe trois semaines, « ils sont aux petits soins, je reviendrai ». De là-haut, on aperçoit des tours, des jardins, des stades où des puces réunies en fanfares se déplacent de manière synchronisée, et s’entraînent à former des signes de l’alphabet japonais. En bas, je compte le nombre d’avenues, de voies ferrées et de périphériques qu’il faut traverser avant d’atteindre le jardin de Hamarikiu. Neuf au total, et des minutes longues à attendre d’avoir le droit de traverser une autoroute. Au bord des routes successives, bordé par l’eau, le jardin est un espace de paix, de recueillement, d’une beauté à tomber. Trois cents yens l’entrée et neuf voies et routes à franchir, on ne passe par là, on choisit d’y venir. Repartir par Shidome, passer devant l’horloge de Miyazaki, et trouver d’étranges sculptures plantées dans un monde pudibond, de bons hommes à quatre pattes, fesses à l’air, qui se reniflent le derrière et sur lesquelles on peut s’asseoir. Pays des contradictions. Dimanche 13FilagesLes filages s’intensifient, une heure dix-huit cette fois-ci. On note, on répète, on recommence, on cherche l’absolu, la puissance, la tension, la pièce de fous, la catastrophe et la fête, la tragédie de l’invivable en cérémonie joyeuse. Ils sont quatre sur scène. Dans la salle, neuf personnes, deux assistantes, une traductrice, une interprète, un régisseur son, un régisseur général, la créatrice lumière, un agent, un ami. Jamais vu ça, plus de monde à la table qu’au plateau. SéismeOn traverse Shinjuku, passer encore d’un extrême à l’autre par un chemin arboré. Quitter les tours démesurées forées de publicités, le Kabukicho qui étincelle de bruits et de lumières, les immenses avenues à enseignes, pour se retrouver dans un carré de maisonnettes anciennes aux détours étroits, échoppes archaïques où cinq à sept clients seuls peuvent venir s’asseoir autour d’un bar minuscule. Maisonnées à deux étages, avec bar en dessous et bar au dessus, dans un labyrinthe de ruelles maigrelettes, perdues dans le cœur du quartier le plus animé et délirant de la ville. Le typhon est parti dévaster le Nord du Japon. À six heures du matin, la chambre se met à trembler, secousses vives, plus de dix secondes, réveil brutal. La ville plongée dans le silence, tout bouge, s’agite, vrombissement sourd, on est secoué, on tremble, fièvre de peur. Il est six heures, beau petit séisme au douzième étage d’un immeuble mou qui se dandine de temps en temps.FatiguésTreize millions d’habitants intramuros à Tokyo. C’est fatiguant aux heures de pointe. Partout dans la ville, des panneaux « Fire Hydrant », à chaque fois, je lis « Fanny Ardant ». Je suis fatigué. Les verrous des toilettes, des salles de bain, des chambres, de toutes les portes, sont montés à l’envers. Il faut tourner vers l’extérieur pour fermer, et vers l’intérieur pour ouvrir. Ils ont fait l’erreur sur chaque porte. Ils devaient être fatigués. Lundi 14La BavièreTraverser hier le marché ouvert, marché à la criée, aux poissons et toutes autres espèces bizarres, séchées, provenant des fonds marins. Choses indiscernables étalées dans des ruelles minuscules, labyrinthe d’étals de choses et de machins, outils et bêtes, chapelures, poulpes, gigantesques thons, petits restaurants à six places. Des cris, des bruits, des échanges, une population dense au mouvement lent, empêché par la foule, et des touristes bavarois, américains, grandes baraques là-dedans, paumés dans la bousculade japonaise. Quelques heures plus tard, après avoir parcouru Ginza et les alentours du palais impérial, se retrouver dans une fête de la bière qui investit tout un joli jardin à fontaine, avec assiettes et odeurs de saucisses, bières à foison et à la pression sur tous les plateaux, Japonais habillés en bleu, chapeaux jaunes, samedi festif, concert de musique occidentale vulgaire avec chœurs bourrins, une vraie fête bavaroise à la japonaise. Derniers joursDernières répétitions, derniers filages, celui-ci dure encore exactement une heure vingt. Incompréhensible. Les comédiens doivent se lâcher, se libérer, inventer les forces de la folie de la vie, brûler, casser, exister dans le feu de l’impérieuse nécessité d’être là. Aux costumes très beaux de Michiru, Georges répond par trois mugs, importants dans la deuxième scène, assortis aux couleurs des vêtements. Tout prend forme, sophistiqué et dingue, un ami de Yoko me félicite en anglais du « black elegant humor »,  où je ne veux que de la tragédie qui franchit les limites du soutenable, et là seulement rire, par besoin d’en sortir. Ça vient, ça commence à venir. Yoko joue le typhon. Natsuki un tremblement de terre, Kaze est un Godzilla salvateur, et Akiko une brume intense. On mythifie. IstanbulDepuis plusieurs jours, je crois entendre dans la chanson de la mère chantée en japonais le nom propre de la ville d’Istanbul. Je cherche, je ne comprends pas, je ne me souviens pas. Yoko chante, si joliment, la chanson finale, elle pleure, bouleversante, et je crois bien entendre qu’elle dit une fois encore Istanbul dans la chanson. Je cherche dans le texte, je vérifie. Dans la version française, la mère dit « viens je t’emmène dans mon existence, c’est pas le Pérou, c’est pas Byzance ». Ici, Byzance est devenu Istanbul. Souvenir sans rapport de traduction décalée, dans la version allemande des « Deux petites dames vers le Nord » à Berlin, Katarina Talbach ne disait pas « il y a des jours où je me déteste autant que tout le troisième Reich », mais disait plutôt « il y a des jours où je me déteste autant que tout le Stalinisme ». Mardi 15Dernière répétitionLes acteurs, formidables. Deux nouveaux assistants, Brice filme tout, l’administrateur semble heureux, l’ingénieur du son, Masako, You, Michiru assistent au dernier filage. Une heure dix-neuf et trente secondes. Belle énergie, grande folie préservée, ils jouent moins ce qu’ils disent que les forces qui les poussent à dire le contraire de ce qu’ils voudraient ou devraient dire. On est dans la tragédie catastrophique, et drôle. Tenue, tendue. Mais ténue. Un monde qui se fissure de partout, qui part en vrille et finit en réconciliation. Ça existe, c’est fluide, je suis fier, heureux, cette équipe, le travail avec tous, l’avancement. Demain, nous serons au théâtre. Prénoms d’hôtelsPetites ruelles de l’Ouest de Shibuya, on note que nombre de love hotels, espaces fantasques, luxueux ou insalubres, par lesquels on peut passer ou rester, « rest or stay », pour y faire plutôt à deux ce qu’on a à y faire, portent volontiers les prénoms de nos amies françaises. Claire, Elisa. On passe devant une échoppe que j’avais remarquée la semaine précédente, il y avait une file d’attente d’une demi-heure, là, rien. On tente, on essaie, on y va, on mange par ici un sandwich chaud, brioché, à la glace à la vanille doté d’une tranche d’ananas. Un truc de fou. Comme l’alcool de cerise à Lisbonne, le cronut à New-York, la Berthillon à Paris, un repère nutritif, un point d’eau pour les zèbres, un ralliement, avec instinct grégaire tout autour mais surprise égoïste d’un goût unique et inconnu. Mercredi 16HanokeDepuis la gare de Shinjuku, départ pour Hakone, province du Sud-Ouest, avec le plus grand lac d’Asie, des parcs, un téléphérique, des vues multiples sur le mont Fuji. Jour off pendant le montage de la pièce. Prendre l’air, respirer ailleurs, trouver d’autres mondes, en paix. Ici, c’est la Suisse. Chalets, bateaux, pédalos, le calme et la végétation. Mais l’imminence d’une éruption volcanique interdit l’accès à plusieurs sites et le temps couvert efface le mont Fuji. Paradis quand même, avec petits gâteaux sucrés aux haricots noirs. OdawaraOn court dans Odawara au retour de Hanoke. Je rêve de voir la mer, une ville au bord de la mer. On marche, des plombes. Cité balnéaire, sans la mer. Lumières, clubs, flonflons, espaces de jeux, mais pas la mer. On se perd. Je renonce. Brice pas. Il veut que je voie la mer. Je verrai la mer. Il baragouine, harcèle une vieille dame, un gros petit homme, à la deuxième route à droite sous un tunnel, il la trouve. Elle est là. Bordée par le béton d’une autoroute, au bout d’un tunnel sans lumière, calme, cernée par les collines et la tombée de la nuit, au pied d’un sable noir, et nous sommes seuls au monde devant la mer que je rêvais de voir.   Les araignéesDécouverte d'un nouveau jardin près de Tokyo Dome. Grand parc de Shibuya, entre Harakuju et Yoyogi. Là, constat que les araignées japonaises ne construisent pas en un plan plane leur toile, mais en plusieurs dimensions, en relief, par trois ou quatre niveaux ou couches successives, labyrinthe de fils en apparence chaotique. Pas de jolis dessins en étoiles qui se cristalliserait en hiver, mais un brouillard de lignes à trois ou quatre dimensions. Le fil est le labyrinthe, il ne permet pas d'en sortir. La ville même de Tokyo est construite ainsi, avec points de croix névralgiques. Des fils partout, électriques, emmêlés dans les airs, impossible de les plonger dans le sol, à cause des mouvements telluriques, des séismes, et je suppose de l’humidité des sols. La ville est faite de reliefs, de dimensions opposées et de nœuds gigantesques. Très différentes architectoniques à Sienne ou à Amsterdam, villes planifiées en toiles horizontales. Soir de premièreAu même moment, à Paris, première de Démons au Rond-Point, première d’Irma la douce au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Des bouquets de fleurs au théâtre, des cadeaux dans les loges, mais ce sont les spectateurs qui apportent des présents à leurs amis comédiens. Les acteurs ici ne se font pas de cadeaux de première. Des attentions, des mots, des délicatesses. Je suis très touché par les gestes des amis, des camarades ou des collègues de France, qui font un signe depuis leur bout du monde jusqu’au mien. Un soir de première, tout en réalité est pareil partout ; la fête, la peur, le cérémoniel. On ne jouera que sept fois. Et c’est beaucoup. Hormis les grands shows traditionnels de Kabuki au Kabukisa ou les comédies-musicales hollywoodiennes, les pièces à Tokyo se jouent moins d’une semaine, toujours. Pas de public au-delà, dit-on. Il est dix-neuf heures. Les stagiaires de la fin du mois d’août sont dans la salle. Elle est pleine, trop de monde, on sort des chaises. La pièce se joue, les acteurs sont en tension tout le temps, puissants, énergiques, dans des lumières précises, découpées, un cabaret noir et grave, drôle et tragique, une boîte à monstres dont je suis fier, heureux de ce travail, à chaque seconde. Chaque seconde pendant une heure vingt et vingt-sept secondes. Accueil rêvé. C’est fait, fini, c’est là et ça vit sa vie. Moi aussi Catherine Deneuve a été créée par Jean-Claude Cotillard  à Paris, j’ai mis en scène la pièce dix ans plus tard à Tokyo sans cesser de penser à l’équipe originelle, Charlotte Laemmel, Juliette Coulon, Romain Apelbaum, Zazie Delem, et Jean-Claude. Entre-temps, elle a été mise en scène par Gérard David à Bordeaux, Vladimir Petkov à Sofia en Bulgarie, Valery Warnotte à Chicago, Atlanta et Washington aux États-Unis, et une première fois par Masaru Hirayama au Japon, qui était là aujourd’hui.

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